‹ Souvenirs; (volume 5)Chapitre 13 sur 41 · DU DUC DE BROGLIE · texte numérisé non relu

DU DUC DE BROGLIE

Paris, 15 novembre 1838.

Que vous dirai-je? Que puis-je vous dire, mon cher ami, vous savez l'étendue de la perte que j'ai faite,

JANVIER 1838-MARS 1839. lo5

vous savez qu'elle est irréparable, vous savez qu*elle est sans mesure, sans consolation, sans allégement quelconque. 11 faut marcher devant soi, agir comme si l'on prenait quelque intérêt aux choses ; s'occuper du présent, de l'avenir, comme s'il y avait pour moi un avenir ou un présent. J'y fais de mon mieux; je ne succomberai point à la tâche ; les devoirs qui me restent à remplir, je m'efforcerai de m'en montrer digne. Puis enfin il y a un terme à tout, et quand il plaira à Dieu, ce sera fini. Je n'ai pas de projet en ce moment, je n'en aurai point d'ici à longtemps ; mon unique but dans la vie est maintenant de veiller à l'éducation de mes enfants; ce qu'il faudra faire pour cela, je le ferai; je ne ferai plus rien désormais dans mon intérêt personnel, car je n'ai plus d'intérêt personnel, et pour ce qui me concerne, je ne désire pas une chose plus qu'une autre. Mes enfants sont bien, Dieu merci ! et je les ai tous les trois auprès de moi ; nous allons essayer de passer ce triste hiver comme nous pourrons, puis nous verrons. A chaque jour sa peine et son fardeau. Écrivez-moi quelquefois; j'ai grand besoin de l'assistance et du souvenir de mes amis. C'est un acte de charité, car je ne pense pas leur rendre le bien qu'Us me font.

Adieu, parlez de moi à madame de Barante, je suis sûr qu'elle a bien pitié de nous.

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