DE LA COMTESSE DE BOIGNE
Paris, 13 février 1834.
Votre écliaullourée polonaise était calculée avec une intelligence diabolique, je crois que les chefs qui se prétendent sages et n'auraient pas voulu y paraître ostensiblement y poussaient cependant de toutes leurs forces. Ils professent assez hautement qu'une guerre générale est leur seul espoir et ils ont pensé que le Piémont était le lien le plus propice pour y amener à une collision. Je vois que les plus marquants d'entre les Polonais se sont donné beaucoup de mal pour obtenir la phrase insérée dans l'adresse (l)et qu'un d'eux a répondu à un de mes amis qui lui représentait
(1) Voir le résumé du paragraphe 16 de l'adresse donné ci-dessus, dans la note 2 de la page 96. c. s.
qu'elle ne pouvait leur être d'aucune utilité : « Pardonnez-moi; cela agace le tigre et empêche la paix de se consolider ». Il faut concevoir que l'Europe serait un peu peu trop bête de tenir les cartes, pour jouer une pareille partie. Enfin ces Polonais, qui inspiraient ■un intérêt si général, sont devenus l'exécration de tous les Lieux où on leur a accordé l'hospitalité avec tant d'empressement. Ils sont du reste menacés d'une perte qui ne laisserait pas d'être assez utile au repos du monde. M. de La Fayette s'est tellement fatigué à l'enterrement de M. Dulong (1) qu'il en est résulté un accident très grave dont les suites durent encore. Ses médecins ne le regardent pas comme un danger imminent, mais croient h un état d'infirmité qui peut
(1) A la suite de la nomination de deux lieutenants de frégate comme lieutenants d'artillerie dans larmée de terre, quelques officiers de cette arme, se jugeant lésés dans leurs droits, s'étaient livrés à des protestations contraires à la discipline et avaient été incarcérés pour être ensuite traduits en conseil de guerre. Interpellé au sujet de cette mesure par M. Larabit, le maréchal Soult s'em- ;pressa d'affirmer que tout militaire devait obéir d'abord, quelque fondées que pussent être ses réclamations. Devant les rumeurs excitées par ces déclarations sur les bancs de la gauche, le général Bugeaud accentuait encore, dans une interruption, les paroles du ministre, lorsque M. Dulong s'écria au milieu du bruit :•« Faut-il obéir jusqu'à se faire geôlier, jusqu'à l'ignominie? » allusion transparente à la •mission récente du général auprès de Madame la Duchesse -de Berry. Un duel s'ensuivit trois jours après, dans lequel fut tué le député de l'extrême gauche. Une foule considé- (rable se pressa à ses funérailles ; mais, grâce aux précautions prises par le gouvernement, l'ordre ne fut pas troublé. (.. P.
amener une fin plus ou moins prochaine et va dès à présent mettre un terme à sa funeste activité. Il aura sûrement autour de lui des gens occupés à exploiter son nom jusqu'^ ladernière extrémité. Il esta regretter qu'il ne puisse aller à la Chambre lors de la discussion sur le traité américain, c'est la seule occasion où il aurait pu être de quelque utilité. Le duc de Broglie compte parler : sa santé est rétablie; je suis fâchée qu'il ne fasse pas sa rentrée dans une circonstance plus favorable que ce traité qui déplaît à la Chambre.
A MADAME ANISSON DU PERRON
Turin, d3 février 1834.
J'espère que vous êtes quitte, chère Sophie, des derniers restes de votre grippe. Il me semble que, malgré la douceur de l'hiver, les rhumes sont très communs. Madame de Broglie m'écrivait l'autre jour que son mari en avait un dont il ne pouvait se débarrasser. Ses lettres sont devenues de rares faveurs. Elle me parait affaissée sous le poids d'un grand découragement. Elle a tant travaillé sur elle-même que c'est devenu une sorte de suicide. Je suis fâché que sa belle-sœur ne soit pas rcA'enue la soigner. Madame de Gastellane doit s'en acquitter fort bien, mais l'harmonie ne peut être la même. M. Mole partage-t-il un peu cette intimité? Il fait profession d'aimer beaucoup madame de Broglie ; pourtant ils se contiennent peu et ne réussissent à s'entendre que par l'esprit.
Notre carnaval de ïuriu a fmi avec éclat par un bal costumé chez le ministre d'Angleterre. J'en ai vu de plus magnifiques par les appartements, mais aucun
où il y eût des costumes, plus riches, plus exactement imités. C'était une sorte de galerie historique où l'érudition et l'art étaient mis au service des tailleurs et des marchandes de modes. Il y avait un quadrille de Quentin Duricard et un autre d'un roman itahen, Fieramosca (1), qui étaient entre autres fort beaux. Grâce à Dieu, nos joies sont finies, et je vais entrer en jouissance d'un carême fort rigoureux. Je ne regrette que le plaisir d'aller écouter de temps en temps un acte de cette Norma de Bellini que nous trouvons ici de plus en plus belle.
Je ne vois pas que nos dangers s'accroissent. La répubhque ne me fait point peur. La sottise et la médiocrité m'épouvantent, elles régnent plus que jamais : c'est la légitimité du moment.
DU COMTE MOLÉ
Paris, 9 mars 1834.
C'est demain que commence la discussion de la loi sur les associations. On prétend qu'elles veulent périr en combattant et nous faire un 6 juin. Je n'en crois rien; tout se passera en paroles violentes et, s'il en était autrement, les révolutionnaires, toujours aidés des carlistes, seraient écrasés. H y a, dans l'opinion de la Chambre et des électeurs, un commencement de réaction très marquée. Si le ministère n'était pas le plus divisé et le plus impuissant des ministères qui aient jamais été, il y aurait un grand parti à tirer de la disposition actuelle.
(1) Roman de Massimo d'Azéglio. c. b.
Uf BARON PASOL'IER-
Paris, 11 mars 18:54.
J'ai vu, il y a deux ou trois jours, une lettre de vous à M. de Juigné où vous vous plaignez de ne recevoir que des billets de mariage ou d'enterrement : j'essaye de faire un peu trêve à cette kyrielle. Nallez pas compter cependant sur quelque chose de bien jovial. Je suis absolument dans les mêmes dispositions que vous et me sens très douloureusement affecté de toutes ces disparitions de contemporains, qui le sont encore bien plus de moi que de vous ; et en vérité, c'est bien moins encore le coup de cloche qui me fait mal que le sentiment si pénible de l'isolement où on tombe à mesure qu'on avance, et alors précisément qu'on aurait le plus besoin de s'appuyer de droite et de gauche. Les pertes sont bien sensibles, surtout dans notre Chambre, et elle va se dépouillant avec une terrible rapidité de ses meilleurs branchages. Que sera-t-elle dans dix années, si on n'y met ordre par un autre moyen de la recruter que celui qui a été inventé par la belle loi de M. Perier? Mais sortons de ce lugubre et effrayant sujet.
Des nouvelles, vous en voudriez, et je ne sais où en prendre qui ne courent pas les rues et auxquelles le lendemain du jour où elles sont dites n'ùte pas tout leur prix. Vous voyez notre situation, de Turin, tout comme vous la verriez d'ici. Notre session s'écoulera, comme on devait s'y attendre après la faute de n'avoir pas dissous, avec force tiraillements, et, à ce que j'espère, sans échecs capitaux, mais cependant avec de fort mauvaises décisions en matière d'administra-
tion et de législation administrative, avec l'obtention d'un budget déchiré et où on se sera vengé, par de mauvaises et misérables économies, de celles auxquelles beaucoup se croient en droit de prétendre sur la grande, la grosse, l'écrasante dépense de l'armée; et celle-là encore, comment la réduire jusqu'à un certain point sans affaiblir considérablement une force dont on a cependant un si grand besoin, sans causer de sérieux et dangereux mécontentements là où on a besoin de rencontrer toutes les bonnes volontés qui naissent de la satisfaction?
L'Espagne ne va guère bien et on ne voit pas surgir dans ce qui s'y agite la moindre tête en état de dominer le chaos. J'di bien peur que Martinez de la Rosa n'y perde sa rhétorique. On parle d'appeler Toreno : pauvre renfort à mon gré. Voulez-vous un caquet de haut bord? On dit la reine d'Espagne grosse à la façon de...
DU DUC DECAZES
Paris, 11 mars 1834.
La Russie nous cajole un peu, si on peut appeler cajoler d'avoir demandé des nouvelles du roi; il n'en a pas fallu davantage pour donner un peu d'ombrage à l'Angleterre.
La loi des associations passera à une grande majorité. Il y a pourtant bien des choses à dire, j'aurais préféré plus de francliise, et atteindre uniquement les associations politiques. Je n'aime pas non plus que la juridiction de la Chambre des pairs arrive comme un expédient, et seulement pour les attentats commis par les associations.
Le ministère est moins divisé. Thiers et Guizot sont bien ensemble maintenant. Tbiers sent que lui et Guizot n'auraient qu'à perdre à une division.
Quant au marécbal, rien ne le changera. Je lui ai remis hier le rapport de la commission d'Alger, du moins la première partie qui traite de l'occupation et du gouvernement. La deuxième partie traitera de l'administration et de la justice. Nous proposons de garder Bône, Bougie (contre mon avis), Alger et Oran avec vingt et un mille hommes au heu des trente-deux mille qui y sont maintenant.
On voudrait m'y envoyer avec de grands pouvoirs. Je ne ferai pas cette fohe. On a pensé aussi à me donner une mission d'ambassadeur extraordinaire à Madrid pour quelques mois. Trois ministres m'en ont fort pressé. J'ai déchue, et j'ai d'autant mieux fait, que de Broghe ne m'en a pas dit un mot. Les affaires y vont très mal. Elles ont été trop gâtées pour qu'on puisse faire quelque bien maintenant.
Le duc d'Orléans est guéri. Il n'a pas la poitrine attaquée, comme on l'avait dit. Trois médecins consultés ont été tout à fait rassurants, trop rassurants même, à mon a^is, vis-à-vis de lui, à qui je voudrais qu'on fit peur.
Paris, 24 mars 1834.
Martinez de la Rosa manque de virihté et d'habileté ; il y a absence complète d'action et même de pensée dans le conseil, s'il y a réellement conseil. La reine le sonne, au retour de la chasse, comme un valet de pied; on lui transmet des ordres par un secrétaire. Il n'ose convoquer les Gortès, même par Estamentos,
OCTOBRE d832-AVRIL 1834. 107
dans la crainte qu'ils ne se constituent en Convention. Ce qu'on dit de la conduite de la reine n'est que trop vrai. Son aveug^lement passe toute idée. L'intrigue de sa sœur et de don Francisco prend beaucoup de consistance. On a intercepté la correspondance de l'infante avec don Carlos, à qui elle envoyait de l'argent à San Sébastian.
Le gouvernement espagnol a arrêté qu'il entrerait avec douze mille fantassins (heureux s'il en réunit six mille) en Portugal, pourchasser don Carlos. L'Angleterre et nous l'y poussons.
Ici le ministère s'est un peu rejoint, cependant Barthe est bien bas et aura grand'peine à se relever. Persil a un pied à la chancellerie. Thiers et Guizot ont beaucoup grandi. Notre ami de Broghe reste en arrière. Il lui faudrait un de ces beaux discours dont il a tant fait, comme celui de l'an dernier. Je tremble qu'il ne se décourage encore. Le roi est mal pour lui, le corps diplomatique n'est pas bien. Il se tourmente peu de tout cela, et en fait peu de cas. Il a tort, d'autant que d'autres l'exploitent fort habilement. Il faut voir Cousin s'agitant et allant de Mole à Thiers et de Thiers à Mole, portant ses paroles et se persuadant que ce sont celles de celui auquel U va ou d'où H vient.
Le duc d'Orléans a toujours la gorge en mauvais état. Il a besoin de l'air du Midi et du silence. Il ira faire une course de mer, touchera probablement à Gènes. 11 compte visiter Naples et Alger. Il n'est pas vrai, pourtant, qu'il doive épouser une princesse de Naples; il n'en est nullement question, encore moins que de Wurtemberg, dont on parle dans les journaux, et pour laquelle aucune démarche quelconque n'a été faite.
Avril 1834-Mars i83n (1).
DU DUC DE BROGLIE
Paris, 7 avril 1834.
Cher ami, au milieu de tout le bouleversement de la crise dont nous sortons, je n'ai fiuun moment
(1) Événements d'avril 1834 \ mars 183d. — Reconstitution du cabinet : le maréchal Soult, président du conseil, ministre de la guerre; M. Persil, garde des sceaux; le comte de Rigny, ministre des affaires étrangères; l'amiral Roussin, ministre de la marine ; M. Thiers, ministre de l'intérieur ; M. Duchàtei, ministre du commerce; M. Guizot, ministre de l'instruction publique; M. Humann, ministre ■des finances (4 avril). — Vote de la loi contre les associations (0 avril! ; irritation des sociétés révolutionnaires. — Appel à l'insurrection. — Bataille dans les rues de Lyon •du 9 au 13 avril. — Défaite des insurgés. — Émeute à Paris, rapidement vaincue (13 avril). — Autres tentatives d'insurrection en province. — Le jugement de tous ces attentats est déféré à la Cour des pairs. — Loi contre les détenteurs d'armes de guerre (22 mai). — Élections générales (21 juin). — Difficultés entre le maréchal Soult et ses collègues. — Rupture à l'occasion du régime à donner à l'Algérie. — Démission du maréchal (18 juillet). — 11 est
pour vous écrire un mot. Je n'ai pas besoin de vous expliquer le motif de ma conduite. II faut toute la bas-
remplacé par le maréchal Gérard. — Ouverture de la session (31 juillet), discussion de l'adresse. — Hostilité plus ou moins déguisée du tiers parti contre le ministère. — Il s'associe à la campagne faite en faveur de l'amnistie des accusés d'avril. — Il circonvient le maréchal Gérard, l'entraîne à se prononcer pour l'amnistie et le met dans une situation des plus délicates Vis-à-vis de ses collègues. — Sa démission (29 octobre). ^ Embarras pour trouver un président du conseil. — Le roi ne veut pas du duc de Broglie.
— Mauvais effet produit par la prolongation de la crise. — M. Guizot et M. Thiers décident de laisser la place au tiers parti. — Démission des ministres (4 novembre). — Le roi essaye vainement de détacher M. Thiers de M. Guizot.
— M. Mole cherche, sans y réussir, à former un cabinet.
— Ministère du 10 novembre : le duc de Bassano, président du conseil; M. Passy, ministre des finances; M. Charles Dupin, ministre de la marine ; le général Bernard, ministre de la guerre; M. Teste, ministre du commerce; M. Bresson, ministre des affaires étrangères; M. Sauzet, ministre de l'instruction publique; M. Persil garde le portefeuille de la justice. — Surprise et railleries de l'opinion publique.
— Le ministère se retire au bout de trois jours. — Reconstitution de l'ancien cabinet sous la présidence du maréchal MortieraA'ec l'amiral Duperré à la marine, en remplacement de l'amiral Jacob (19 novembre). — Explications devant la Chambre des députés sur la dernière crise ministérielle. — Le gouvernement oblige laChambre à se prononcer. — Vote d'un ordre du jour favorable au cabinet (5 décembre). — Débat sur la construction d'une salle d'audience pour la Cour des pairs, qui remet sur le tapis la question du procès des accusés d'avril. — Incertitude delà majorité. — Cependant le crédit est voté par 209 voix contre 181. — Insuffisance du maréchal Mortier comme président du conseil. — Nou-
sesse d'idées qui règne dans ce pays-ci pour qu'on ait cru pouvoir s'en étonner. Quelque résolu que je
veaux efforts pour séparer M. Thiers de M. Guizot. — Divisions entre les ministres. — Démission du maréchal Mortier (20 février 1835). — Vaines démarches pour compléter le ministère. — M. Guizot est résolu à exiger la rentrée du duc de Broglie. — Après diverses autres combinaisons, le roi consent à cette rentrée. — En Angleterre : Suite des difficultés avec l'Irlande. — Nombreux débats parlementaires sur les questions qui s'y rapportent. — O'Connell y joue un rôle des plus importants. — Retraite de lord Grey (9 juillet 18.34}. — Reconstitution du ministère sous la présidence de lord Melbourne. — Nombreux bills de réforme favorables aux dissidents de l'Église officielle adoptés par la Chambre des communes mais rejetés par la Chambre des lords. — Mise à exécution de l'acte abolissant l'esclavage des nègres (i^"" août). — Le roi annonce subitement l'intention de renouveler le ministère et de demander au duc de Wellington de composer un nouveau cabinet (14 novembre).
— Celui-ci lui conseille de s'adresser à Sir Robert Peel. — Sir Robert Peel forme un ministère <ory (9 décembre), mais fait entendre les déclarations les plus modérées. — En minorité dans le Parlement avec 160 voix sur 638 représentants il se décide à dissoudre la Chambre des communes (30 décembre). — Élections générales pour le Parlement.
— Elles renforcent considérablement le parti tory. — Ouverture de la session (19 février 1835). — Débats sur l'adresse dans les deux Chambres. — A la Chambre des communes, un amendement exprimant le regret que la dissolution soit venue arrêter le dernier Parlement dans la voie des réformes est adopté, malgré le ministère, par 309 voix contre 302 (27 février). — Sir Robert Peel déclare qu'il ne croit pas devoir se retirer devant ce vote et avant d'avoir fait connaître les plans du gouvernement. — En Allemagne : Création d'un tribunal arbitral auquel les difTé-
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fusse néanmoins, je n'ai pas cru qu'il fût à propos d'entraîner avec moi le cabinet tout entier, et de livrer
rends entre le gouvernement et l'assemblée représentative d'un État sur l'interprélation de la constitution, serait soumis avant que l'intervention de la Diète soit sollicitée (30 octobre 1834). — Mesures relatives à la presse et aux Universités. — Désaccords dans plusieurs États entre le gouvernement et les assemblées. — Agitation dans la Gallicie autrichienne, en Hongrie, en Transylvanie. — Mort de l'empereur François P"" (2 mars 1835). — Son fils aîné lui succède sous le nom de Ferdinand I<=^ — En Suisse : tentative des étrangers réfugiés pour révolutionner la Savoie (1<^'" février 1834); insuccès de cette tentative. — Notes diplomatiques demandant la punition des sujets suisses ayant pris part à cette attaque, et l'expulsion du territoire des Italiens, Polonais et Allemands y ayant participé soit directement, soit indirectement par leurs sentiments d'hostilité ou leur complicité morale. — La Suisse est mise en quarantaine par les États voisins. — Elle se décide aux expulsions demandées. — Protestations de Berne et de Lucerne et de plusieurs cantons contre cette concession de la Diète. — Contre-protestations des autres cantons. — Difficultés du canton de Berne avec l'Autriche au sujet d'une réunion d'ouvriers allemands près de Berne. — Rupture des relations de l'Autriche, de la Bavière, de la Prusse et du grand- duché de Bade avec ce canton. — En Turquie : Nouvelles réclamations de la France et de l'Angleterre contre le traité du 8 juillet 1833. — Second traité conclu entre la Porte et la Russie qui remet à la Porte une partie des contributions de guerre stipulées en 1827 par le traité d'Andrinople, tranche en faveur de la Russie la question des frontières d'Asie, promet l'évacuation de la Moldavie et de la Valachie dont le sultan devra incessamment nommer les hospodars, attribue aux Russes pour huit années encore la possession de Silis-
les élections à nos ennemis. Vous pouvez donc me regarder comme l'auteur de cette péripétie, la cause
trio (21) janvier 1834). — Insurrection en Syrie contre la domination égyptienne (mai); défaite des insurgés. — Révolte de l'Yémen contre le vice-roi d'Kgypte (juillet). — Préparatifs de la Porte pour profiter de ces incidents et preuilre sa revanche. — Mésintelligences diverses entre le sultan et le pacha d'Egypte. — Devant les conseils des grandes puissances, ces difficultés semblent s'apaiser. — Troubles sur divers points de la Turquie. — Excellente administration de Méhémet-Ali, en Egypte ; travaux publics et améliorations matérielles. — En Grèce : Troubles dans lo Nord. — Brigandages. — Divisions intestines de la régence. — Soulèvements dans la Messénie et l'Arcadie. — Défaite des insurgés (août 183i). — Décrets d'organisation administrative, judiciaire, financière, etc. — En Espagne : Conspiration carliste dans la province de Murcie ; elle échoue. — Nouvelles réformes administratives. — Statut royal ijui rétablit des Cortès législatives. — I\econnaissance de donha Maria comme reine de Portugal. — Traité de la Quadruple Alliance, par lequel la reine régente d'Espagne s'engagea intervenir, en Portugal, pour coopérer avec les troupes portugaises à forcer don Carlos ainsi que dom Miguel à se retirer des États portugais, et l'Angleterre et la France déclarent devoir concourir, en cas de nécessité, à ces opérations (22 avril 1834). — Envoi d'une expédition espagnole en Portugal (avril). — Nouvelle amnistie. — Décrets contre les couvents. — Décrets sur la presse périodique. — Départ des ambassadeurs d'Autriche, de Russie et de Prusse (mai-juin). — Modifications dans le cabinet. — Hchecs des carlis tes dans diverses provinces. — En .Xavarre et en Biscaye ils ont au contraire l'avantage. — Après la capitulation de dora Miguel à Évora, don Carlos, qui s'y trou^»ait également, s'embarque pour l'Angleterre (26 mai). — Le corps expéditionnaire envoyé en Portugal, sous les ordres du
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àe la sortie de ceux qui s'en vont et du séjour de ceux qui restent. Le conseil actuel est bon, il est meilleur
général Rodil, rentre en Espagne et est dirigé sur le Nord.
— Don Carlos quitte furtivement l'Angleterre et rejoint Zumalacarréguy en Biscaye (10 juillet). — Lutte avec des chances diverses et sans résultats définitifs entre les armées royales et insurrectionnelles. — Décret qui supprime l'inquisition. — Invasion du choléra à Madrid. — Troubles.
— Massacres de moines. — Loi martiale. — Destitution des autorités civiles et militaires de Madrid (18 juillet).
— Ouvertui^e des Cortès (24 juillet). — Découverte d'une conspiration ultra-libérale à Madrid (24 juillet). — Par une clause additionnelle au traité de la Quadruple Alliance, la France s'engage à empêcher que tout secours soit envoyé aux insurgés par ses frontières, l'Angleterre à fournir des armes, des munitions et l'assistance de sa flotte au gouvernement de la reine, le Portugal à prêter assistance à l'Espagne par tous les moyens en son pouvoir (18 août).
— Mina est nommé au commandement de l'armée du Nord. — Troubles libéraux dans les provinces du Midi (octobre). — La guerre carliste continue mêlée de succès et de revers. — Difficultés parlementaires rencontrées par le ministère Martinez de la Rosa auquel on reproche de ne pas aller assez rapidement dans la voie des réformes. — Exaltation et menées du parti libéral. — Sédition militaire de Madrid (18 janvier 1833). — Modification dans le ministère. — Nouveaux troubles libéraux à Malaga, Saragosse et Murcie (mars). — En Portugal : Opérations combinées des troupes espagnoles et des troupes dedom Pedro. — La bataille d'Asseiceira porte un coup irrépararable au parti de dom Miguel (16 mai 1834). — Les miguelistes évacuent Santarem. — Capitulation de dom Miguel (26 mai) . — Amnistie accordée aux miguelistes. — Dom Miguel s'engage à quitter la Péninsule et à rester désormais étranger à tous les événements qui s'y passeront. — On lui octroie une
que le dernier, et je suis avec lui de tout cœur. Je ne vous en dirai pas davantage pour le moment. Après m'ètre rétabli chez moi, je vous écrirai à loisir. Vous serez content de Higny.
DU COMTE MOLE
Acosta, 18 avril 1834.
Je vous dirai peu de choses de la crise ministérielle dans laquelle on a beaucoup trop mêlé mon nom. M. de Broglie, je le dis à regret, m'a forcé de revenir âmes premières impressions sur lui, à ces premières impressions qui m'ont si rarement trompé. C'est un bien petit homme, bien étroit, bien plein de misères. M. Guizot, pour m'expliquer son propre et si brusque
pension. — Il part pour Gênes. — Réformes administratives. — Suppression des couvents. — Convocation des Cortès. — Elles confirment dom Pedro comme régent (23 août). — Maladie de dom Pedro, il se démet de la régence (19 septembre). — La reine est déclarée majeure. — Mort de dom Pedro (24 septembre). — Formation d'un nouveau ministère sous la présidence du duc de Palmella. — Il rencontre une vive opposition à la Chambre des députés. — Budget, lois, décrets divers. — Mariage de la reine avec le duc de Leuchtenberg, célébré à Lisbonne par procuration (l'^' décembre). — Clôture de la session des Cortès (18 décembre). — Ouverture de la session ordinaire (2 janvier 1833). — Opposition violente et bruyante de la gauche. — Arrivée du prince de Leuchtenberg à Lisbonne (23 janvier). — La reine le nomme commandant en chef de l'armée. — Vive discussion à la Chambre sur la constitutionnalité de cette mesure, c. b.
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changement à mon égard, est venu me dire que M. de Broglie regarderait comme un revers personnel, un triomphe remporté sur kii, que je devienne son successeur; j'ai honte de l'écrire, tant cela me parait misérable et ce que je déplore plus encore, c'est que cette probité tant vantée, se soit abaissée jusqu'à me représenter, en plein conseil, comme devant briser, en arrivant, l'alliance anglaise. Mon cher ami, vous le dirai-je, je me sens supérieur à ces hommes placés si haut par leur coterie. Je n'ai jamais envié le mérite ni le succès de personne. Depuis six ans, toutes mes intrigues se sont bornées à écrire mes, Mémoires , et si j'ai mérité un reproche, c'a été de me tenir trop en dehors des affaires. M. de Broghe le savait mieux que personne, et cela ne l'a point empêché de m'étabhr dans l'esprit des Anglais et de me représenter au conseil comme l'homme de la Russie. Je vous l'avoue, les Débals pourront répéter que sa parole honore, je préférerai toujours le plaisir de causer avec vous. En vieillissant, mon amitié pour vous et ma confiance ont tellement augmenté, que je vous parle ici avec abandon sur des hommes avec lesquels vous avez bien de l'intimité ; ils m'ont blessé en me repoussant, et surtout en alléguant des motifs auxquels ils ne pouvaient croire, mais je vous le dis, comme devant Dieu, quoique depuis trois mois, dans les Chambres et hors les Chambres, on répète que j'étais le successeur inévitable de M. de Broghe, quoique M. de Talleyrand luimême l'ait dit, j'étais décidé, le cas échéant, à faire des conditions qui ne m'auraient sûrement pas été accordées. J'ai gardé des ménagements, je me suis conduit envers chacun comme si le langage et les démarches ne m'avaient pas été si fidèlement rapportés.
M. Giiizot semble avoir pris pour devise l'écureuil de Fouquet et je soupçonne Berlin de Vaux de la lui avoir donnée. Il disait : « La retraite de M. de Broglie m'a ôté de la force et l'entrée de M. Mole m'en ôterait encore plus. »
Mais pendant cette bataille que se livraient les amours-propres, pendant cette honteuse curée de places et d'argent, une autre bataille, celle promise par M. de Ludre (1), se préparait, vous en savez tous les détails matériels, mais ce que a'Ous ne savez peutil trépas aussi bien, c'est toute la profondeur du mal social que les événements ont révélé. Croyez-moi, les moments sont précieux ; il faut se hâter de reconnaître qu'on s'est trompé — le mal est tout entier dans la presse. C'est elle qui charge et recharge la mine et oblige à la répression par le canon tous les trois mois ; c'est elle qui ^ient de ruiner la seconde A-ille de France. Il n'y a que l'orgueU doctrinaire qui conserve encore des yeux pour ne pas voir. Au lieu de chercher le mal et le remède où ils sont, on augmente l'armée et le budget, on s'en prend au jury que la presse seule dénature, à la liberté individuelle que l'on a été sur le point de suspendre, enfin à la loi des élections dont on ne reconnaîtrait plus les résultats si la presse laissait aux électeurs le courage de leurs opinions. Mais, au lieu de s'avouer faillibles, au lieu de briser cet instrument avec lequel ils ont
(1) Le II mars précédent, dans un discours des plus violents contre le projet de loi sur les: associations, M. le comte de Ludre, député de l'extrême gauclie, avait laissé entendre que, devant le vote de la loi "proposée, celles-ci pourraient peut-être livrer une bataille, c. b.
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miné puis renversé la restauration, les doctrinaires, depuis que la révolution de Juillet leur a remis le pouvoir, sont devenus machiavéliques en même temps qu'épicuriens. Ils se complaisent dans cet emploi de la force dont ils font toute leur politique et si je vous disais, ce que j"ai entendu de leurs bouches quand les barricades se formaient, vous me soupçonneriez d'avoir mal entendu.
Ce qui est le plus à remarquer dans les scènes qui viennent de se passer sous nos yeux, c'est le fanatisme et l'absence de toute moralité dont elles ont offert la preuve. On ne se battait pas, on assassinait, et on se vantait soi-même d'avoir assassiné. C'était le combat sacré de l'Orient. Et contre quoi se dirigeait ce fanatisme?... Contre l'inégahté de fortune. C'étaient les doctrines de Babeuf accommodées au goût du temps, dans le Populaire, la Tribune, le National, etc., qui mettaient le poignard à la main. Voilà pourtant cette douceur de mœurs, ce progrès tant vanté ; voUà la société telle que les sophistes et leur orgueU d'esprit nous l'ont faite. Il y a remède encore, mais bientôt il n'y en aurait plus, et nous reviendrions, à travers la plus sanglante anarchie, au plus absurde despotisme. Toutes les Hbertés raisonnables peuvent encore être sauvées, même celle de la presse, mais il faudrait, pour cela, revenir sur ce qu'on a dit, avoir force et hauteur d'àme qu'on n'a pas. Je causais l'autre jour avec Piscatory, dont la liberté d'esprit me plait. Voici ce qu'il me disait de la Chambre des députés : « Rien ne saurait vous peindre son exaltation du moment. Elle donnerait au gouvernement toutes les libertés hors celle de la presse. Et cela non pas qu'elle ne regarde, comme vous, la presse comme la source de
tout le mal, mais parce que chacun, depuis vingt ans, s'est engagé d'amour-propre à la défendre. »
Ainsi il faudra plus de mal encore, il faudra quelques batailles de plus, quelques villes ruinées! Ce n'est pas la justice de la Chambre des pairs qui préviendra de nouveaux malheurs. Imaginez-vous une idée plus étrange que de recourir, en temps de guerre civile, à un pareil tribunal où la conspiration de 1820 entraîna une instruction de cinq mois, et ne fut complètement jugée qu'après quinze! Xous pouvons donc espérer l'ouverture des débats pour les étrennes de 1835, et d'ici là, que d'événements, de batailles n'auront pas succédé!
Mon cher ami, je ne sache que vous à qui je puisse adresser une pareille lettre. Je ne parle qu'à a'Ous et à moi avec cette liberté, j'ajouterai presque cette licence. Si nous causions, je vous indiquerais plus positivement les moyens auxquels je crois qu'U faudrait recourir, ce n'est assurément ni la censure ni la violence, mais c'est encore moins ceux que je vois prendre et au fond desquels la violence se retrouve toujours. Mais je suis déjà effraj'é de mon bavardage. J'étais si plein de mon sujet que je n'ai pas su m'arrêter. Je retourne à Paris mardi pour revenir ici le plus tôt possible. Je n'ai pas connu d'agitation, à aucune époque de ma vie, que la solitude et la nature n'apaisassent promptement. Deux jours encore et cette lettre, peut-être, n'eût été ni si longue ni si fiévreuse. Vous ne vous trompez pas sur l'emploi de mon loisir, j'encourrais le reproche que Pascal faisait à Montaigne si je ne me sentais exempt de ce qu'il appelle le sot orgueil de se peindre soi-même ; en vérité, je ne me le sens point: si je me confie au
AVRIL 1834-MARS 183b. 119
papier tel que j'ai vécu, tel que Dieu lui-même m'a vu vivre^ c'est avec la résolution de ne me laisser ainsi apercevoir à personne et en doutant bien souvent si je me relâcherai du secret après moi. Nul ne se passe mieux que moi de l'opinion d'autrui, ce qui n'ôte rien à la faiblesse de se blesser de ce qu'elle refuse
P.-S. — Lisez-vous la Revue des Deux Mondes 1 Cherchez-y un morceau de Chateaubriand sur l'avenir de la société, extrait de ses Mémoires post/utmes ou, comme il les appelle, d' outre-tombe, et qui termine un amphigouri de M. Sainte-Beuve sur ces Mémoires. Jamais on n'a plus placé son capital en viager que ne l'a fait Chateaubriand. 11 aura mis son talent au service de toutes les folies, les fureurs ou les caprices de son temps.
AU COMTE DE HOUDETOT
Turin, 19 avril 1834.
Dans l'intervalle de votre lettre à ma réponse, cher Frédéric, nous avons été rudement tirés du calme oîi nous nous complaisions. D'abord la retraite de M. de Broglie, résultat des cabales et de la sottise, le rajustement du ministère qui restera dans les mêmes voies mais en perdant celui de ses membres qui lui donnait le plus de considération ; enfin cette prodigieuse sédition de Lyon. Elle nous a tenus dans de grandes anxiétés : on n'a su pendant cinq jours d'autres nouvelles, sinon qu'on se battait. C'est aujourd'hui seulement que nous avons quelques détails. Ce que nous
connaissons, semble montrer qu'il s'agissait de la grande bataille dont la république nous menaçait, ou pour mieux dire du maintien de l'ordre social. Ce n'était point pour un intérêt de salaire que se battaient les ouvriers. Ce prétexte n'était pas même allégué. Ils voulaient être les maîtres. Depuis quatre ans, on les enivre d'orgueil, on les fanatise d'égalité, et ils viennent d'être les combattants et les martyrs de cette religion. Il parait probable que si la victoire leur fût demeurée, Grenoble, Mâcon, Dijon, Genève, la Suisse et la Savoie auraient été bien vite enveloppées dans ce mouvement.
Nous allons voir maintenant l'effet de ce gros événement sur les esprits et les opinions. Tant qu'une réaction morale n'aura point pris cours, tout ce qu'on fait pour maintenir l'ordre matériel restera partiel et provisoire.