SUR M. DE LA FERRONNAYS
M. de LaFerronnays était d'un commerce agréable. 11 avait quelque chose de loyal et d'ouvert dans les manières et la physionomie. Du reste homme de société et à bonnes fortunes plus qu'homme d'affaires, il avait un sens juste et des opinions naturellement modérées. Émigré fort jeune, et appartenant plus à la vieille noblesse de province qu'à la noblesse de cour, il partageait très peu des préjugés de l'ancien régime. Pendant l'émigration, il s'était lassé de son inutilité et voulut rentrer en France pour prendre place dans les rangs de cette armée dont la gloire parlait à son imagination. M. le duc de Berry, comprenant un tel sentiment, ne s'était point opposé à cette détermination. La chose ne s'arrangea pas; le gouvernement impérial exigeait un serment dont les termes ne convinrent pas à M. de La Ferronnays. C'est de lui que je tiens ce détail. Sa brouillerie avec 3L le duc de Berry lui fit honneur, mais le plaça fort mal dans l'esprit de la famille royale, de M. le duc d'Angoulôme surtout. A la Chambre des pairs, il votait avec les modérés. Son ambassade en Russie le fit connaître pour un homme de bon jugement et très Français. Aucun ambassadeur ne se trouva en plus complète harmonie avec M. de Chateaubriand. Je l'ai oui dire à l'un et à l'autre. Son
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principal défaut élail une obéissance facile aux inlluences de salon et surtout de femmes. Sans cesse il n'avait point le courage de sa raison. Mais il n'y eut point à s'en apercevoir pendant son court ministère. C'est depuis la révolution de Juillet qu'on a vu sa con • duite, ou plutôt son attitude, sans cesse en contradiction avec ses idées et ses projets de modération. Il était en ses dernières années d'une piété sincère et vive.
AU COMTE DR MOM'LOSIER.
Paris, 25 janvier 1820.
Quelle est notre politique et où elle va, n'est pas chose facile à dire. La mollesse et l'incertitude de ce pauvre ministère a inspiré à l'Autriche et à l'Angleterre l'espoir de faire changer à la fois notre système extérieur et intérieur, mais le premier surtout, el, dans ce but, M. de Polignac, leur candidat aux affaires étrangères, aurait choisi des collègues à droite ou à gauche, comme on aurait voulu. Alors grand déchaînement d'opinion, peur, reculade. Le ministère est devenu plus ferme et a offert sa démission. On a parlé de M. de Mortemart; le public l'avait pris en goût et l'exigeait absolument. Il a refusé. La situation lui a paru indécise et il ne s'est pas senti de force à lui donner l'impulsion qu'il croit nécesaire. Nous allons donc avoir M. de Rayneval, du moins on n'en doutait pas hier au soir; le ministère se présentera bien pauvre et bien faible à la session. Cependant les gens raisonnables ne souhaitent pas sa chute. Une administration plus forte est à peu près impossible à former, du moins pour le moment.
Paris, 28 janvier 1829.
La loi départementale (1) absorbe tout. C'est le seul sujet qui triomphe de l'insouciance générale. Tout est de mode en ce pays. L'abbé de Lamennais ne réchauffera point, pour le moment, la question du clergé. Il n'est pas pris au sérieux. On parle de son style, que les uns trouvent beau, les autres déclamatoire. Du reste, pour tout le monde et pour lui, je crois, c'est une œuvre littéraire et rien de plus (2). La commission de la Chambre ne considère le projet ministériel que comme un canevas et agit en conséquence ; elle a arrêté, en principe, que tous les électeurs imposés à 300 francs auraient droit de suffrage pour l'élection des conseillers de département.