AVIS DE L EDITEUR. III
de ce genre. Placé dans des postes d'observation et non pas d'action, il n'avait pas à rendre compte de discussions méticuleuses ou d'entretiens dont la subtilité devient souvent monotone. Ses dépêches sont des narrations alertes et rapides de ce qu'il voit, de ce qu'il entend, mêlées de récits anecdotiques, d'études de mœurs et de caractères.
La fin de ces Souvenirs ne se composera plus que de correspondances. Eloigné des affaires par les événements de 1848 et de 1851, M. de Barante y converse avec ses amis de la longue carrière parcourue ensemble. S'ils s'en rappellent les succès, ils ne cherchent pas à s'en dissimuler les fautes et en regrettent certaines méfiances comme certaines illusions. Leurs heures de retraite ou de disgrâce ont toujours été fécondes pour l'histoire, la philosophie et la critique. Aussi, leurs travaux, leurs lectures, l'Académie, sont un des sujets habituels de ces conversations épistolaires. Ils ne se désintéressent pas, toutefois, du spectacle politique. Le régime parlementaire a disparu après trente-deux ans de paix et de liberté, le césarisme succède à une crise révolutionnaire pour se terminer par des désastres que leur jeunesse a connus, et dont plusieurs années auparavant ils prévoient le retour.
Dans le courant de cet ouvrage, quelques lettres des amis de M. de Barante seront nécessairement reproduites. Les appréciations diverses d'éminents esprits sur des faits importants offriront de l'intérêt. Mais aucune d'entre elles ne sera citée sans l'assentiment L *
IV AVIS DE l'Éditeur.
des héritiers de ceux qui les ont signées. Un refus de leur part n'est pas à craindre ; car rien n'inspirera une plus haute idée des hommes composant ce groupe que l'expression improvisée de leurs pensées et de leurs intentions.
Leurs noms, du reste, n'éveillent plus aujourd'hui de polémiques irritantes. Quelque jugement que l'on porte sur eux, que l'on Ijlàme leur modération ou que l'on raille leurs doctrines, ils ne sont point associés dans l'histoire aux catastrophes que ce siècle nous a prodiguées. Nulle discorde civile, nulle guerre sanglante ne peuvent leur être reprochées; les droits de la conscience et de la raison, les intérêts sociaux, les libertés publiques, les eurent pour défenseurs. Le patrimoine de la France n'a pas périclité entre leurs mains. Si les folles popularités, que d'autres ne connurent que pour les entendre suivre de malédictions plus vives encore, ne les entourèrent point, l'estime de la postérité leur restera. On étudiera leurs paroles et leurs actes comme on relit ces auteurs d'autrefois, dont on admire les écrits même sans désirer toujours s'en inspirer.
Ils seront les classiques du vrai parlementarisme.
Claude de Barame.