AU COMTE DE IIOUDETOT
Barante, o novembre 18:J6.
J'aimainlenant tout mon loisir et la mori de Louis XI m'a rendu la liberté.
Je me suis mis à lire un roman de AVieland (4), qui est vraiment bien fin et spirituel. C'est Peregrinus
(1) Les Jésuites modtrnes. c. b.
(2) Malgré le refus de Talma de recevoir les secours de la religion, l'archevêque de Paris avait cru devoir se présenter plusieurs fois chez lui, mais n'avait pas été reçu. c. b.
(3) M. Frédéric de Houdetot portait le titre de comte depuis la mort de son père. c. b.
(4) Poète et littérateur allemand [1733-1813], auteur d'Oberon. c. b.
Protée. Il est, je crois, traduit. Pour peu qu'il le soit tolérablement, et qu'il vous tombe sous la main, il vous plaira. On ne peut mieux peindre celte disposition ardente et cette simplicité d'âme qui est propre j\ l'Allemagne, ainsi que tous ces sentiments vrais et profonds exprimés dans un langage philosophique et un jargon d'école.
Je lis aussi, mais avec grand ennui, des Lettres de madame de Maintenon, ainsi que des Lettres de madame des Ursins. Ces deux vieilles femmes toutes factices, ne voyant rien que par la cour et pour la cour, d'autant plus abaissées dans la servilité domestique, qu'elles sont sincères, cette pauvre France gouvernée par de telles gens, la fin du règne de Louis XIV, où l'on aperçoit déjà les mœurs de la régence ombragées d'un peu d'hypocrisie ; tout cela est un document historique pas assez nouveau pour soutenir l'intérêt de quatre gros volumes.
Je suis impatient du roman chinois (1) et j'espère l'avoir avant mon départ.
DE LA DUCHESSE DE BROGLIE
Coppet, 8 novembre 1826.
Il est vrai que j'ai bien des torts, cher Prosper, mais certes pas celui de vous avoir oublié. Sans être souffrante, j'ai eu des migraines et des maux de dents presque continuels depuis un mois. Joignez à cela ma manière d'être un peu concentrée dans mes idées et
(1) Su-Kîao-Li ou les Deux Cousines, roman traduit du chiQois par le savant orientaliste Abel Rémusat. c. r.
VOUS VOUS persuaderez que j'ai élé décourag-ée d'écrire. Oui, j'ai élé bien frappée de ce malheur de M. de Rémusat; j'en ai bien redouté pour lui l'impression, non seulement celle de la douleur, mais celle de l'irritation contre la destinée. Auguste a été le voir à Grenoble et ne l'a pas trouvé aigri contre le sort ou plutôt contre la Providence. Dieu en soit loué, car il est bien difficile de ne pas s'irriter quand on n'a pas de croyances plus positives que lui, quand on ne connaît pas mieux les attributs moraux de Celui qui dirige le monde, quand on ne se sent pas en sympathie entière avec lui. Sa vie reprendra sans doute, mais quel cruel commencement I Cette année est bien féconde en douleurs de tout genre. Ce que vous dites sur le progrès de l'âge est bien vrai, et cela commence à des époques diverses. La jeunesse finit quand tous les événements de l'avenir ne peuvent être que des chagrins et qu'on n'en a plus à attendre de nouveaux et de joyeux ; on peut être fort heureux ainsi, mais cela met fin aux châteaux en Espagne et s'il ne se passe pas des événements dans la vie extérieure, tout s'affadit et se décolore. Mais la vie intérieure renferme des émotions toujours nouvelles quoique toujours semblables.
Je ne sais aucune nouvelle, il me semble que tout dort, cela peut être un peu subjectif, maisje me réveillerai avec joie pour lire Marie de Bourgogne. Victor travaille assez, quoiqu'il ne fasse pas grand'chose en quantité, mais il vit dans ses idées, et c'est ce qu'on peut faire de mieux jusqu'à ce qu'il s'offre une chance de les faire prévaloir.
Adieu, cher Prosper, comment ai-je été inexacte avec vous dont j'aime tant les lettres, dont j'aime
tant l'amitié, je ne le conçois pas. Je ne le ferai plus, comme disent les enfants et je vous écrirai même sans avoir rien de bon à dire, car nos communications me sont bien précieuses et bien douces.
DU COMTE MOLE
Paris, 10 novembre 1826.
Je vis en Chine en ce moment et bien plus agréablement qu'à Paris; je ne puis quitter le roman d'Abel Rémusat depuis que je l'ai commencé. Je ne me lasse pas d'admirer qu'il y eût, au xvi*^ siècle, une nation de deux cents millions d'habitants dont la civilisation fût si ancienne, si rafhnée, si corrompue: où la langue des hommes supérieurs était celle de l'hôtel de Rambouillet, et où les fonctions publiques, données au concours, appartenaient à ceux qui se montraient le plus habiles à faire des }'ébus. Lisez les Deux Cousines, mon cher ami, et votre esprit philosophique et observateur y trouvera, si je ne me trompe, une ample pâture.
Les habitants de Valençay ne tarissent pas sur le plaisir qu'ils ont eu devons posséder pendant quelques jours. Je suis arrivé ici un peu avant eux. Je regrette la campagne; jamais je n'en ai joui autant que cette année. Aussi, durant trois mois, je n'ai pas été tenté de remettre le pied à Paris, quoique je n'en fusse qu'à six lieues. Quand j'aurai marié mes ûlles et terminé leur éducation, je pourrai bien passer, avec mes arbres et mes fleurs, la plus grande partie de ma vie.
Daru vient de donner sa Bretagne (1) : on la dit en-
(1) Histoire des ducs de Brcla'jnc. c. b.
niiyeuse et savante, et le désappointement est d'autant plus grand, qu'on s'attendait, je ne sais pourquoi, à y trouver un peu du charme de vos Ducs de Bourgogne. Mais, à propos de ces ducs, pourquoi donc ne les finissez-vous pas? Chacun se demande quand viendra cette dernière livraison si tardive! La Fronde, de Sainte-Aulaire, va paraître aussi. J'espère que vous amassez déjà des matériaux pour vos Parlements.
DE M. DE RE M USAT
Lafilte, 17 novembre 1826.
Votre lettre et celle de madame de Barante, que j'ai reçues il y a quelques jours, m'ont fait grand plaisir, si ce mot m'est encore permis. Je vous en remercie, mon cher ami, c'est un bienfait que de m'écrire ainsi; car je ne reçois guère de lettre d'ailleurs qui ne me blessent ou m'importunent. Je crois bien que c'est un peu ma faute. Je suis devenu impatient, intolérant, ombrageux; mais vous n'en êtes que plus aimables de savoir si bien me toucher sans me faire de mal. La retraite ne me fait pas plus de bien que le reste; j'y venais précisément pour me calmer, pour me rendre plus serviable et moins susceptible; je ne suis pas beaucoup plus avancé. Il est heureux cependant que j'aie été tous ces temps-ci loin de mes amis ; ou je les aurais repoussés, ou je me serais fait une pénible violence ; vous m'excuseriez, vous, parce que vous me comprendriez, mais tout le monde n'est pas vous.
Je ne regretterai point ma retraite ; je n'ai plus assez de vie intérieure pour animer ma solitude; parfois, en un lieu oii rien ne me rappelle ces deux der-
nières années, où ni les choses ni les personnes ne portent l'empreinte de mes souvenirs, j'aurais pu me croire le même qu'autrefois, et regarder le passé comme une fable. Mais, hélas! que serais-je sans mes souvenirs ? Que serais-je avec mes facultés affaiblies, mon découragement d'esprit, mon âme dénuée de mouvement et d'impressions? Quelle triste énigme je m'offrirais à moi-même si ma douleur ne l'expliquait I Elle seule m'anime encore; elle est tout ce qui me reste de vie, je ne conçois qu'un malheur au delà du mien, et c'est l'oubli. Jugez comme toutes ces consolations qu'on m'envoie sont reçues. Il y a la moitié de mes lettres dont je ne lis pas trois lignes. Au milieu de ma sauvagerie j'aurais souvent besoin d'épanchement, j'aurais envie de raconter, d'expliquer, sans être contredit, sans être non plus trop soigné. J'aurais envie — mais pourquoi vous dire tout cela? à quoi bon? Au fait, autant le dire que le (aire. xMais est-ce bien moi? rien ne m'importe à présent; tout m'importait autrefois. Mon ami, êles-vous bien sûr que vous m'aimerez encore? C'est que je suis méconnaissable. Adieu, je me faisais une joie de vous écrire, pourtant j'aurais mieux aimé vous écrire autre chose. N'importe, je vous aime bien.
DE LA DUCHESSE DE BROGLIE
Coppet, 2o novembre 1826.
Cher Prosper, je vous réponds tout de suite, d'autant plus que j'ai besoin de vous dire une nouvelle qui me lient bien au cœur. Auguste s'est enûn décidé à se marier: il épouse mademoiselle Vernet, la fille de
celte admirable mère dont je vous parlais l'année dernière à l'occasion de la mort de son fils. C'est la petite-fille du professeur Pictet, famille à vous bien connue; c'est une personne qui réunit du mouvement et de l'originalité dans l'esprit aux sentiments les plus profonds et les plus solides de piété et de vertu.
GherProsper, tout événement qui m'émeut reporte mon cœur bien vivement vers un excellent ami comme vous; ne croyez pas que jamais, dans aucune disposition, je puisse ne pas éprouver le besoin de vous parler du fond du cœur. Si même mes croyances (qui sont loin d'avoir en pratique l'influence qu'elles devraient avoir) produisaient l'effet de me rendre ennuyée et ennuyeuse sur tout le reste, je vous ennuierais en toute conscience, cher Prosper, en vous disant mes monotones pensées plutôt que de laisser rompre le fil de relations si chères et si précieuses. Mais je nç jette pas le manche après la cognée des intérêts de ce monde, et je compte bien tâcher d'être un peu aimable pour mes amis, carje suis très convaincue qu'on ne plaît pas au bon Dieu en ennuyant sou prochain.
Plaisanterie à part, cher Prosper, je ne suis point devenue insensible au plaisir de revoir mes amis, et il me semble que je jouirai mieux que jamais de votre conversation cette année. J'aurai aussi du plaisir à vous faire connaître notre nouvelle sœur et je demande d'avance à Gésarine son amitié pour elle. Auguste passera l'hiver en Italie et reviendra à Paris vers le mois de mai. Madame de Gaslellane est toujours près de Genève; son médecin n'a pas voulu les laisser venir à Goppet; elle n'est pas beaucoup mieux, et est toujours dans son lit toute seule avec ses deux petits enfants tout petits et tout frêles. Ge petit ménage fait
uue affreuse pitié et la mère est admirable de courage et de gaieté, c'est une charmante créature, si insouciante d'elle-même, si stoïque de courage, avec une nature si enfantine en même temps. Écrivez-lui beaucoup, nous la soignons de notre mieux. Dieu veuille qu'elle soit guérie quand nous partirons. Ce sera à la Cn de décembre que nous retournerons; vous reviendrez plus tard et j'en suis fâchée.
Adieu, cher, cherProsper, quand je suis paresseuse ne me crojez jamais capable de vous oublier. Pourrais-je oublier une amitié si intime et si douce ? Cela ne se peut et chaque année ne fait qu'y ajouter.
DE M. GUIZOT
Paris, 27 novembre 1826.
J'achève dans ce moment-ci mon deuxième volume qui finira à la mort du roi; j'en aurai un troisième pour l'histoire de la république et de Cromwell jusqu'à la restauration, ainsi l'ouvrage entier, du moins le premier ouvrage, V Histoire de la Révolution, aura trois volumes; je compte que XHistovre de la Restauration en aura autant. Vous me l'aviez prédit, autant qu'il m'en souvient; vous aviez raison. Je ne me suis rien imposé à cet égard; j'ai fait ce qui m'a paru nécessaire, ne me refusant ni les résumés ni les récits.
Je vous attends à la fin du mois prochain; vous trouverez un petit effort rétrograde assez sensible en ce qui touche le clergé. On se déclare hautement gallican; on proteste contre toute loi ecclésiastique, on tracasse un peu moins les écoles civiles. La loi sur la presse ne contient absolument rien contre les réim-
pressions ; c'est une longue série de peliles ruses contre tel ou tel effet de la liberté qu'on n'ose attaquer de front, des aggravations de peines, la saisie avant publication et la censure des tribunaux pour les brochures, la responsabilité commune de tous les propriétaires d'un journal, la diffamation poursuivie d'office, l'augmentation des cautionnements et tout ce qui peut irriter l'ennemi qu'on ne peut vaincre. 11 y a vraiment une impérissable légitimité de la bêtise qui me confond quelquefois ; elle se perpétue, surmonte toutes les épreuves, survit à toutes les crises; c'est le droit héréditaire de certaines situations. On m'assure que cette loi sera portée d'abord à votre Chambre ; on craint que les députés ne l'amendent, s'ils l'ont les premiers, de telle sorte qu'elle serait infailliblement rejetée chez vous. Il y a aussi une loi sur le jury, mais que je ne connais que par les bruits des journaux. Je crois aussi M. de Villèle occupé de charger la France de la dette de Saint-Domingue qui ne peut payer; il s'est donné là une mauvaise affaire. Quanta sa politique extérieure, nul doute qu'il ne se soit fort rapproché de M. Canning ; les Russes en ont une humeur visible. Il y a une convention sur le tapis pour la Grèce, le sort de la Moldavie et de la Valachie, pour la Morée et les lies, sous la protection de l'Angleterre, de la France et de l'Autriche ; la question est de savoir si les Turcs y conserveront des garnisons, et elle n'est pas encore décidée. L'expédition d'Egypte, pour renforcer Ibrahim-Pacha, est arrivée à Navarin portant deux mille hommes seulement. D'autre part la frégate américaine est entrée dans la Méditerranée, et Gochrane part de Marseille pour aller la rejoindre. Si les Grecs résistent encore un peu, ils auront un hospodar
avec des conditions tolérables; mais pour l'indépendance, il n'y faut pas songer de celte fois.
La haute aristocratie anglaise est furieuse contre Canning. Cependant on croit qu'à tout prendre, et pour les questions économiques, il est plus fort que dans le Parlement précédent.
DE LA DUCUESSE DE BROGLIE
Coppet, 13 décembre 1826.
Notre mariage a été tristement retardé, cher Prosper, par une petite fièvre catarrhale d'Auguste, qui tire à sa fin, grâce à Dieu, mais qui nous a beaucoup attristés. Je ne suis pas sûre qu'il puisse se marier avant notre départ, car Victor ne peut pas partir plus tard que la fin du mois. Oui, mademoiselle Vernel est très jolie; elle a des yeux charmants, un très joli teint, une taille très noble et très élégante ; tout cela cependant ne fait pas précisément de la beauté; mais elle a surtout beaucoup de charme et un visage qui s'embellit par l'expression et transmet avec une transparence limpide tout ce qui se passe dans une âme très sensible et dans un esprit très vif. Je suis bien sûre qu'elle vous plaira, et qu'elle réussira dans notre cercle. Elle a l'intelligence très ouverte et très perfectible, et une grande liberté d'esprit tout en ayant été élevée dans des principes et des idées très sévères. Madame Vernet a réussi à donner à ses enfants le fond de ses sentiments en leur laissant à chacun d'eux son empreinte individuelle : c'est un bien bon résultat d'éducation. Plus je m'en occupe, plus je trouve que la douceur et la confiance sont ce qui vaut le mieux, m. 24
J'ai le besoin de laisser toujours plus l'intelligence de mes enfants et leur âme au large; je diminue plutôt de la trop grande régularité des heures et des manières et je m'en trouve mieux. Sans doute on perd quelque chose par ce système, l'autorité est moins complète et le nombre des choses apprises est moindre, mais les enfants vivent d'une vie à eux et respirent l'air de la liberté. Peut-être pour des fils faut-il plus de tenue? Mon petit garçon annonce un esprit très vif et très net, très analogue à celui de son père. Parlez-moi aussi de vos enfants, cher Prosper, je voudrais les mieux connaître et créer entre eux et les miens cette affection héréditaire entre nous.
Que ferons-nous cet hiver ? Victor sent le besoin d'être à la session, mais il est bien ennuyé de la loi sur la presse et d'avoir à revenir sur ce vieux sujet.
Adieu, cher Prosper, vous voulez à toute force que je revienne ne prenant plus part à rien et ennuyant tout le monde. Soit, si vous m'aimez toujours, je prendrai fort mon parti des gens du monde. Votre lettre à Auguste m'a touchée jusqu'au fond de l'âme; nous espérons qu'on nommera toujours sa femme par son nom de baptême, car ce nom est trop sacré pour nous. Sans doute ma mère nous approuve dans ce choix et c'est bien doux à penser. Le passé se rapproche en avançant dans la vie, ne trouvez-vous pas cela ?
DU COMTE MOLE
Paris, 16 décembre 182tj.
D'après votre lettre du 9, mon cher ami, je vois que vous ne nous arriverez que le l*" janvier au plus tôt.
Positivement parlant, c'est assez, mais s'il y a peu à faire, il y a beaucoup à dire, et, sous ce rapport, le moment est intéressant. Si vous me demandez mes conjectures, ou, comme on dit, ma politique, je vous dirai qu'elle n'est pas celle de tout le monde. De tout ceci, M. de Villèle pourra bien sortir battu et content, c'est-à-dire avec un nouveau bail. Aux yeux de ses amis mêmes, le discours de M. Canning le démontre joué comme un enfant; mais ce discours, non plus que les événements, n'ébranle pas son pouvoir, au contraire; jusqu'ici il n'étaiu que le ministre du 3 p. 100 et il devient le ministre de la paix. Le parti qui le menace veut et demande la guerre. Hors de lui, on n'aperçoit que les apostoliques et la guerre. C'est ainsi que, de chute en chute, il s'affermit et voit grossir son bataillon par toutes les fautes et les témérités de ses adversaires. Il sera le ministre du règne, je vous l'ai toujours dit. Quant à moi, je m'y résignerais volontiers, s'il entendait davantage l'extérieur et s'il faisait moins de concessions à ceux qui veulent le renverser.
C'est mardi que nous discutons et votons l'adresse. Elle sera du duc de Lévis, son sempiternel rédacteur. D'ici là, les événements auront marché, eton apprendra probablement que les Anglais sont en Portugal, et que tout se calme, pour le moment, dans la péninsule. Le dégoût de la chose publique a tellement atteint les députés, qu'on ne peut en obtenir de se rendre aux séances. Voilà ce qu'on a gagné à bannir de la Chambre toute autre opposition que celle qui résulte des divisions d'un même parti.
Allons, mon cher ami, finissez votre Bourgogne et venez nous voir. Vous me trouverez moins que jamais
en train de parler et d'agir, mais plus que jamais de vous aimer et de causer avec vous. Je me fais une fête d'être conduit dans l'intérieur de ce Louis XI, si mal connu et si mal peint parla plupart de nos historiens. Je suis sûr que vous me ferez vivre avec lui.
Année 1827 (i).
DU VICOMTE DE CHATEAUBRIAND
Paris, mercredi 4 mars 1827.
Je viens tard vous remercier, monsieur, de votre article, sur les Natchez, mais je n'en suis pas moins
(1) Événements de 1827. — Présentation aux Chambres de divers projets sur la répression des délits de presse, l'organisation du jury, etc. Indignation que soulève le projet sur la presse, la loi vandale, comme l'appelle M. de Chateaubriand, la loi de justice et cV amour, comme l'a qualifiée le garde des sceaux. — L'Académie française vote une supplique au roi contre le projet de loi. Mesures de rigueur prises contre les promoteurs de cette mesure. — Discussion à la Chambre des pairs d'une pétition de M. de Montlosier contre les congrégations et les jésuites. Après un long et brillant débat dans lequel l'évèque d'Hermopolis prend la défense des jésuites, la pétition, conformément aux conclusions du rapporteur, M. Portails, est, à la majorité de 113 voix contre 73, renvoyée au président du conseil pour que le gouvernement fasse exécuter les lois qui suppriment cette corporation (19 janvier). — Discussion et vote d'une loi qui améliore le système postal. Vifs
Mi SOUVENIRS DU BARON DE BARANTE.
reconnaissant. Vous avez mis tout votre talent dans quelques lignes, c'est précisément le caractère du vrai
débats à l'occasion d'un article qui élève le prix du transport des journaux. Discours de M, de Chateaubriand. — Vote d'une loi relative à l'organisation du jury. La Chambre des pairs y apporte, malgré le ministère, des changements qui la rendent beaucoup plus libérale. — Violentes attaques de la presse contre le ministère tant par la voie des journaux que par celle des pamphlets et des satires. — Le Drapeau blanc cesse de paraître. — Discussion et vote par la Chambre des députés du projet de loi destiné à réprimer les excès de la presse. P'ortement amendé par la commission, il subit encore, dans le cours des débats, 4e nombreux amendements qui lui donnent un caractère moins illibéral, mais qui sont loin de satisfaire l'opinion (12 mars). — Le projet de loi concernant la presse est porté à la Chambre des pairs qui nomme pour l'examiner une commission d'opposition. — Mort du duc de La Rochefoucauld (27 mars). — La police voulant empêcher les élèves de l'école de Chàlons de porter son cercueil à bras, il en résulte une scène de scandale qui amène à la Chambre des pairs de vives explications. — La commission de la Chambre des pairs ayant, par ses amendements, complètement transformé le projet de loi sur la presse, le gouvernement le retire avant l'ouverture de la discussion ( 1 7 avril) . Vives mani festations de la joie publique, rassemblements, promenades populaires, illuminations, désordres. — Acquittement de M. de Kératry, accusé d'attaque à l'inviolabilité royale, de provocation à la révolte, etc. — Élections partielles hostiles au ministère. — Détresse du cabinet, combattu à la fois par l'opinion publique et par les courtisans. — Revue de la garde nationale passée par le roi au Champ de Mars. Cris : A bas les ministres ! Insultes aux princesses. Dissolution de la garde nationale (30 avril). Démission du duc de Doudeauville, ministre de la maison du roi. Violents débats à la
talent. Mais que nous sommes loin des Natclicz ! Ils m'ont fait pourtant plaisir à revoir et à décrire : il sem-
Chambre des députes. M. Laffitte parle de mettre le ministère en accusation. — Irritation générale. Découragement de M. de Villèle. — Troubles à l'École de médecine, causés par la nomination à une chaire d'un protégé de la congrégation. Discours factieux de M. Benjamiu Constant à ce sujet. — Discussion et vote par la Chambre des pairs d'un projet de code militaire qu'elle amende dans un sens libéral et qui n'est pas porté à la Chambre des députés. — Discussion et vote du budget de 1828. Le pi'ojet accordait à tous les départements ministériels des augmentations de crédits ; mais l'abaissement du produit des impôts oblige le gouvernement à y renoncer. Les attaques des deux oppositions redoublent de violence. Espèce de manifeste de M. Gautier au nom des royalistes dissidents. Discours éloquent, modéré et conciliant de l'évèque d'Hermopolis, dans lequel il repousse les. accusations dirigées contre le clergé. Succès de cette apologie. Discours solennel de M, de Chateaubriand où il signale les dangers de la situation et adjure les ministres de rassurer le pays alarmé par le bruit répandu du rétablissement de la censure et d'une nombreuse promotion de pairs. — Clôture de la session (22 juin). — Rétablissement de la censure (24 juin) ; ses maladresses. Innombrables brochures publiées par l'opposition pour suppléer au silence des journaux. Disparition de presque tous les journaux ministériels, auxquels on l'etiie une subvention qui ne suffisait plus pour les soutenir. — Procès de presse. Inquiétudes, abattement croissant de M. de Villèle. — Maladie de lord Liverpool. — M.Canning devient le chef d'un nouveau cabinet mi-partie de lohigs et de tories. Joie des libéraux dans toute l'Europe : inquiétude des conservateurs. — Le comte Capo d'Istria président de la Grèce. —Traité du 6 juillet, par lequel la France, l'Angleterre et la Russie s'engagent cà
blait qu'ils me rendaient la vie qui m'échappe et une ardeur qui s'échappe, ie ne me crois pas Bossuet parce que je deviens vieux.
mettre fin à la lutte qui ensanglante la Grèce au moyen d'un armistice et d'un arrangement qui assurerait aux Grecs une certaine indépendance sous la suzeraineté du sultan. — Mort de M. Canning (8 août). Formation, sous la présidence de lord Goderich, d'un nouveau ministère mixte, plus rapproché des tories. — La Porte n'accepte pas les propositions des trois puissances relatives à la Grèce. — Dans la péninsule espagnole les relations s'améliorent entre le cabinet de Madrid et le Portugal, où le parti libéral perd du terrain et où dom Miguel se dispose à venir prendre régence. — Le gouvernement espagnol demande que les forces françaises et anglaises évacuent simultanément l'Espagne et le Portugal. — Ferdinand VII persiste dans la politique de bascule qui exaspère tous les partis. Formidable insurrection du parti ultra-absolutiste en Catalogne. Progrès du mouvement libéral. — État florissant des lettres, des sciences et des arts. — On se prépare, de part et d'autre, aux élections générales que l'on croit imminentes. Formation de la société Aide-toi, le Ciel t'aidera. — Mort de Manuel (12 août). Désordres auxquels ses obsèques donnent lieu. Mise en jugement et acquittement de M. Mignet, auteur d'une relation de ces obsèques. — Bataille de Navarin où les escadres anglaise, française et russe détruisent la flotte turco-égyptienne qui se refusait à accepter l'armistice imposé par les puissances à la Turquie et à la Grèce (20 octobre). Irritation de la Porte, qui demande satisfaction et repousse les propositions des puissances pour la pacification de la Grèce. Les ambassadeurs quittent Constantinople (8 décembre). Proclamation belliqueuse de la Porte. Préparatifs de guerre de la Russie. — Dom Miguel, appelé par l'empereur dom Pedro à la régence du Portugal, quitte Vienne et se
Je suis toujours souffrant et je n'ai pu aller vous remercier à la Chambre des pairs, ne pouvant trouver de jambes pour aller chez vous. Je me prépare en ce moment à faire mon va-tout à la tribune et j'espère dans la commission.
AU COMTE DE MONTLOSIER
Paris, 20 mars 1827.
Plus vous étudierez notre situation, mon cher ami, plus vous verrez que plutôt que d'avoir raison des jésuites, il faut avoir raison de bien d'autres choses : changer la direction générale des affaires, s'accommoder de l'ordre social actuel tel qu'il est, le régler et le fixer dans son assiette, et ne plus songer à le réformer, c'est là ce qu'on ne peut espérer dans la
rend à Lisbonne en passant par Paris et Londres. — En Espagne, Ferdinand VII réprime par sa présence l'insurrection apostolique et carliste de la Catalogne. — Voyage du roi au camp de Saint-Omer (septembre). Confiance qu'il puise dans raccueil qui lui est fait par les troupes et les populations. — Après de longues hésitations, le roi, conseillé par M. de Villèle, se décide à dissoudre la Chambre des députés et à créer soixante-seize pairs (5 novembre). — Violences de la presse affranchie de la censure. — Élections (17-24 novembre). Triomphe de la coalition formée de la gauche et des royalistes de la défection. Consternation de la cour et du gouvernement, ivresse du parti libéral. — Troubles à Paris, barricades. Les ministres remettent leur démission au roi. (D'après les sommaires des chapitres cxiv, cxv, cxvi, cxvn, cxvni , cxrx, cxx de l'Histoire de la Restauration, par M. Louis de Viel-Gastel.)
378 SOUVENIRS DU BARON DE lîARANTE.
circonstance actuelle. Il y a, parmi ceux qui influent en ce moment sur nos destinées, une incurable et involontaire répugnance pour la France telle que la Révolution l'a faite. Ce n'est pas chez eux un dessein arrêté, un système concerté, c'est de la pure sensation ; aussi flottent-ils au hasard, essayant de grandes choses que dans leurs idées ils croyaient simples et faciles, insultant l'opinion sans l'avoir prévu et s'étonnant ensuite de l'avoir irritée. Je doute qu'ils se résolvent à lui déclarer une guerre ouverte. La Chambre des députés a, dans de certains quarts d'heure, la velléité de se faire Convention royaliste et de dompter le public ; mais l'instant d'après, elle retombe dans cette mollesse universelle, et se met, comme tout le monde, à attendre que les événements décident tout. Devant tant d'insouciance et d'égoïsme, tant de dissolu et de désuni, on pourrait penser que le gouvernement a la faculté de tout tenter. En y regardant mieux, on s'aperçoit que le gouvernement d'un corps sans force nerveuse, est nécessairement paralytique ; la maladie de l'ensemble atteint et subjugue ce qui n'est que le résumé de cet ensemble. Sur quoi appuierait-on le despotisme? De qui serait-il avoué? On a une grande dose de patience et beaucoup plus de dédain que de haine dès qu'on voit l'impuissance des attaques dirigées contre notre étal social.
On s'est beaucoup occupé ces jours-ci de M. Canning(l). Restera-t-il? ne restera-l-il pas?Dirigera-t-il?
(1) Une motion de Sir Francis Burdett, demandant l'abrogation des dernières lois restrictives de certains droits civils des catholiques, venait d'être rejetée par la Chambre
ne dirigera-t-il pas? Cela importait beaucoup et nos ultras devaient, selon la solution de ces questions, prendre ou perdre de l'espoir et de l'ardeur. On croit aujourd'hui que rien ne changera en Angleterre. Cela ne signifie pas qu'on s'y arrête à un parti décisif sur l'Espagne. On atermoiera, on patientera. Il est de plus en plus connu qu'il existe un parti constitutionnel assez fort pour jeter le pays en des troubles violents s'il n'avait plus notre intervention à craindre, et qu'il pût compter sur l'appui des Anglais. Ainsi l'espérance que nos apostoliques plaçaient dans ceux d'Espagne est à peu près réduite à rien.
Paris, 8 avril 1827.
La démarche solennelle (I) qui préoccupe votre sollicitude royaliste et patriotique n'est pas plus facile, mon cher ami, que toute autre faite d'une manière officielle et solennelle. Elle aurait une extrême gravité. M. le dauphin a pour le roi une soumission trop respectueuse pour songer à rien de pareil; le jour oîi il s y résoudrait, c'est qu'apparemment le gouvernement passerait dans ses mains. Quant à M. le duc d'Orléans, il aurait à craindre que ses intentions fussent mal interprétées.
Plus le ministère court de périls, plus il éprouve de
des communes, à la majorité de quatre voix, malgré l'appui que lui avait donné M. Canning. c. b.
(1) M. de Montlosier voulait voir le duc d'Angoulême et le duc d'Orléans prendre une part active à la campagne qu'il menait contre les jésuites et le clergé, c. b.
traverses et plus il se blottit dans la congrégation, c'est là qu'il trouve ses derniers amis, ses derniers soutiens. Ces auxiliaires le perdront, peut-être, avant peu. Mais un changement de direction le renverserait sur-lechamp. D'ailleurs il n'est pas maintenu seulement par un intérêt personnel. Le parti dominant sait très bien qu'il joue le dernier coup de la partie, et qu'une fois qu'il n'aura plus la main au timon, on se donnera d'inébranlables garanties contre son retour. Ainsi il irajusqu'au bout, et aura moins de terreur d'une révolution qui éclaterait d'une façon imprévue dans la rue que d'une révolution légale dans le ministère et dans le gouvernement. Le roi lui-même qui peut-être est inquiet, du point où on l'a conduit, en gémirait longtemps avant de se livrer à ceux qui sont, à ses yeux, des apôtres d'impiété et d'anarchie. Il y a des gens qui croient qu'on est disposé à tout et qu'on attaquera de front, s'il le faut, liberté de la presse, Chambre des pairs, tribunaux, élections. Je pense bien que c'est le propos des intrigants de police, qui poussent au pire parce qu'ils ne répondent de rien. Je doute que M. de Yillèle et surtout le roi soient aussi résolus aux grandes aventures. Nous allons flotter plus ou moins longtemps entre un arbitraire tantôt téméraire, tantôt timide, et une opposition tantôt poltronne, tantôt séditieuse ; puis les cas fortuits en décideront. Ce qu'il y a de sûr, c'est que, sous l'inertie universelle, fermente, de part et d'autre, une exaspération croissante. Je ne puis vous dire combien les gens sensés ont été frappés de l'effet produit sur les esprits par la scène scandaleuse des funérailles de M. de Liancourt.
On dit que notre commission propose des amen-
déments à la loi de la presse qui ne sont nullement conformes aux intentions publiques ou secrètes des ministres. Il serait donc possible que la loi ne fût pas, ensuite, reportée aux députés et alors la police voudrait la censure. Une fois cette discussion finie, je partirai pour notre Auvergne. On attendra là, mieux qu'ailleurs, ce que le hasard fera de nous. Comme les ministres, je souhaite qu'un jour en amène un autre, et que les choses suivent leur cours. Il me semble que par là l'inévitable crise sera plus préparée et moins révolutionnaire. Je crains les luttes d'abord en elles-mêmes, puis parce que le triomphe a presque autant d'inconvénients que la défaite.
DE M. DE REMUSAT
Londres, 15 mai 1827.
Entre mille causes de découragement d'un côté, et la vie de badauderie que je mène ici, je ne sais d'où il pourrait mevenirune idée, ou mémeune impression. Il est vrai qu'un plus actif les aurait fait naître. Ma disposition, qui n'est bonne à rien, l'est peut-être encore moins aux voyages qu'à tout le reste. Je suis désintéressé et indifférent, on n'apprend point et l'on n'observe pas avec cela.
Du reste, il faudrait beaucoup de temps ou une grande activité pour tirer un parti solide du voyage que je fais. C'est d'abord un obstacle terrible que celui du langage; il est encore, pour moi, du moins, au-dessus de ce que je présumais ; non qu'il soit difficile de se faire comprendre, tout le monde parle français, mais c'est quand les gens de ce pays sont eux-mêmes qu'il
faut les voir, les entendre, les juger. D'ailleurs la société est partout peu digne d'observation. Les faibles nuances qui la distinguent dans les divers pays ne valent pas la peine d'une remarque et c'est cependant tout ce qu'il est permis d'observer au milieu desraouts et des dîners, car c'est à cela que se réduit ici la vie de société ; point de conversation ; une soirée sans cérémonie est chose inconnue ; on ne reçoit que lorsqu'on invite. Il faudrait beaucoup de droits pour changer quelque chose à cet ordre, et ce n'est pas moi qui entreproîdrai de réformer les mœurs. Je vous dis tout cela afin que vous voyiez, d'avance, combien un causeur de ma sorte doit être ici désappointé.
Je puis pourtant vous parler de l'état des affaires. Il n'est pas difûcile à connaître ; le jeu des partis, le mouvement compliqué des situations et des opinions sont des choses que nous comprenons admirablement en France, et très lent à rien conclure en ce pays : je juge hardiment sur cet article. M. Ganning a de la position de M. Decazes à certaines époques ; il a plus de ciédit, plus de confiance en lui-même, peut-être moins de connaissance des difficultés, mais plus de résolution. Le roi a été un élément important dans tout cequis'estfait(l) etaprès avoir été un moyen, ildevient un obstacle. La grande majorité des ivhirjs s'esl ralliée; peut-être a-t-il été imprudent de s'unir formellement
(1) La nomination de M, Canning au poste de premier lord de la Trésorerie, en remplacement de lord Liverpool, frappé d'une attaque d'apoplexie, avait déterminé la retraite de cinq ministres. Cette manifestation d'une partie du ministère qu'il présidait n'amena nullement le départ de M. Canning, qui pourvut sans tarder à ces cinq vacances, c. b.
et uniquement avec eux; et maintenant qu'on l'a fail, on est embarrassé pour conclure avec eux un arrangement définitif. La difficulté roule surtout sur les arrangements relatifs au gouvernement de l'Irlande. Je crois aussi que, par prudence et désintéi-essement tout à la fois, les tchigs aiment mieux servir le ministère sans paraître y gagner personnellement. Cependant tout le monde regardele ministère actuel comme provisoire, ses amis mêmes le présentent ainsi; et, de plus, à tous les 5'eux, son avenir est encore incertain. Les anciens ministres se font, il est vrai, du tort par la précipitation et l'étourderie de leur opposition ; il est certain qu'ils n'ont qu'une très faible minorité dans la Chambre des communes ; mais sur les questions délicates, ils sont peut-être en majorité dans celle des pairs. Heureusement la session actuelle ne peut guère amener de situations difficiles ou de questions décisives. De plus, Canning semble très confiant, son attitude est grande dans la Chambre des communes. 11 est très habile dans ses rapports avec le roi et sa famille ; enfin ses adversaires sont notoirement hors d'état de former un ministère. Il y a plus d'humeur et de haine dans leur opposition que de projet et de calcul. M. Peel, évidemment regretté par le public, gâte un peu sa position, en faisant tour à tour des attaques et des retraites. Je crois qu'il est embarrassé aussi, et qu'il veut voir venir, tout en conservant son parti, manœuvre toujours périlleuse. On dit qu'il n'est pas impossible d'amener un rapprochement avec le duc de Wellington ; avec le temps cela est probable, et j'ajoute désirable. Il compte pour beaucoup dans ce pays.
Voilà une longue gazette ; si vous voulez me ré-
pondre du même style, vous me ferez plaisir. On nous questionne assez souvent sur la France. On en sait assez mal les affaires ; on s'y intéresse pourtant, mais sans suite et sans intelligence. Yillèle est regardé ici comme une espèce de libéral, et on veut absolument en faire le meilleur ami de M. Canning. D'un autre côté, le licenciement de la garde nationale paraît une mesure grande de difficulté et d'audace, et l'on ne comprend pas que cette mesure est matériellement nulle et n'a qu'une importance morale.
Adieu, j'oubliais de vous dire que l'art du théâtre est ici dans l'enfance.