‹ Souvenirs; (volume 4)Chapitre 6 sur 55 · DU COMTE DE SESMAISONS · texte numérisé non relu

DU COMTE DE SESMAISONS

Paris, 4 octobre 1822.

Je voudrais bien, mon cher ami, vous voir revenir

(i) La traduction, par M. deBarante, de cette tragédie d'Otway aparudansIesC/ie/'s-irœuure Ju Théâtre étranger, c. b.

(2) Le jurisconsulte et historien Etienne Pasquier [1529-1615]. c. B.

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sans cet esprit de mécontentement que vous avez emporté et qui, tout en lionorant votre caractère, détourne quelquefois du but votre bon esprit. Vous êtes si bien fait pour réussir par votre bon cœur et vos moyens, il vous appartient si bien d'être utile aux autres, que l'on gémit doublement en vous voyant persévérer à vous faire tort à vous-même. Ne m'en veuillez pas si je vous dis cela. Vous savez que ce n'est en moi ni passion ni intérêt. Encore aussi peu est-ce indiscrétion. Je ne vous en parle guère, et peutêtre est-ce d'écrire qui m'encourage. J'éprouve une véritable peine de vous voir sacrifier beaucoup à des opinions qui ne sont pas les vôtres. Admettons que celles que l'on voit ne soient pas non plus ce que vous approuviez, vous avouerez du moins qu'elles sont moins dangereuses et qu'il vaut mieux partir de ce point-là que de Tautre. Je ne vous dirai même plus qu'il y a des gens avec qui U faut se noyer, à condition que vous ne me le disiez pas non plus. Mais il y a des marques auxquelles on peut reconnaître le choix que l'on a à faii-e de son parti. On reconnaît assez les hommes et les actions honorables et désintéressés.

Mais que parlé-je de faire un choix!

Il y a sans doute des âmes qui sont conquises d'avance à ce qui est beau et généreux, et la vôtre est de ce nombre. Peut-être même désespérez-vous parce que vous voulez une perfection que vous ne trouverez nulle part. Vous voudriez des supériorités de condition sans fierté. C'est ce que vous ne trouverez pas plus que de la vertu sans rudesse, un gouvernement sans écarts. Si celui d'un seul n'en peut être exempt, qu'espérer de celui de la foule, plus ou moins grande,

soit d'un, peuple, soit des conseillers publics qui cherchent moins à frapper l'oreille du prince, qu'à faire retentir la tribune des paroles qui flattent la multitude? La perfection, dans son sens abstrait, n'existe pas, et Dieu seul la possède. Il n'a pas voulu donner à ses ouvrages ce qui le distingue lui-même. Je suis sûr qu'il manque quelques plumes aux ailes des anges.

Votre absence a cela d'heureux qu'elle vous ménage la facilité de fabe remarquer votre retour, et si vous ne témoignez pas de désaffection, on vous en saura gré. Pensez,, mon cher ami, que les personnes qui vous engagent à rester dans cet éloignement ne veulent pas de ce conseil pour elles-mêmes. Mon Dieu, je les vois. Toutes leurs paroles tendent à ménager la transition. Et vous valez cent fois mieux qu'eux. On le sait. Encore une fois, mon cher ami, ne voyez dans tout ceci que mon intérêt pour vous. A mesure que je me trouve mieux et que je reprends des forces, je retrouve la vivacité de mes affections et a-ous ne pouvez pas m'en vouloir si elles m'occupent vivement de vous.

On parle ici sérieusement de la guerre d'Espagne, Il faut voir comme chacun en raisonne, selon qu'il a un parent à fah-e tuer ou un fils à conserver, selon qu'il espère avoir des fournitures ou qu'il craint la baisse des fonds.

DE M. GUIZOT

Paris, 20 octobre 1822.

Ne songez pas à vous dispenser de venir cet hiver.

Je ne sais pas ce que nous ferons, ni si nous ferons quelque chose, ni même s'il y aura quelque chose à faire. Mais il faut être ici pour la session. Il ne se peut qu'elle soit insignifiante, quoique presque tout le monde en ait envie. Jamais aucun temps n'a été marqué comme celui-ci de l'empreinte de la fataUté; pas un parti, pas un homme qui fasse ce qu'il veut, qui veuille ce qu'il fait; point de passions fortes, et toutes les fautes, toutes les folies que font faire les passions; point de croyances de part ni d'autre et pourtant, de part et d'autre, on se conduit comme si l'on avait encore les croyances pour lesquelles on s'est divisé jadis; des prétentions qui ne correspondent plus aux situations et n'en sont pas plus traitables ; des paroles qui n'émanent plus des pensées et qu'on n'en répète pas avec moins d'assurance. Les événements arrivent comme d'eux-mêmes, sans que les hommes qui s'y associent soient capables ni de les faire ni de les éviter; jamais la conduite des choses humaines n'a plus complètement échappé aux hommes. On cherche qui fait, qui veut ce qui se fait; on ne le trouve point; et pourtant tout se fait, tout se fera, comme si des volontés puissantes, des forces déterminées l'avaient résolu et accompli. C'est un bizarre et monotone spectacle. Il faudra bien du temps et quelque chose de bien nouveau pour rendre aux indi\ddus quelque consistance personnelle, pour qu'on puisse voir en eux, dans leurs passions, dans leurs idées, le principe des événements. Ils ne sont aujourd'hui que de vieilles marionnettes effacées, absolument étrangères aux scènes que la Providence leur fait jouer.

Toute généralité à part, je n'ai rien à vous dire III. 4

quoique tout marche et même assez fort. Le parti se débat toujours dans ses intrigues au congrès, à la cour; mais, quel que soit le résultat des intrigues, rien ne sera changé et M. de PoUgnac n'en fera ni plus ni moins que M. de Yillèle. Ils sont inquiets de leurs nouvelles d'Espagne. Le baron d'Eroles (1) leur fait dire que, s'il n'est pas secouru avant un mois, il sera complètement écrasé. Ils s'en désespèrent et n'en sont pas plus décidés à le secourir. Ils attendent des ordres de Yérone où, d'après ce qu'on me dit, on n'est pas plus décidé qu'ils ne le sont eux-mêmes. De Serre a pourtant envoyé de Naples un beau mémoire où il prouve que le statu quo est impossible, du moins pour l'Italie, qu'il faut absolument donner à Naples et au Piémont des chartes, ou remettre toute l'Italie à l'Autriche, à titre de province. Il sera élu (2) dans la Moselle; personne ne parait en douter; je le voudrais presque. S'il revient à la Chambre, il portera le trouble dans les combinaisons obscures du parti. On croit en général à la réélection des trois députés de l'extrême gauche. Nous nous tenons pour assurés de celle de Sainte-Aulaire dans le Gard. Du reste je suis convaincu que nous serons battus.

On -v-ient de suspendre mon cours. Je m'y attendais comme vous. Je regrette un peu cette petite tribune d'où j'exerçais encore quelque action directe sur des hommes qui se mêleront de l'avenir. Cependant j'ai pour dédommagement tout mon temps et toute ma

(1) Un des principaux généraux de l'armée de la Foi. c. b.

(2) M. de Serre ne put se présenter aux élections de i822, ses impositions ne montant pas au chiffre exigé par la loi pour être éligible. c. b.

liberté. Nous verrons ce que j'en ferai. Il est impossible et absurde d'écrire sur la politique actuelle et j'y ai bien renoncé ! Je continuerai probablement mon grand travail de Philosophie politique. J'ai corrigé, il y a quinze jours, les épreuves de votre traduction de Venise sauvée', elle est à merveille.

DE M. DE RÉMUSAT

Paris, 21 octobre 1822.

Votre lettre est bien bonne et bien aimable pour moi. Je voudrais que tout ce que votre amitié me dit fût vrai, mais du moins tout est sincère, et c'est déjà beaucoup, et je vous remercie de le penser. La bienveillance et l'affection des cœurs comme le vôtre sont à peu près les seules récompenses temporelles où j'aspire, et vraiment, au tour que prennent les choses, je crois que j'ai bien fait de n'en point ambitionner d'autres : j'aurais pu longtemps attendre. Cependant je n'ai point renoncé à tout avenir, et ce n'est pas même ma jeunesse qui me rassure. Je crois à un avenir prochain, car tout est prochain dans ces temps de rapidité. Renoncer h tout espoir ne me semblerait guère plus sage que de s'y trop fier ; ce serait une autre espèce de crédulité. Tout est possible maintenant dans l'incomparable mobiUté de nos esprits et de nos sociétés. La chance favorable, dans une pareille situation, est assurément pour ceux qui sont du parti du cours naturel des choses, ils ont pour eux de plus que leurs adversaires la nécessité, et ils ont droit égal aux accidents.

Votre lettre est triste, je le conçois; ces derniers

temps ont été bien sombres. On m'assure qu'on l'a vivement senti ici, pas assez, ce me semble. C'est un spectacle effrayant que ces indignités, au milieu d'une société douce, rangée, joyeuse. Nos mœurs sont si peu A-iolentes, le danger si peu immédiat, les distractions si faciles et si fréquentes. Ces meurtres ne sont point l'efifet d'une passion forte; non, ce sont des hommes futiles qui passent les trois quarts et demi de leur vie dans la sécurité. Un différence, le plaisir et qui, de temps en temps, sortent de là pour sacrifier des hommes à des passions ou à des inquiétudes d'une minute, qu'ils prennent et quittent à volonté, et qui ne les accompagnent point hors de leur cabinet. Ce sont des gens qui ont entendu dire dans les salons, qui ont répété, en prenant du thé, qu'il fallait de l'énergie et qui agissent cruellement pour satisfaire à un lieu commun... Mais il vous faut des nouvelles.

On ne regarde pas ici M. de Villèle comme aussi exposé que je l'avais cru de loin d'après sa brochure (1), cette brochure cependant a été faite sous ses yeux, je ne sais par qui. Figurez-vous que quelques-uns ici ont voulu que ce fût par vous. Ce bruit n'a aucune consistance : rassurez-vous, s'il en prenait, je vous l'écrirais, et même je trouverais bien le moyen de le démentir indirectement et implicitement, par exemple, en faisant, moi-même, dans un journal, un article sur cette brochure où je vous citerais parmi ceux avec qui M. de Yillèle ne peut espérer de traiter. Mais, je vous le répète, ne vous inquiétez ni de la brochure ni de cet article, car la première est presque oubliée, et si le second devenait nécessaire, je vous promets que

(1) Cette brochure était intitulée : De M. de Villéle. c. b.

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tout cela serait traité d'une manière satisfaisante, mais fine et légère. Quoi qu'il en soit, M. de A^illèle désavoue de temps en temps la brochure et avoue d'ailleurs le Journal des Débats qui est dans le même esprit et multiplie les doubles jeux, les mensonges et contremensonges. Toutefois, au fond, il n'est pas aussibrouillé ni aussi brouillable avec le parti que quelques-uns se le figurent. Il ira très loin, aussi loin que qui que ce soit, et sa prétendue modération ne lui sert qu'à se faire un mérite des concessions qu'il fait à l'extrême droite. Il leur dit, par exemple : « Vous voyez que je » ne suis pas de si mauvaise volonté, j'ai fait couper » quatre têtes à Paris. Ce n'est pas mal pour moi, » sachez-m'en gré, et, en récompense, permettez-moi )) de ne pas présenter, cette année, de loi sur les » biens nationaux. « Je suis convaincu que si ce ne sont pas là ses termes, c'est là son marché avec le parti.

Les habiles ne croient pas à la guerre d'Espagne, les souverains ne la désirent pas, l'Angleterre s'y opposera de tous ses moyens ; une grande portion du parti dit qu'il est trop tard pour la commencer. M. de Montmorency avait envoyé M. Durand de Saint-André (consul d'Espagne) à Vienne, auprès de M. de Metternich pour obtenir la guerre ; celui-ci a écrit dans un sens contraire auroi, directement. Sur ces entrefaites, on a déUbéré de la question au conseil. Cinq ministres ont été pour la guerre, Villêle seul contre, et le roi s'est joint à lui, en montrant la lettre de II. de Metternich comme un argument de plus. C'est ainsi que Villèle a appris toute cette manœuvre, et telle a été l'occasion de son avènement à la présidence. Il est président pour ne pas faire la guerre d'Espagne. De-

oi SOUVENIRS DU BARON DE BARANTE.

puis, on dit qu'il s"est raccommodé avec M. de Montmorency. Cependant M. de Chateaubriand est, s'il y va, son véritable représentant au congrès. On annonce aussi qu'il sera ministre de l'intérieur. Tout le monde est excédé de Corbière. En général, les combinaisons ministérielles de l'extrême droite ne sont plus à l'ordre du jour. L'armée de la Foi est battue, et l'on s'attend d'un jour à l'autre à lavoir écrasée. C'est ce qu'avouait, il y a deux jours, encore, Castelbajac. On croit donc que, tant au congrès qu'à la Chambre, il ne se fera rien de significatif; que le travail de l'un se bornera à offrir une constitution fade à l'Espagne, pour gagner du temps, et celui de l'autre à faire passer deux ou trois articles du règlement sur la police de la tribune. Voilà les prévisions des gens bien instruits ; je dois convenir que tout les justifie, et c'est pour cela que n'y crois guère. Tout peut changer d'un moment à l'autre. Les élections auront leur effet ; les ultras comptent y gagner ; les libéraux feront des pertes. Le côté gauche est plus désorganisé et plus divisé que jamais. On compte pourtant, toujours, sur la Sarthe et la Vendée. Mais là, on pourra bien voter à coups de fusil. On ne croit pas que les députés inculpés soient poursuivis à nouveau. On dit que le ministère veut assoupir cela, mais je l'en défie. Vous voyez que Marchangy et Broë ont déjà reçu le prix du sang (1). On assure que M. Mangin va être procureur général à Lyon. Je le voudrais pour Courvoisier. Les destitutions dans l'université font quelque effet . Notre ami est suspendu,

(1) M. de Marchangy avait été nommé, le 2 octobre, avocat général à la cour de cassation, et M. de Broë avocat général à la cour d'appel, c. b.

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mais c'est le cours qui est suspendu et non pas le professeur; au reste, cela le trouble peu, non plus que le reste, c'est un homme dont on peut dire philosophiquement ce que le peuple dit des hommes à large poitrine : Il fera l'épitaphe du monde.

Paris, novembre 1822.

N'ayez aucun souci de cette brochure : on n'en parle plus, et l'on n'a môme jamais assez parlé de vous pour qu'il y ait quelque chose à faire. Le peu qui a été dit l'a été par les ultras, jamais par les libéraux. Parmi les premiers, les uns par niaiserie, les autres pour écarter les soupçons ; d'autres, par tactique, ont attribué la brochure au centre gauche; on a nommé d'abord M. Guizot, et vous ensuite. C'est Bertin, je crois, qui a dit cela, apparemment parce qu'il est l'homme du monde qui sait le moins à quoi s'en tenir sur l'auteur. Mais, je vous le répète, personne ne le croit dans le parti libéral.

On a de bonnes espérances, non des élections en général, mais des trois principales. On croit même que M. de La Fayette sera nommé dans deux départements. La nomination de M. Constant est la plus importante, car, selon toute apparence, il sera condamné, ce qui ne sera pas une petite infamie. Quelques-uns disent qu'il faudra prendre prétexte de sa condamnation pour élever la question d'indignité . Je ne sais si nous en sommes déjà là. Cela se pourrait. Regardons-y bien pourtant. Voilà M. Constant avec deux procès, — M. de Pradt avec un, — Courier avec un, — et les deux journaux de l'opposition, chacun avec trois ; — il

me semble que cela commence à prendre figure ; et, en vérité, toute prévention à part, il n'y a pas une de ces poursuites qui ait un fondement raisonnable et quelques-unes sont odieuses.

Une chose dont on parle beaucoup aux Tuileries, c'est de l'état du roi : on le trouve abattu et affaibli. Les courtisans font de sinistres pronostics. En attendant je ne sais si vous avez lu, dans le Moniteur, un étrange article sur le pavillon de Saint-Ouen. Tout ce scandale ne fait que croître et enlaidir.

Faites-vous envoyer les Mémoires de O'Meara, et en anglais, si vous pouvez. Ils sont d'une grande vérité. Les petites souffrances de son héros y sont présentées avec une minutie qui n'a point grande dignité, mais qui rend Sir Hudson Lowe fort odieux. La conversation de l'empereur y est bavarde et vulgaire. Il savait qu'U ne parlait pas à un homme d'esprit et il semble qu'U ait voulu en faii'e son truchement vis-à-vis de tous les imbéciles de l'Europe. Il ne lui parle que le langage des préjugés les plus communs des Hbéraux ; il semble n'avoir voulu aller qu'à l'utile, et c'est uniquement dans l'intérêt de la popularité de sa mémoire et de son fds qu'il semble avoir dicté l'ouvrage. Madame de Brogiie s'étonnait et triomphait de le voir si vulgaire. Elle ne savait pas qu'on obtient plus de pouvoir sur les hommes quand on a tous leurs préjugés et du génie, que lorsqu'on a plus de lumières queux. J'imagine que la supériorité des hommes d'exécution doit être d'avoir des idées communes et des facultés extraordinaires.

DÉCEMBRE 1821-DÉCEMBRE 1822. ol

DU COMTE DE BASTARD d'eSTANG.

Lyon, novembre 1822.

Je vous dirai que M. de Montmorency passa ici avant-hier : il resta une heure ou une heure et demie avec M. de Tournon. Yoici la substance de ses paroles : « Rien n'est décidé au congrès sur l'Espagne, ou plutôt le congrès n'a rien à décider. Ce n'est pas une affaire européenne, c'est à la France seule à examiner la question de la guerre. Veut-elle? doit- elle la faire? L'Europe fait des vœux ardents pour elle et l'appuiera au besoin. L'Europe peut penser que la guerre est juste, légitime, nécessaire, mais elle laisse la France maîtresse de la question. » Quant à M. de Montmorency, en écoutant les objections que l'on lui faisait ici contre la guerre, il parait que de ses vœux, il l'appelle, il la désire, et qu'il sera dans le conseil de ceux qui y pousseront.

Il y avait ici le baron de Damas, de MarseDle, qui veut la guerre, qui y pousse. Il m'a avoué être, ou du moins avoir été en relation avec le baron d'Eroles, qu'il exalte beaucoup ; il est en rapport avec le général Laguna qui vient d'aller à la Seo de Urgel, et avec tous les réfugiés espagnols. Il m'a dit que j'exagérais quand je disais que le gouvernement avait envoyé au moins dix millions à la régence. « Pas dix! » m'a-t-il dit. Il croit à un immense appui en Espagne si nous y entrons, et c'est dans ce sens qu'il écrit, à Paris, à ses amis du pa\illon. Je suis persuadé qu'il y a en Espagne des émissaires de France qui poussent aux violences pour en prendre prétexte pour déclarer la guerre.

Du reste, le gouvernement, au moins Peyronnet, est tout dans la main des députés. Il ne se donne aucune place, il ne se fait rien que par les députés. On répond : « Quand les députés seront arrivés, alors nous nommerons. » Moi, qui suis moins doctrinaire que vous, je trouve que cette puissance donnée aux députés, quelque opinion qu'ils puissent avoir, est funeste. Préfet pour prévôt général, on n'est plus rien, l'autorité royale est nulle. Or je crois qu'en France, il en faut beaucoup.

Qu'augurez-vous de la session prochaine?

Je crois la partie perdue pour nous, pour notre âge. La vérité, les idées vraiment libérales triompheront ; oui, mais quand?... Quand nous aurons appris les secrets de l'éternité.

DE LA DUCHESSE DE BROGLIE

Coppet, lo novembre 1822.

Je vous écris au moment de mon départ, cher Prosper, je m'afflige d'être depuis longtemps sans nouvelles de vous. Je vous écrirai très exactement de Paris tout ce qui pourra vous intéresser. J'ai bien enxie que vous y arriviez car j'y vais bien tristement, le plaisir devoir ses amis est bien nécessaire dans ce temps. On nous effraye partout de bruits de guerre. M. de Rémusat me l'écrit comme sûre. Avec quel chagrin je quitte ceci où j'ai vécu six mois paisible, indignée sans doute, mais indignée en face d'ime belle nature, ce qui donne à tous les sentiments plus d'harmonie et d'élévation, tandis que, maintenant, il faut appliquer cela à des petits êtres et à de honteuses actions. Je n'aime pas

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à m'irriter contre les créatures humaines et pourtant comment vivre d'autre chose que d'irritation aujourd'hui.

Nous attendons des nouvelles de nos élections de l'Ain. Je veux vous conter un trait d'un sous-préfet du département. Il y a à Bourg le père de ce Marine!, qui a été condamné à mort pour l'afTaire de lord Wellington (1) et qui est contumace : le sous-préfet a dit à ce père que s'U procurait six voix au gouvernement son fils aurait sa grâce. C'est de notoriété puhlique à Bourg- et l'homme qui me l'a dit le savait d'un cousin que le père avait engagé à voter par cette raison. Je les croyais capables de bien des choses, mais pourtant ceci m'a étonné. La petite pièce de cela c'est que le préfet a fait louer un carabas pour y mettre tous les électeurs paresseux qui ne se souciaient pas de venir, et qu'après leur avoir promis de les mener il leur a déclaré qu'ils seraient obhgés de payer chacun vinr/t francs pour leur place !

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