‹ Souvenirs; (volume 4)Chapitre 11 sur 55 · III · texte numérisé non relu

III

me crois sûr que Villèle, qui fait bonne contenance, est au fond très inquiet de la session prochaine et de l'élan des gens qui l'entourent; on lui demande déjà de faire voter l'impôt et le budget pour cinq ans, et il ne se juge pas en état de refuser au clergé la tenue des registres de l'état civil. Chateaubriand s'est rapproché de nouveau de M. de Blacas, qu'il a voulu faire ministre de la maison du roi à la place de Lauriston. Il a échoué, mais n'en est pas moins un peu compromis contre Villèle (1). Vous saurez par les jour-

(1) M. de Chateaubriand, dans son livre sur le Congrès de Vérone, raconte assez exactement ses rapports avec M. de Villèle et sa situation dans le ministère. Ils se convenaient fort mal l'un à l'autre, mais M. de Chateaubriand ne travaillait point à renverser M. de Villèle. Je ne sais s'il le désirait; certainement il ne pouvait en aucune façon l'espérer. M. de Chateaubriand, qui n'avait point une véritable vocation pour les affaires, ne les aimait que comme mouvement d'esprit, comme un intérêt vif dans la vie, un succès, plutôt qu'une occupation suivie. Très peu de temps après son arrivée au pouvoir, le ministère n'avait déjà plus pour lui le même attrait ; son ambition était satisfaite, et, sans avoir nulle idée de se retirer, il avait de l'ennui et de l'humeur. Madame de Chateaubriand en avait encore davantage. Son amour-propre souffrait que son mari ne fût pas le maître, le premier. Elle-même, bien que personne de beaucoup d'esprit, ressentait quelque chagrin que madame de Villèle eût le pas sur elle. L'intérieur domestique de M. de Chateaubriand avait de l'influence sur lui, et l'isolait chaque jour davantage de M. de Villèle, à qui il déplaisait précisément par ses bons côtés. Ses relations habituelles avec la haute aristocratie, la société des salons, son entourage d'hommes de lettres et de gens d'esprit, son besoin d'obtenir dans

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naux que le roi a été malade hier; il était mieux le soir. Voilà tout ce que je sais.

Vous avez raison de travailler. C'est un refuge et aussi un moyen d'action, bien éloigné, bien indirect, et pourtant réel. On ne peut pas empêcher qu'il n'y ait un public et qu'on n'imprime pour lui à Paris, de vingt mille à trente mille volumes par an. Je suis aussi frappé que vous de la dissolution de la société, de son inertie ; je me demande d'où lui reviendra ce qui fait que les hommes agissent et agissent en commun. Je suis hors d'état de me répondre ; et pourtant je suis sûr que cela sera, que ce pays-ci n'est point en train de périr, ni de s'asservir. J'ai des impatiences personnelles, des chagrins actuels ; il n'est pas en mon pouvoir d'en avoir d'autres. Et même, pensez-y bien; quoique nous n'ayons plus vingt-cinq ans, nous sommes jeunes encore et aA'ons, à coup sûr, la vie plus dure que tout ceci. Il n'y a vraiment pas lieu au découragement; et parmi les hommes dont on se souvient parce qu'ils ne se sont pas découragés, il en est bien peu qui n'aient point passé par de plus rudes épreuves et subi des revers qui semblaient bien plus en possession de l'avenir.

Je le crois bien que vous êtes content des Tablell<is\ elles sont charmantes et font assez d'effet pour qu'on espère qu'elles en feront davantage, si Dieu leur prête

cette région élevée une sorte de popularité, les avances qu'il faisait pour la gagner, la façon large et tolérante avec laquelle il professait les opinions royalistes, tout cela était antipathique à M. de Villèle, et le faisait apparaître sous un aspect de bourgeoisie et de médiocrité qu'il ne voulait pas endurer.

vie. Certainement ces jeunes gens ont beaucoup d'esprit, et vous en verrez poindre de jour en jour quelqu'un de plus. Je me rappelle que Baring me dit un jour que les whigs ne recrutaient plus en Angleterre presque aucun jeune homme distingué, qu'ils se faisaient tous tories ou radicaux. J'en conclus, et il en convint, que les ivhigs étaient un parti perdu. Tous les jeunes gens distingués viennent à nous.

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