‹ Souvenirs; (volume 4)Chapitre 8 sur 55 · DU GÉNÉRAL FOY · texte numérisé non relu

DU GÉNÉRAL FOY

Paris, o décembre 1822.

C'est bien aimable à vous, monsieur, de penser à moi dans vos montagnes d'Auvergne. Je vous remercie du sentiment de bienveillance qui vous a porté à

m'écrire et à me dire des choses si flatteuses. Ce n'est pas d'hier que j'ai attaché un grand prix à votre opinion. Nous parlons ici souvent, presque tous les jours, de vous avec vos amis. Nous vous devinons ; et cela est tout simple. Les événements se déroulent comme tous les bons esprits l'ont prévu. On peut même sans présomption se hasarder à prédire un avenir de deux ou trois mois.

Vous m'avez écrit sous l'influence de nouvelles de guerre. Depuis le retour du duc Mathieu, nous sommes ultra-pacifiques. Il n'y a plus guère au faubourg Saint-Germain que les femmes et les prêtres dont l'imagination passe les Pyrénées; M, de Montmorency est provisoirement très soigneux pour M. de Villèle. Pozzo di Borgo arrive hostile contre les Espagnols, mais non belhqueux. Les ordres donnés à la frontière sont préservateurs contre tout accident propre à amener trop tôt la guerre. Le duc de Wellington, qui est attendu demain, doit renforcer de son influence le parti modéré, si tant est qu'il y ait parmi les fous un parti modéré. Comme il est le dernier héros en date et qu'il regarde l'Espagne comme son domaine de gloire, une guerre nouvelle ne convient ni à sa position ni à ses goûts. Il conseille chaudement de retirer l'armée d'observation.

Ce conseil ne sera pas sui^^i. On est aujourd'hui à la paix. Demain les bruits de guerre recommenceront, Le Moniteur et V Étoile tiendront la balance entre les deux hypothèses. On attendra les Chambres- Là de graves intérêts se débattront. Une opposition furieuse se prépare contre M. de Yillèle. Marchangy doit en être l'un des principaux organes. On reprochera au premier ministre la guerre qu'il n'a pas su faire en III. 5

temps opportun, la paix qu'il a rompue sans motifs, les jeux de Bourse, le crédit, les intérêts nationaux compromis, l'éclat de la couronne terni... Que ne lui reprochera-t-on pas? Yillèle tiendra ou sera renversé. S'il tombe, il est possible que la guerre soit le résultat immédiat de sa chute. Mais si on n'a pas la, guerre, on peut assurer que le ministère, quel qu'il soit, ne pourra tenir qu'en faisant des avantages énormes à la faction sur laquelle il s'appuie. Indemnités, places, argent, mesures violentes, exagérations, cruautés, c'est la condition nécessaire de son existence. Il y a encore pour la guerre d'autres chances. La question était, il y a un mois, à Vérone ; elle est maintenant à Paris; peut-être sera-t-elle bientôt à Madrid! Le gouvernement espagnol se conduit en ce moment avec une sagesse admirable. Il veut se défendre et non pas attaquer. Qui peut assurer que sa volonté sera constante ? N'est-Q pas à craindre que les menaces de l'étranger ne troublent les meilleures résolutions? Quant à nous, notre rôle n'est pas agréable, mais il est facile. Nous sommes tant avec les intérêts nationaux, nous avons tant raison, que nous pourrions jusqu'à un certain point nous passer de direction et de conduite. Les faiseurs de pointe et les fanatiques ne nous accuseront pas cette fois d'être révolutionnaires, turbulents et belliqueux. Moins nombreux que les années précédentes, il y aura plus d'accord parmi nous. Au reste, les di\'isions intestines de la faction ne l'empêchent pas d'être plus furieuse que jamais contre tous ceux qui, fidèles à l'esprit de la charte, veulent asseoir la monarchie sur le nouvel ordre social.

Année 1823 (1).

DU DUC DECAZES

La Grave, 6 janvier 1823.

Plantez-vous, semez-vous, courez-vous du matin au soir comme moi? Alors je ne vous plains pas, ou

(i) Événements de 1823. — M. de Montmorency, ne pouvant obtenir que l'envoyé de France à Madrid soit rappelé en même temps que ceux de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie, donne sa démission et est remplacé au ministère des afTaires étrangères par M. de Cliateaubriand. — Néanmoins le parti de la guerre l'emporte, et l'accueil fait par le gouvernement des Cortès aux représentations des puissances ayant déterminé le départ des envoyés des trois cours, M. de La Garde est rappelé peu de jours après. — Continuation des efTorts de l'Angleterre pour empêcher la guerre. — Ouverture de la session des Chambres françaises (28 janvier). — Le discours du roi annonce la guerre contre l'Espagne constitutionnelle. — Indignation que ce discours excite en Angleterre. — Discussions des Chambres françaises sur les adresses en réponse au discours du roi.. Malgré la vive résistance de l'opposition, ces adresses donnent une pleine approbation à la guerre projetée. — Préparatifs

plutôt je ne vous plains qu'autant que vous vous croirez condamné à quitter vos montagnes pour la

de guerre en Espagne. — Nouveaux efforts de M. Canning pour empêcher les hostilités. — La Chambre des députés discute un projet de loi qui ouvre un crédit extraordinaire de 100 millions pour les dépenses de la guerre. Discours de M. Royer-CoUard et de M. de Chateaubriand. Discours de M. Manuel. La droite, feignant d'y voir l'apologie du régicide, l'exclut des séances après des débats d'une extrême violence. M. Manuel, refusant de se soumettre à cette exclusion, est expulsé par la gendarmerie. La gauche proteste et cesse de siéger. Le centre gauche ne prend plus part aux discussions. Vote de la loi du crédit des 100 millions par les deux Chambres. — Préparatifs de guerre. Manifestations en Angleterre en faveur de l'Espagne constitutionnelle. Le cabinet anglais déclare sa neutralité. — Les Cortès obligent le roi d'Espagne, malgré sa résistance, à se transporter avec elles à Séville, Madrid étant trop exposé à tomber promptement au pouvoir des Français. Organisation de quatre armées destinées à repousser l'invasion. Le duc d'Angoulême part pour l'armée. Sa largesse et sa modération calment les mécontentements qui y fermentaient. —Vaincs tentatives des réfugiés et des révolutionnaires français pour la soulever contre le gouvernement. — Complot de quelques ultra-royalistes pour enlever au général Guilleminot les fonctions de majorgénéral. La fermeté du duc d'Angoulême l'y maintient. — Embarras créés par l'impéritie de l'administration de la guerre, qui n'a pas su préparer les moyens d'entrer en campagne à l'époque fixée. Pour éviter des retards dangereux, on est obligé de conclure avec Ouvrard un marché onéreux. — Le duc d'Angoulême institue, pour gouverner l'Espagne en attendant la délivrance du roi, une Junte provisoire qui proclame les principes les plus réactionnaires. — Passage de la Bidassoa(7avril). Dans les provin-

politique de Paris. Et quelle politique! qui nous donne à choisir entre Manuel et M, de Chateaubriand,

ces basques, la Navarre, l'Aragon, les populations accueillent l'armée française avec enthousiasme. — Violents débats dans le Parlement britannique sur l'intervention delà France en Espagne. Sentiments les plus hostiles contre le gouvernement français. L'empereur de Russie déclare qu'il considérerait une attaque contre la France comme dirigée contre l'alliance tout entière. Vote d'une loi qui autorise le gouvernement à lever, par anticipation, la classe de 1823. Discussion et vote de la loi des comptes de 1821 et du budget de 1824. L'opposition de gauche ne prenant plus de part aux débats dans la Chambre des députés, la lutte s'établit entre le ministère et la contre-opposition de droite. — Clôture de la session (9 mai). — Fête de Saint- Ouen, où éclate la faveur de madame du Cayla. — Élections partielles, toutes favorables à la droite. — Progrès incessants de la réaction ultra-royaliste : destitutions, vexations de police, excès impunis de la presse royaliste, rigoureuse répression de la presse libérale. — Succès des Tablettes universelles. — Popularité du duc d'Orléans dans le parti libéral. — Hausse des fonds. Élévation du produit des impôts. Conclusion avec la maison Rothschild d'un emprunt de 23 millions de rente, à des conditions inespérées. Suite de l'expédition d'Espagne. — Tiraillements entre l'état-major du duc d'Angoulème et le ministre de la guerre. — Dissentiments entre le prince généralissime et la Junte royaliste espagnole dont il ne peut contenir les passions réactionnaires. Le prince n'est que faiblement soutenu dans cette lutte par le gouvernement français qui craint de mécontenter le côté droit et les puissances continentales. — Tentative contre-révolutionnaire du comte d'Amarante en Portugal. Il est obligé de se réfugier en Espagne. — A Madrid, le comte de l'Abisbal, qui y commande pour les Cortès, essaye de changer la constitution

70 SOUVENIRS DU i3AR0iN DE BARANTE.

entre la guerre du printemps et la guerre d'hiver, le rappel de notre ambassadeur et la circulaire de

au moyen d'une transaction, mais il éclioue et il est obligé de prendre la fuite. Le ciief de bande royaliste Bessières, veut prendre possession de la capitale avant l'arrivée des Français. 11 est repoussé. Entrée du duc d'Angoulême à Madrid où il est reçu avec enthousiasme (24 mai). Il y rétablit une régence présidée par le duc de l'Infantado, qui, marchant sur les traces de la Junte, annule tous les actes du gouvernement des Cortès et multiplie les mesures de rigueur arbitraire contre les constitutionnels. — Le roi de Naples, poussé par l'Autriche, réclame la régence de l'Espagne pendant la captivité de Ferdinand VIL On ne tient pas compte de laréclamation. — Le gouvernement français abandonne peu à peu la pensée d'établir en Espagne un gouvernement constitutionnel et se borne à essayer, sans beaucoup d'efficacité, de modérer la violence du parti absolutiste. — Contre-révolution en Portugal, opérée par l'infant dom Miguel. — Les Cortès espagnoles, ne se jugeant pas en sûreté à Séville et ne pouvant décider le roi à se retirer avec elles à Cadix, le suspendent momentanément de son autorité et chargent une régence d'opérer cette translation (11 juin,. — Vive sensation produite dans toute l'Espagne par cet acte de violence. Décret de proscription lancé par la régence de Madrid contre ses auteurs. Le duc d'Angoulême empêche qu'on ne décrète aussi une loi des otages. Emprisonnements, exils. — Excès effroyables commis dans toutes les provinces de l'Espagne, tant par les royalistes que par les constitutionnels. — En Galice, le général Morillo, abandonnant la cause des Cortès, traite avec les Français et reconnaît la régence de Madrid. En Catalogne, rinfatigable activité de Mina donne à la guerre un caractère sérieux et retarde les progrès des Français. — Le général Ballesteros, poursuivi par le général Molitor, traverse presque sans s'arrêter TAragon, les royaumes de Valence,

M. de Villèle qui aurait semblé, dans d'autres temp^, une bien formelle déclaration de guerre, et qui, en

de Murcie, de Grenade, et accepte enfin, à Campillo de Arenas, un combat dans lequel il est défait. Il capitiile aux mêmes conditions que Morillo. — Résistance de €adix. Sortie de la garnison, repoussée par le général Bordesoulle. — Le duc d'Angoulème quitte Madrid pour aller diriger les opérations du siège de Cadix. — Ordonnance d'Andujar, par laquelle il prescrit la mise en liberté des détenus politiques, défend d'arrêter personne sans l'autorisation des commandants français, et place les journaux sous leur surveillance. Fureurs qu'elle excite dans le parti royaliste espagnol. Menaces d'un soulèvement contre leîs Français. Mécontentement du corps diplomatique à Madrid et à Paris. Des ordres de Paris obligent le prince à interpréter l'ordonnance de manière à l'annuler presque entiè^ment. Il somme Cadix de se rendre. Cette sommation est rejetée. Prise du Trocadéro (31 août). Négociations infructueuses pour la reddition de la place. — Vains efforts de Riego pour faire reprendre les armes aux troupes de Bal' lesteros. Il est lui-même fait prisonnier. — Reddition de la Corogne, de Pampelune, de Saint-Sébastien, etc. Succès des Français en Catalogne où la guerre se poursuit avec activité. — Prise du fort Santi-Petri devant Cadix. Bombardement de cette ville. Les Cortès prononcent elles-mêmes leur dissolution, le roi est mis en liberté et les Français prennent possession de Cadix. — Ferdinand VII, sans écouter les représentations du duc d'Angoulème, rétablit le pouvoir absolu et décrète d'innombrables exils. — Riego est exécuté à Madrid. Toute l'Espagne se soumet. — Pendant la guerre d'Espagne, en Allemagne lutte impuissante du roi de Wurtemberg contre le despotisme de l'alliance absolutiste. Domination absolue de M. de Metternich sur la Diète et le Corps germanique. En Suisse, mesures d'exception contre la presse et les réfugiés politiques,

tout cas, et dans tous les temps, est et sera une pièce bien curieuse.

Pour moi qui ne me pique pas d'être doctrinaire, comme vous savez, et qui réduis les choses et à leurs effets et à leurs conséquences, je suis occupé aussi péniblement que possible de la crainte de cette guerre désastreuse et persuadé que le devoir de tout bon ciimposées par les grandes puissances. — Même compression en Italie. Mort du pape Pie VII (20 juillet). Élection de Léon XII (28 septembre). En Orient, suite des efforts faits par les cours alliées pour réconcilier la Russie avec la Porte. Les Grecs continuent à se défendre avec succès contre les attaques redoublées des Turcs. Enthousiasme qu'ils inspirent. — Amélioration de la situation extérieure de la France. — Récompenses accordées aux généraux et officiers qui ont pris part à la guerre d'Espagne. — Le maréchal duc de Bellune, ministre de la guerre, devenu odieux au duc d'Angoulèrae, est remplacé par le baron de Damas, au grand mécontement des ultra-royalistes (19 octobre). — Entrée triomphale du duc d'Angoulême à Paris. — Le parti royaliste semble définitivement maitre du terrain. Bien des gens, jusqu'alors hostiles au gouvernement royal, s'en rapprochent. Tentative maladroite et malheureuse du duc de Rovigo pour gagner la faveur de la cour. — Les ultra-royalistes, dans l'enivrement du succès, réclament des mesures dont l'adoption constituerait une sorte de contre-révolution. — Projet du gouvernement de modifier de système électoral en substituant le renouvellement intégral et septennal de la Chambre au renouvellement annuel par cinquième. — Promotion nombreuse dans la pairie. — Dissolution de la Chambre des députés (23 décembre). (D'après les sommaires des chapitres LXXX, LXXXI, LXXXII, LXXXUI, LXXXIV, LXXXV, LXXXVI et

Lxxxvii de VHistoire de la Restauration, par M Louis de Viel-

Castel.)

toyen est de tout faire pour éviter ce malheur; j'irai à la Chambre pkis tôt que je ne comptais le faire, si je vois qu'il doive y avoir lutte à ce sujet, et que ceux, quels qu'ils soient, qui veulent la paix aient besoin de secours, d'appui.

Sainte-Aulaire est auprès de nous depuis huit jours et nous restera jusqu'au 24. Notre retraite lui a paru si douce qu'il est venu s'y réfugier pour échapper aux irritations et aux mauvaises combinaisons que l'aigreur et l'ambition prennent pour des calculs habiles, et qui, l'an dernier, nous ont donné M. de Montmorency, comme elles vous donneront cette année M. de La Bourdonnaye, pour peu qu'on recommençât.

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