‹ Souvenirs; (volume 2)Chapitre 17 sur 26 · AU COMTE DE RIGNY · texte numérisé non relu

AU COMTE DE RIGNY

(iènes, 2 décembre 1834 (2).

Monsieur le comte,

Il est, je crois, superflu d'entretenir Votre Excellence de l'impression qu'ont produits ici la démission du ministère, les incertitudes et les essais de recomposition qui ont suivi, la tentative d'un nouveau cabinet et sa durée de trois jours.

Cette crise passagère se terminait à peine que sont arrivées les nouvelles d'Angleterre. Elles ont d'abord produit dans le cabinet de Turin un sentiment de doute et d'étonnement. La rentrée du duc de WelUngton et des tories au pouvoir n'a point au premier moment

(1) L'instruction, par une commission de la Ctiambre des pairs, du procès des insurgés d'Avril, c. b.

(2) Dépêche officielle N° 48.

168 SOUVEx\IRS DU BARON DE BARANTE.

amené cette explosion de joie qui avait été visible en 1832. M. le comte de La Tour a commencé par être frappé de la témérité d'une telle entreprise et du danger de la voir échouer. Il y a deux ans la France inspirait tant de crainte et de haine que le duc de Wellington semblait un sauveur nécessaire. Aujourd'hui il n'est plus qu'un conservateur salutaire, destiné à prévenir des périls plus éloignés et plus incertains. En même temps, on se trouve si bien du calme plat qui régne sur l'Hurope, qu'on est porté à s'inquiéter de tout ce qui pourrait le troubler.

Peu à peu, M. le comte de La Tour s'est rassuré et s'est laissé gagner par le contentement où se trouve le A'ulgaire du parti absolutiste. Maintenant il ne se cache plus de la satisfaction que lui donne ce grand changement. Toutefois, il lui paraîtrait imprudent et fâcheux que le duc de "Wellington n'adoptât pas un système de concession et de transaction. Il croit que le duc doit être, non l'adversaire absolu des réformes, mais leur modérateur prudent et ferme.

Quant à la politique extérieure, nous répétons, lui et moi, sans le croire ni l'un ni l'autre, qu'elle restera la même. Je ne prétends point parler ici de ce qui peut en arriver, quant à l'ensemble de nos relations avec l'Europe, mais je vois fort bien que le cabinet de Turin va se croire appuyé contre nous et se livrera tout à son aise au sentiment de malveillance qu'il nous porte, et que si, par suite de cette disposition , nous retombons, ainsi qu'il est probable, dansquelque aigre dissentiment, la conciliation sera difficile.

Cet avènement du duc de Wellington flatte surtout les espérances que le parti absolutiste a placées sur

don Carlos. C'est, pour le moment, son grand, son unique intérêt. Les carlistes français ne se voient aucune chance dans le présent ; ils n'ont point occasion d'agir. Les discordes de la petite cour de Prague sont d'un complet ridicule aux yeux des étrangers. Il n'y a plus pour eux d'accueil empressé. Les Portugais de dom Miguel n'ont d'espoir que pour l'avenir. La guerre de Biscaye et la restauration de don Carlos sont donc la question actuelle. C'est là qu'on espère obtenir un succès qui serait le premier depuis quatre ans, qui changerait, comme s'en flatte l'esprit de parti, le cours des circonstances et deviendrait le point de départ d'une nouvelle série d'événements.

DE LA DUCHESSE DE DINO

Rochecotte, 2 mars 183o.

Écrivez-nous un peu ce qu'il faut croire, à quoi il faut s'attendre. Je me trouve assez riche de souvenirs sans avoir besoin de prévisions pour animer ma vie actuelle, et cependant comment ne pas jeter avec une certaine inquiétude sa pensée en avant quand on voit les plus bizarres incidents se presser et semer tant de mauvaises graines.

Nous ne pouvons trop arriver à y voir clair et surtout à arrêter notre esprit à une issue probable. Autant que je puis voir, l'arrivée même du maréchal Soult, lors même quïl accepterait, ne résoudrait pas encore la difficulté, car il ne peut être tout à lui seul.

Qui me paraît étrange, c'est Sébastiani. Il parcourt l'Europe à tire-d'aile, traverse les mers, fait de

la diplomatie [i) el de la magnificence, delà jeunesse et du dévouement. Mais c'est superbe ! Et le vieux M. Soult ? Est-il vrai que ses enfants lui aient envoyé un courrier pour l'engager à se hâter d'arriver de Toulouse depuis que Sébastiani est si vite revenu de Londres ? Tout cela est véritablement le plus incon cevable état de choses possible, et doit bien divertir ceux qui ne sont pas disposés à l'approuver. Mon ami, pour moi je bénis de plus en plus le jour où M. de Talleyrand s'est convenablement éloigné d'une scène où la pièce et les acteurs, tout est à l'avenant.

Adieu. Mes amitiés et bons souvenirs dans le petit salon vert (2) où vous finissez souvent vos soirées. Dites beaucoup de choses fort tendres de ma part à madame de BrogUe. PoUtique à part (je n'aime pas celle de sa maison), je l'aime et la respecte, elle, beaucoup. Je suppose que vous et Sainte-Aulaire ne quitterez Paris que quand vous saurez à qui adresser Aos dépêches ; mais n'oubliez pas qu'avant tout vous me devez l'un et l'autre quelques jours ici. J'y tiens extrêmement.

(i) Le général Sébastiani avait été nommé le 4 avril 1834 ambassadeur à Naples, puis ambassadeur à Londres le 7 janvier 1835, en remplacement de M. de Talleyrand. c. b.

(2) Le salon de madame de Castellane. c. b.

Mars 183y-Février 1836 (I).

DE LA DUCUESSE DE DINO

Rochecotte, 16 mars 1835.

Je croyais que vous m'aviez étouffée entre les deux ministères qui paraissent vous avoir été ofTerts.

(1) Événements de mars 183o a février 1836. — Le cabinet est reconstitué sous la présidence du duc de Broglie nommé ministre des affaires étrangères en remplacement du comte de Rigny, qui prend le portefeuille de la guerre précédemment attribué au maréchal de Trévise (12 mars).

— L'affaire des 23 millions dus aux États-Unis est de nouveau portée devant la Chambre des députés, le crédit est voté.

— Début du procès des insurgés d'Avril (5 mai). — Scènes tumultueuses dans la salle d'audience. — La cour ordonne que les accusés qui s'obstineraient à troubler Tordre comparaîtront isolément devant elle. — Un petit nombre de prévenus se décident à accepter les débats. — Lettre du comité de défense aux accusés récalcitrants; les auteurs de cette lettre sont traduits devant la Cour des pairs et condamnés. — Le journal le Réformateur, cité à la barre de la Chambre des députés, est condamné. — La Cour des pairs décide que les accusés seront jugés séparément par catégorie et qu'elle jugera en leur absence ceux qui ne

172 SOUVENIRS 1)1' BAllON DE BARANTE,

Laissez-moi vous ft-iiciter d'avoir échappé à l'un et k l'autre. Je ne me permets pas de juger de la durée

comparaîtraient pas devant elle. — l>asion de vingt-huit accusés (12 juillet). — Projets d'attentat contre le roi.

— Complot de Neuilly. — liruits répandus au sujet d'un attentat pour le 28 juillet. — Attentat du 28 juillet. — Nomljreiises victimes. — Arrestation des coupables : Fieschi, Morey, Pépin. — Le gouvernement présente à la Chambre des députés trois projets de lois, sur le jury, sur les cours d'assises et la presse. — Ces lois, dites lois de Septembre, sont votées par les deux Chambres. — Ouverture de la session législative de 1836 (29 décembre). — Discussion de l'adresse; incident sur la Pologne. — Le miidstre des finances, M. Ilumann, en lisant lexposé des motifs du budget de 1837, présente comme nécessaire et imminente la conversion des rentes 5 p. 100 sans avoir consulté sur ce sujet ses collègues (14 janvier 183b). — Il est obligé de donner sa démission. — M. d'Argout le remplace. — Procès des auteurs de l'attentat du 28 juillet (30 janvier). — La Chambre prend en considération une proposition favorable à la conversion des rentes (5 février).

— Démission du ministère. — En Angleterre : Nouvel échec du cabinet sur la question de l'application d'une partie des revenus de l'Eglise irlandaise à des objets non ecclésiastiques. — Démission du ministère (8 avril 1835).

— Formation d'un nouveau ministère sous la présidence de lord Melbourne (18 avril). — Discussion et adoption du bill pour la réforme des corporations municipales. — Bill relatif à l'Église d'Irlande adopté par la Chambre des communes et rejeté par les lords. — Budget. — Clôture de la session (10 septembre). — Violentes attaques de 0"Connel contre la haute Chambre. — Élections partielles favorables aux tories. — Elections municipales favorables au parti whig. — Ouverture de la session (4 février 1836).

— Discussion de l'adresse. — Discussions sur diverses

de celui dont l'enfantement a été si pénible; mais je crois qu'il est plus sûr, peut-être même plus honorable

questions extérieures. — En Allemagne : Dans la plupart des États secondaires, suite de la lutte contre le mouvement libéral. — Troubles à Berlin (3 août i83o;. — Accession des États de Bade, de Nassau, de l'Yancfort au système de douanes prussien. — Entrevue de l'empereur de Russie, de l'empereur d'Autriche et du roi de Prusse à Tœplitz (26 septembre). — En Russie : Voyage de l'empereur à Vienne. — Violent discours de Nicolas I'^'" à la municipalité de Varsovie (22 octobre). — Décret de confiscation des biens de réfugiés polonais. — Occupation de Cracovie par la Russie, la Prusse etrAutriche(17 février 1836). — En Suisse : Les cantons de Berne et de Lucerne, devenus canton directeurs, sont sommés parles puissances de déclarer s'ils ratifient la décision de la Diète de l'année précédente, relative aux réfugiés contre laquelle ils avaient protesté. — Difficultés. — Un accord finit par intervenir, — Ouverture de la session de la Diète. — Les questions relatives à la revision du pacte fédéral continuent à agiter un grand nombre de cantons. — Différend entre le canton de Bàle-Campagne et la France au sujet de l'autorisation donnée à une acquisition faite par un citoyen français, autorisation retirée parce qu'il appartenait à la religion juive — Protestations du duc de Broglie. — L'exécution des traités de la France avec la Confédération, en ce qui concerne Bàle-Campagne est suspendue (12 septembre 1835). — Troubles religieux dans le canton d'Argovie et dans le Jura catholique. — En Piémont: Expulsion du chargé d'affaires portugais. — Rupture de toute relation entre le Portugal et la Sardaigne(31 août). — Préparatifs maritimes à Gênes. — La médiation de l'Angleterre est acceptée de part et d'autre. — Un protocole, signé à Londres le *^ janvier 1836, déclare le différend terminé. — Invasion et ravages du choléra. — En Turquie : Succès de l'expédi-

de n'en pas faire partie ; il y a un peu trop de pièges, d'intrigues, de duperie des uns, de comédie des

tion envoyée à Tripoli pour faire rentrer celte régence sous l'autorité de la Porte (juin 183o'. — Révolte en Albanie.

— Avances de l'Angleterre auprès de la Porte. — Peste en Egypte. — Échecs de l'armée égyptienne en Arabie. — La domination du pacha continue à s'affermir en Syrie.

— En (Irèce : Couronnement du roi Otlion (1" juin 1835). Amnistie générale pour délits poliliiiues. — M. d'Armansperg est nommé archisecrétaire d'État. — Difficultés intérieures et financières. — Troubles. — Brigandages.

— Arrivée du roi de Bavière (7 décembre). — Insurrection dans TAcarnanie (février 1836). — En Espagne : Succès carlislos dans le Nord. — Valdez remplace Mina dans le commandement de l'armée (17 avril 1833). — L'armée de la reine subit de nouvelles défaites. — Attaque contre le président du conseil dans les rues de Madrid par des groupes révolutionnaires (11 mai), — Demande de la coopération de la France et de l'Angleterre contre les carlistes. — L'intervention directe est refusée, mais la France met à la disposition de l'Espagne une légion étrangère formée et équipée en Algérie, et l'Angleterre autorise le recrutement sur son territoire de corps de volontaires. ^- La France et l'Angleterre organisent en outre des croisières le long des côtes d'Espagne. — Démission du ministère Martinez de la Rosa (7 juin). — Ministère Toreno (13 juin). — Siège de Bilbao. — Blessure et mort de Zuraalacarréguy (20 juin). — Levée du siège de Bilbao. — Cordova succède à Valdez dans le commandement de l'armée. — Gages donnés par le nouveau ministère au parti libéral. — Suppression des jésuites, confiscation de leurs biens. — Préparation d'une loi sur la liberté de la presse. — Explosion de mouvements libéraux et révolutionnaires. — Insurrections. — Expulsions et massacres de moines. — Formation de juntes provinciales

autres, de combinaisons maladroites et malséantes de tons pour que vous, avec votre âme candide, votre nature exquise, vous eussiez pu vous y trouver à

révolulionnaires, révoltes des milices urbaines, troubles de toutes sortes, en Catalogne, dans les provinces de Valence, d'Aragon, en Andalousie et dans presque toute TEpagne (août-septembre). — Changements dans le ministère qui veut résister au mouvement des provinces. — Expédition carliste en Catalogne. — Formation d'un nouveau ministère par M. Mcndizabal, ministère de concessions libérales (14 septembre), ^«ombreuses mesures prises dans cet esprit : garde nationale, liberté de la presse, réforme du clergé, etc. — Soumission des juntes. — Vote de confiance des Certes (3 janvier 1836). — Échecs carlistes en Catalogne et en Aragon. — Troubles libéraux à Barcelone (13 janvier). — Massacres de prisonniers carlistes

— Insurrection au nom de la constitution de 1812. — Loi électorale. — Dissolution de la Chambre (27 janvier).

— Avantages carlistes en Navarre. — L'escadre anglaise reçoit l'ordre d'empêcher que les places de la côte ne tombent aux mains des partisans de don Carlos. — Exécution des prisonniers par chacun des deux partis. — En Portugal : Mort du prince de Leuchtenberg (28 mars 1835).

— Adresse des Chambres pour prier la reine de contracter promptement un second mariage. — Nouvelle division territoriale du royaume. — Trois ministères difîérents se succèdent dans l'espace d'un mois (avril-mai). — L'Espagne demande l'intervention du Portugal. — La reine s'y oppose au dernier moment. — Nouvelles crises ministérielles (novembre). — Conclusion des négociations pour un mariage de la reine avec le prince de Saxe-Cobourg- Gotha (7 décembre). — Embarras financiers. — Débats sur l'alliance commerciale du Portugal et de l'Angleterre où éclate un vif sentiment d'iiostilité contre cette dernière puissance, c. b.

l'aise. M. Mole est le seul qui me paraisse s'être tiré de la curée dos noms propres pour s'établir sur une question de principe ; c'est avoir bon air, et s'être réservé pour des circonstances peut-être plus graves mais du moins débarrassées du cortège des intérêts privés. Et c'est avoir pris une très bonne place, comparativement du moins.

DU COMTE M OLE

Acosta, 6 avril 1835.

Dans ma retraite, il semble que je m'intéresse aux affaires plus que vous ne le faites au milieu du tourbillon. J'ai souvent remarqué que de loin le dégoût des détails est épargné, tandis que la curiosité d'esprit et l'intérêt des événements restent dans toute leur force. Mon âme se calme, en vieillissant, mais ne se désintéresse pas et je me sens l'esprit plus actif que dans mon jeune âge. Le public me paraît faire comme moi et je suis loin de m"apercevoir qu'il se désintéresse.

Je crois l'Angleterre destinée à de rudes épreuves ; son bon sens ne la préservera pas. Je l'ai dit et pensé le jour où le bill de réforme a été adopté. Il fallait que le principe réformateur épuisât ses conséquences et qu'une Angleterre nouvelle s'élevât malgré les résistances de l'ancienne.

Voilà donc cette salle que nous devions à l'activité de M. Decazes comme le procès, la voilà donc encore trop petite ! Quand on est sorti de toutes les Limites du connu, du raisonnable, du possible, on a de la peine à y rentrer. Je suis curieux de nos séances pré-

paratoires des 2 et -4 mai. Il me revient, comme à vous, que les accusés sont à un point de violence et de fanatisme qui pourrait bien forcer de tout suspendre. Quels embarras on s'est donné! Maintenant, on soutient la gageure il en coûte pour être conséquent.

Acosta, 9 avril 1834.

Je regrette moins cet ajournement à quelques jours plus tard du procès depuis le gros rhume qui me retient au logis. J'espère que ce gros rhume me vaudra d'être inébranlable pendant ces débats et d'autant plus que ma santé d'ailleurs s'améUore. J'ai un sincère désir de m'y montrer juge infatigable et de suivre jusqu'au bout, et dans tous ses développements, le spectacle étrange qu'on nous prépare. L'orgueil absout de bien des fautes. Il ne s'agit que de se croire infail- Uble pour avoir la conscience tranquille sur ce qu'on a fait.

Je vous féhcite d'a^-oir trouvé le secret de travailler à Paris, mais à quoi destinez-vous ces articles biographiques nouveaux ou plus étendus ? Cela sera-t-il dans ces volumes de Mélanges annoncés par Ladvocat?

J'avais lu hier la consultation des avocats dans le Temps. Elle est une preuve de plus que nos altributions judiciaires auraient dû cesser avec l'hérédité. Il semble que la hardiesse d'esprit n'existe plus que chez les fous. En parlant sur l'hérédité je laissai percer à. peine cette opinion, et déjà cela fut pris pour un trail d'opposition envenimée.

Ce que la diplomatie redoute de Palmerston et des ivhifjs en général, n'est pas sans fondement. Je les connaisbeaucoup, du moins les John Russell, Holland, Y. 12

Palmerston, etc., et je les tiens pour des constituants, des hommes de 1791, travaillant pour le ^?«re humain, comme Voltaire elles encyclopédistes écrivaient pour lui.

DE LA DUCUESSE DE DIiXO.

Rochecotte, 26 avril 1835.

Votre propre disposition vous prépare à recevoir plus facilement les impressions douces que celles qui sont pénibles. C'est être heureusement né, et c'est ce qui fait aussi qu'on retienne plus aisément son équilibre, qu'on s'éclaircisse plus aisément le cœur et l'esprit auprès de vous qu'auprès de n'importe qui, à ma connaissance du moins. J'en ai plus d'une fois fait l'épreuve, je vous en conserve reconnaissance, et c'est aussi ce qui m'a fait tout particulièrement vous regretter ici, et plus d'un nuage a passé devant ma pensée, d'où votre aimable humeur, votre douce et discrète amitié les eût certainement dissipés tout d'abord. Vous n'êtes pas la personne à laquelle j'aie le plus dit les particularités de cette %de, mais vous êtes celle par laquelle je me suis toujours sentie le plus devinée ; jamais vous n'avez appuyé sur ce qui vous apparaissait, et l'extrême déhcatesse avec laquelle vous indiquez sans articuler rend votre commerce singulièrement commode, doux et agréable. Voilà une petite déclaration que je suis bien aise de vous faire, elle ne vous chagrinera pas.

Le nouveau cabinet anglais apparaît dès le début en contradiction entre ses paroles et ses actions.

MARS 183o-FEVRIER 1836- 179

Lord Melbourne reiiie O'Gonnell qui lui en donne le démenti (1). Je n'ai jamais vu que le mensonge fût une condition de durée.

Le Pont-de-Sains (2) me parait, comme à vous, pas mal absurde ; mais quand on s'ennuie dans la retraite et qu'on se sent blessé dans le monde, on ne songe plus qu'à changer de Ueux; on croit qu'on sera mieux partout ailleurs que là où on se trouve. Il faut laisser faire. J'ai opposé, et, au besoin, j'opposerais encore une forte résistance à toute reprise d'affaires publiques, parce que je préférerai toujours la dignité au bonheur, surtout quand il s'agit d'une existence sur laquelle le public est sans cesse appelé à juger. Mais là où la dignité n'est pas compromise, je n'oppose aucune insistance, ce serait jeter une goutte de fiel entre nous, sans avantage véritable.

Madame de X*** est de toutes les femmes que j'ai rencontrées celle pour laquelle j'ai eu le plus invincible attrait. J'ai été amèrement affligée de la perdre, et d'avoir cru devoir me plaindre d'elle. Je l'ai retrouvée avec une joie d'enfant; je me complais à choyer maintenant cette joUe image. Et puis cependant, vous le dirai-je, j'ai beau faire, je ne puis plus avoir cette confiance de jadis, c'est peut-être de tout ce qui se détruit ceqiù se refait le plus difficilement. Je trouve

(1) Lord Melbourne, sommé par lord Alvanley de dire nettement s'il avait négocié, et à quelles conditions, avec le plus violent ennemi de l'Union et de la Chambre des lords, dans le but de s'assurer son appui, avait formellement nié tout rapport avec O'Gonnell (Séance du d8 avril 1835). c, b.

(2) M. de Talleyrand désirait aller faire un séjour dans sa propriété de Pont-de-Sains, sur la frontière belge, c. b.

la fleur aussi belle, aussi parfumée, je m'en approche avec le même attrait; mais j'ai toujours une certaine terreur que la vipère ne me guette sous cette aimable apparence. Etpuis cependant je m'approche, j'avance^ je cultive, tout simplement parce qu'il y a fascination. Dites-moi donc que j'ai toit de me défier. Dites-moi que madame de X***ne manque pas de ce grain de probité avec lequel je ne lui demanderai plus rien pour l'aimer avec autant d'estime que je le fais avec goût. Vous me feriez grand plaisir si vous pouviez fixer mon opinion à cet égard.

Quant à madame de Z*** je la plains de tout mon cœur. Elle aussi a devant les yeux une perspective d'isolement d'autant plus assurée qu'elle n'en cherche le remède que dans la foule, et les intérêts généraux. Les femmes ont un autre but, d'autres besoins, d'autres moyens, et malheur à elles quand elles continuent à un certain âge à se donner ainsi le change.

Adieu, mon bien aimable et excellent ami. Dites de temps en temps à madame de Broghe que je l'aime, parce que c'est vrai.

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