‹ Souvenirs; (volume 5)Chapitre 29 sur 41 · DU COMTE DE S AIME- AULAIRE · texte numérisé non relu

DU COMTE DE S AIME- AULAIRE

Vienne, 1" novembre 1839.

Je viens de voir M. de Metternich : il soutient que la France et l'Angleterre se mettront d'accord. Cela n'est pas conforme à mes dépêches de Paris du 21. 11 insiste beaucoup sur le prétendu succès qu'a eu la mission de M. de Brunnow, et affecte de regarder comme accessoire la question des Dardanelles, sur laquelle on ne s'est pas entendu à Londres. Croyezvous que l'empereur consente à la contre -proposition de Palmerston, touchant l'entrée des v^aisseaux anglais et français? Au fait, l'Autriche veut s'effacer et rester l'amie de tout le monde; décidée à ne prendre aucune part à l'action si on agit contre Méhémet-AU, elle ne mettra à notre service que sa force d'inertie.

Quant à la question européenne, c'est par la garantie à donner au traité entre le sultan et Mébémet-Ali que M. de Metternich espère la remettre à flot. 11 prétend que l'empereur est maintenant beaucoup plus disposé qu'U y a deux mois à une négociation dont Vienne serait le centre.

AU MARÉCUAL DUC DE DALMATIE

Saint-Pétersbourg, 4 novembre 1S39 (1).

Monsieur le maréchal,

M. le comte de Nesselrode est vemi officiellement, delà part de l'empereur et de l'impératrice, me témoigner les sentiments de chagrin et d'inquiétude qu'ont éprouvés Leurs Maj estes en apprenant l'acte de démence dont la reine a malheureusement été l'objet (2).

La santé de l'impératrice est décidément meilleure (3). La grande-duchesse Olga est encore d'une extrême faiblesse. On a de meilleures nouvelles du grand-duc héritier et l'on espère qu'il aura pu se mettre en route pour revenir ici à petites journées. Toutes ces inquiétudes et ces affections de famille ont donné une extrême tristesse à l'empereur. Sa santé en est même altérée.

Le roi pourra décider s'il ne conviendrait pas qu'une lettre qui me serait adressée par Votre Excellence, et que je communiquerais, exprimât la part que Sa Majesté a prise aux chagrins qu'ont fait éprouver à l'empereur les indispositions qui ont affligé en même temps les objets de ses plus chères affections. J"ai toujours vu l'impératrice si réellement sensible aux inquiétudes ou aux malheurs de la famille royale que tout ce qui se rapporte à elle ne peut rester indifférent.

(1) Dépêche officielle N" 33.

(2) Le 19 octobre la reine avait été atteinte à la tête par une grosse pierre qu'une folle, nommée Stéphanie Girondelle, lui avait lancée au moment oîi elle rentrait en voiture avec le roi et Madame Adélaïde, c. .b.

(3) Vers la fin de septembre on avait été des plus in-

Le chargé d'affaires des Pays-Bas a communiqué, par ordre de sa cour, la lettre du 13 octobre par laquelle il lui était annoncé que le roi Guillaume se décidait à reconnaître la reine d'Espagne. Aucune réponse approbative ou improbative ne lui a été faite. M. le comte de Nesselrode s'est borné à lui dire en conversation : « On est bien pressé à La Haye! »

Le ministre de Sardaigne a, par extraordinaire, reçu un courrier de sa cour : cela lui arrive une fois par an tout au plus. J'ai Ueu de penser qu'il s'agit surtout des affaires d'Espagne, et je croirais que le cabinet de Turin se montre enclin à reconnaître la reine, tout en consultant avec déférence ses puissants alliés. Car le roi Charles-Albert est loin d'avoir l'indépendance de détermination du roi des Pays-Bas. Si j'en crois le comte Rossi il),M. de La Marguerite, qui désire conserver sa position, a promptement commencé à modifier ses opinions sur l'Espagne.

Une expédition se prépare dans le gouvernement d'Orenbourg pour s'emparer de Khiva, sur le bord oriental de la Caspienne. Les Russes sont dans un état de guerre habituel avec les Turcomans et, pour repousser ou punir leurs incursions, les Cosaques de l'Oural poussent parfois très avant sur leur territoire, si l'on peut nommer ainsi la région où ^•it errant un peuple nomade. L'occupation de Khiva serait un acte plus grave et qui peut-être attirera l'attention de l'Angleterre. Pour le présent, cette conquête serait plus onéreuse que profitable à la Russie. Elle ne fait

quiets de la santé de l'impératrice, atteinte d'une grave affection de poitrine, c. b.

(1) Le ministre de Sardaigne en Russie, c. b.

encore que peu de commerce sur la Caspienne : la naAigationy est peu facile, les côtes plates et presque partout inabordables.

Khiva ne peut pas avoir de communication habituelle par voie de terre avec le gouvernement d'Orenbourg. Il en est séparé par un grand intervalle où les ïurcomans continueront à mener leur vie vagabonde. Si donc, ce que j'ignore, le gouvernement russe veut occuper Khiva, d'une manière durable, ce sera en le fortifiant et y laissant une garnison.

Saint-Pétersbourg, 5 novembre 1839 (1).

M. le comte de Nessehode m'a donné à Ure une longue lettre où M. de Brunnow rend compte à M. de Médem de la négociation qu'il avait tentée à Londres. Je pense qu'elle a dû être montrée à Votre Excellence, quoique rédigée en termes fort aigres contre la France et remplie d'insinuations hostiles.

Votre Excellence aura remarqué sans doute avec quel ménagement et quelle réserve M. de Brunnow s'est refusé à discuter la proposition de lord Palmerston qui, d'après ce récit, admettait, pour ainsi dire, l'entrée de la flotte russe dans le Bosphore et le débarquement des troupes, sous la condition que trois ou quatre vaisseaux anglais seulement paraîtraient en même temps devant Gonstantinople.

Je continue à regarder comme possible que l'empereur, dans son animosité contre nous et dans son désir de nous isoler de l'alliance anglaise, ait pu se déterminer à faire cette concession. Sans avoir le moyen d'en

(1) Dépèche officielle N" oo.

juger aussi bien, je soupçonne que l'Autriche et la Prusse A^erraient ce résultat sans resrrets.

Saint-Pétersbourg, 12 novembre 1839 (i).

Dans son désir de se rapprocher de l'Angleterre, surtout en ce qui touche les affaires de Perse, le cabinet de Saint-Pétersbourg a décidé le chah à consentir à toutes les satisfactions si impérieusement exigées par lord Palmerston. M. de Nesselrode Adent d'en donner la nouvelle à lord Clanricarde. En même temps il lui a laissé voir quelque espérance que cette complète condescendance du chah déciderait l'Angleterre à retirer ses troupes de l'Afghanistan, ce qui semble peu vraisemblable.

On continue à attendre avec tranquillité et même avec une indifférence apparente l'issue de nos négociations avec Londres sur le partage de la Syrie.

DU MARÉCHAL DUC DE DALMATIE

Paris, 19 novembre 1839 (2).

Monsieur le baron,

Le dernier paquebot nous a apporté la nouvelle que Méhémet adhérait à nos propositions, sauf quelques restrictions qui, sans doute, ne constitueraient pas de bien grandes difficultés si toutes les autres étaient aplanies.

Vous trouverez ci-joint copie de la dépêche par

(1) Dépèche officielle N" 56.

(2) Dépêche officielle >'» 31.

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