JUIN 1811-FÉVRIER
— Vous ne voyez donc pas, me répondit M. de Montalivet, qu'il doit y avoir deux mouvements à imprimer, le mouvement municipal et le mouvement départemental !
Mais les hommes à équiper ainsi, où et comment se les procurer?
L'empereur espérait-il qu'ils seraient recrutés de leur bonne volonté? Comptait-il sur un empressement d'obéissance, sur une exaltation de patriotisme? Je n'étais que trop certain que les volontaires feraient défaut. En arriverait-on alors au recrutement forcé, sous les auspices des conseils généraux?
Je partis le lendemain, et je commençai à prendre les mesures qui m'avaient été prescrites, mais comme je les avait comprises.
Je convoquai le conseil général, et je proposai d'équiper à nos frais les cavaliers que nous pourrions enrôler.
Je donnai l'exemple en me chargeant de l'un d'entre eux.
Les fonctionnaires civils en offrirent quatre; personne ne murmura.
Quant au désir exprimé par Napoléon de voir un vote solliciter cette levée de gardes d'honneur, le conseil général de la Vendée fit la sourde oreille. Il envoya une adresse à l'empereur dans laquelle il protestait de son adoration et de son dévouement, mais ne lui notifiait par autre chose. Peu de jours après je reçus, sous le couvert du ministère
376 SOI" VENIR s M HAItn\ PK lî A H A .\ T E.
de l'intérieur, un numéro du Moniteur. Il reproduisait le procès-verbal du conseil général do Maine-et-Loire, qui avait proposé un contingent de jeunes gens désignés d'office par l'administralion. En marp^o était écrit à la main : hic. Je déposai ce journal sur la table du conseil et il ne fut pas question d'imiter l'exemple que l'on nous indiquait.
Les difficultés à surmonter étaient plus nombreuses que jamais; néanmoins tout se passait à souhait dans le département et je m'attachai de plus en plus à cette Vendée où je me trouvais si bien, quand, à ma grande surprise, je fus nommé préfet de la Loire-Inférieure. Sans doute, je restais dans une région que je connaissais et où j'étais favorablement connu ; mon successeur, raisonnable, bon enfant, susceptible de subir mon influence, ne prendrait pas le contrepied de ma conduite; mais je ne puis dire combien cette séparation me peina. Plaire à ceux qui vivaient près de moi avait été mon ambition, l'objet de tous mes soins.
J'y ai réussi, écrivais-je alors à mon père. Je le dis avec satisfaction, j'aurais à recommencer ces quatre années que je ne changerais pas un seul point à ma conduite, une seule parole à ma conversation.
Je ne crois pas avoir manqué une fois de justice, de patience, de francliise, d'aménité.
Le succès m'encourageait, je n'avais pas affaire aux