‹ Souvenirs; (volume 2)Chapitre 20 sur 26 · DU COMTE DE S A I.NTE-AU LA IRE · texte numérisé non relu

DU COMTE DE S A I.NTE-AU LA IRE

Vienne, 6 février 1836.

J'ai appris avec bien de la joie vos succès àBerUn et ceux déjà obtenus à Pétersbourg. Dans notre chien de métier le bon visage d'hôte, condition nécessaire

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d une vie sociale tolérable, a encore de Timportance comme symptôme et comme moyen d'action dans la vie politique.

Ici je n'ai point à me plaindre. J'ai retrouvé M. de Metternich mieux établi et plus amical que Tannée dernière. S'il fait quelques concessions aux tendances ultramontaines que l'avenir semble devoir développer à Vienne, rien ne m'avertit que ce soit à nos dépens. Cependant la conséquence naturelle de l'état précaire où la santé morale et physique de l'empereur Ferdinand place son conseil, est d'augmenter encore la force d'inertie qui fut de tout temps la divinité tutélaire de l'Autriche. Jamais aucun parti ne sera pris la veille s'il est rigoureusement possible de le remettre au lendemain. Au fond M. de Metternich pense de l'empereur Nicolas ce que vous et moi nous en pensons, mais il se croit suffisamment garanti pour le quart d'heure par l'alliance de la Prusse, et tant que les ivhigs resteront aux affaires, il ne cherchera pas son équiUbre de ce côté. A la haine que lui inspire lord Palmerston se joint une méfiance, fondée ou non, mais trèsA-ive. « Ces gens-là, me dit-il souvent, n'ont » ni la volonté, ni le pouvoir de tirer un coup de canon. » Leur jeu est tout machiavélique, et quiconque s'en- » gagera avec eux ne tardera pas à s'en repentir. »

Si Wellington et Peel revenaient au pouvoir, je ne crois pas que M. de Metternich en devînt plus belligérant, mais ses affections, de préférence, se tourneraient de ce côté, et il ne me confierait plus alors les malices plus ou moins noires que l'Angleterre tente chaque jour de nous faire. Ces confidences si désintéressées m'inspirent, comme vous le voyez, bien peu de reconnaissance, mais les faits conservent leur valeur

et il m'est démontré que nous avons là des camarades peu sûrs. Je n'en vis pas moins avec eux dans les meilleurs rapports; je m'évertue à leur témoigner beaucoup de confiance et d'amitié, malgré une réciprocité un peu gênée.

L'attitude de l'empereur Nicolas à l'égard de notre roi gêne M. de Metternich; il s'emploie à la modilier, et désirerait sincèrement, je crois, un rapprochement qui lui permît de nous embrasser à la fois. Jusque-là, s'U nous touche la main, ce ne sera que du bout des doigts. Je n'ai pas abordé le sujet (1) sur lequel vous avez remarqué des dispositions favorables à Berlin. On m'a recommandé en quittant Paris d'attendre des instructions nouvelles et depuis lors je n'en ai reçu ni sur cela ni sur autre chose.

Depuis ma lettre commencée, j'ai appris l'équipée de Humann dont, malgré les prévisions assez sinistres de quelques-uns de nos amis de Paris, je ne puis craindre des conséquences sérieuses. Je m'inquiète davantage des armements de l'Angleterre et du mouvement de ses Chambres. M. de Metternich se tient pour positivement certain que nous nous séparerions d'elle plutôt que de la suivre dans une agression contre la Russie. M. de Maltzan (2j semble partager cette conliance, car il me disait hier soir : « C'est à la sagesse de votre roi que l'Europe devra son salut. »

8 février.

Je remets ma lettre à un courrier russe qui va partir. J'aimerais à la garder encore quelques jours, carl'ho-

♦ (t) Un projet de mariage pour le duc d'Orléans, c. b. (2) Ministre de Prusse à Vienne, c. b.

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rizon est assez chargé de nuages. Ils se dissiperont, j'espère, en petite pluie, mais je serai plus tranquille quand notre Chambre aura rejeté la proposition de M. Gouin (1), et quand celle d'Angleterre aura voté une adresse pacifique. On dit ici que Pozzo a demandé à lord Minto (2) des explications sur les armements anglais. Lord Minto, après avoir consulté lord Melbourne, aurait répondu que les armements avaient heu en effet, mais sans aucune intention dont la Russie dût se préoccuper; seulement parce que la France ayant dû armer en vue de l'Amérique, il était de règle maritime que l'Angleterre armât aussi.

Quoi qu'il en soit de cette explication, le firman accordé par la Porte contre les monopoles delà Syrie peut fournir un prétexte spécieux pour commencer une affaire dont il n'est pas facile de prévoir qu'elle serait la fin.

AU DUC DE BROGLIE

Saint-Pétersbourg, 9 février 1836 (3).

Monsieur le duc, '

Quelques nouveaux détails m'ont été donnés sur la mission du comte Strogonoff à Athènes. Outre la proposition de neutrahté en cas de guerre avec l'Angleterre ou la France, il parait que le comte Strogonoff

(1) Projet de conversion de la rente 5 p. 100, dont l'adoption entraîna, quelques jours plus tard, laclaute du ministère, c. b.

(2) Premier lord de l'Amirauté.

(3) Dépêche officielle N" 6.

était aussi chargé de s'assurer des dispositions du roi Othon, ou de ce qui l'entoure, sur un mariage ou un changement de religion. On ajoute que le comte Strogonoff, loin de rapporter aucune réponse positive, ne peut même asseoir une conjecture sur ce qui pourrait être résolu à Athènes quant à ces diverses questions; il a trouvé indécision complète dans le roi et dans M. d'Armansperg, et aucune force ni mouvement d'opinion dans ce qu'il a pu voir de la Grèce.

« C'est un blessé qui n'a plus de sang dans les » veines, quia besoin d'un repos complet et ne peut ni » rien vouloir ni rien souhaiter. Que leurroi soit ou ne » soit pas de leur rehgion, qu'il épouse une princesse » de rehgion grecque, cathohque ou protestante; qu'il » soit l'ami ou l'alUé de telle ou telle puissance, qu'il » les gouverne sous une forme ou sous une autre, » peu leur importe. En ce moment ils ne demandent » qu'un peu d'ordre et de calme ; plus tard ils de\T[en- » drontpeut-èlre moins faciles. » Voilà, à ce qu'on m'assure, comme en parle le comte Strogonoff. Cet état de la Grèce ne déplaît pas beaucoup au cabinet de Saint-Pétersbourg, et il ne s'occupera point a^-ec un vif intérêt du soin de l'améliorer : l'antipathie pour toute apparence de gouvernement hbre reste toujours aussi vive. Toutefois, s'il nous convenait de donner ici quelques louanges sur la façon dont les choses ont été réglées en Yalacliie et en Moldavie sous le patronage de la Russie et de dire que nous désirons pour la Grèce des dispositions analogues, nous pourrions être assez bien écoutés. Comme je ne sais rien des intentions de Votre Excellence, je ne dirai rien en ce sens que fort A'aguement.

Lord Durham continue à m'entretenir assez sou-

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vent des affaires d'Orient, je crois que ces informations et ses avis n'ont pas surlordPalmerston l'influence qu'il espérait, il n'approuve point la conduite de lord Ponsonby (1) et craint que pour acquérir plus de crédit et de pouvoir sur la Porte, l'Angleterre ne fasse la faute de lui sacrifier plus oumoinsle pacha d'Egypte. Selon lui, ce serait une grande duperie et loin de trouver après le Grand-Seigneur plus docile aux influences françaises ou anglaises, on aurait perdu le principal moyen d'action sur lui. J'ai demandé à lord Durham ce qu'en pensait l'amiral Roussin (2), mais il paraît qu'ils ne sont nullement entrés en communication et que lord Durham a quitté Constantinople sans bien savoir jusqu'à quel point nos ambassadeurs exerceraient une action commune, la poUtique de la France à Constantinople lui a semblé, dit-il, plus inerte que celle de l'Angleterre. On attend ici avec une sorte d'anxiété l'ouverture du Parlement et l'on prévoit une bordée plus bruyante et mieux nourrie que la discussion de la Chambre des députés. L'empereur en est sans doute fort occupé, mais rien ne me revient de la façon dont il s'exprime. Si j'en jugeais d'après une assez longue conversation que j'aie eue avec le comte Orlofl" (3), l'aigreur, l'irritation même et l'inquiétude seraient assez grandes.

(i) L'ambassadeur anglais auprès de la Porte, c. b.

(2) Notre ambassadeur à Constantinople. c. b.

(3) Lieutenant général adjudant général de l'empereur et membre du conseil de l'empire. C'était lui qui avait rétabli les relations diplomatiques entre la Russie et le Porte et avait fait décider en 1833, sur l'appel du sultan Mahmoud, l'envoi de l'escadre russe à Constantinople. Le comte Orlofî fut, en 1856, le premier plénipotentiaire de la Russie au concrès de Paris, c. b.

Comme j'y trouvais quc'l(iue exagération, disant quautre chose était des discours au Parlement ou une détermination du gouvernement, le comte Orloff m'a répondu : « Si vous connaissiez comme moi lord » Palnierston, vous ne diriez pas cela, il est capable » de tout, c'est un homme de passion et d'amour- >) propre. » Puis il ajoutait : « Souvenez-vous de l'in- « cendie de Copenhague en 1807 ; c'était en pleine » paix, après avoir cherché à inspirer toute sécurité » au Danemark. Qui sait s'ils n'ont pas envie de brûler » Cronstadt, comme ils l'ont dit souvent? » A travers ces plaintes il y avait un soin particulier d'établir une différence entre la France et TAugleterre. « Nous sa- » vous que vous n'avez pas les mêmes méfiances, que >) vous ne nous croyez point en préparatifs pour aller » conquérir Constantinople ou occuperlesDardanelles; » votre alhance avec l'Angleterre n'irait sûrement pas » jusqu'à vous lancer avec elle dans une guerre sans » motif: ce serait une guerre générale, un embrase- » ment de l'Europe. »

Je me suis entretenu beaucoup plus longtemps, plus souvent d'une manière plus générale et cependant plus détaillée avec M. Ouvarow, ministre de l'instruction publique, qui jouit de la confiance de l'empereur et qui, je pense, avait été autorisé, ou même délégué pour entrer en communication avec moi. Les mêmes choses m'ont été dites par lui.

Quant à lalUance anglaise, sur laquelle M. Ouvarow s'est longuement étendu, qu'il ne trouve point naturelle, quidoit être contraire à l'opinion delà tradition française, qui est toute de circonstance passagère : ma réponse est constamment que l'identité des deux révolutions a créé une sorte de sympathie entre les

deux peuples ; que la conservation de la paix est devenue un intérêt sincère et profondément senti; que c'est là le caractère de notre alliance avec l'Angleterre; qu'elle n'a d'ailleurs aucun but, aucune intention active et n'exclut en rien notre amitié avec les grandes puissances du continent.

Les dispositions hostiles de l'empereur pour la France ont été dans mes conversations, soit avec M. Ouvarow, soit avec d'autres, un texte qui est revenu souvent ; j'ai cru à propos d'en parler froidement, comme d'un fait que nous connaissions fort bien, dont nous ne nous exagérions pas les conséquences, dont le plus ou moins de durée n'était pas pour nous une grande affaire: ce n'est pas ce que je dis expressément, mais le ton dont j'en parle signifie cela ou à peu près.

Sauf à me répéter, je dois reprendre ce point capital dans nos relations avec la Russie et ce qu'on m'en a expliqué. L'empereur fut d'abord, ainsi que tous les princes de l'Europe, frappé de la révolution de Juillet, comme du plus grand affront qui eût jamais été reçu par les races royales : il éprouva avec vivacité ce même sentiment que j'ai vu aussi de près dans le roi Charles-Albert. Puissant et éloigné comme il l'est, il exprima son impression sans beaucoup de réserve; cependant, pour lui comme pour les autres, elle aurait bientôt commencé à s'affaiblir, mais arriva l'insurrection de Pologne : dès lors il reçut de la France une blessure profonde, qui d'année en année a été rouverte et entretenue et que les articles du yowrna/ des Débais, la discussion et l'amendement ont remise à vif, bien qu'il évite de l'avouer.

Ainsi disposé, l'empereur commença à juger la France avec passion, à se méprendre sur sa situation,

à se faire illusion sur notre plus prochain avenir; il n'écouta aucune information contraire à son désir, à son espérance; ses ambassadeurs lui déplurent en cherchant à le désabuser. Il faut pourtant remarquer que, de tous les princes, il n'en est peut-être pas un qui ait repoussé si nettement tout rapport avec nos carlistes. Leurs journaux l'ont entretenu dans ses fausses notions, Tont empêché surtout de prendre pour notre gouvernement la considération dont il jouit ailleurs. La Mode a eu particulièrement ce genre d'influence ; les plaisanteries les plus vulgaires et les plus frivoles ont laissé plus de traces que les raisonnements gravement rédigés dont on sentait la fausseté; au fond il n'y avait aucune sympathie pour cette opinion et pour ce parti. II est curieux d'observer à quel point la Russie est restée étrangère à la restauration française. Les boutiques et les salons sont remplis de portraits de Napoléon, de gravures de ses batailles, de tout ce qui se rapporte à lui. Le culte pour son génie trouve ici encore plus d'adulation qu'en France ; depuis l'empereur jusqu'au plus simple officier, on ne parle pas de lui sans admiration. Je n'ai pas encore aperçu une lithographie de Louis XVIII ou de Charles X, et personne ne m'a prononcé leurs noms. Lorsque je m'en suis étonné, on m'a répondu que les relations de la France et de la Ilussie avaient été surtout intimes du temps de l'empire; qu'alors les Russes étaient accueil- Us et caressés à Paris; que la cour de Xapoléon était miUtaire, à cheval, en camaraderie, alors que sous la restauration Louis XVIII avait commencé par prendre avec l'empereur Alexandre les façons plus choquantes ; qu'il ne lui avait témoigné aucune reconnaissance; que les Russes avaient cessé d'être bien

reçus; qu'ils ne pouvaient former aucune liaison avec de vieux courtisans et des gentilshommes de la chambre appartenant à d'autres mœurs et à une autre époque. Bref la malveillance du gouvernement et de la société de Pétersbourg a été peu puisée à cette source, et si l'empereur rouvrait des communications amicales entre la France et la Russie, l'aristocratie russe serait vraisemblablement celle de toute l'Europe qui nous serait le moins contraire.

Mais cette rupture des relations a produit pour le présent une ignorance assez complète du véritable état de la France, ignorance où l'empereur, par son penchant et sa volonté, s'est enveloppé plus que les hommes éclairés qu'il emploie. Lui, qui a une intelligence habile de son propre peuple, dont le gouvernement intérieur me paraît guidé par un intérêt et une connaissance remarquable de sa situation, s'est pour ainsi dire volontairement trompé sur la France et aussi sur l'Europe.

Maintenant, il commence à s'en apercevoir : l'Europe et la France lui apparaissent chaque jour sous un aspect plus vrai, mais il faut s'accoutumer peu à peu à cette situation nouvelle manifestée par les mécomptes de Tœplitz et par l'évidence de notre stabihté intérieure. Avant de s'avouer bien positivement qu'on s'est trompé, et qu'il faut agir d'autre sorte, quelques mois s'écouleront sans doute. D'ailleurs le déchaînement de Topinion en France et en Angleterre laisse subsister tous les motifs d'irritation. 11 peut y avoir plus •de connaissance et plus de sagesse, mais tout autant de sentiments hostiles. Si l'Angleterre ne fait que du bruit, si aucun événement nouveau ne survient d'ici à quelques mois nous pourrons voir naître, d'abord,

puis se développer les conséquences de la situation actuelle, qui n'est pas encore suffisamment assise et reconnue.

DE LA DUCHESSE DE DINO

Paris, 11 février 1836.

J'ai vu des lettres qui ont été écrites sur vous de Pétersbourg et qui ne laissent rien à désirer à vos amis sur la justice qu'on se plaît à vous y rendre, et cela en termes excellents.

Je ne vois dans le monde que ce qu'il faut dans l'intérêt de mes enfants, et pour être agréable à cette foule d'étrangers dont j'ai reçu les politesses ailleurs, et que je leur rends ici de mon mieux; mais celte alternative d'inquiétudes et de devoirs me fatigue, et je ne puis assez m'applaudir d'avoir puisé dans l'emploi de l'été dernier une assez grande provision de forces pour n'avoirpoint encore, au milieu de toutes les tribulations de cet hiver, été arrêtée un seul jour. 11 y a cu'beaucoup à aller; chacun s'est vu obligé de faire chanter et danser, jusqu'à, ce que le procès Fieschi, les crises ministérielles et la mort de la reine de Naples aient tout arrêté. Je doute que la fin du carnaval tourne au profit de la conversation facile et douce comme nous en a%'ions jadis. On ne s'aime pas plus que lorsque vous nous avez quittés, peut-être moins, puisque les ennemis ne se sont pas rapprochés, et que bien des amis se trouvent gênés et refroidis par les petites luttes intestines qui naissent du conflit des ambitions. M. Mole a très bon maintien, mais je crois qu'au dedans il se ronge un peu. 11 a été fort question de lui

tous ces jours-ci, mais d'une façon moins importante qu'en mars et novembre. Il y a mis ordre avec autant de raison que de dignité. M. de Broglie est tout naïvement au désespoir, sans se douter le moins du monde que toute cette levée de boucUers de la Chambre est uniquement dirigée contre lui. Personne ne veut se charger de le lui apprendre. Je suis certaine que, s'il s'en doutait, il serait le premier à prier ses collègues do rester sans lui ; il terminerait ainsi une position bien fâcheuse pour tout le monde et qui se résume dans un seul et unique individu; tenez ceci pour certain parce que c'est l'exacte vérité. J'ai du moins la satisfaction que Thiers s'est spirituellement et honnêtement conduit dans tout ceci; aussi est-il, dans la pensée de tout le monde, l'homme nécessaire. Il se refuse jusqu'à présent à toute combinaison immédiate; il prétend qu'il bat des ailes : « A la façon d'un oiseau qui va rentrer en cage! » lui ai-je répondu; il n'a pas trop dit non, puisqu'il insiste sur la nécessité de faire une certaine quarantaine. M. Royer est fort doux et fort calme dans tout ceci ; sa santé n'est pas tout ce que je voudrais.

Pour vous sortir du sérieux assez maussade de cette lettre, je veux vous conter une bonne plaisanterie de ce vieux chat deSémonville, dont les griffes ne s'usent pas. Il est arrivé hier au Luxembourg, se disant dans le secret d'un nouveau ministère, et tout le monde de le questionner. Voici sa liste :

Président du conseil. . . Madaye Adélaïde,

Intérieur Madame de Boigne.

Cultes et justice Duchesse de Broglie.

Affaires étrangères. . . Duchesse de Dlno.

Guerre Madame de Flahact.

Marine Duchesse de Massa.

Finances Duchesse de Montmure-ncy.

Commerce Marquise de Caraman.

Cette bêtise faisait la joie de Paris hier. Le seul sujet qui se fasse jour à côté des ministères sérieux ou bouffons c'est Fiesclii, non pas son crime, mais ses amours, mais sa dévotion, car il est théologien et fait des distinctions spiritualistes dignes des plus habiles. Mademoiselle Nina Lassave (Ij et l'abbé Grivel (2), voilà ce qui est le plus à la mode, de par lui. On se presse aux sermons de l'abbé; on met sa fortune et sa santé aux pieds de cette dame de la Salpètrière qui, dit-on, compromettrait également Aile l'une et l'autre. Enfin on est fou : cela durera jusqu'à la semaine prochaine, qui aura fait justice du crime du Luxembourg, des folles ambitions du Palais-Bourbon, Sans attendre l'un ou l'autre, madame de Rumford est morte hier sans avoir seulement voulu convenir qu'elle fût malade, ayant été jusqu'à la dernière minute rude à la mort comme elle l'avait été aux vivants. Ce salon, qui se ferme pour toujours est de ceux en si petit nombre qui avait des halutués, et sera regretté malgré l'âpreté de la maitresse de la maison. Chacun y retrouvait quelque souvenir personnel. Pour moi n évoquait des ombres.

Mais, adieu. On me dit à l'instant qu'il part un courrier de chez mon cousin (3), je ne veux pas le manquer.

(1) La maîtresse de Fieschi. c. b.

(2) Aumônier de la Chambre des pairs avec qui Fieschi avait des conversations et une correspondance curieuses, c. b.

(3) Le comte Pahlen. c. b.

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Le ministère sera pour un autre jour. Aimez-nous toujours un peu.

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