‹ Souvenirs;Chapitre 17 sur 49 · II · texte numérisé non relu

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à venir diner en quatrième avec lui, M. Gapo d'Istria et M. Pozzo.

Nous passâmes plusieurs heures à nous entretenir de la triste situation de la France, et en vérité, qui nous eût écoutés aurait cru que nous étions tous les quatre de la même patrie. M. Gapo d'Istria donnait courage et meilleur espoir au duc, et sans rien promettre de trop, restant grave et réservé, laissait entrevoir que lui auprès de l'empereur, et l'empereur auprès de ses alliés, tentaient d'alléger les conditions du traité. Dans cette longue conversation, il fut aussi grandement question de notre politique intérieure. Je trouvai M. Capo d'Istria et même M. Pozzo di Borgo voyant les choses comme je le pouvais souhaiter. Ils engagèrent si bien M. de Richelieu à se montrer ferme contre les royalistes ultras, qu'en rentrant dans son salon où l'attendaient déjà beaucoup de députés, ayant entendu tenir au premier qui lui tomba sous la main, M. de Béthizy, je ne sais quelle parole un peu trop ardente, il lui repartit ab irato :

— Si la Chambre pensait comme cela, il faudrait la dissoudre !

Ce n'était à cette époque quune vivacité du moment, et rien de plus : il n'y avait pas encore lieu de s'y lier.

Jai oui dire par quelques hommes pourtant bien renseignés que le duc de Richelieu, malgré son zèle sincère et même passionné pour les intérêts

de la France, aurait pu tirer meilleur parti de la bonne volonté de l'empereur Alexandre et de l'action du comte Capo d'Istria. C'eût été quelques millions de moins à payer. Je ne sais rien qui me fasse regarder ce reproche comme fondé. Il est vraisemblable au contraire que la confiance et l'estime accordées à M. de Richelieu épargnèrent de grands malheurs à la France.

Tout rude que fut en effet le traité du 20 novembre, il n'est pas douteux que les puissances allemandes voulaient user plus largement de la victoire en agitant sinon formellement, du moins sans mystère, la question de nous dépouiller de l'Alsace, de la Lorraine et de la Flandre. Quant aux stipulations pécuniaires, on rédigea celles qui concernaient les créanciers étrangers avec une légèreté regrettable. Ni MiAI. Dudon et Portai nos deux négociateurs, ni les commissaires des alliés, ne calculèrent l'interprétation que serait susceptible de recevoir le texte de ces conventions et c'est à l'insu des uns comme des autres, que cette lourde charge fut imposée à la France.

Le jour de la signature de ce malheureux traité, j'arrivai pour le conseil des ministres, chez M. le duc de Richelieu. Il n'était pas encore là. Nous l'attendions M. de Marbois et moi ; il entra. Sa physionomie était bouleversée. Il jeta son chapeau, et, se plaçant sur une chaise autour de la table verte, se prit la tète dans les deux mains comme un désespéré.

— Eh bien, c'est fini, s'écria-t-il, le roi me Ta ordonné I On mérite de porter sa tête sur l'échafaud quand on est Français et qu'on a mis son nom au bas d'un pareil traité.

M. de Marbois lâchait de le consoler, lui prenait les mains, le pressait dans ses bras, alléguait la nécessité, lui disait que sans lui les conditions auraient été pires. Rien ne pouvait calmer le duc de Richelieu. Il pleurait de douleur et de rage. Le duc de Feltre et M. Dubouchage survinrent, et il commença à se remettre.

Au moment où se signait ce traité, le procès du maréchal Ney troublait profondément l'opinion publique. C'était sous le ministère précédent que le maréchal avait été arrêté dans le département du Cantal. Je reçus la lettre du préfet, M. Locard, qui annonçait cette nouvelle, et je la portai surle-champ à M. de Talleyrand. Le conseil des ministres se terminait. Aucun ne me sembla affligé de cette arrestation. A cet instant tous ceux qui n'avaient pas pris une part ardente à la révolution du 20 Mars, jugeaient avec la plus vive indignation la conduite du maréchal. Avoir trahi Louis XVIIl le lendemain du jour où il lui manifestait un zèle si bruyant, ne devait point être considéré comme un acte seulement répréhensible. D'ailleurs on était d'autant moins bien disposé, que les hommes compromis conservèrent dans les premiers jours beaucoup d'insolence; tous vou-

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laient non pas l'indulgence mais l'impunité. M. de La Valette, homme cependant parfaitement raisonnable, se montrait publiquement à Paris deux semaines après l'ordonnance du 24 juillet. Malgré les avertissements de ses amis, le maréchal Ney ne quittait pas la France, ce qu'il aurait pu très facilement. Puis, non seulement le parti vaincu ne témoignait aucune crainte, mais il se livrait même aux menaces et parlait de Vendée patriotique. Or l'armée était toujours réunie de l'autre côté de la Loire; et si les gens avisés et de sang-froid ne voyaient plus de danger, la masse des royalistes, même modérés, s'effrayait encore : de sorte qu'en apprenant l'arrestation du maréchal, M. de Talleyrand et ses collègues pensèrent et dirent tout aussitôt :

— Eh bien, ce sera un grand exemple!

Il s'écoula cependant peu de jours avant que les impressions fussent modifiées, sinon sur le maréchal Ney, du moins sur le sort qui vraisemblablement l'attendait. Le souvenir de ses glorieux services reparut; les généraux, presque sans nulle exception, se sentirent émus de fraternité et d'honneur national. Aussi lorsque le vieux maréchal Moncey refusa de présider le conseil de guerre, ce fut avec l'approbation d'une opinion déjà nombreuse. Mais c'était précisément cet amollissement des cœurs qui jetait dans un véritable état de rage les ultra-royalistes, alors dans le plein de leur force , et il aurait fallu au gouvernement de

Louis XVIIl une prudence très clairvoyante et une grande énergie pour arracher à la mort le maréchal Ney. Ce courage et cette habileté se sont trouvés, après la révolution de Juillet, pour sauver M. de Polignac.

La Chambre des pairs rendit son verdict à la presque unanimité de ses membres. M. de Fontanes fut du petit nombre de ceux qui se prononcèrent contre la peine capitale. D'opinion très vive à cette époque, il ne comptait nullement parmi les rovalistes modérés. La vraisemblance était qu'il voterait la mort.

— Monsieur de Fontanes, lui dit son voisin le général Colaud, ne votez pas la mort, vous en dormirez mieux cette nuit.

L'impression produite par ces paroles sur l'âme mobile et sensible de M. de Fontanes, changea son vote.

Cette condamnation, grand triomphe pour le parti ultra, jusqu'au dernier moment inquiet de ne pas remporter la victoire, excita un véritable mouvement de réprobation. Quelques généraux concertèrent une entreprise pour permettre au maréchal Ney de s'évader. On découvrit leur projet et le général Belliard fut arrêté. Rien ne put être tenté. Je ne sais, si, ainsi qu'on l'a prétendu, quelques royalistes s'habillèrent en vétérans pour faire bonne garde autour de lui. Ce que jai vu, c'est le zèle de sbires de plusieurs officiers de la garde nationale, qui briguèrent l'office de senti-

nelles autour de la prison du maréchal, et passèrent la nuit auprès de sa porte.

M. de La Valette, traduit en cour d'assises, en même temps que le duc d'Elchingen comparaissait devant la Chambre des pairs, fut, lui aussi, condamné à la peine de mort. Il n'était pas plus coupable que de nombreux personnages des Cent- Jours, déjà pardonnes. De toutes parts on chercha à provoquer un acte de clémence du roi.

L'intérêt vif et sincère queM. Pasquier témoigna en cette circonstance à M. de La Valette a été un des motifs qui m'ont donné le plus d'estime pour son caractère, et qui m'ont attaché à lui par une amitié durable. Il est singulier de dire qu'il y avait alors quelque courage à montrer un dévouement actif et public pour les proscrits. On ne se souvient pas assez dans les temps calmes et libres quelle est la tyrannique puissance d'une opinion victorieuse, dominante, passionnée. 3Iême sans faire courir aucun péril actuel, elle trouble, elle épouvante les esprits, et leur impose une ignoble faiblesse. M. de La Valette était un si honnête et si aimable homme; il jouissait si modestement de la faveur et de la haute confiance de l'empereur; il avait rendu service à tant de personnes, sans jamais nuire à aucune, que nul parmi cette aristocratie impériale n'était plus aimé et plus estimé. l'aire mourir sur l'échafaud jM. de La Valette, révoltait tous ceux qui le connaissaient. Moi-même qui, je crois, ne lui avais adressé la

parole qu'une seule fois en ma vie, mais qui avais beaucoup entendu parler de lui par des amis communs, je songeais à cette mort avec horreur.

M. de Richelieu n'avait aucun motif pour compatir particulièrement au sort de M. de La Valette. Il n'était point cruel, et avait l'âme généreuse, mais il était assez sec. Je doute que M. Pasquier et M. Mole eussent réussi à lui inspirer un zèle véritable pour le salut du condamné. Le roi avait en général peu de penchant à la clémence. La réponse quon lui attribue et qu'il a peut-être faite : « — Cherchez un moyen pour que la Chambre des députés ne nous embarrasse pas à ce sujet, et vous aurez la grâce », était nécessairement le sentiment du ministère, que la Chambre eût brisé, ce qui nous aurait jeté en pleine Terreur. Il n'y avait donc guère à compter sur les efforts sincères, mais faibles des ministres.

M. Decazes fit toutefois ce que comportait sa situation et montra très bon cœur, mais sans succès.

Je me rappelle que n'ayant plus aucun espoir, nous disions, M. Pasquier, M. Mole et moi, que le sang de M. de La Valette retomberait sur la tête des Bourbons, si la Providence faisait justice. Lors donc qu'il fut sauvé (1) par le dévouement de

(1) M. de La Valette raconte dans ses Mémoires comment il a été caché par M. Bresson, au ministère des affaires étrangères, sous le toit même de M. de Richelieu, qui

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8a femme, il y eut une grande joie parmi les modérés. Quant à la fureur du parti ultra, rien n'en peut donner l'idée.

J'aurai toujours présent le souvenir de cette séance de la Chambre des députés; cette exaltation sanguinaire des exagérés, ce silence de la minorité, le désarroi du banc ministériel, le discours de M. de Bouville, plus atroce qu'aucun autre par le ton de raillerie avec lequel il parla du dévouement de madame de La Valette; tout cela est encore devant mes yeux. J'ignore si le Moniteur a rapporté exactement les paroles de M. Bellart. Il monta à la tribune et commença ainsi :

« Messieurs, un grand malheur est arrivé... »

Ce malheur c'était l'évasion de M. de La Valette.

Dans quelques salons, la colère ne fut pas moindre. Je ne sais plus à quel député furieux et désespéré M. Mounier disait, à une réception de M. Decazes :

— Eh bien, voyons! combien de pintes de sang y avez- vous perdu?

La discussion sur la loi d'amnistie suivit de près cet incident. La majorité chercha à en faire sortir des rigueurs et des proscriptions nouvelles; le gouvernement, au contraire, une fin aux mesures

certes n'en savait rien. Je ne me souviens pas s'il dit que son évasion, favorisée par Sir Robert Wilson, fut concertée avec la princesse de Vaudemont, toujours si excellente et courageuse pour ses amis.

de sévérité dictées tout d'abord par les circonstances.

Lorsqu'au lendemain de la mort du maréchal Ney, le duc de Richelieu vint déposer ce projet de loi, il crut opportun de prononcer quelques paroles sur l'exécution de la veille, désireux de constater que le gouvernement avait assez vigoureusement sévi pour ne pas être soupçonné de faiblesse en adoptant maintenant une attitude plus clémente. Le public ne sut point démêler, dans cet exposé des motifs, la pensée de M. de Richelieu et n'y vit qu'une sorte d'apologie de l'événement du jour précédent, ce qui produisit la plus mauvaise impression.

Ce discours était de M, d'Hauterive. M. de Richelieu l'avait lu vite et sans réflexion. D'ailleurs, il avait besoin d'être averti de l'eft'et que tel acte ou telle parole était susceptible de faire sur l'opinion. Il la connaissait mal, et ne pouvait la pressentir. Aussitôt après son discours à la Chambre, il eut grand regret d'avoir pris de confiance la rédaction de M. d'Hauterive, et, depuis ce jour, lui en a toujours voulu.

M. Corbière était du même bureau que moi, et jusqu'alors nous avions habituellement voté l'un comme l'autre, quand nous arriva l'examen de la proposition de loi sur l'amnistie. Un fort estimable magistrat, M. Try, président du tribunal de première instance de Paris, soutint avec beaucoup de logique et de clarté, que la Chambre devait

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l'adopter ou la rejeter, mais qu'elle aurait tort de la modifier. Elle se composait de mesures de gouvernement appartenant essentiellement à la prérogative royale, mais comme quelques-unes de ces mesures n'étaient pas conformes aux lois, les ministres avaient besoin de l'approbation des Chambres et comparaissaient devant l'autorité parlementaire pour dégager leur responsabilité et obtenir un bill d'indemnité. M. Try parla longtemps, fut écouté, et les ultras de notre bureau semblaient vaincus, M. Corbière répliqua, et, avec beaucoup d'art et d'esprit, s'attacha à prouver qu'il y avait quelque chose de plus à faire que d'homologuer les ordonnances. Il avait beau jeu à les critiquer sous le rapport légal et même sous le rapport politique. Elles avaient été un expédient employé par Fouché et le ministère de M. de Talleyrand pour se tirer de la difficulté insoluble où l'on se trouvait, entre l'impunité complète et une répression impossible et insensée. Montrer que cette solution était incomplète, et en présenter tous les défauts fut chose facile. M. Corbière eut encore plus de succès que M. Try; il releva le cœur de nos ultras; aucune réplique, aucune discussion ne pouvaient plus être entendues. On alla au scrutin pour nommer le commissaire du bureau, et M. Corbière fut élu à une très petite majorité. Cette nouvelle se répandit bien vite dans la Chambre, et nous sûmes, peu après, qu'il serait l'homme important de la com-

mission. Car, en général, dans les autres bureaux, les ultras avaient assez médiocrement discouru. Ce jour décida de la vocation de M. Corbière. Il avait paru prendre par goût de controverse la thèse opposée à M. Try, et en lui répondant il avait témoigné plutôt d'un esprit de chicane que d'une opinion exaltée. Entouré d'hommages, encensé de louanges par les royalistes (1), il se fit leur homme, l'avocat de leur cause sans se passionner beaucoup, conservant son tour d'esprit dégagé et cynique; ses habitudes du tiers état de Bretagne, son caractère sans bienveillance, sans générosité, sans élévation, sa paresse insouciante. M. de Villèle et lui se lièrent intimement et se

(1) Les plus grands noms de la monarchie s'efTaçaient devant les moindres hommes à qui l'esprit de parti où les combinaisons de la Chambre donnaient quelque relief. M. Piet avocat des plus vulgaires ou M. Brenet, médecin de façons assez rudes, faisaient dans un salon du faubourg Saint-Germain plus impoi tante figure que le duc de Duras. C'était eux qu'on carressait, qu'on choyait. Ou avait les yeux fermés sur leurs manièresplus que bourgeoises. Les gentilshommes de province qui formaient le fond de la majorité royaliste n'avait pas, je l'ai déjà dit, beaucoup de penchant pour une hiérarchie aristocratique. Ils entendaient bien que l'égalité existât pleinement parmi la noblesse et ne reconnaissaient pas de grands seigneurs. Le pouvoir de Monsieur sur le parti ultra ne tenait nullement à la religion monarchique. Ce n'était point comme prince du sang, comme héritier du trône qu'on lui obéissait et qu'on le respectait, c'était comme chef des émigrés partageant leurs opinions et leurs passions.

rendirent très utiles l'un à l'autre. M. Corbière ne prétendait nullement à diriger la politique du parti, et pourtant il était sur un pied d'égalité avec M. de Villèle. C'était son ami, son camarade, mais ni son subordonné, ni son courtisan; dans les discussions, M. de Villèle avait l'initiative, M. de Corbière la réplique. Il était le seul de tout le parti que M. de Villèle avouât sans réserve; à tous les autres orateurs de son opinion, il trouvait des inconvénients. Dans la conversation famillière il les critiquait, s'exprimait sur eux avec dédain et n'était pas sans jalousie de leurs succès. Un jour, nous dînions à côté l'un de l'autre chez le président de la Chambre et l'entretien devint cordial. Il passa en revue tous ses amis politiques, et en vérité j'aurais parlé de leur capacité et de leur esprit avec plus d'approbation que lui mais il avait un tout autre accent en disant : « 3Ion bon Corbière », et savait bien expliquer en quoi et comment il lui valait mieux que tous les autres.

Le ministère déploya une véritable fermeté pendant cette discussion sur la loi d'amnistie et le roi sut très énergiquement l'encourager dans cette voie. J'ai raconté ailleurs tout ce débat. Je n'ai point non plus à revenir longuement sur celui de la loi des élections.

Sous le ministère de M. de Talleyrand, M. Pasquier avait appelé près de lui une commission chargée de préparer une loi des élections. C'étaient M. Royer-Gollard. M. Mole, M. Mounier, M. Bec-

quey et moi. Nous fûmes tous d'avis de l'élection directe, et comme l'article de la charte qui fixait le cens imposé aux électeurs avait été désigné comme sujet à revision, nous proposâmes de l'abaisser à deux cents au lieu de trois cents francs. Nous étions d'accord aussi pour séparer les élections des villes des élections des territoires ruraux. M. Mole rédigea ce projet. Il n'eut pas le temps de nous montrer sa rédaction : la retraite du ministère coupa court à notre travail.

Pendant la Chambre de 1815, et M. de Vaublanc ministre, il ne pouvait être question ni de notre proposition ni de nous. Il était clair qu'on ne ferait rien de sage.

Une loi provisoire, la moins mauvaise que l'on obtiendrait et que l'on remplacerait au plus tôt par une législation électorale sérieuse sous une assemblée plus raisonnable, voilà tout ce qu'il nous était permis d'espérer. C'est dans ce môme sentiment que MM. Decazes et de Richelieu, peu désireux de se mêler de son élaboration, en avaient abandonné la besogne à M. de Vaublanc. Ce projet, par trop favorable à l'influence de l'administration, ne nous semblait pas moins mauvais qu'à la majorité. Mais si le parti royaliste lui était contraire, ce n'était nullement par libéralisme. S'il demandait le renouvellement intégral dont nous avions été d'avis et que nous appuyâmes plus tard, c'est parce que, jaloux d'accomplir son œuvre de contre-révolution, il craignait que le rcnou-

vellement partiel laissât s'infiltrer peu à peu dans la Chambre des éléments qui, modifiant sa majorité, eussent fini par s'opposer à ses projets, avant leur mise à exécution. L'adoption du renouvellement intégral garantissait pour le moment, à chacun de ses membres, cinq ans de plein exercice, avantage qu'il entendait avoir, car une dissolution ne lui paraissait guère probable. Il en avait cependant prévu le cas et il pensait en paralyser les conséquences et s'assurer la continuation de sa prédominance par le maintien des deux degrés électoraux, dont on ferait descendre, assez bas, le premier pour que les voix généralement hostiles de la classe moyenne fussent noyées dans les voix des électeurs à cinquante francs, moins indépendants selon lui, et plus susceptibles de subir une pression de l'aristocratie. Les récents mouvements populaires en faveur de la réaction Fentretenaient dans ces illusions; c'était une grave erreur; car si parmi quelques cantons du jMidi les propriétaires avaient de l'autorité sur les paysans, il était loin d'en être de même dans la généralité de la France. Presque partout les électeurs à cinquante francs auraient été sous la direction des notaires de campagne ou des praticiens de village. A diverses époques de la Révolution, l'expérience a été faite. L'élection directe et les droits politiques concentrés dans la classe moyenne, ont toujours seuls servi de gage à l'ordre public. Mais M. de Villèle, le rapporteur de la proposition opposée au projet

du gouvernement se faisait-il une illusion aussi complète? Ni lui ni son parti ne songeaient sérieusement à fonder un régime constitutionnel et des institutions durables. Favorisés par les ciconstances, ayant le pouvoir en main, et l'exerçant de façon à se faire craindre, ils comptaient que, du moins en ce moment de crise, ils disposeraient du vote des petits électeurs. L'avenir de leur loi d'élection ne les inquiétait guère, ils marchaient à la contre-révolution et tout ce qu'ils désiraient ne tendait qu'à ce but.

Ce fut pendant les péripéties de cette discussion que commencèrent à prendre corps, dans le groupe -auquel j'appartenais, des idées dune résistance plus énergique contre cette majorité delà Chambre introuvable. Nous encouragions vivement nos amis du ministère dans une semblable voie. M. Dccazes a retrouvé ce mot que je lui écrivais à ce sujet, un jour que je n'avais pu le rencontrer chez lui :

J'espérais vous voir un peu avant cinq heures. Nous aurions parlé de la singulière façon d'agir de notre folle Chambre. Est-ce ainsi qu'elle traitera le budget? Alors un parti sera plus facile à prendre, si tant est qu'il soit possible de faire fonds sur une résolution quelconque.

Je suppose que cette loi d'élection A'a être envoyée à la Chambre des pairs, sans aucun assentiment royal. Autrement qui voulez-vous qui puisse ouvrir la bouche pour le budget? Pas même les ministres. Tâchons de

ne plus être ainsi à la garde de Dieu et de nous mettre sous la garde de nos forces.

Tout ce qu'il y a de gens raisonnables est dans la consternation. Osez leur servir de point de ralliement : soyez franchement pour eux et avec eux. Vous avez le devoir de sauver ce pays-ci. Yis-à-vis de vous-même, il est indispensable que vous vous mainteniez , car votre chute vous laisserait entre tous les partis. La lutte s'établirait entre vos successeurs et vos prédécesseurs, qui pourtant avaient une moins belle position que vous. Personnellement vous avez essayé d'une grande destinée, vous vous êtes trouvé porté à un rôle qui peut devenir historique et influer sur votre pays. Le peu de direction et d'autorité existant encore en ce moment est entre vos mains. Sachez cela : ayez-en de l'amour-propre et que ce soit un point de départ pour l'ambition, et non pas un but et un point d'arrivée. Si vous demeurez tel que vous êtes, si vous ne grandissez pas en pouvoir et en force, vous aurez eu une passade, une bonne fortune d'un instant et il n'en sera plus question après. Si vous montrez un caractère élevé et ferme, alors vous commencerez une carrière qui peut être superbe. Tout devient facile du moment qu'on a osé. Comme votre affaire sera simple après avoir porté un coup décisif! Songez au lendemain de ce jour-là.

Adieu, je m'amuse à écrire en vous attendant, mais vous ne rentrez pas. Je tâcherai de repasser ce soir.

Quelques jours après, les incidents de la séance du 8 avril accentuaient encore les mauvaises dispositions de la majorité à l'égard du ministère et II. 16

par conséquent l'opportunité de ces conseils. J'ai encore, parmi mes papiers, une note (1) sur cette séance, que M. Decazes me demanda de suite pour la remettre au roi. Le roi, après l'avoir lue le soir même, dit à M. Decazes :

— Eh bien, c'est une Chambre à dissoudre !

C'était un mouvement d'humeur très éloigné encore d'une résolution prise, mais M. Decazes, de ce moment, entrevit la possibilité d'obtenir la dissolution.

La discussion du budget ne fut, comme toutes les précédentes, que trop féconde en échecs pour le gouvernement. M. Corbière, rapporteur de la commission, présenta au nom de celle-ci un système de finances tout différent de celui des ministres.

Après le rapport de M. Corbière, et au début de la discussion, il y eut au ministère des finances une réunion des commissaires chargés de défendre le budget. M. de Richelieu y était venu. Il s'agissait de décider si on entamerait la lutte contre la commission ou si le ministère se résoudrait à renoncer à ses projets. Nous étions d'autant plus assurés de succomber que le ministère ne pouvait pas, j'ajouterai ne devait pas s'engager assez vivement pour que sa chute devînt la conséquence obligée de sa défaite. Il valait mieux pour la France que le ministère eût l'humiliation de passer sous

(1) Voir à l'appendice, ooO.

le joug que de livrer la place à la pleine et entière contre-révolution. La situation des orateurs ministériels était donc fort décourageante et de nature à leur déplaire. Combattre pour un ministère qui les abandonnerait n'était pas une perspective qui pût donner beaucoup de cœur à affronter le combat. De Serre fit entendre sur cela quelques paroles assez amères dont M. de Richelieu s'affligea plus encore qu'il ne s'offensa. Il ne se rendait pas bien compte des nécessités de la situation. Il nous eût volontiers juré de ne point céder.

— Monsieur le duc, lui dis-je, il n'y a rien de si simple; nous devons nous engager pour vous, et vous devez nous abandonner. Céder sans résistance, sans éclairer l'opinion par la discussion, sans montrer au public ce qu'il y a de menaçant dans les opinions et les projets de la majorité, ce serait lui procurer un triomphe complet et dangereux. Mieux on combattra, moins on reculera. L'amour-propre ne doit être pour rien en ceci. Les ministres feront leur sacrifice au salut du pays en capitulant pour conserver le pouvoir, et les orateurs sauront bien se résigner à parler au nom d'un gouvernement prêt à accorder ce qu'ils auront déclaré injuste ou funeste.

Cette discussion du budget fut plus qu'aucune autre de la session une lutte entre un parti encore plus ardent à détruire l'ordre de choses établi depuis la Révolution, qu'à saisir et exercer le pouvoir. La vivacité des passions y éclata tout autant que

dans la question d'amnistie et le champ de bataille était plus vaste. C'était un véritable assaut dirigé contre l'Etat, le gouvernement et l'administration. Payer une dette antérieure au moment prescrit, reconnaître la nécessité d'une dépense résultant de l'organisation existante, voter un impôt sous sa forme actuelle, laisser l'espérance d'un bénéfice aux capitalistes ou au commerce, tout cela était antipathique aux sectaires de la majorité; de même qu'ils souhaitaient avoir un régime de la Terreur, revanche de la Révolution, de même ils aspiraient à une banqueroute comme circonstance indispensable au bouleversement d'un ordre social qu'ils détestaient.

J'ai ouï M. La Bourdonnaye s'écrier :

— Il faut que la dette publique nous serve de planche aux assignats !

Hormis M. de Villèle, esprit raisonnable, clair,^ éminemment propre à l'administration, mais alors inexpérimenté et ignorant, le parti royaliste ne comptait pas un homme utile dans la commission du budget.

En faisant les concessions inévitables, en s'appuyant sur les royalistes modérés qui s'efTrayaient de ce qui leur semblait trop excessif, en combattant patiemment et pied à pied, le ministère parvint à obtenir une sorte de budget provisoire qui ne tranchait aucune question et assurait seulement le service. Le parti royaliste, encore bien loin de supposer la témérité d'une dissolution, se consola

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d'une victoire incomplète en espérant pour le budget, comme pour tout le reste, qu'il serait maître souverain à la prochaine session.

M. Corvetto fut pour beaucoup dans ce succès de temporisation. Tl était si doux, si poli, si obséquieux pour ses adversaires ; son attitude d'étranger le plaçait tellement en dehors de nos divisions de parti ; il avait d'une façon si gracieuse la naïveté fine et ingénieuse de l'esprit italien, il tirait si habilement avantage de son accent et de cet embarras à chercher ses mots qu'il trouvait toujours justes et piquants, qu'il n'y avait aucun moyen d'être violent contre lui, même dans des discussions aussi ardentes.

J'eus une assez rude tâche dans toute cette affaire du budget (1). Les contributions indirectes sont très odieuses en France, et le parti royaliste en les attaquant s'accordait en cela avec l'opinion populaire. D'ailleurs, pour ameuter les esprits contre le régime impérial, on avait beaucoup crié : « A bas les droits réunis ! » M. le comte d'Artois avait même inséré cette promesse dans une proclamation, et l'on voulait tenir parole.

Je proposai plusieurs nouveaux impôts indirects sur le papier, sur le roulage, etc. Il ne fut pas même question de les discuter. La Chambre aima mieux donner un crédit en rentes cinq pour cent, au

(1) Voir Archives parletrientaires, 2" série, t. XV, p. 426 etsuiv.; t. XVI, p. 391, b81 et suiv., 700,708, 712, 714, 736 et suiv ; t. XVII, p. 8, o8, 70, 96, 97, 107, 112, 114. c.b.

grand contentement du ministère qui ne l'avait pas demandé, persuadé qu'on le lui refuserait. Restaient les droits sur les boissons et le monopole des tabacs. L'empereur, pendant les Cent-Jours, avait supprimé leur perception par exercice; il y avait à la rétablir. C'était tout une législation vexatoire et impopulaire à faire adopter par une majorité plus qu'hostile. Je courais grand risque den voir tellement modifier le texte qu'elle deviendrait impuissante à nous assurer des recettes. Je m'avisai d'en entretenir M. de Villèle lui disant :

— Je pense que vous ne désirez pas rendre le gouvernement impossible. Quand vous serez ministre, il vous faudra des impôts ; ch bien, je vous déclare que si vous laissez faire la commission, c'en est fait des contributions indirectes. Est-ce là votre intention ?

— Non pas, me répondit-il, vous avez raison, nous devons empêcher cela; mais ce n'est pas moi qui suis rapporteur. Parlez -en à Corbière.

M. Corbière m'écouta à peine et me riposta que cela lui était bien égal.

Je revins à M. de Villèle, lui offrant de lui expliquer les points tout à fait fondamentaux de la législation, les articles indispensables pour permettre le recouvrement de l'impôt.

— Nous n'avons pas ensemble, me dit-il, des rapports assez faciles. Je veux pouvoir faire mes objections et exposer mes doutes tout à mon aise. Envoyez-moi un de vos chefs de division, un homme

capable, entendant bien vos affaires; je causerai avec lui, j'apprendrai ce qu'il faut savoir; puis vous soutiendrez votre discussion devant la Chambre, vous développerez vos arguments, vous tâcherez de la convaincre. Si vous y réussissez, tant mieux ! je ne m'en mêlerai pas. Sinon, quand je verrai qu'un de vos articles essentiels va être rejeté, je monterai à la tribune et je le ferai adopter; mais n'ayons pas l'air de nous être concertés.

Cela se passa ainsi. J'envoyai à M. de Yillèle, M. Boursy, plus tard directeur général des contributions indirectes, qui gagna sa confiance et a, . depuis, toujours trouvé en lui un chef bienveillant. Mis au fait de la discussion, M. de Villèle vint à mon aide une ou deux fois, et je fis voter, fort péniblement il est vrai, la longue loi du 28 avril 1816, pendant beaucoup d'années le code des contributions indirectes. Elle n'a été notablement remaniée qu'en 4831, lorsque, après la révolution de Juillet, on abaissa les tarifs.

Le budget voté, le ministère se hâta de clore cette première session où, sur presque tous les points, la majorité lui avait été contraire. Une semblable situation ne pouvait se prolonger. Mais si abandonner le gouvernement entre des mains insensées, exposait le pays à quelque épouvantable catastrophe, prendre des mesures de résistance était malaisé à un ministère sans aucune homogénéité. M. de Yaublanc, je l'ai déjà dit, y représentait surtout le parti ennemi ; quoique, à

vrai dire, devant toutes ses maladresses, la droite ne le soutînt que pour arriver au moment où tout le ministère se renouvellerait dans le sens de la majorité. M. de Feltre et M. Dubouchage montraient plus de bon sens, mais sans se séparer de leurs amis. M. Corvelto ne voulait pas être un homme politique. M. de Marbois succombait sous l'aversion déchaînée et furibonde des ultras. Le duc de Richelieu, triste, découragé, convaincu que la faction royaliste perdrait la France, avait la volonté de la combattre ; mais la pensée d'aller porter son drapeau dans le camp opposé était au delà des indécisions de son esprit, de ses antipathies contre ce qui avait tenu à la Révolution, de ses naturelles et involontaires sympathies pour la cause dont il ne blâmait que l'imprudente exagération. Seul M. Decazes avait à ce moment des intentions de gouvernement. Il comprenait le parti à tirer de sa position auprès du roi, et de son influence sur lui.

Vers la fm de la session, il y eut une tentative de négociation avec M. de Villcle et M. Corbière, devenus les chefs raisonnables de la majorité. Je ne sus point le détail de cette démarche de M. Decazes. Quelle que fût alors sa confiance en moi, il s'en cacha et je la devinai sans lui parler. Une fois la chose manquée, il ne songea plus qu'à la dissolution de la Chambre.

Le choix de M. Laine comme ministre de l'intérieur en remplacement de AL de Yaublanc fut des

plus heureux. 31. Laine avait en effet le grand avantage de représenter un tiers parti, composé de députés honorables, mais timides, à qui leur opposition moins vive que celle de la minorité de gauche, permettait de s'adresser sans paraître faire un pas trop considérable vers une direction complètement différente. Se débarrasser de M. de Vaublanc pour un successeur aussi considéré, facilitait encore cette modification. D'ailleurs, l'empressement de M. de Vaublanc pour complaire avant tout à Monsieur, était assurément ce qui donnait au roi le plus de goût à le renvoyer. L'aversion secrète et sans courage qu'il nourrissait contre son frère, a souvent été un des meilleurs moyens d'action sur Louis XVIIL Ce qu'il a pu montrer d'opinions libérales, ou même de ménagements habiles, a presque toujours pris sa source dans ce sentiment qu'à peine il osait s'avouer.

M. Dambray remplaça M. de Marbois à la justice, sorte de compensation pour le côté droit à qui M. do Marbois était souverainement antipathique. On adjoignit des sous-secrétaires d'État aux ministres, entre autres M. Becquey à3L Laine et M. de La Bouillerie à M. Corvetto.

Ce fut avec la plus grande prudence que M. Decazes prépara la réalisation de ses projets. La minorité qui avait presque toujours prêté l'appui de ses voix au ministère et qui allait être le pivot de la politique prochainement tentée, ne fut pas mise de suite au courant de ses intentions. Ses rela-

tions avec le gouvernement étaient maintenant assez froides. Pendant toute la dernière partie de la session, une réunion intime et ignorée, composée de M. Pasquier, M. Royer-Coliard, M. liourdeau et quelquefois de M. Beugnot et de M. Becquey, avait dirigé sa conduite et son langage. Dans ce comité, ou plus exactement, dans cette conversation amicale, on témoignait peu de confiance au ministère, et on dédaignait beaucoup sa faiblesse. Malgré mes rapports avec la plupart de ces messieurs, je n'étais point dans le secret de leurs conférences. Ma liaison avec M. Decazes inspirait quel([ue ménancc. Cependant, tout à fait à la iin de la session, ils cessèrent de se cacher de moi, et je me rendis une ou deux fois pour deviser avec eux dans le petit appartement de M. de Serre. Sans leur faire part de l'espérance qu'entrevoyait M, Decazes, je leur disais, et fort sincèrement, qu'en lui étaient nos meilleures, nos seules chances.

A ce moment, M. Decazes n'avait, je crois, d'autres confidents pleins et entiers de sa résolution que M. Mole et moi. J'ai sans doute encore une lettre (l)que M. Mole m'écrivait partant pour

(1) Probablement la lettre suivante, écrite de Saint-Sauveur où, après un séjour à Vichy, M. Mole avait été faire une seconde saison thermale : c, b.

Saint-Sauveur, 29 juillet 1816.

Mon pronostic aidé de mes observations n'est pas moins

JUILLET 1 81o-SEPTEMBRE 1816. 251

Vichy, où il me recommandait de veiller assidûment sur les bonnes dispositions de M. Decazes. Il s'y fiait moins que moi, et les récentes négocia-

sombre que le vôtre. Vous avez mille fois raison quand vous dites que c'est la contre-révolution qu'on veut entreprendre. Vous en seriez convaincu encore, si vous aviez voyagé avec moi. A cet égard, il me semble que mon témoignage ne devrait pas être suspect. Je n'ai cessé et ne cesserai point de détester les principes et les résultats de cette révolution qu'on veut défaire. Mais je ne me lasserai pas plus que Cassandre de dire la chute de quiconque osera attaquer ou même menacer ces résultats. Ils sont devenus l'arche sainte : celui que y touchera, périra. Opinions et intérêts, il faut tout en respecter également et marcher appuyé sur eux.

Je suis bien aise que MM. Laine et Decazes reprennent courage et ne se méprennent pas sur la situation. Cependant, je vous l'avoue, j'enatiends peu de choses. S'ilsle voulaient, ils nous sauveraient, car M. Laine en mettant souvent le marché à la main, ferait de M. de Richelieu et du maître tout ce qu'il voudrait. Quelque clairvoyants que les ministres puissent être, soyez sur qu'ils se font une idée très incomplète des difficultés qui les attendent. Ils espèrent désarmer la Chambre par leur bonne foi; ils se trompent. On ne gouverne, et surtout une Chambre, qu'en donnant le sentiment de sa force et d'un ascendant inévitable. Ils se promettent de la renvoyer à la première incartade et ils oublient que cela leur sera mille fois plus dificile que de l'empêcher de revenir. Mais tout est dit là-dessus, et je suis loin de conserver l'espérance ou la prétention de leur faire changer de système. Le passé, le présent, l'avenir, mes goûts, ma santé, tout me porte, mon très cher, à me mêler moins chaque jour de ces grands intérêts sans espoir.

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