III
cette efTionterie et cette impudence s'aperçoivent mieux à une certaine distance, comme les tableaux dont on saisit mieux l'ensemble de loin. Adieu, cher Prosper. ne vous découragez pas de m'écrire, car vous me procurez un des plus grands plaisirs que je puisse avoir. Figurez-vous que Victor a oublié d'apporter votre nouvelle édition avec votre préface : cela me donne beaucoup d'humeur ; il m'a pourtant dit qu'elle était très spirituelle. Il vous dit mille tendres amitiés comme à moi.
On dit que M. de Bastard ne va pas trop bien à Lyon (1), qu'n retourne aux ultras. Écrivez-lui donc pour le ranimer ; louez-le, encouragez-le, car il ne faut pas qu'il nous échappe? Qu'avez-vous dit du soufflet de Suchet et de Belliard (2) j'oublie de vous dire que
[i) M. de Bastard était premier président de la cour royale de Lyon. c. b.
(2j Le maréchal Suchet et le général Belliard avaient été exclus en 1813 Je la Chambre des pairs pour avoir fait partie de la Chambre haute des Cent-Jours. Ils y étaient rentrés en 1819, mais en vertu d'une nomination nouvelle qui leur faisait perdre leur rang d'ancienneté. Comme ils déclaraient n'avoir pas siégé à la Chambre des pairs de Napoléon ni prêté serment, et qu'ils invoquaient pour le prouver leur absence de Paris à cette époque, deux ordonnances annulèrent Texclusion prononcée contre eux en 1813 et firent remonter leur nomination à 1814. Quelque temps après, devant le mauvais effet produit par cette déclaration parmi ceux qui n'avaient pas agi de la sorte, et devant les conséquences qu'en tirait la presse ultra, le maréchal Suchet et le général Belliard observèrent que s'ils avaient été absents pendant les Cent-Jours, c'est qu'ils remplissaient l'un un commandement militaire, l'autre une mission diplomatique. Le gouvernement, blessé de ce
M. de L*** est ici depuis deux ou trois jours; U. est vraiment très bien à la campagne, mais je sens que si ■j'étais Walter Scott je m'amuserais fort à peindre cet homme qui a fait sa part à tout dans la vie, met le sérieux dans un tiroir, la gaieté dans un autre, la probité, la générosité dans celui-ci et les tire à mesure, suivant les circonstances, verse une larme au point juste et s'essuie de même sans pourtant que cela soit de l'aiTectation, mais plutôt une petite existence régulière que la nature s'est amusée à faire, comme elle s'amuse à faire des petits carrés géométriques avec des pierres dans les montagnes. En voilà assez de folie! Adieu encore.
DE M. GUIZOT
Bois-Milet, l^-" juillet 1822.
Je A-iens de passer quinze jours à Paris, mon cher ami, j'y ai fait imprimer ma Peine de mort et j'en suis reparti le jour même de la publication. Mandez-moisi vous en êtes content. J'ai bien pris mon moment. La session sera nulle ; il y a même une sorte de convention tacite entre les partis pour ne pas se provoquer \dvement sur la poUtique. Leur situation est singulière. Jamais le travail de leur dissolution intérieure n'a été si évident. Gela ne changera rien aux grands événements futurs, mais quand ils arriveront, quels qu'en soient le mode et l'époque, ils auront affaire à des partis fort modifiés et produiront des combinaisons
procédé, rapporta aussitôt ses dernières ordonnances de réintégration et les deux généraux ne purent plus dater leur nomination que de l'année 1819. c. b.
toutes nouvelles. Les hommes d'esprit de la droite essayent de se rapprocher du centre gauche et le disent tout haut ; les ventrus du même côté se serrent autour de Vilièle; les vrais ultras sont mécontents, mais disciplinés; si rien ne venait du dehors les pousser, ils suivraient sans oser demander beaucoup plus. La gauche est très abattue, étonnée de son impuissance sur le peuple, comme la droite de son impuissance contre la société. Tout ce monde-là est stationnaire, comme des gens qui font leur éducation et s'aperçoivent qu'ils en avaient besoin. Au milieu de cette atonie, la guerre d'Espagne est probable, très probable et peut donner à toutes choses une bien autre physionomie. C'est la Sainte-AlUance qui la veut, la Russie n'y pousse pas moins que l'Autriche. On assure que Vilièle y est décidé et ne s'inquiète que de ce qu'on fera quand on sera à Madrid. Il lui faut un Yillèle espagnol, et il ne l'a pas encore trouvé. Tout cela me parait si fou que je n'ai pas voulu y croire. J'en doute encore. Cependant les probabilités sont là. Le fond du parti s'en promet de la force; on dirait qu'il cherche partout un principe de fièvre qu'il ne trouve plus en lui-même. Les afTaires d'Orient ne sont point terminées, l'évacuation des deux principautés n'a pas eu heu. On dit beaucoup que si la guerre d'Espagne s'engage, cent mille Allemands se porteront sur le Rliin pour aller plus loin au besoin. Vous voyez quelle série d'événements peut naître de là. Du reste, quoiqu'il arrive, rien n'éclatera avant l'automne. Decazcs est revenu chercher sa femme et va repartir. Il croit à la guerre d'Espagne. Royer en doute toujours; Mole y croit. Sa petite brochure est bien; cela l'engage.
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Les destitutions recommencent et on en annonce beaucoup après la session.
DE M. DE RÉMUSAT
Paris, 17 juillet 1822.
Je vous arriverai dans quinze jours. A dater du 1" août, fixez-moi le jour qui vous conviendra et je me mets en route. Je serai bien heureux de vous revoir. Je suis ici fort privé du pain spirituel de la parole de vie. J'ai grand besoin de vous entendre.
Eh bien donc! voilà un bel événement en Espagne, et, la donnée d'une révolution étant admise, une belle page d'histoire. Je regarde comme une circonstance infiniment heureuse que la popularité de cette journée (1) appartienne surtout aux modérés du parti révolutionnaire, Morillo, Ballesteros, Alava. Ils n'en auront que plus de puissance. Plusieurs choses me rassurent sur cette révolution; d'abord, c'est qu'elle est beaucoup plus poUtique que sociale, et puis c'est la constitution même des Cortès. Il n'y a point divi-
(1) Aux troubles révolutionnaires du midi de l'Espagne, que le ministère constitutionnel Martinez de la Rosa venait de réprimer, avait succédé une insurrection absolutiste dans les provinces du Nord. Les 6 et 7 juillet, deux régiments de la garde royale, avec la complicité assez peu dissimulée de Ferdinand VII, impatient de se soustraire au joug de la constitution de 1820, tentèrent de s'emparer de Madrid pour disperser les Cortès et renverser le ministère. La garde nationale et quelques régiments de ligne repoussèrent victorieusement cette agression. Le parti constitutionntîl usa avec la plus grande modération de sa victoire. Il mit hors de cause le roi, dont il feignit d'ignorer l'attitude pendant ces événements, c. b.
sien (le pouvoirs; l'Assemblée est prépondérante, légalement comme de fait; les ministres relèvent d'elle. Le roi n'est que le roi, il n'est point le pouvoir exécutif. Il n'y a donc point lutte entre des pouvoirs rivaux quoique inégaux, comme dans notre révolution. L'Assemblée, executive et législative, réunit tous les droits comme tous les pouvoirs. De l'autre côté, U n'y a rien que la personne du roi, et quelques intérêts de cour. D'ailleurs, ce roi est si lâche que, jusqu'à présent, le parti opposé, non seulement ne le craint pas, mais n'a pu parvenir à le haïr. Mais je raisonne, et vous voulez des faits. On croit généralement que l'insurrection de la garde royale avait été, sinon conseillée, du moins attendue et espérée ici, comme un signal. Quant au ministère proprement dit, il est cependant vrai qu'U ne pousse point à la guerre. Villèle même se vante, et le fait paraît vrai, d'avoir fait écrire, par le roi, à Ferdinand, une lettre en quatre pages, pour l'engager à traiter avec les modérés des Cortès, et à regagner légalement quelques prérogatives constitutionnelles. Mais Ferdinand n'est point en position d'avoir même une ligne de conduite à suivre ; et le beau régime à offrir que la charte à une révolution naissante ! A peine peut-il suffire à une révolution accomplie.
Ç"a été une grande affaire que la loi des canaux ; la diA-ision de la droite a pensé éclater jusque dans le vote. Le ministère a déclaré qu'il attachait à cette loi son existence et il a fait agir les autorités les plus hautes. Mais ces difficultés se reproduiront, en s'accroissant, à la session prochaine. D'ici là, il est vrai que le ministère peut être emporté ou affermi. Supposez que l'insurrection de Madrid eût réussi seule-
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ment à mettre le roi en campagne à la tète d'an parti armé, tout devenait possible ici, et les tentatives de la droite n'avaient plus de terme. Les conspirations occupent beaucoup aussi, et cette affaire de Colmar surtout est bien étrange. J'ai plusieurs raisons de croire qu'il y a beaucoup plus de mauvaise intention que de bêtise dans cette bizarre manière d'arrêter deux hommes, et il y a, sous tout cela, quelque odieux mystère.
Le gouvernement redoute fort l'exemple des jurés de Nantes, et il redoute, presqu'autant, des jugements rigoureux, que deux pensées diverses lui interdisent de commuer et d'exécuter. Je crois cependant qu'il prendra le dernier parti.
DU BARON DE VANDEU VR E (1)
Paris, le 17 juillet 1822.
Je vous ai promis, mon cher ami, de vous donner des nouvelles pendant mon séjour à Paris, et je craignais de n'en avoir que de bien mauvaises à vous mander, lorsque les événements d'Espagne sont venus changer la face des affaires. La contre-révolution vient d"y être vaincue d'une façon si belle et si heureuse à la fois, que nous en ressentons déjà et que nous en ressentirons de jour en jour encore davantage, les bienfaits. Il était temps.
(1) Auditeur au conseil d'État sous l'empire, puis maître des requêtes au début de la restauration, le baron de Yandeuvre [1 779-1 870J représenta à la Chambre des députés le département de l'Aube de 1820 à 1824 et de 1829 à 1837, époque à laquelle il fut créé pair de France, c. b.
A mon arrivée, je dois l'avouer, j'avais trouvé le découragement extrême, l'opposition fatiguée, inquiète, l'opinion inattentive aux débats de la Chambre ; on pouvait aisément lire dans tous les esprits comme un parti pris de se soumettre au vainqueur et de le laisser jouir et bientôt abuser de sa victoire. Mais la grande bataille qu'il vient de perdre à Madrid aura une immense influence en France, témoin le Journal des Débats et les doctrines modérées qu'il prêche depuis quelques jours.
On dit notre ministre plénipotentiaire Lagarde fort compromis; on assurait même qu'Edouard de La Grange (1) avait été arrêté à Irun.
Il faut convenir que cette révolution d'Espagne est admirable en tous points. Ne jamais abuser de la victoire, ne jamais se venger de tant de bassesse et de perfidie ; ne les punir que par le mépris, et voir constamment à la tête du parti constitutionnel les hommes les plus raisonnables et les plus modérés ; que ce soit eux qui dirigent un mouvement de cette nature, c'est un rare bonheur et un phénomène que la nation espagnole pouvait seule présenter! Il me semble qu'on peut bien à juste titre l'appeler une grande nation.
Les nouvelles du 10 sont que Madrid est toujours dans la plus parfaite tranquilUté, et que le roi reste seul dans son palais, abandonné de tous ses ministres qui tous ont donné leur démission. Quel peuple, quelle leçon!
(1) Le marquis de La Grange, attaché à la mission du comte de Lagarde. c. b.
DÉCEMBRE l 82 1 -DÉ CEMBRE 1822. 2i>
DE LA DUCHESSE DE BROGLIE
Coppet, 23 juillet 1822.
A présent que mon oreille est guérie, mon cher Prosper, je peux mieux continuer notre correspondance. Je le fais d'autant mieux que je vois s'en aller notre espérance du Mont-Dore. Victor est bien, et M. Batmy nous conseille d'essayer de se reposer une année des eaux. J'y ai pourtant un grand regret; j'aurais eu grand plaisir à voir ce pays-là avec vous, à nous retrouver hors du cercle de nos éternelles agitations et je pense que cela aurait été une diversion pour vous dans votre solitude. Enfin il n'y faut plus penser.
Je vois, cher Prosper, que vous êtes pris par cette maladie du découragement des choses et de soi-même qui est une des situations que je connaisse le mieux, mais dont j'espérais que vous étiez le plus exempt. Notre position politique est faite pour le donner; nous sommes dans une bien mauvaise ornière, n'ayant ni le pouvoir ni la popularité, mécontents de nos amis plus indignés qu'opprimés, heurtés dans tous nos sentiments moraux, sans être assez tourmentés pour que cela ranime le courage et l'enthousiasme. Rien n'est plus triste que cet état, joint au spectacle honteux de l'Europe. Je vous avoue que je ne suis pas étonnée que quand on a pris lavement à l'espérance pendant quelques années on retombe douloureusement sur soimême ; alors on attribue le tort des circonstances à ses propres facultés ; on croit ^deilUr parce qu'on ne sent pas en soi le mouvement que l'espérance ou le malheur seuls peuvent donner. Je ne veux pas vous
2(i SOUVENIRS DU BARON DE BARANTE.
dire le contraire de ce que vous me dites, puisque vous le repoussez d'avance, pourtant vous devriez remarquer que vous n'avez jamais rien fait ni écrit qui n'ait eu son plein succès, mais que dans la carrière politique les événements arrêtent net le résultat , puisqu'ils empêchent d'exercer sa force. Il n'en est pas de même dans la carrière d'écrivain, qui peut aller malgré tout. Peut-être ne faites-vous pas assez d'usage de votre talent pour celle-là. Pourtant il y a des situations différentes, et, sans mettre du tout de point de vue aristocratique dans ce que je dis, je trouve que M. Guizot est plus appelé, par sa situation, à une existence d'écrivain politique que vous ne le seriez. Le genre de vie qu'il mène lui donne une popularité chez les jeunes gens du tiers état que ni vous ni nous ne pourrions avoir ; il fait sa route par là, et puis il se soutient par une merveilleuse faculté d'espérer et une foi en lui-même inébranlable. Cependant je me demande pourquoi vous n'employez pas votre été à écrire quelque chose de théorie pohtique applicable en même temps à notre temps, dans le genre de celui des Communes qui a eu un si prodigieux succès. lime semble qu'à présent c'est le temps de semer des idées; 11 n'y a que cette voie-là pour ceux qui ne se mettent pas dans les intrigues ou dans les folles tentatives. A'ictor écrit, sur les lois pénales quelque chose, qui serait très bien, mais il est trop paresseux pour que cela devienne jamais rien. Je me décourage bien aussi souvent sur notre position politique, sur le peu d'influence qu'on a sur les autres, sur le peu de bien qu'on fait : j'en accuse quelquefois à tort son caractère et puis je vois qu'il y a dans notre situation à nous autres des obstacles insurmontables et que nous
ne pouvons attendre d'être tirés de là que par le progrès des lumières.
Je ne conçois pas par exemple comment vous pouvez vous faire scrupule de ne pas donner tout votre temps à l'éducation de vos enfants : il me semble que jamais un homme n'a été obligé à cela et qu'il est dans la volonté de la Providence que les mères pour les filles et l'éducation publique pour les garçons laissent aux hommes le temps d'employer leurs facultés au bien et au perfectionnement général. Je me souviens d'avoir entendu ma mère s'élever beaucoup contre le système de Rousseau, comme obligeant un homme à donner toute sa vie à l'éducation d'un autre : les enfants s'élèvent plus aisément que cela, heureusement. On dit que vous faites trop travailler les vôtres, est-ce vrai? Alphonse (1) est un enfant à part, il est vrai, à cause de sa santé, mais il est certain que, depuis qu'il est Ubre de toute étude, il s'est développé dans son esprit une originahté et une ^ivacité qui n'y étaient pas : je ne donne pas cela comme une règle générale ; je crois l'étude très bonne pour les enfants, mais je voudrais aussi qu'on les laissât un certain temps hvrés à eux-mêmes. En général je voudrais savoir ce qui ôte aux enfants de dix ou douze ans toute couleur originale et individuelle. Est-ce la nature ou l'éducation? Mais tandis que, tout petits, ils sont pleins de vie et d'imagination, à cet âge-là ils se ressemblent tous et n'ont pas l'air de vivre pour leur compte, mais pour celui des autres. Nous parlerions bien éducation ensemble, si nous nous voyions un peu
(1) Alphonse de Rocca, frère utérin de madame la duchesse de Broglie. c. b.
de suite, car c'est un sujet qui me préoccupe fort. Au reste je me reconnais sans aucun talent, n'ayant ni précision dans la volonté ni netteté dans l'esprit, deux qualités indispensables. Si j'entamais le chapitre du découragement sur moi-môme aussi, j'allongerais trop ma lettre. Voici les événements d'Espagne pour nous remonter. La Sainte-AlUance est là bien battue : c'est peut-être le commencement de notre prospérité qui nous reviendra par l'Espagne encore une fois.
Je vous enverrai ISigel, de Walter Scott, mais c'est très mauA-ais : il n'y a que quelques scènes de Jac- . ques I" qui sont charmantes par la peinture de cette vulgarité royale qui se familiarise avec les autres, non par amitié pour eux mais par la jouissance de se mettre bien à l'aise. Il y a aussi certains traits sur Charles P"" qui sont très remarquables. Du reste c'est de la décadence : tous les défauts ordinaires de ses romans sont forcés dans celui-là, sans compensation.
J'aurais bien envie de lire ce que vous écrivez sur le XIV'' siècle; j'ai bien besoin qu'on me rende l'histoire amusante, car sans cela j'ai de la peine à la hre.
DE M. ROYER-COLLARD
Paris, 1" août 1822.
Dans la profonde soUtude où vous êtes, où je serai dans quinze à Aàngt jours, on fait cas des correspondances de Paris ; pour moi, je fais plus de cas, à Paris, des correspondances qui viennent de loin; je les trouve plus instructives et plus véridiques ; elles n'ont point d'égard à une foule de petites choses qui préoccupent notre attention et qui trompent notre
jugement. Aussi, si nous venions à nous rencontrer miraculeusement sur un grand chemin, moi allant et vous revenant, c'est vous qui parleriez le premier.
La crise du ministère a commencé ; vous en voyez beaucoup d'indices. Devant le gouvernement du parti il est aussi compromis et plus menacé que le dernier ministère, il y a an. Le mécontentement, le mépris, la haine éclatent. Nous avons le pouvoir et nous n'avançons pas. On cherche donc un ministère plus entreprenant; le retour de M. de Blacas et les événements de Madrid sont des circonstances favorables. Dans ce mouvement tout s'use, le parti, la majorité, la parole, et ce qu'on appelle les institutions, et bien d'autres choses encore: ce sera à reprendre par le fondement. Mais le jour où de nouveaux ouvriers seront à l'œuvre est encore loin, sauf l'imprévu.
On dit que vous travaillez : j'en suis charmé ; c'est pour mon instruction et pour mon plaisir. Le dernier ouvrage de Guizot m'a paru excellent. Écrivez, messieurs, faites des livres; il n'y a pas autre chose à faire en ce moment. Au point où le ton de la discussion est monté, la tribune n'est pas tenable, au propre ni au figuré. Vous avez sans doute remarqué combien Foy s'éloigne de la gauche et se rapproche de nous. Si la session prochaine contient ce que les uns et les autres y renvoient, elle sera mémorable. Les anciens ministres sont inconsolables ; nous avons au moins, nous autres, la consolation de leur chagrin. Ces gens-là sont bien morts; mais qui est-ce qui ne l'est pas, si ce n'est ceux qui ne sont pas encore nés?