‹ Souvenirs; (volume 4)Chapitre 34 sur 55 · DU COMTE DE S AI NTE - AULA IRE · texte numérisé non relu

DU COMTE DE S AI NTE - AULA IRE

Naples, 20 février 1826.

Je suis à Baïa, délicieusement bercé par toutes les séductions de Vodosa Parthenopx. Vous pensez bien que dans un lieu qui renvoyait telle qu'Hélène la matrone romaine qui y arrivait semblable à Pénélope, je ne me serais pas remis à bien. Cependant, tout en courant, il est impossible de ne pas faire quelques réflexions sur la partie sérieuse de ce que l'on voit; elles ne sont pas gaies, car, en vérité, elles portent à croire que l'odieux, l'absurde, l'intolérable est cependant l'état naturel, celui auquel les masses se prêtent le plus facilement. Si des circonstances toutes particulières les en ont fait sortir elles sont toujours prêtes à y rentrer, et paraissent s'y reposer avec complaisance. Bien entendu que celte marche n'est cependant rétrograde que relativement et que, dans les temps de l'espace, il est permis de croire à une lente perfectibilité. Depuis Milan jusqu'à Naples je vous garantis au moins que les progrès ne sont et ne seront pas rapides, et, en mesurant la distance immense à laquelle la France se trouve de ce pays (qui touche à beaucoup d'autres), je ne trouve guère raisonnable d'espérer que nous puissions avancer encore, car, dans l'état de l'Europe, il existe, ce me semble, une sorte de solidarité, et les premiers en avant doivent attendre les autres.

Si les étrangers quej'ai vus me donnent ces idées chagrines, les Français que j'ai rencontrés m'ont satisfait davantage. Je crois qu'ils étaient émus comme moi de ce qui se voit ainsi et qu'ils sentent quelque orgueil patriotique qui les rattache à nos institutions. Un de vos collègues, qui est en ce moment de retour près de vous, assure qu'il y tient beaucoup, et je crois ce qu'il dit, car il est loyal. Il reste entre lui et nous une grande divergence quant à la manière de comprendre l'état social. Mais cette difîérence si capitale dans la théorie ne fait pas grand'chose à la pratique prise de haut, car l'état social est un fait : il ne change pas avec des lois, ou au moins pour refaire les mœurs avec des lois faut-il une main plus ferme que celle du Lycurgue Villèle. Je me trompe fort si la proposition qu'ils vous annonce sur le morcellement des propriétés ne laisse pas dans vingt ans la France ce qu'elle est. Au fond toutes les prétentions ou velléités féodales peuvent impatienter dans les salons, faire rire ou faire peur à la tribune, mais le danger ne vient pas de là. Je le vois dans le hideux despotisme qui a déûguré cette belle nation italienne, qui a gâté ce beau soleil. Il n'y a pas dans toute l'Italie un seul noble, je dirai même un seul prêtre ayant la moindre puissance; elle est tout entière aux commis de bureaux.

Cher ami, dites, je vous prie, à Sébastiani, combien je m'applaudis de son succès (1). Parlez de moi enfin à M. Royer, à Victor, à Guizot; enfin ne me laissez pas tout à fait oublier par ce qui est autour de vous, car je

(1) Le général Sébastiani, non réélu député aux élections ds 1824, avait été nommé, le 20 janvier 1827, député de Vervins en remplacement du général Foy. c. b.

ne serai pas toujours un vaurien comme à présent et je reviendrai me placer une fois entre vous, à voire suite.

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