DU BARON PASQUIER
Chambre des pairs, 25 juillet 1829.
J'arrive de Sainte-Barbe, mon cher collègue, j'ai vu vos deux enfants dont je puis vous rendre le meilleur compte. Le petit a bon visage et m'a assuré ne se sentir en rien de son indisposition. On le ménage surtout pour la récréation, oii on ne le laisse pas encore jouer dans les cours ; je crois cela fort raisonnable, mais il va au concours général pour la version. L'autre va pour l'histoire. Je rie connaissais pas ce collège, mais l'aspect m'en a beaucoup plu.
Vous voudriez bien quelques petits mots des nouvelles, mais la publicité est acquise à tout ce qu'on peut savoir pour le moment, et quant au-dessous des cartes en vente, je n'y vois goutte absolument.
Nous sommes dans cette Chambre dans les ennuis de ces derniers quinze jours si lourds à porter. J'ai fait, avant-hier, au sujet des crédits éventuels, un rapport oii je me suis efforcé de remettre chaque chose à sa vraie place en fait d'affaires extérieures, et de montrer que si ce gouvernement ne devait pas être un gouvernement de haute intelligence, de composition amiable perpéluelle, et si on ne savait pas y créer et s'y appuyer sur des majorités fermes, et ren-
(1) Anniversaire de la mort de madame de Staël, c. n.
trant bien dans le sens du ministère, auquelles elles s'associent, toutes les grandes affaires étaient impossibles à conduire, car il y faut, avant tout de la confiance.
DE M. GUIZOÏ.
Paris, 3 août 1829.
Mon cher ami, vous êtes un homme de parole; vos deux notes sont arrivées et imprimées. La Revue paraîtra jeudi ou vendredi ; elle sera, pour cette fois, aussi exacte que vous. Elle va bien, et on a, dans la librairie, très bonne opinion de son avenir. Persistez dans votre fantaisie de faire un article sur ce recueil d'ordonnances et d'actes du siècle dernier dont vous m'avez parlé; cela sera curieux et utile; nous ne saurions trop étaler le gouvernement de l'ancien régime dans ce qu'il avait de pratique et de quotidien; on le ruine ainsi sans déclamer. Si, en lisant les journaux,voustrouviez quelque ouvrage, quelque question dont il vous prît envie de parler, dites-le-moi; je vous le ferai envoyer. A travers votre grand travail, vous devez avoir, ce me semble , besoin de vous distraire quelquefois; que ce soit à notre profit.
Je suis impatient de vous savoir tout à fait en train. A coup sur ces premiers temps sont très difficiles; il n'y a pas moyen de se renfermer dans le récit; les lacunes seraient trop grandes ; il faut absolument suppléer, deviner, et on ne devine qu'en généralisant. Si je ne m'abuse, vous serez conduit à' expliquer beaucoup de choses par la variété des origines; c'est le fait dont je suis le plus frappé dans toute notre
ancienne histoire; elle est prodigieusement complexe; une foule de causes et d'éléments hélérogènes y ont concouru, aucun assez fort pour dominer seul; assez apparent pour tout éclairer. II n'y a presque aucun fait où l'on ne retrouve, en y regardant de près, du romain, du germiiin, du laïque, du religieux, du païen, du chrétien, du despotisme, de la barbarie. Il ne s'est jamois vu un tel pêle-mêle, et le grand secret de la nouvelle école historique sera, je crois, de bien constater partout la présence de tous ces éléments et de faire à chacun sa part. A mesure que vous travaillerez, si vous avez besoin de quelque chose ici, dites-le-moi. Je ne crois pas que nous soyons fort distraits de nos travaux par le mouvement des affaires. Nous entrons en pleine apathie. Cependant l'elTort pour M. dePolignac est, depuis quelques jours, plus réel et plus actif que je ne pensais. Le roi en est sérieusement occupé, et s'il lui était possible de former, sous ce drapeau, un ministère quelconque, il le formerait. Personne n'en voudra, ce sera là l'obstacle. Pour pnu qu'il fût possible d'obtenir quelques noms de la gauche, on n'hésiterait pas. Du reste, il n'en sera peut-être plus question du tout dans quelques jours. Mais aujourd'hui, le mouvement existe vraiment. Roy déclare qu'il restera, qu'il sera en mesure; qu'il donnera la rente, l'amortissement, les boissons. Il lui a pris une verve de durée dont on rit, mais qui le fera effectivement rester. Personne n'est en état de le renvoyer. Portails non plus ne parle plus de se retirer.
Cauterets, 3 août 1829.
Cher Prosper, je vous ai écrit chez vous, je ne sais si ma lettre a été perdue, vous ne semblez pas l'avoir reçue.
Nous voici à Cauterets vivant aussi tranquilles qu'à Bonnes, quoiqu'il y ait du beau monde tout autour. Nous voyons un peu M. de Chateaubriand; nous avons été ensemble au pont d'Espagne, il serait bon enfant si sa gloire ne le gênait pas, mais il a l'air d'attendre un mélange d'admiration et de malveillance qui le met mal à l'aise. Il me semble triste, je le crois fâché de vieillir; il m'a dit certaines hérésies contre l'âge avancé auxquelles vous compatirez, mais qui m'indignent, vous savez.
Je n'ai point d'inquiétude pour voire article, cher Prosper, je ne connais personne à qui je me lie plus pour exprimer ce qui m'est doux à cet égard. On ne sait aucune nouvelle; mes lettres de Paris sout plus vieilles que les vôtres, on m'y parle de ce ballottage de ministère et sûrement on vous en parle encore plus. Dans quinze jours nous partons; je retrouverai avec joie ma vie régulière, je vous y écrirai plus à l'aise. Parlez-moi de vos travaux, de vos dispositions, si je perds de la variété des intérêts en vieillissant, ceux qui reste deviennent plus intimes et je reporte sur mes amis ce qui se dispersait autrefois.