JUIN 18H-FÉVR1KK
précautions et aux commérages de coteries. Je n'ai pas à me plaindre du sort, il m'a accordé ce que je désirerais : l'affection de ceux à qui j'ai songé plus qu'à moi.
J'ajoutais, dans une lettre à madame de Barante :
Je suis triste et touché des adieux que je fais à ce pays. Le chagrin que cause notre départ n'est pas concevable et m'étonne. On m'aborde les larmes aux yeux. Les plus secs et les plus insouciants sont attendris comme des enfants. Chacun accourt pour me faire ses adieux, les femmes que vous voyez habituellement pleurent du matin au soir.
Ce sentiment qui m'honore et dont je suis ému est général, c'est dans toute la contrée, dans toutes les classes.
L'autre jour, à Luçon, pendant le conseil de recrutement, chacun disait à voix basse : « Jamais nous n'avons vu un homme aussi juste! »
Je vous assure, ma chère amie, que c'est mal à moi de quitter des gens qui m'aiment tant. J'aurais dû demander à rester ici, en représentant que j'étais plus sûr d'y faire du bien que partout ailleurs. Je lisais l'autre jour que les premiers évêques se faisaient un scrupule de changer d'éghse et regardaient cela comme un adultère. Je suis heureux de ne pas avoir cherché à sortir d'ici. Si j'avais dit une parole pour cela j'en serais honteux à jamais vis-à-vis de moimême.
Je ne retrouverai pas ailleurs cette bienveillance, cette facilité à obtenir la confiance de tous. Ce n'est
378 SOUVKMKS l)L BARUX DE BAHANTK.
pas dans une ville de soixante mille habitants qu'on est connu et apprécié. Dans la Vendée j'avais journellement des rapports avec qui que ce soit. Un ouvrier, un paysan, trouvait toujours ma porte ouverte. J'avais le loisir de parler avec lui, de m'occuper de son affaire.
A Nantes, je serai forcé de faire le ministre et je ressemblerai à tous les préfets de France. Ici, j'étais comme je révais d'être quand, dans ma jeunesse, j'imaginais mon devoir.