DU COMTE BRESSON
Berlin, 27 juin 1837.
Votre suffrage est pour moi d'un très grand prix; mais vous me faites une part trop belle. La sagesse et la bienveillance du gouvernement prussien étaient d'infaUlibles moyens de succès. 11 ne s'est agi que de les mettre en œuvre. Avec de pareils éléments, vous feriez bien mieux encore, puisque vous faites si bien avec ceux si défavorables que vous avez à diriger,
La position de M. Mole est pour le moment excellente : on lui rapporte, avec raison et justice, la plus grande part du mieux qui s'est opéré : mais l'ensemble de son administration est considéré comme insuffisant, non pour gagner la fin de la session, mais pour en ouvrir une nouvelle. M. Mole lui-même a le sentiment de cette faiblesse. Il se croit assez bien établi par le succès qu'il "sient d'obtenir soit pour modifier à son gré, et sans danger de dissolution intérieure, l'administration actuelle, soit pour devenir le centre d'une combinaison nouvelle. 11 a eu la pensée d'appeler à lui le maréchal Soult et M. Thiers; je suppose même qu'il en fait l'essai, mais que les prétentions se sont trouvées trop élevées. 11 est certain qu'il nourrit la pensée d'une dissolution delà Chambre. II n'est pas satisfait de la vie précaire qu'il en reçoit. II la regarde comme partagée en deux fractions à peu près égales qui ont chacune dans MM. Guizot et Thiers le chef auquel elles obéissent, et qui ne le laissent subsister
(1) M. Bresson avait été créé pair de France et comte le 6 mai 1839. c. b.