‹ Souvenirs; (volume 4)Chapitre 5 sur 55 · DU DUC DE BROGLIE · texte numérisé non relu

DU DUC DE BROGLIE

Coppet, 16 août 1822.

Je ne veux pas, mon cher Prosper, laisser partir cette lettre sans vaincre ma paresse et vous dire un petit mot. Je vous admire d'avoir l'espérance que l'état où nous sommes finira bientôt. Quant àmoi,je ne vois aucun moyen actuel, et je ne prévois aucune chose possible, aussi je me reproche bien amèrement le peu que j'ai fait en 1819, pour la conservation d'un tel ordre de choses. Je suis convaincu que le sentiment était bon, et que le résultat que nous avons empêché était inévitable; mais, en vérité, il aurait bien mieux valu le laisser arriver. Il aurait fallu sentir, plus que nous ne l'avons fait, que ce n'était que par miracle qu'on pouvait trouver sous ce gouvernement-ci une route qui ne fût ni atroce ni extravagante, et que dès qu'on se relâchait un peu, dès qu'on inclinait le plus légèrement du monde vers la droite, on était inévitablement entrahié dans le précipice où nous sommes. Je m'afflige

DÉCEMBRE 1 82 1 - D É CEM BR E 1822. 3o

beaucoup d'avoir mérité les reproches qu'on nous a adressés, sans croire pour cela que ceux qui nous les adressaient ne méritassent pas à leur tour beaucoup de mépris et d'aversion.

Je vous parlerai, quand nous serons à Paris, du peu que j'ai vu en Angleterre. Cela commence à devenir bien vieux au milieu des événements qui nous pressent, et les méditations philosophiques sont terriblement troublées par les réquisitoires et les échafauds. J'ai essayé assez vainement, depuis quelque temps, d'écrire quelque chose qui pût être utile dans les cù'constances actuelles : ce n'est pas assurément la matière qui manque, mais il y a une sorte de contradiction entre ma haine et ma raison et je me trouve toujours entraîné à faire à des scélérats des concessions qu'on ne doit qu'aux honnêtes gens; ce qui me décourage beaucoup.

Adieu, donnez-nous de vos nouvelles, nous verrons si nous pouvons faire quelque chose cet hiver.

DE M. DE RE M us AT.

Lyon, 16 août 1822.

Jai besoin, mon cher ami, de vous redire à tous deux combien j'aime et je regrette le temps que je \\eni de passer près de vous. Tout me rendait, depuis longtemps, impossible et nécessaire le doux repos que je vous ai dû. Je vous en remercie. Le calme et le bonheur de votre vie s'étendait jusqu'à moi. Soyez bien heureux, puisque cela fait du bien à ceux qui vous aiment.

Je suis venu ici plus lentement que je ne croyais.

Il a fallu coucher une nuit. A cela près, et à l'ennui d'une société bruyante qui me troublait fort dans un moment où j'avais tant à rêver et à me souvenir, j'ai fait un joli voyage ; j'ai eu continuellement sous les yeux, du haut d'une corniche de trente lieues, des vallées très vertes et très fraîches, arrosées par une éternelle DuroUe. Cette ^-ille-ci a de grandes beautés, mais elle est incomplète et incohérente comme toutes les villes de France, et peut-être, d'ailleurs, si j'étais empereur, je me donnerais le divertissement de Néron, et je brûlerais, par occasion aussi, le Bulletin des lois, afin de construire, d'un seul coup, une ville et un gouvernement au cordeau.

J'ai trouvé les esprits bien occupés des tristes scènes de nos assises. Il y a là un intérêt qui saisit tout ce qui a un cœur ou de la curiosité. J'apprends, par ouï dire, le résultat de l'affaire de Poitiers. Ferat-on rouler ces dix têtes ? et laquelle épargner ? Ces gens de La Rochelle ont pris leur sort avec orgueil et exaltation. Aucun ne demandera grâce, puisqu'ils ne veulent pas même du pardon de M. Barris (1). Et pour combler la mesure, voilà la publicité des débals judiciaires supprimée. Le même prétexte va servir pour les débats législatifs. Nous n'y a^sions pas pensé et le ministère, peut-être, non plus. Mais avec quelle justesse, avec quelle précision chaque iniquité révèle et produit l'iniquité qui en est le remède. Ces procès n'avaient qu'un inconvénient aux yeux du pouvoir, c'était, en le faisant craindre, de le faire haïr et de soulever la pitié publique; aussitôt le remède est trouvé : c'est le silence, c'est le secret. Comme tout se tient!

(1) Président de chambre à la Cour de cassation, c. b.

qu'il y a de conséquences dans les choses humaines! que le monde est une œuvre logique ! — En vérité, ce n'est plus une phrase ni une injure que de comparer notre justice au tribunal révolutionnaire. La hste des jurés de Poitiers et de Paris, les deux réquisitoires, et l'arrêt contre les journaux, je ne sais pas ce qu'il y manque pour que la restauration soit complète.

Ceci doit produire grand effet ici, car on y respire l'opposition. J'ai été dans nombre de lieux publics, et je n'ai point aperçu un journal ministériel. Je n'ai pas encore vu de café qui eût seulement le Journal des Débals, en revanche, j'en ai trouvé un où était suspendu, co?'am populo, le portrait de Sa Majesté le roi de Rome. Ce n'est là qu'un petit fait, mais il peint une ville.

DE M. GUrZOT.

Paris, 24 août 1822.

Je ne vous écrivais pas, n'ayant rien de neuf à vous dire et sachant que vous aviez Charles pour interrompre un peu votre solitude. Il ne vous aura rien conté que vous ne sussiez, et quoique lord Londonderry soit mort [{) depuis son départ,je ne vous dirai pas grand'chose de plus. Rien n'est certain sur le successeur de lord Londonderry, mais, quel qu'il soit, vous pensez bien que la politique du cabinet ne changera point ; depuis un an, elle s'était formellement opposée à toute entreprise sur l'Espagne, lord Londonderry surtout, fortprononcé

(1) Robert Stewart, vicomte de Castlereagh, marquis de Londonderry, s'était suicidé le 12 août. c. b.

à ce sujet et employant son crédit dans la Sainte- AlUance pour tout contenir. Si la mort a quelque effet, ce sera de rendre cette intervention de l'Angleterre contre la guerre moins décidée ou moins efficace. D'autre part, le nouveau ministère espagnol a l'énergie de la passion, notre ambassadeur est déjà fort embarrassépourrépondre aux pressantes questions qu'on lui adresse ; on demande expressément la rupture du cordon (I);lapartie active de la révolution a décidément les affaires en main. Vous savez où tout cela tend. Tout ce qu'on peut prévoir arrivera; la proAidence conduit toujours ses arguments jusqu'au bout, mais tout sera lent et réagira sur nous avec encore plus de lenteur. Je doute que le procès de Paris se termine comme celui de Colmar. M. de Villèle commence bien à être attaqué, mais les attaques sont prématurées, le parti le sent et s'y prêtera peu. Après la clôture de la session, il y a eu chez Victor (2) une réunion très orageuse où La Bourdonnaye a dit que ce ministère-ci était le Veau d'or qu'on avait élevé pour l'adorer sans en rien obtenir. C'est cette comparaison qui a valu aux trois ministres le titre de comte (3). On annonce

(1) On avait pris prétexte de quelques cas de fièvre jaune en Catalogne pour établir le long de la frontière espagnole un cordon sanitaire composé de troupes de toutes armes. Ce cordon sanitaire fut dissout par une ordonnance du 22 septembre 1822 qui déclara, en même temps, constituer avec les troupes qui le formaient un corps d'observation destiné à parer aux éventualités que pourraient amener les événements d'Espagne, c. b.

(2) Le duc de Bellune. c. b.

(3) Une ordonnance royale, en date du ITaoùf, venait de créer comtes MM. de Villèle, Corbière et de Pe vronnet. c. b.

DÉCEMBRE 1 8 2 1 -D ÉCEMBRE 1822. 39

toujours les élections pour le 4 novembre et la session pour le 5 janvier. Comme vous, j'espère peu des élections. Celles de mon département ne sont pas douteuses. Nous n'en avons qu'une d'assurée et une possible. Si on me mande qu'on a besoin de moi, j'irai. Mais les partis sont là si nettement séparés qu'il est fort peu besoin d'agir. On se compte, dès à présent, comme on le fera la veille. Le seul dédommagement que je puisse avoir d'une si longue course serait de vous voir en passant.

Je suis rentré dans le seul travail qui puisse m'enlever absolument aux intérêts du dehors; j'ai repris les Principes de philosophie politique^ que j'avais entamés il y a longtemps. J'ai le projet d'exposer, d une part, en la cherchant dans ses racines, la philosophie du gouvernement représentatif; de l'autre, son développement de fait, en écrivant son histoire en Angleterre. Voilà ce qui m'occupe. Tout cela, vous voyez, marchera aussi lentement que ce qui pourrait m'en faire sortir.

Quand reprendrons-nous nos bonnes conversations? Quoiqu'elles me manquent beaucoup, je suis moins découragé que jamais. J'aime les situations simples, quoiqu'elles soient presque nécessairement des situations inactives. On peut encore agir sur les esprits par ce qui sera un jour, et il faut le faire ; quand ce jour ■viendra, nous trouverons que c'était bon.

DE LA DUCHESSE DE BROGLIE

Coppet, septembre 1822.

Vous nous avez enfin envoyé M. de Rémusat, cher

Prosper, j'aurais bien voulu le voir arriver avec vous : il (lit que vous resterez en Auvergne jusqu'au mois de janvier; ainsi nous serons encore longtemps sans nous revoir, car nous avons renoncé à ce voyage d'Italie dont vous avez la bonté de vous fâcher : il serait impossible de songer à s'éloigner dans de tels moments. J'avais tourné un instant mes regards vers le midi de la France, mais je crois qu'il faut tout simplement demeurer à Paris,, au centre des événements, pour être au moins auprès de ses amis si des furieux s'en emparent. Ce sera une grande joie de retrouver notre petit cercle, mais en même temps le degré d'irritation dans lequel nous sommes est pour moi, du moins, une véritable souffrance. Songer qu'on a passé son enfance et sa jeunesse à soupirer pour la fm d'une tyrannie pourtant un peu grande et un peu glorieuse, et qu'il faut retomber dans cette monarchie universelle de Lilliputiens, voir l'Europe tellement livrée à eux, qu'un pauvre malheureux réfugié ne peut trouver asile nulle part ; car ils ne dédaignent rien en fait de persécution : ils ont l'arrogance du fort et la défiance du faible. C'est une pensée qui me revient constamment, et elle a un mélange de douleur et de consolation, c'est de me dire qu'il a été épargné à ma mère un spectacle qui lui eût été plus pénible que tous ceux dont elle avait été témoin, l'indignité des Anglais qu'elle aimait, l'abandon des Grecs au nom de l'hypocrisie rehgieuse, la persécution et l'outrage en France des anciens amis et des noms qu'elle révérait, l'effronterie de l'injustice, tout cela mené ou du moins suivi par le plus ancien compagnon de sa vie (1), je me représente

(1) Le vicomte Mathieu de Montmorency, c. b.

DÉCEMBRE 182 1-D É CEMBR E 1822. 41

une telle quantité de sentiments poignants et amers pour elle, qu"il y a des instants où je remercierais presque la Providence du plus horrible malheur de ma vie. Et l'épanchement avec ses amis n'est pas un adoucissement, au contraire; on aurait besoin de rencontrer ses ennemis et de leur dire la vérité dans toute sa force, et puis on pense qu'on n'aurait pas même la jouissance d'élever le plus petit trouble dans leur àrae, car le parti se compose de deux sortes de gens, ou des gens qui n'ont point de conscience du tout, ou des gens qui en ont une pervertie et impénétrable à tout scrupule naturel et il n'y a pas d'intermédiaire.

Pour sortir de ce triste sujet, je vous dirai que M. de Rémusat nous a parlé de votre Histoire des ducs de Bourgogne de manière à exciter ma Adve curiosité ; tout ce qu'il en dit est si original, si nouveau. Je viens d'entendre un peu de celle de Sismondi ( 1 ), qui n'est rien de tout cela; il est bien découragé, ce pauvre homme, et puis pourtant très persévérant. C'est une réunion touchante, il n'espère rien des affaires pohtiques, pas beaucoup de sa réputation, peu de son bonheur intérieur, médiocrement de l'autre monde, et puis pourtant n va son train et continue à semer sans compter sur la moisson.

Adieu, cher Prosper. J'aurais encore bien des choses à vous dire, mais les lettres sont un bien mauvais moyen de communication. Écrivez -moi pourtant, car les vôtres sont charmantes et me causent une grande joie.

[{) Histoire des Français, c. b.

•i2 SOUVENIRS DU BARON DE BARANTE.

DE M. GUIZOT

Paris, 22 septembre 1822.

Mon cher ami, quoique rien ne soit changé, le nouvel aspect qu'a pris ce qui était vaut la peine qu'on vous en écrive. Ces procès, ces exécutions, la poursuite de Benjamin Constant, le parti évidemment pris de mettre à la publicité des journaux toutes sortes d'entraves, tout cela a donné à toutes choses une physionomie sombre très remarquable. Les agents subalternes disent, à qui veut l'entendre, qu'il faut qu'un des deux partis succombe et succombe tout à fait, qu'ils ne peuvent pas vivre ensemble, etc.

En supposant qu'on ne veuille pas davantage, ce que je suis porté à croire, il est clair qu'on voudrait inspirer à quelques personnes assez de craintes pour les décider à quitter la France ; on dit tout haut : « Ils nous ont forcés d'émigrer, qu'ils s'en aillent aussi, nous ne leur prendrons pas leurs biens, c'est mieux qu'ils nous ont traités! » Voilà ce qui parait. Au dedans le parti est fort agité; il avait solUcité à Vienne la permission d'entrer en Espagne, on la lui a refusée ; tout annonce que le congrès ne veut pas procéder mihtairement. M. de Metternich lui-même paraît s'en soucier fort peu. Que fera le congrès s'il ne fait pas cela? je n'en sais rien; on parle de mesures contre la tribune et la presse françaises. J'en doute ; cependant il faudra bien en venir là, et à tout. Villèle fait toujours le bon apôtre. Il a fort bien calculé, ce me semble, ce qu'on pouvait gagner avec les paroles quand on s'obstinait à les dire bonnes, quels que fussent les faits. Je suis convaincu que, du reste, il se

fera l'instrument de tout. Quand on a pu se faire premier ministre on s'est ôté le droit de dire qu'on déplore mais qu'on ne peut empêcher. Il est au mieux avec Chateaubriand qui compte bien, en revenant de Vérone, prendre la place de Mathieu (1). Villèle a découvert, dit-on, une correspondance de celui-ci avec M. de Blacas dirigée contre lui et dont il s'est servi auprès du roi pour se faire nommer président du conseO. Vous avez vu la nomination de Canning (2). C'est insi-

(1) Le vicomte de Montmorency, c. b.

(2) George Canning [n'70-1827], dont les débuts au barreau et dans la presse avaient été fort brillants, entra au Parlement sous les auspices de Sheridan, Fox, et autres whigs illustres, cependant il s'en sépara bientôt pour devenir un des principaux lieutenants de Pitt. Après la mort de Pitt, Canning continua à figurer, à de courts intervalles près, dans la plupart des ministères anghiis, mais son rôle devint surtout prépondérant à partir de sa rentrée aux affaires étrangères, dans le cabinet Liverpool, en 1822. De nombreuses réformes libérales en législation politique et commerciale signalèrent son administration. Il se montra le champion de toutes les nobles causes : l'abolition de l'esclavage, l'émancipation des catholiques en Angleterre, l'indépendance de la Grèce. Toutefois il est permis de douter que son hostdilé contre la Sainte-Alliance, contre notre intervention en Espagne en faveur du parti absolutiste, que son attitude favorable à la séparation des colonies esgagnoles lui fussent uniquement dictées par les sentiments de libéralisme que notre opposition voulait seule voir en lui. Une Europe divisée, notre influence en Espagne paralysée, la puissance coloniale de ce dernier pays ruinée, répondaient trop bien aux intérêts de l'Angleterre pour que son ministre n'agît pas ainsi, c. b.

gnifiant. Il continuera lord Londondery avec moins d'aplomb et d'autorité. Le duc de Wellington est tout à fait opposé à la guerre d'Espagne et a écrit au roi pour l'en détourner. Auguste (1) est revenu de Londres, très bon à entendre sur le pays, et convaincu que les ivhigs n'avaient, dans aucun cas, chance d'arriver au pouvoir. Je le suis encore plus que lui. C'est un parti mort. Où diable se placerait-il dans la question actuelle ? Les deux seules opinions en progrès en Angleterre, sont, à ce qu'il dit, les dévots et les radicaux. Cela doit être. Du reste aucune crainte ni aucune probabilité de grande secousse.

Voici ma dernière nouvelle. Le voyage de Pasquier en Italie n'est qu'un prétexte pour aller à Vérone, où il a été appelé, à ce que je crois, par l'empereur Alexandre. Rien pourtant ne nous viendra de là.

Je suis charmé de la manière dont vous prenez votre Histoire des ducs de Bourgogne. Ce sera neuf et piquant. Si, après les bourrasques de ce moment-ci, nous retombons dans quelque intervalle plus pacifique, ne doutez pas du succès. Quant à moi, je vais suspendre mon grand travail pour m'occuper de mon cours. Je ne sais trop si je pourrai le reprendre, mais je veux être prêt. La suppression de l'École normale est un événement assez grave. On veut détruire toute pépinière laïque pour les collèges. Cela a fait de l'effet. Le public est, sur tout ce qui rappelle le clergé, plus irritable que sur tout autre point. Je lui conseille pourtant de s'y accoutumer. C'est un singulier spectacle que celui d'une révolution si longtemps victorieuse et qui se voit traitée de la sorte. Elle n'y

(1) M. Auguste de Staël, c. b.

DÉCEMBRE 1 82 1 -D É CEMBR E 1822. 45

peut pas croire, et passe sans interméiUaire de la surprise à l'abattement.

A MADAME ANISSON DU PERRON

Barante, 24 septembre 1822.

Il est malaisé de se résigner à passer la vie sans impressions vives, sans émotions nouvelles, et cependant il le faut, lorsqu'on veut s'engager dans une route raisonnable et ne pas risquer son repos et celui dos autres. Alors, s'imposer un but, suivre une direction avec volonté, devient un régime presque nécessaire, dès quon a l'esprit un peu actif et développé. Mais quel but, quelle direction? Voilà le difficile. La maudite question « A quoi bon? » revient sans cesse. On ne peut pas non plus se priver tout à fait d'encouragement. Il est presque indispensable de se proposer plus que sa propre et solitaire satisfaction. C'est l'avantage des occupations dont j'ai pris l'habitude. Elles me sont agréables pour le moment, et ce qui me porte à leur donner de la suite et de la régularité, c'est la perspective de recevoir l'approbation de quelques personnes dont le suffrage me plaît, et d'avoir un peu de succès dans le public. Sûrement, il y a une vie plus vivante, et la mienne est sans doute trop calme pour faire naître le talent. Mais j'aime mon repos. Je ne sais pas jouir des plaisirs achetés par l'agitation. Aussi je m'arrange ici. Je pense souvent combien de choses et de personnes m'inspireraient du dégoût et de l'irritation, si je les voyais de près, et je m'applaudis de sentir seulement de loin et en masse ce que le temps actuel a de rebutant et

de méprisable. J'ai bien assez de lire les réquisitoires des procureurs généraux et les comptes rendus des procès infâmes, qu'on laisse encore les journaux nous faire connaître, sans avoir à rencontrer des gens qui trouvent tout cela bon et qui ont assez peu d'âme et d'esprit pour ne pas apercevoir ce qu'il y a là dedans d'indigne et de menaçant pour l'avenir. Je reviendrai donc le plus tard possible. D'ici là, on pourra lire plus clairement dans les circonstances. Le congrès décidera du cours prochain qu'elles auront à prendre, et nous saurons peut-être si c'est tout à fait à une lutte violente des forces opposées que nous devons nous attendre. Pour moi, à la fin de la saison, j'aurai terminé, je crois, un volume de YHistoire des ducs de Bourgogne. Avez-vous lu Nathani On va aussi imprimer Venise sauvée (1). Vous avais-je montré un article Pasquier (2), pour la Biographie^ Il était tout simple et impartial. Les jésuites se sont opposés à son insertion et ont requis la suppression, non pas d'aucune réflexion, mais des faits, qui sont patents et incontestés. xMors j'ai retiré mon article.

Page 1