‹ Souvenirs; (volume 3)Chapitre 10 sur 17 · SKPTEMIÎRE 180G-OCTO15RE IS · texte numérisé non relu

SKPTEMIÎRE 180G-OCTO15RE IS

découvrirez probablement aux environs de la ville.

Sur cette indication, je me mis en quête, et, le lendemain, je réussis à apprendre que mon frère était à deux ou trois lieues, dans une de ces maisons de bois, demeure des pauvres gentilshommes polonais.

J'y courus; c'était précisément la première fois qu'il avait pu sortir ; il était allé à la ville pour acheter de quoi se vêtir. Je rebroussai aussitôt chemin, je le rencontrai dans une rue de Thorn, pâle comme un fantôme, la tête entourée d'un mouchoir noir, habillé d'une longue redingote blanchâtre tachée de sang et percée de coups de lance.

Je l'amenai chez M. Daru qui l'accueillit avec bonté.

— Il aura votre lit, me dit-il, et vous coucherez sur le canapé; je n'ai rien de mieux à vous offrir.

Quand nous fûmes seuls, mon frère me raconta ses misères, à peu près celles de tant d'autres officiers. Le 4 février, au combat de Hof, dans une charge de cavalerie, son cheval, qui n'était pas ferré à glace, s'abattit. Les dragons, que n'appuyaient, au commencement de l'affaire, ni infanterie ni artillerie, furent repoussés et ramenés par la cavalerie russe. Mon frère n'avait pas eu le temps de se relever. Les Cosaques, en passant, le frappaient de leur sabre ou le perçaient de leur lance. Son casque était tombé et il reçut un terrible coup de sabre sur la tête. Les Russes, maîtres du

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champ de bataille ({uelques instants, commençaient à piller les morts et les blessés, lorsque les Français revinrent. Les cuirassiers, aidés de deux pièces de canon et soutenus par une colonne d'infanterie, eurent bientôt chassé la cavalerie russe. On releva les blessés. Les Cosaques avaient dépouillé mon frère de son manteau et lui avaient arraché son habit pour prendre ses épaulettes ; il était à demi nu. On l'enveloppa dans le manteau d'un de ses dragons tué à côté de lui, on ramassa aussi les lambeaux de son uniforme, puis on le porta dans une cabane voisine, chez des paysans polonais. Il fut pansé une première fois par le chirurgien du régiment, et comme les ambulances manquaient, il fut abandonné là, couché sur un grabat. Ces paysans ne prirent aucun soin de lui ; la fièvre était venue avec de la somnolence et du trouble dans les idées; des soldats dinfanterie s'arrêtèrent im instant dans cette maison, il ne s'occupèrent pas du blessé. Dans la poche de son habit déchiré, il avait retrouvé quelques pièces d'or entortillées dans du papier où les Cosaques ne les axaient pas devinées. Pendant son sommeil on lui en prit la moitié, le voleur eut la charité de partager avec lui. Enfin, le chirurgien d'un régiment de dragons survint; mon frère était mourant : un des coups de lance avait atteint le poumon ; la plaie extérieure fermée, l'air s'échappait de la plaie interne et se répandait sous la peau. On le plaça dant un traîneau et, pendant le voyage, comme on traversait

par le dégel un étang dont la glace était recouverte de neige, cette glace se rompit et le pauvre blessé tomba dans l'eau. Près de Thorn, on lui indiqua, ainsi qu'à plusieurs autres officiers mutilés, la maison où j'allai le cbercber. Là, étendu sur la paille, il lutta pendant plusieurs semaines contre la mort. Sa jeunesse et son bon tempérament le sauvèrent. Lorsque je le rencontrai, il venait d'acbeter, ne trouvant aucun autre vêtement, la redingote que le général d'Hautpoul portait, à Eylau, quand il fut blessé à mort.

La plaie profonde qui sillonnait le sommet de la tête de mon frère ne se cicatrisait pas ; il était vivant, mais dans le plus déplorable état. J'avais hâte de l'emmener à Breslau pour le soigner et le guérir. M. Daru m'expliqua comment cette permission devait être demandée au général de La Roche, commandant du dépôt de la cavalerie à Ivulm. Je fus reçu de la façon la plus grossière, avec un luxe de dureté qui n'était pas autre chose qu'un zèle de servilité. Alors M. Daru, très obligeamment, écrivit au maréchal Berthier. L'empereur transportait en ce moment son quartier général de la petite ville d'Osterode, au château de Finkenstein. Ce fut une cause de retard, et il nous fallut attendre la réponse pendant près d'une semaine. Elle nous accordait la permission désirée et nous par limes.

Ces courts instants chez M. Daru eurent pour moi un vif intérêt d'observation. J'assistai de près

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à l'accomplissement de ce grand projet conçu par l'empereur dès le lendemain dEylau. Il avait, d un coup d'œii rapide et assuré, aperçu la possibilitci de recomposer l'armée, en face de l'ennemi, à quatre cents lieues du Hhin; il se livrait entièrement à l'exécution de ce dessein. Etabli à Ostcrode après les quelques moments passés à Kylaii. il ins[>eclait chaque jour un régiment. Les premiers qui parurent devant lui étaient très incomplets et en mauvais état. Il n'adressait de reproches à personne, imputait tout à la mauvaise saison, donnait des croix et de l'avancement aux soldai?. Chaque colonel faisait de son mieux pour que son régiment se présentât avec une iigure meilleure que le précédent. D'ailleurs, les homuu's avaient du repos ; ils recevaient régulièrement leur ration ; les traînards et les absents rejoignaient peu à peu. D'AIleuuignc, de France et d'Italie arrivaient des divisions, des régiments, des détachements de conscrits déjà exercés. En même temps, l'administration de cette grande armée était dévouée, régulière, exacte, prévoyante. L'empereur, dont le génie n'excellait pas moins à rétablir l'ordre qu'à gagner des batailles et qui apportait dans les aflaires administratives une netteté, une précision et une mémoire aussi remarquables dans les moindres détails que dans l'ensemble, partageait son activité entre le commandement de l'armée et la direction de l'intendance générale. Ce qu'il avait espéré et voulu se réalisait.

Les Russes ne firent aucune tentative considérable pour troul)ler l'exécution de ce plan. Leur armée avait souffert autant que la nôtre et elle n'était pas encouragée par une apparence quelconque de succès. Elle était cantonnée de manière à ne pas s'approvisionner aussi facilement que les Français. Du reste, l'administration militaire de Russie est la plus mauvaise de l'Europe. L'armie ne peut se recruter qu'avec de longs délais, lant les distances sont grandes, et, à cette époque, la Russie ne possédait pas encore de routes praticables. Leurs nouvelles recrues ne deviennent des soldais qu'après une instruction prolongée. L'empereur savait tout cela et y avait compté. Le dai.ger se trouvait ailleurs. Mais l'Allemagne du Noi-d n'offrait pas encore un péril qui, plus tard, ne fut point assez pris en considération. Elle était si troublée, si abattue, si soumise et si humble qu'elle endurait, presque sans murmure, le traitement que le vainqueur lui infligeait. Six ans après, elle en tira vengeance, mais, en 1807, le découragement l'annihilait à tel point que, au moment où les Suédois, profitant de leur supériorité de nombre, sortirent de Stralsund, forcèrent le faible corps qui les bloquait et s'avancèrent sans nulle résistance vers Berlin, le général Clarke, qui commandait la ville eut l'idée de faire marcher la garde bourgeoise, formée pour maintenir le bon ordre. L'épreuve ne fut cependant pas poussée jusqu'au bout, les régiments français accoururent à

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temps pour conlraindrc les Suédois à se retirer. Mais l'altitude de rAulriclie appelait surtout les méditations de l'empereur. Ulm, Austerlilz et le traité de Presbourg l'avaient laissée en triste situation. Elle était sans doute encore consternée et épuisée, mais le désir de relever sa puissance et son honneur, mais la haine nationale pouvaient rcutrainer à saisir une occasion si favorable. L'empereur, avant d'entrer en Pologne et lorsqu'il lui était facile de se tourner contre l'Autriche et de l'écraser de nouveau, avait réclamé des explications, exigé la cessation d'armements et de préparatifs commencés. Lorsqu'il fut engagé dans les boues de Pultusk et les neiges d'Eylau, quand l'Allemagne se trouva, pendant quelques semaines, dégarnie de troupes françaises, si l'Autriche se décidait proniptement, il était difficile de prévoir ce qui pourrait survenir. L'empereur ne s'illusionnait nullement sur ses véritables dispositions, et ne doutait pas quelle profiterait de nos premiers revers sérieux. 11 s'agissait donc de gagner du temps et d'utiliser les hésitations du cabinet de Vienne. Il négocia, non plus en menaçant, mais en offrant la Silésie et un système d'alliance entre la France et l'Autriche. M. de Talleyrand suivait ces pourparlers, à Varsovie, avec le baron de Vincent, autrefois ambassadeur en France. Le gouvernement autrichien, trop sage et avisé pour s'enrichir des dépouilles du roi de Prusse, proposa sa médiation, médiation évidemment imposée

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ci armée sil arrivait malheur à l'empereur. M. de Talleyraud l'ut autorisé à l'accepter. Peut-être Tavait-il conseillée, soit dans l'intérêt de l'Empereur comme moyen dilatoire, peut-être aussi dans l'intérêt de la paix et pour y chercher des garanties contre les rêves indéfinis de guerre, de conquête et de monarchie universelle dont il redoutait l'issue fatale.

Quoi qu'il en puisse être de son véritable motif, voici ce que j'ai appris, nombre d'années après, du comte de La Tour, ministre des affaires étrangères à la cour de Sardaignc.

Pendant l'hiver de 1806-1807, il était aide de camp de son oncle, le maréchal de Bellegardc, commandant à Cracovie. M. Aldini, secrétaire d'Etat du royaume d'Italie, retournait de Varsovie à Milan ; il s'arrêta à Cracovie et vit M. de Bellegarde. M. de La Tour fut chargé do raccompagner aux salines de Wieliczka, une des curiosités du pays. Chemin faisant, M. Aldini lui parla de la guerre, de l'empereur, de la situation de l'armée; il dit que tous les hommes raisonnables de France et d'Italie devaient nécessairement rélléchir sur les chances probables ; que l'Autriche était appelée à exercer son action pour rétablir la paix de l'Europe, pour arrêter les entreprises gigantesques et périlleuses de Napoléon. INI. de La Tour, étonné que de si graves paroles fussent adressées à un simple officier, à un jeune homme, rapporta cette conversation à M. de Bellegarde. On la transmit à Vienne.

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M. Aldiiii y séjourna quelques jours, s'expliqua plus positivement, s'autorisa du nom Je M. de Talleyrand, et alla jusqu'à conseiller de réunir une armée nombreuse en Bohème, afin de contraindre l'empereur à la paix.

La bataille de Friedland fut gagnée, et le traité de ïilsilt signé avant que l'Autricbe eût pris unc^ résolution.

Après quinze jours d'absence, je retrouvai toute chose au môme point en Silésie. Le siège de Neisse n'avançait pas. Le général Vandamme n'avait toujours pas de moyens suffisants pour attaquer la ville, ni assez de monde pour la bloquer. L'empereur ne s'inquiétait guère de la Silésie, il ne craignait aucun danger de ce côté, et prendre les places fortes un peu plus tôt ou un peu plus tard lui iniporlait médiocrement, il avait retiré de l'armée de son frère une division bavaroise, et il ne lui convenait pas de faire les préparatifs et la dépense nécessaires pour assiéger efficacement les forteresses. De cet état de choses, il résultait que des bandes de soldats prussiens, qui trouvaient aide et refuge dans les villes que les Français ne possédaient pas encore, couraient la campagne, enlevant parfois des détachements isolés, interceptaient les communications et répandaient l'inquiétude dans le pays, ('e n'était pas en Silésie que cette guerre de partisans avait débuté. Colberg, pendant longtemps laissée de côté sur une route qu'aucun corps d'armée ne suivait, située près de la mer,

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€e qui lui facilitait les relations, servit d'aljord de point de départ à ces conrses sur les derrières de l'armée; elles coniniençaient déjà au mois de janvier, lorsque l'empereur envoya do Varsovie le général Victor prendre à Stettin le commandement du 8" corps; il lui conseilla d'éviter la route directe et de passer par Berlin. Le général crut cette prudence exagérée. Elle l'était si peu qu'il l'ut capturé dans une auberge à Stargard par le capitaine Scliil, aux débuts d'une renommée destinée agrandir. Peu après, le prince d'Anhalt-Pless, à la tète des bandes qui se formaient en Silésie, lit, pendant quelque temps, beaucoup parler de lui dans la province. Il harcelait souvent l'armée du prince Jérôme, mais, faute de forces suffisantes, il n'engageait pas de combat. Dès qu'on pouvait l'atteindre, on obtenait sur lui de faciles avantages ; cependant, de jour en jour il réunissait plus de monde autour de lui. Sur ces entrefaites le comte deGœrtz, aide de camp du roi de Prusse, remplaça ce prince de Pless, homme, à ce que nous apprîmes, au-dessous de l'ordinaire. Informé à Kœnigsberg que cette guerre de partisans prenait quelque consistance en Silésie, le roi y envoyait un général capable de tirer de cette situation tout l'avantage possible. On assura même qu'une somme de deux millions provenant des subsides de l'Angleterre avait été mise à sa disposition. Il s'établit à Glatz, qui n'était point cernée, et plaça sa petite armée dans un camp retranché, sous le canon de la

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place De là, elle faisait des incursions pour troubler le siège de Neisse.

Telle était la situation au commencement d'avril . Le prince Jérôme crut devoir en rendre un compte détaillé, il appréhendait que l'empereur ne fût mécontent; il confia ses dépèclies à un de ses aides de camp, M. d'Esterno, beau-frère de M. de Caulaincourt. L'empereur le garda quelques jours à Finkenstein, sut lui faire dire quelle vie menait son frère à Breslau et comment il gouvernait cette guerre de Silésie, puis il lui donna sa réponse.

Revenu près du prince, il fut chargé d'une mission où il courut de grands dangers. Une seconde fois on lui confia une reconnaissance dont, selon toutes probabilités, ilnedevaitrevenir. M. d'Esterno vit clairement que Jérôme cherchait à le faire tuer. Il connaissait beaucoup M. Lespérut et avait confiance en lui. Il le mit au courant de ses rapports aA'ec le prince et le conjura de s informer des motifs d'une haine si cruelle. M. Lespérut était assez bien avec ce dernier pour entreprendre cette difficile négociation. Voici d'où venait ce ressentiment.

L'empereur avait écrit à son frère une lettre très dure. Après lui avoir reproché sa conduite, il terminait en disant : «... Et quand on se comporte d'une telle façon, au moins faudi ait-il ne pas avoir la sottise de m'envoyer un ofticier qui m'en rend un compte exact. » M. Lespérut parvint à calmer le prince et le fit convenir qu'il eût été difficile à

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M. d'Esterno de ne pas répondre aux questions de l'empereur.

La réprimande eut son effet. D'ailleurs, la saison était moins rigoureuse, le prince Jérôme quitta Breslau et emmena les troupes qu'il y avait gardées. Il prit une position d'où il protégeait le siège de JNeisse contre les sorties de la garnison et les courses du petit corps prussien établi à Glalz. Toutefois le premier résultat de cette participation plus active aux opérations du général Vandamme faillit être assez malheureux. Une colonne sortie de Glatz déroba sa marche et se dirigea sur Breslau. Elle fut atteinte et attaquée avec une force insuf'lisante. Un bataillon saxon, arrivé depuis pou et qui n'avait jamais vu le feu, se comporta fort mal, et les Prussiens parurent aux portes de la ville dépourvue même de tout détachement; ses fortifications étaient rasées. A l'approche des Prussiens et pendant qu'ils hésitaient, incertains sur la résistance qu'ils rencontreraient, un général de cavalerie, M. Fauconnet, bon et brave homme, venu en remonte et que nous voyions habituellement, réunit les chasseurs et les hussards à pied qu'il avait amenés pour chercher des chevaux. Les convalescents de l'hôpital militaire se joignirent à eux, on se procura des fusils et on parvint à rassembler un millier d'hommes, ils se montrèrent aux Prussiens un peu en avant de la ville. Cette démonstration suffit à les arrêter, la cavalerie du prince Jérôme eut le temps d'accourir, la ville fut

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sauvf'O et la coloiiiic cMiicniie rentra à Tilatz on oprouvant qiielfjiics perles.

Le g'oiiveriieur de Breslau était alors le p,(Miéral Diiniiiv, neveu du général Duniuy, minisire de la guerre sous le règne de Louis XVI, depuis longtemps considéré comme un homme de la plus ridicule ineptie. On lui donnait des commandements en arrière de l'armée, où il ne comptait pour rien. Il imagina de s'allribuer le salut de Breslau, et, comme il ne savait pas mieux écrire que faire la guerre, son secrétaire rédigea pour lui un superbe bulletin quil transmit directement au quartier général de l'empereur. Ce seci-é'taire — homme d'un triste renoïu sous la Terreur — Léonard Bourdon, alors fort oublié, vivait dans les derniers emplois des vivres ou des hôpitaux militaires. Quand le prince témoigna son mécontentemeut des vanteries du général Dumuy, le secrétaire fut désavoué. On l'avait fait signer, prétendait M. Dumuy, dans un moment de si grande presse qu'il n'avait pas eu le temps de lire. Léonard Bourdon perdit sa modique place. Chacun sindignait à qui mieux mieux contre le conventionnel terroriste. On rappelait son surnom d'autrefois Léopard Bourdon. La maladie le surprit, sans la moindre ressource; les Français refusèrent de le soigner, il mourut à l'hôpital, et la municipalité prussienne le fit enterrer comme les pauvres.

On était à la fin de mai. Dantzig venait de capituler et Neisse résistait encore.

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Le général VanJamiiie, toujours sans artillerie de siège, avait fait ouvrir des tranchées assez rapprochées de la place pour y jeter des obus. Le prince Jérôme, impuissant à lui venir en aide, lui fit seulement une visite pour juger des chances de succès et encourager les assiégeants. En s'approchant des remparts, un boulet tomba non loin du prince : du sable rejaillit jusqu'à lui. Il ne fut pas troublé, mais ses aides de camp se montrèrent émus du danger couru.

— Ces diables de boulets, disait le général Vandamme, ne respectent même pas les étrangers.

Il continua à bombarder la ville sans entamer les fortifications. Enfin il eut recours à son expédient accoutumé : il alla conférer comme parlementaire avec le commandant de la place. Il se mit dans une telle fureur, s'attendrit avec tant d'émotion sur la garnison passée au fil de l'épée, et sur la ville incendiée, que la capitulation fut signée le 4" juin. La place devait être livrée quinze jours plus tard, si elle n'était pas secourue.

Le IG juin, la garnison défila devant le prince. Un vétéran de la guerre de Sept ans, quand vint son tour de passer et de déposer son fusil, ne put se décider à rendre cette arme qu'il avait portée sous les drapeaux du grand Frédéric ; il la serrait contre sa poitrine et pleurait. Le prince lui dit de la garder. Ce vieux soldat mourut le lendemain.

Je n'eus pas la curiosité d'assister à ce spectacle; mais le jour suivant nous vînmes visiter la ville.

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Elle avait licaucoup souirort; un assez grand nombre de maisons brûlées par des projectiles et les rues joncbéesdc débris ofïraient un triste spectacle. Les palissades étaient seulement entamées dans quelques endroits; nous vîmes le long- massif (le terre, liauL de plus de trois mètres, appelé en langage d'ingénieur un épaulemeut, que le g('néral fil élever, à peu de distance du glacis, pendant la nuit et sous le feu de reiiuemi, par des paysans prussiens. Ces pauvres gens, s'ils eussent voulu quitter cette corvée, auraient été fusillés par les assiégeants et cetait sur eux que tiraient les assiégés.

Pendant les quinze jours écoulés entre la capitulation et la remise de la place, tout avait été disposé poui* attaquer (llalz. La troupe du comte de Gœrlz ne se risquait plus dehors et s'était retirée dans le camp retranché. Kosel traitait aux mêmes conditions de délai que Neisse. L'empereur, après la prise de Dantzig, avait recommencé la guerre, et le 14 juin la bataille de Friedland décidait du sort de cette campagne. Elle terminait sans doute la lutte entre la France et la Russie. La prise de Glatz ne pouvait donc avoir nulle influence sur la guerre ou la paix au moment oi^i, de jour en jour, on attendait la conclusion d'un armistice.

Mais c'était une afi'aire dhonneur pour le prince et le général Vandamme. Toutefois, on négocia aTec M. de Gœrtz. Il demanda que sa petite armée et la garnison ne fussent pas prisonnières de

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guerre et qu'on leur [»ermit de rejoindre le quartier général du roi de Prusse.

Ces pourparlers se poursuivaient avec courtoisie, le prince avait invité M. de Gœrtz à diner. M. Lespérut, de passage au camp, se trouvait parmi les convives. Les propositions du général prussien n'avaient pas été admises, et celui-ci refusait de céder, à l'exemple de Neisse et Kosel.

— Vous ne pouvez pas vous défendre, disait le général Vandamme.

— Sans doute, répondait M. de Gœrtz, et je n'ai à espérer aucun secours, mais je ne puis pas capituler lorsque je n'ai pas même combattu.

— Vous en avez tout au plus pour huit jours.

— Gest trop peu dire, je résisterai plus longtemps.

— Eh bien, gageons que vous aurez signé avant la huitaine!

On se sépara là-dessus.

A ce moment même, tout était préparé pour une attaque de nuit. Le camp retranché consistait en trois redoutes palissadées; les soldats y habitaient depuis plus d'un mois, ainsi qu'ils auraient occupé un cantonnement éloigné de l'ennemi et sur les derrières de l'armée ; la discipline et la police militaire n'y étaient pas rigoureusement observées. Des vivandières y tenaient boutique; on y voyait des cafés et des baraques, avec des femmes et des enfants. Le général Vandamme fit aborder la première redoute par quelques chasseurs français et

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par un ré^iineiit wurtomlx.'rgcois; il voulnit produire un grand od'et d'épouvante et jeter ainsi le tronble et le désordre parmi les Prussiens, afin de ne trouver aucune résistance dans les deux autres redoutes, 11 ordonna donc de ne faire quartier à personne, de tuer tout ce qu'on rencontrerait (levant soi, et do mettre le feu à toutes les baraques, i.altaque était impré^■lle; les assaillants francliii'ent sans beaucoup de résistance les retranchements. Il y eut alors un liorrible massacre : l'on ne voyait que gens courant cà et là pour échapper aux baïonnettes ou aux flammes. Les femmes n'étaient pas même épargnées et l'on entendait leurs cris.

M. de Lcppel, officier wurtembergeois, aide de camp du prince, me raconta quelques jours après un mot touchant d'un pauvre enfant qui se jeta à ses pieds :

— Ne me tuez pas, disait-il, cela ferait trop de peine à ma mère !

Comme on peut le croire, M. de Leppel le sauva.

Le général Vandamme calculait juste, les autres redoutes ne furent pas défendues.

On traita M. de Gœrtz avec beaucoup d'égards. Par considération pour la garnison et son commandant, on lui accorda demmener deux pièces de canon attelées.

Il eut le déplaisir de dîner encore le soir de la capitulation chez le prince avec les mêmes

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convives que vingt -quatre lieures auparavant; on eut le bon goût de ne pas lui rappeler sa conversation de la veille.

Il ne restait plus à soumettre que la très petite forteresse de Silberberg; mais un armistice suivit do près la victoire de Friedland et l'occupation de Kœnig'sberg; il fut conclu le 21 juin, avant le dernier et brillant l'ait d'armes de la guerre de Silésie.

Maintenant, toutes les pensées étaient tournées vers les négociations de Tilsitt et l'entrevue des deux empereurs. Les Prussiens se demandaient avec anxiété quelles conditions seraient faites à leur roi, et ils redoutaient qu'elles ne fussent très dures. Les Silésiens ne se regardaient point comme assurés de ne pas être attribués à une autre puissance. Pendant les négociations avec l'Autriche, n'avait-il pas été question de lui restituer cette province conquise par le grand Frédéric? Ce changement de souveraineté inquiétait beaucoup les grands propriétaires, la noblesse et la population luthérienne, et, comme on savait qu'un royaume allemand serait composé pour le prince Jérôme, des Silésiens lui témoignaient le désir d'en faire partie. Mais ce leur fut à tous une grande consolation d'être rendus à leur roi. Quant au prince, il n'ignorait pas que l'empereur lui destinait le royaume de Westphalie, et son entourage se réjouissait de devenir une cour. Son mariage avec la princesse Catherine de Wurtemberg était

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également convenu d'avance. L'immense surcroît (le gloire et de puissance qui portait si haut le chef de la dynastie impériale, tournait tellement la tète à son jeune frère, qu'il parlait de cette union comme d'une nu 'sall i ance .

Notre administration de Silésie se croyait au terme de ses travaux. Nous nous hâtions de mettre nos comptes en bon ordre pour les présenter à M. Daru, afin de ne pas retarder d'un jour notre rentrée en France, Nous étions impatients de quilter des fonctions si déplaisantes. Dès que la paix fut signée, nous apprîmes que lempereur était parti de Kœnigsberg, et que M. Daru sarrètcrait à Berlin ; mais nous ne recevions encore aucune instruction sur ce qui nous restait à faire. Rien ne nous indi({uail que la province rentrerait sous l'administration prussienne. Daprès nos écritures, elle devait encore trois millions sur la contribution de guerre. Le traité stipulait-il que le gouvernement prussien s'engagerait à payer les contributions imposées aux provinces pendant la guerre? C'était ainsi que l'avait réglé le traité de Presbourg, lors de la paix conclue avec rAutriche. En attendant une direction à ce sujet, nous allâmes, M. Mounier, mon frère et moi, visiter les monts Sudètes, qui séparent la Silésie de la Bohème, et nous parcourûmes le plus joli pays, le plus riche et le plus industrieux de la province. M. Mounier, élevé en Allemagne, causait avec les habitants, qui le prenaient pour un compatriote et lui

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disaient toute leur joie de la paix et du prochain départ des Français. Il nous fallut ensuite passer quelques jours à Glogau ])Our y apurer les comptes de notre collègue, M. Chaillou. Malade, il était parti laissant son administration en désarroi, et ses secrétaires avaient, ce nous semblait, numqué de probité.

L'idée ne nous venait pas que la paix neût apporté aucun changement à l'état de la Prusse, et qu'elle ne dût pas cesser d'être administrée en pays conquis. C'est cependant ce que je lus forcé de reconnaître en arrivant à Berlin. J'y trouvai toutes choses sur le même pied que huit mois auparavant : une administration française ; nos collègues à la tête des finances, et IM. Daru, gouvernant la Prusse.

Chargé par M. Lespérut de lui porter nos comptes de Silésie, je les lui remis en lui demandant à quelle heure je les soumettrais le lendemain à son examen et lui fournirais les explications qui seraient nécessaires.

— Ah çà ! me dit-il, me donnerez-vous beaucoup d'argent?

— Fort peu, lui répondis- je, deux ou trois millions seulement; la contribution a été acquittée en grande partie par des réquisitions.

— Il y aura à débattre sur tout cela, je n'ai pas approuvé toutes ces imputations-là.

— Il n'y en a pas une qui ne soit appuyée d'un décret de l'empereur ou d'une décision de vous.

2'lH suivi: Ml! s [Il lîAlJn.N 1»K 1! A H .\ N T I-:.

— Je ne iii"ex|»li(|uc pas toujours clairenienl; on pourra chicaner.

— Nous sommes fort en règle.

— Ecoutez, ajoula-t-il en prenant un ton plus sérieux, je n'ai pas envie de vous opposer de mauvaises raisons. L'empereur l'autre jour à KuMiigsberg, au moment où il montait en voiture, ma dit : « A ous resterez avec larniée, vous la nourrirez et vous me rapporterez deux cents millions. » •le me suis récrié. « Va [)our cent cinquante! » a-t-il répondu. On a l'ernui la portière, et il n'a pas attendu ma réponse. A ous voyez bien qu'il faut que la Prusse doive encore cent cinquante millions, et que mes comptes le prouvent. Nous saurons bien trouver des calculs et des arguments pour le démontrer. Dispensez-m'en pour aujourd'hui.

Je répliquai tranquillement à M. Daru :

— Ce n'est pas moi qui aurai à les discuter avec les gens de Silésie, je n'éprouverai pas l'embarras de leur entendre dire que nous manquons aux promesses qui leur avaient été faites. L'empereur m'a nommé sous-préfet, ce n'est certes pas de l'avancement, toutefois, je ne m'en plains pas, cela me tire d'ici, et je vais me rendre à mon nouveau poste.

— A la bonne heure, je conçois que vous preniez les choses ainsi.

En etîet, à mon arrivée à Berlin, j'avais lu dans le Monitf'ur ma nomination à la sous-préfecture de

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Bressuire. On croyait beaucoup, parmi mes collègues, que c'était une disgrâce ; que des lettres où je parlais trop librement des malheurs de la guerre et de la situation des pays conquis avaient été ouvertes (1).

Je ne demandai dexplication à personne; je ne réclamai pas.

Bressuire, village réduit par les guerres civiles à six ou sept cents habitants, était situé dans l'intérieur du Bocage, à quinze lieues d'aucune grande route. Je pensai que je ne tarderais pas à m'apercevoir si je devais renoncer à une carrière où je serais retenu dans une situation inférieure, en butte à des préventions malveillantes, et qu'alors je remettrais ma démission.

Je passai encore quelques jours à Berlin. La saison était belle et la ville me parut encore mieux bâtie, plus régulière, et ornée de beaux édifices. Les soldats et tout l'appareil de la guerre ne l'encombraient plus; l'autorité française la gouvernait encore, toujours pesante aux vaincus, mais sans aucune rudesse. Le peu de société allemande restée à Berlin accueillait avec sympathie nos auditeurs, et j'y trouvai une conversation aimable. Je continuai à aller assidûment chez M. Daru, sans jamais l'entretenir de nos affaires deSilésie qui, d'ailleurs, ne me concernaient plus. Il était toujours bon et charmant pour moi. Il s'était opéré toutefois un

(1) Voy. Appendice, n° VI, p. 249.

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grand clmngement en lui. Ce qu'il jugeait avec liberté d'esprit, ce qu'il blâmait ou regardait comme peu sage, les maux de la guerre qui lui avaient causé tant de peines et de fatigues, tout cela finissait par déclatantes victoires et par nne paix imposée à l'Europe; il redevenait imperturbablement officiel, quoique sans rien de hautain ni de gourmé.

11 n'était pas le seul. Si Austerlitz avait été le véritable (Hablissement de l'empire, Tilsill fut l'acceptation universelle du despotisme ; il n'y eut plus d'examen ni de critique. Ce n'était pas seulement la parole qui était cojitrainte : la pensée, elle aussi, était obséquieuse, l'admiration aveugle et servile. L'ambition de chacun prenait aussi un nouvel élan, et les espérances d'avancement et de fortune se mesuraient sur l'échelle des vastes conquêtes.

Je quittai Berlin à la lin d'août et retournai à Breslau. M. Lespérut avait déjà obtenu la permission de rcNenir en France et de ne point se rendre en AVestphalie, où le prince Jérôme voulait l'emmener. Xotre administration générale n'existait plus. M. Mounier était intendant à Glogau et M. Angles à Breslau. Ils y restèrent encore un an. Je leur lis mes adieux et je repart is pour la France, préférant, en toute sincérité, ma sous-préfecture aux plus belles intendances d'Allemagne. J'ai su depuis que M. Daru fut un peu surpris de mon départ de Berlin. J'avais cru les choses réglées entre nous

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dans notre première conversation. Il n'avait pas pensé que ce dût être le dernier mot. Peut-être m'eût-il gardé si j'avais de nouveau posé la question, mais il ne témoigna aucun mécontentement et ne m'en a jamais parlé depuis. M. de Tournon, nommé sous-préfet à Paimbœuf, en même temps que moi à Bressuire, demeura en Allemagne. Je ne sais si ce fut à la suite d'objections de sa part. Depuis il a été préfet de Rome.

Les dix mois que je venais de passer, sinon sur le théâtre de la guerre du moins dans la région occupée par nos armées, laissèrent dans mon esprit des notions qui ne s'effacèrent point. Sans doute, le spectacle des calamités et des misères de la guerre, les souffrances des soldats, l'oppression des A aincus doivent produire des impressions vives sur le spectateur qui, n'ayant pas couru de dangers, n'a pas le droit d'être sans pitié. Mais s'il se bornait à éprouver ce sentiment sympathique et à raconter comment il a été ému, il répéterait des lieux communs que toute guerre, soutenue à une époque quelconque par tel ou tel général, aurait pu inspirer.

Et en ce sens l'empereur avait raison de dire, dans une lettre à M. Maret :

(( Concertez-vous avec M. Daru pour faire partir de Varsovie les auditeurs qui sont inutiles, qui perdent leur temps, et qui, peu habitués aux événements de la guerre, n'écrivent à Paris que des bêtises. »

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Mais il était permis, à part toute sensibilité, de tirer de ce que l'on voyait des enseignements politiques, une connaissance du caractère et du génie de l'empereur et des conjectures sur l'avenir.

La campagne entreprise après la bataille d'Iéna et la conquête de la Prusse au commencement de décembre, sans intention formelle de rétablir la Pologne, et sans croire beaucoup à la possibilité de cette restauration ; l'armée dispersée dans toutes les directions vers la Vistule, sans prévoyance de la marche des Russes ; puis cette concentration subite à Varsovie, sans préparatifs, sans magasins, l'entrée en campagne en plein hiver, et l'essai d'une guerre dans la boue tentée contre toute vraisemblance de succès, l'agressive reprise trois semaines après sur la neige, au risque des dégels et sans moyen de nourrir l'armée, — tout cela avec, derrière soi, l'Autriche que la vengeance et le plus simple calcul de ses intérêts devaient <lécider à profiter de l'occasion, et l'Allemagne qui pouvait se soulever, étaient les circonstances dont on était nécessairement frappé, d'autant quïl s'agissait de l'entraînement d'une passion guerrière et aventureuse, d'un besoin d'agir sans but réel, et non point de l'accomplissement d'un dessein conçu à faux et mal calculé.

Voilà ce que chacun considérait, ce que beaucoup disaient avant que la grande et forte résolution de ne point repasser la Vistule et de recomposer une superbe armée pendant l'hiver eût pré-

ski'tf:mbre i .son-onroBR?: 1807. 2;î:î

paré la victoire de Friedlaiid et le traité de Tilsitt. Cette hardiesse et cette puissance de ^■olollté, cette habileté d'exécution ne changeaient toutefois rien h la conception politique d'une telle guerre, ce nY^ait que la réparation des fautes militaires, elle n'excusait nullement tant d'imprudence et de si grands int(h-èts joués au hasard.

Les conditions de la paix, point de départ évident pour courir à de nouvelles aventures, n'avaient rien de stable. La puissance russe placée en regard et sur un pied d'égalité avec la puissance française, tous les intermédiaires supprimés, était le garant certain d'une guerre à venir. La Prusse, réduite de moitié, foulée aux pieds, insultée dans la personne de ses souverains et l'honneur de son armée, occupée après la paix comme durant la guerre, sexalterait nécessairement de patriotisme et de vengeance. L'Autriche restait exaspérée et impatiente de retrouver l'occasion manquée ; TAUemagne, où l'on établissait un royaume français, chercherait sans doute à se former en unité nationale.

Le signe le plus indéniable d'un avenir funeste, ce n'était pas encore ces circonstances extérieures, mais surtout le génie de celui qui venait de les produire, génie dont manifestement la vocation n'était point de rien fonder qui fût durable, génie oublieux des vrais intérêts de la France, habile sans doute à établir l'ordre et la régularité dans les affaires, mais seulement pour préparer la réalisa-

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