L AMNISTIE PLKNIKRR. — L ARTICLE SEPT
certaines, si elles se soumettent. Le pape semble donc avoir intérêt, au point de vue même de l'Eglise, à éviter un éclat et à profiter de son influence sur les ordres reli^eux pour les déterminer à suivre les indications contenues dans le décret. » Le nonce ne le contesta pas. Laissant de côté la question doctrinale, il s'efforça d'obtenir deux avantages pratiques : tout d'abord, la prolongation des délais, qu'il jugeait. insuffisants; ensuite la promesse qu'une fois mises en règle, c'est-à-dire ayant présenté leurs demandes et les pièces à l'appui, les congrégations Seraient sinon autorisées, du moins tolérées comme par le passé. Je ne pouvais lui donner satisfaction, le parlement conservtint le dernier mot. M*"" Czacki, C|\ii ne s'attardait pas dans la théorie, renonça à nrie faire revenir sur un refus qu'il avait sans doute I>révu. Il préféra prendre les choses au point où olles se trouvaient et, dans l'intérêt de l'Eglise, I> révenir toute aggravation de la crise. Un accom- ^^^odement entre Rome et la République était encore. ^ son estime, la meilleure des solutions. Il y travailla J visqu'au jour où les événements déjouèrent sa bonne "Volonté.
De telles préoccupations, ces pourparlers parais- ^Cînt aujourd'hui bien archaïques. Nous vivons sous lf> régime de la séparation des Eglises et de l'Etat, Oti ne cause plus avec Rome. Mais à cette époque ^ous étions en plein Concordat et la grande majorité ^u parti républicain n'en envisageait pas sans elTroi
la rupture. Nous entretenions un ambassadeur aupr(*s du Vatican, le Vatican entretenait un nonce à Paris, les échanges de vues étaient continuels. Les esprits les plus libres, les Gambetta, les Ferry, les Challemel Lacour, les Paul Bert s'appliquaient à I)rolonger cet état de choses, considéré par eux comme le plus favorable au bon ordre et à la paix publique. Ceux-là mêmes qui doutaient de la ]k>ssibilité de s'entendre sur de tels sujets avec Rome ne blâmaient pas qu'on essayât. C'était du moins se donner le beau rôle.
L'échéance fixée pour l'expulsion des Jésuites, le liO juin, arriva. M. Constans, qui avait succédé à M. Lepère, établit dès ce jour sa réputation d'énergie et d'habileté. Grâce à ses instructions, aucun trouble sérieux ne se produisit. Le ministre avait déclaré à ses subordonnés qu'il les couvrirait; aussi les vit-on marcher d'un pas confiant et assuré. A Paris, le député, préfet de police, M. Andrieux, présida lui-même aux opérations, ayant aux mains ces légendaires gants gris perle, dont il a été tant parlé. Ce geste insouciant donnait à la population l'impression (jue, malgré de menaçantes prophéties, l'ordre public ne courait aucun risque et que les citoyens pouvaient vaquer tranquillement à leurs affaires. J'ai des raisons de croire que la dispersion des JésuiU's aurait passé inaperçue, si le zèle de certains laïques ne s'était déployé pour la dramatiser. Grâce à eux, quelques portes furent enfoncées, quelques
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so :MTure8 brisées, quelques religieux transportés hors
dc^ leur cellule. L'émotion dans la rue fut à peu près
n^» lie et les passants s'arrêtèrent plutôt par curio-
8^^«'. Quant au profond politique qu était le pape
Lc*on XIII, il parut ignorer Tévénement.
J avais, on se le rappelle, obtenu de la Chambre ^l^'elle ajournât l'amnistie plénière. La date restait indéterminée et devait, dans ma pensée, écheoir au COUPS de Tannée 1881. Un soir du commencement de J^in 1880, je dînais seul avec M. Gambetta, au Palais-Bourbon : « Mon cher ami, me dit-il tout à coup, " faut faire l'amnistie. » — « Et quand? » répondis-
J^ étonné. — « Tout de suite; le moment est venu, les Parisiens la réclament. » — « Mais vous savez "'^n que nous avons reconnu nous-mêmes l'impossibilité d'en obtenir le vote avant un an ou deux, ^pï^'s ce que j'ai exposé à la Chambre, au mois de levriçp dernier, comment s'expliquerait-on de ma P^^ une pareille précipitation? » — « Ce sont là ^cs raisonnements, reprit-il : le fait domine tout, l^es événements ont marché, la question a mûri. '"'^ n'est pas votre faute, ni la mienne, si elle a mûri P*^s vite que nous ne le supposions. Peu importe ce ^^^ a été dit; il s'agit de réaliser aujourd'hui ce qui ^^^ possible et nécessaire. » Entrant alors dans qucl- ^^^s développements, il me raconta qu'au cours des ^^Bnces de Pâques, il s'était renseigné, il avait vu de î^^^'s la population parisienne; les plus révolution-
naires s'étaient assagis. « Bref, conelui-il. l'aninistî^^ sera reçue aujourd'luii avec reconnaissance, ellepré^*^ parera les voies à la réconciliation. L'occasion est unique, il faut la saisir. » — « Vous dressez, répondis-je en souriant, un admirable exposé des motifs. Mais cela ne change pas les conditions parlementaires. Il est possible que la Chambre, influencée par vous, nous suivrait. Le Sénat ne nous suivrait pas. Nous aurions contre nous une majorité au moins aussi forte que sur Tarticle sept. Or, je vous le demande à vous-même, quelle serait la situation, fivec une loi d'amnistie en Tair, entre les deux Chambres? Quant à moi, je ne me charge pas d'expliquer cette volte-fac<* du gouvernement. Je n'ai pas votre conviction sur le sujet, ni votre éloquence; je n'arriverais pas à persuader. » Il parut éprouver un vif chagrin. Il fit appel à mon amitié, à la confiance que je lui avais toujours témoignée et dont je n'avais pas eu lieu de me repentir.
C'était la première fois que je résistais à M. Gambetta. Je me sentais aussi triste qu'embarrassé. Pour en finir, je lui dis : u Nous gracierons tous les condamnés, sans aucune exception. Les chefs de la Commune eux-mêmes pourront rentrer en France. Ils n'auront plus qu'à attendre qu'on leur rende leurs droits. Au mois de janvier prochain, je proposerai l'amnistie et je» jouerai le sort du cabinet. Les Chambres alors, je l'espère, ratifieront cette initiative. Du moins ma conduite pourra se justifier. » Comme il
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me pressait encore, je repris : « Accordez-moi jusqu'au mois de novembre. Que je puisse mettre à profit les grandes vacances pour nréclairer, pour pi^parer le pays à cet acte qu'il n'attend pas! » Avec ce don de séduction qui lui appartenait, auquel personne ne résistait, il me suggéra de réunir dans les salons du quai d'Orsay les sénateurs de nos amis que je jugeais les plus réfractaires. 11 ne doutait pas ^u'en présence de ses explications la plupart abandonneraient leurs craintes.
Une soirée fut donc organisée dans ce but au mi-
nistère. Plusieurs membres du cabinet s'v rendirent
P^ur appuyer la propagande de M. Gambetta. A un
^^''tain moment les sénateurs firent cercle et lui,
^^us une allocution familière et persuasive, déve-
*^Ppa les motifs qui militaient en faveur d'une am-
■^istie immédiate. M. Adrien Hébrard, admis depuis
P^ii au Sénat et qui déjà y avait pris de l'in-
■^^nce, le seconda avec beaucoup de chaleur, (lepen-
^^t M. Gambetta put constater l'inutilité de ses
^«orts. « Plus tard, pas tout de suite ! » Telle fut,
'^ **êsumé, la réponse de la grande majorité de l'au-
*^^ire. Cette épreuve nous confirma, mes collègues
^oi, dans l'intention de nous borner pour le mo-
^ï^t aux grâces plénières.
^ous tenions conseil, le 15 juin, au quai d'Orsay, * ^Ur préparer le décret, lorsqu'au milieu de notre ^^îbération un secrétaire me remit en hâte le billet "^^ivant :
« Mon cher ami,
« Je vous en conjure, ne vous laissez pas aller celte fausse mesure. Réfléchissez, il en est temps encore. Je vous demande de suspendre la publication de votre fatal décret de grâces.
« Je vous demande un dernier entretien demain, ce soir, quand vous voudrez, mais je considère cette publication intempestive, illogique, comme la préface d'une crise mortelle, et je réclame un ajournement ; vous avez encore besoin de m'entendre.
« ('cordialement et sincèrement.
« L. Gambbtta. »
Paris, ce 15 juin 1880.
Mes collègues, auxquels je lus immédiatement ces lignes, furent d'avis qu'il convenait de surseoir jusqu'après un nouvel entretien avec le président de la Chambre. Je le vis le soir même. Il m'apprit qu'une nouvelle proposition d'amnistie plénière allait être déposée avec demande de discussion immédiate et (jue nous risquions dès lors d'être renversés dans les pires conditions. Ce qui me toucha davantage, ce fut un dernier appel adressé à mon amitié dans des termes vraiment émouvants. Je compris que M. Gambetta s'était engagé à quelque degré. Je me dis qu'après tout il était permis de faire violence? à sa propre opinion quand il s'agissait d'accomplir
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wn acte de clémence. El, fermant les yeux sur les déboires personnels qui m'attendaient, je résolus de proposer à mes collègues de suivre Timpulsion de M. Gambelta. Dans le conseil du lendemain, la dénomination fut prise et M. Grévy, peu convaincu. nous autorisa à déposer un projet d'amnistie totale.
J'en donnai lecture à la Chambre le 19 juin. '^oici les passages saillants par lesquels nous cherchions à pallier les variations de notre attitude :
« Depuis les paroles que le gouvernement a pro- '^^ncées devant la Chambre des députés, le 12 fé- ^■^er dernier, un mouvement considérable s'est fait ^^ns les esprits en faveur de l'amnistie. Ce mouv^ment, plus rapide que nous-mêmes ne l'avions l^ï^vn, a été accéléré par un certain nombre d'incidents récents.
^ Le calme inébranlable de la population pari- ®*enne, en présence d'excitations séditieuses, l'élec- "On de Lyon, qui a été le triomphe de la légalité, enfin les approches de la fête nationale du 14 juillet ^'^t déterminé dans les cœurs un vif sentiment de confiance et un besoin général d'apaisement... L'ani- '^isiiç peut être prononcée sans qu'il en résulte ^^cun péril pour la société. Les hommes qu'il s'agit
^ laisser rentrer sur le sol natal seront moins dan- ^^ï*eux au dedans qu'au dehors, et plus on les verra
^ près, moins on leur attribuera d'importance... 11
nVst pns à craindre qu'on se méprenne sur la ^ ^ifîcation dune pareille mesure. Nos seniimen sont connus. Jamais nous ne pactiserons avec le d sordre. Jamais nous ne réhabiliterons des crimes qui ont soulevé toutes les consciences et dont Ténormité ne peut s'expliquer que par les effroyables circonstances qui les ont vu naître. Ce n'est pas à votre justice que nous nous adressons, mais à votre clémence... »
Le projet de loi, fort simple, tenait en deux lignes : « Article unique. — Amnistie est acx*ordée à tous les condamnés pour crimes et délits se rattachant aux insurrections de 1870 et 1871, ainsi qu a tous les condamnés pour crimes et délits politiques ou pour crimes et délits de presse commis jusqu'à la date* du 19 juin 1880. » C'était la formule la plus large qu'on eût jamais proposée.
Gêné par mes déclarations du 12 février, je n'eus j)as sur la Chambre Tascendànt des anciens jours. M. Gainbetta, qu'aucun précédent ne liait, descendit du fauteuil présidentiel et prononça un magnifique discours qui enleva le vote. Mon calvaire commença au Sénat. La commission nous était hostile : six voix sur neuf concluaient au rejet pur et simple, les trois autres voix réclamaient de sérieuses modifications. La discussion s'ouvrit le 3 juillet. Victor Hugo débuta par un(» d(» ces déclarations olympiennes dont il avait le secret et qui n'influençaient pas le scrutin. M. Jules Simon, M. de Laboulaye
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porsiflèrent le président du conseil; ils n'eurent pas ^^ peine à le montrer hésitant, mobile, s'inclinant au gré d'une volonté supérieure. Je n'eus d'autre ressource que d'invoquer la raison politique, puisée dans Tétat du parlement lui-même. On ne pouvait en effet nier que depuis quelques années le parti "^^publicain s'était divisé précisément à l'occasion ^^ l'amnistie. Il n'existait pour ainsi dire plus de majorité stable et les gouvernements se trouvaient ^ la merci de toute initiative sur ce sujet. L'intérêt direct de la République était de faire disparaître ^^t obstacle au fonctionnement des institutions. Les ^omices électoraux ne présentaient pas un spectacle '^oins affligeant. Or la Chambre devait être renou-
velé^ l'année prochaine. « Voudrait-on aller au scru- ^'^ dans le trouble et le désarroi? » Cet argument
"'^pressionna les républicains du Sénat. Mais ceux
U^î m'applaudissaient ne formaient qu'une minorité.
^^ niinistre du Commerce Tirard, en sa qualité de ^pvité de Paris, prononça une allocution émue. ^^r nous sauver d'un désastre certain, M. Labiche
f^^^posa un amendement qui accordait l'amnistie
^^ condamnés bénéficiant d'un décret de grâce.
* • Adrien Hébrard l'appuya par des arguments pé-
-^^ploires. Il ne réunit que 132 voix contre 145.
*^i*8 M. Bozérian, toujours pour nous venir en aide,
* '^^çsenta un texte restrictif, qui refusait ramni.<itio ^X condamnés pour crimes d'incendie et d'assas- ^^ixat. Il obtint péniblement 142 voix contre 138.
140 sou>'Ez<riRS.
La Chambre, saisie de celte rédaction, y substitua ramendement Labiche, plus large. Le Sénat consentit à reprendre cet amendement, mais introduisit l'exception relative aux assassins et incendiaires, condamnés contradictoircment. Pour ne pas laisser sombrer la loi, je dus me rallier à ce texte, que j'avais d'abord combattu, ce qui me valut de nouveaux sarcasmes. La Chambre, à son tour, désireuse d'aboutir à tout prix, revint sur ses premiers votes et consacra, le 10 juillet, la décision du Sénat. Tel fut le sort de cette loi, venue avant terme, mar- (»handée, disputée, et qui n'eut pas l'autorité morale qu'aurait dû posséder une mesure semblable. Quant au ministère, il sortit de la discussion diminué par son attitude contradictoire et par les écliecs successifs qu'il avait subis.
M. Gambette se félicita malgré tout du dénouement : « Maintenant, dit-il. pensez aux congrégations. Puisqu'elles ne se sont pas mises en règle dans le délai fixé par le décret, vous devez les exécuter. Vous choisirez le moment, pc^ndant les vacances; la Chambre veut que cette affaire soit liquidée avant sa rentré*». » — « Une partie de la Chambre, observaije : caria fraction modérée, la plus nombreuse dans la majorité, est disposée à patienter. La dispersion des Jésuites a d(mné au parti républicain une satisfaction qui nous vaut quelque crédit. » — « Vous ne pouvez laisser les choses indéfiniment en l'état. fiCs modérés eux-niômes ne le souffriraient pas. »
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« Je ne renonce pas encore à l'espoir dune solution amiable, réplîquai-je. Rappelez- vous que le dô- ^ret ne fixe pas de date et nous laisse une certaini^ latitude. Je ne crois pas que nous soyons en présence ^e mauvaises volontés. Il y a seulement des difficultés matérielles dont il nous est permis de tenir compte. Les ordres relifpeux ont à faire réviser leurs statuts, avant de les soumettre aux autorités civiles; ils consultent à la fois des hommes de loi et la Cour de Rome. Tout cela prend du temps. » Il n'insista pas davantage.
Le gouvernement préparait une manifestation grandiose à Cherbourg. M. Grévy avait consenti, sur les instances de Tamiral Jauréguiberry, à passer la revue de nos forces navales dans les premiers jours du mois d'août 1880. Nous étions certains que la cérémonie serait fort belle. M. Grévy, casanier d'habitude, et d allures, semblait-il, un peu bourgeoises, savait, dans les circonstances officielles, prendre un air vraiment imposant et dire, en de courtes phrases, les paroles qu'il fallait. Je l'ai vu plus tard inaugurer l'Hôtel de Ville reconstruit, remettre la barrette de cardinal au nonce apostolique : il est impossible d'avoir plus de dignité dans le maintien et d'à-propos dans les allocutions. Les présidents des deux Chambres, MM. Léon Say et Gambctta, devaient l'accompagner. Quant à moi, dont la présence n'était pas |indis[>ensable, j'avais
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jugé bon do resk»r à Paris, afin de suivre des ne — gociations assez délicates sur l'affaire grecque et sur— les frontières du Monténégro.
I^es fêtes de (^lierbourg furent marquées par uim incident qui n'aurait pas fait grand bruit si, depuis^ deux, ans, une partie de la presse ne s'était évertuée à dépeindre M. Gambetta comme exerçant le pou — voir occulte et prétendant à diriger la politique-* de la France, à l'extérieur aussi bien qu'à Tintérieur. Le 10 août, un punch lui fut offert par le cercle du Commerce et de l'Industrie. En réponse au toast du député La Vieille, il 'prononça quelques phrases vibrantes, dont les journaux détachèrent celles-i'i : « Les grandes réparations peuvent sortir du droit : nous ou nos enfants pouvons les espérer, car l'avenir n'est interdit à personne. » M Si nos cœurs battent..., c'est pour que nous puissions compter sur l'avenir et savoir s'il y a dans les choses d'ici-bas une justice immanente qui vient à son jour et à son heure. » Ces derniers mots furent interprétés comme un cri de guerix». On omettait à dessein d'autres membres de phrases, qui les atlV^ nuaient ou les expliquaient. Ainsi, après les mots : « Si nos cœurs battent ». M. Gambetta avait dit : « c'est pour ce but (le relèvement de la France) et non pour la recherclie d'un idéal sanglant; c'est j)Our que ce qui reste de la France nous reste enti<T. » 11 n'y avait donc pas à s'y méprendre. La harangue était hère, mais pacifique. Les feuilles qui
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cherchaient à ruiner le crédit du président de \r Chambre se gardaient bien de citer le correctif; aussi, peu à peu, la « justice immanente >» avec ses conséquences se fixa dans les esprits. Les chancelleries elles-mêmes — d'ordinaire plus attentives et plus calmes — s'émurent. Plusieurs ambassadeurs me firent entendre que le gouvernement, à l'occasion, serait bien inspiré de remettre les choses au point.
Juste à ce moment je projetais un voyage à Montauban, où mes compatriotes me pressaient de venir. Naturellement je parlerais politique au banquet, selon la coutume, et je pourrais incidemment glisser un mot qui donnerait satisfaction aux chancelleries. J avais un autre but, mieux défini : c'était d'expliquer la conduite du gouvernement à l'égard des ordres religieux. En effet, depuis quelques semaines, elle était, dans la presse, l'objet des appréciations les plus diverses. Selon les uns, nous allions les exécuter tous; selon les autres, nous ne toucherions à aucun. Mes collègues estimaient avec raison qu'il était temps de dissiper l'équivoque. Il convenait de rappeler à ceux qui pouvaient l'avoir oublié que h» gouvernement était décidé à ramener les congrégations à l'obéissance. Sous peine d'être dispersées, elles accompliraient les formalités prescrites par \r second décret; le pouvoir législatif statuerait ensuite sur leur sort, en vertu d'une loi générale sur les associations, dont nous soumettrions le projet
nu\ CJiambros dès leur rentrée. Je préparai qucl- (|ues phrases dans ce sens, que je soumis, la veille de mon départ, k M. Grévy : « Vos déclarations, dit-il, sont conformes aux explications que vous avez données au conseil des ministres. Je ne vois rien à v reprendre. Il importe que la liberté du gouvernement reste entière. » — « Soyez tranquille, rcpondis-je, je n'ajouterai pas un mot à ce que je viens de vous lire. »
Je priai le nonce de passer à mon cabinet : « Je vais, lui confiai-je, prononcer un discours à Montauban. Je parlerai des ordres religieux. Qu'ils se hâtent de se mettre en règle ; sinon nous les exécuterons. Aucun deux jusqu'ici n'a présenté sa demande en autorisation. Nous ne pouvons tolérer davantage cette attitude de résistance. » Le nonce protesta contre toute idée de mauvais vouloir. « Beaucoup de ces ordres, assura-t^il, sont de vrais enfants; ils ne savent pas au juste ce qu'ils ont à faire et consultent à droite et à gauche. Et puis, comme je vous l'ai dit, il y a les statuts, qu'ils sont obligés de remanier et d'envoyer à Rome. Du reste ils sont tout prêts à témoigner de leur respect au gouvernement de la Républi(|U(\ Si vous le désirez, ils le diront publiquemenl, en attendant qu'ils envoient leurs demandes. » -- « ('.<»la vaudra mieux que rien, terminai-je, mais ne les dispens(»ra pas du surjdus. » Telle est l'origine d(* la fanieusc* « Déclaration des congrégations », dont l'eiTet fui désastreux.