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lion (]e projets de conquête, se proposant des résultats immenses et chimériques, moins dans l'espoir de les atteindre que de se donner à lui-même un motif pour satisfaire son indomptable activité, sa })assion des batailles, son habitude des émotions de la guerre. Sa merveilleuse facilité de commandement, la sûreté de son coup d'œil, le mordant de son esprit, et par-dessus tout le grand arg^ument du succès avaient fait oublier à son entourage et à ceux quil en I rainait dans l'action les pensées de trois jnois auparavant. Il ne pouvait en être de même pour les hommes qui, ne \ ivant point sous son prestige, avaient le loisir d'observer et de n'être pas distraits de leurs réllexions.
En France, où la guerre n'apparaissait qu'avec son auréole de gloire, dans les récits du Bulletin de la Grande Armée et les notes du Moniteur, les anciens amis de la liberté et les rares partisans des Bourbons conservaient leurs méfiances ou leurs sentiments ; ils blâmaient ou ils haïssaient sans savoir en général ni juger ni prévoir. La masse nationale s'enorgueillissait sans doute de cette grandeur éclatante du nom français et se livrait à une admiration sincère pour l'empereur, mais commençait à détester la guerre, et, par instinct, cà n'en point espérer la fin.
Telle fut appréciée dans son ensemble l'opinion publique de cette mémorable époque dans l'intervalle qui sépara Tilsitt de la guerre d'Espagne.
Novembre 1807 - Avril 1808.
Je quittai la Sih^sie. Mais, comme je n'avais pas reçu officiellement ma nomination, il me l'ut possible de rester un mois à Genève auprès de mon père. Il s'inquiétait bien plus que moi de ma nomination de sous-préfet, preuve, selon lui, de mécontentement de l'empereur. Il craignait qu'au moment où j'entrais dans la carrière, ce ne fût le présage d'une défaveur qui me la rendrait pénible à suivre. C'était ce que je me proposais d'éclaircir quand je serais à Paris. .J'y arrivai à la lin d'octobre. Nullement décidé à partir pour Bressuire, je ne me présentai pas au ministre pour lui demander ses instructions. Je commençai par voir M. Benoist, bien assuré de son amitié et de ses bons conseils. Il ne considérait pas ma nomination comme une mesure de sévérité. Plusieurs de mes collègues avaient été créés sous-préfets, l'empereur ayant