‹ Souvenirs;Chapitre 18 sur 49 · MOLÉ · texte numérisé non relu

MOLÉ

252 SOUVENIRS nu BAROX D F5 RARANTE.

tions essayées avec MM. de Villèle et Corbière l'avaient inquiété.

Peu après , pendant la seconde partie de la session, M. Pasquier, le plus aigre et plus dédaigneux de tous les membres du comité pour M. Decazes, fut initié au secret. Il devint aussitôt l'associé le plus actif et peut-être le plus utile de notre ami. Je contrii)uai assez efficacement à ce rapprochement qui me paraissait promettre le meilleur des auxiliaires à M. Decazes.

Obtenir du roi, de M. de Richelieu et même de M. Laine l'ordonnance de dissolution, n'était pas sans offrir de grandes difficultés. Le résultat d'élections nouvelles était très hasardeux. Après ce que nous avions vu l'année précédente, notre confiance ne pouvait être bien vive. Malgré le mécontentement qu'excitait la domination du parti royaliste exagéré dans les classes moyennes, malgré la haine profonde des classes inférieures, l'opinion libérale etnationale, encore abattue et intimidée, était loin d'avoir le verbe haut et ce vent d'espérance et de succès qui fait toujours les élections en France. Les fonctionnaires, par zèle ou par peur se montraient ardemment dévoués à la faction ultra-royaliste. Puis il y avait risque dans l'élection, d'autant que M. Laine était un des hommes les plus honorablement gauches et malhabiles pour une telle besogne qu'il fallait, sans le choquer en rien, faire passer à M. Decazes. Car tout, dans cette grande affaire, reposait sur lui, aussi bien son élaboration

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que son exécution. Il se trouva à la hauteur de sa tâche.

Diverses notes furent remises au roi pour contribuer à l'éclairer et à le convaincre. M. Pasquier en fit une, ainsi que M. Guizot, également dans la confidence de M. Decazes. J'en rédigeai une autre. Je ne me souviens pas si M. Mole ne s'associa pas aussi à cette entreprise. Ses soins et sa persuasion étaient surtout dirigés vers M. de Richelieu sur lequel, à cette époque, il avait pris beaucoup d'empire. Mais un des plus puissants collaborateurs de M. Decazes dans cette œuvre, fut M. le comte Pozzo.

Le traité du 20 novembre, une fois conclu, la Russie était redevenue la moins hostile des puissances alliées. Son représentant, à Paris, tout homme d'esprit qu'il était, pouvait se tromper sur nos affaires, les juger avec ses opinions et ses préventions, mais il les voyait d'un œil de Français et, sans trahir en rien les intérêts de son maître, employait l'intlueuce russe comme instrument dans notre politique intérieure. Aider M. de Richelieu fut sa direction la plus habituelle. Si M. Pozzo, moins parce qu'il avait émigré que parce qu'il avait vécu avec les émigrés, moins par ses illusions sur la haute aristocratie que parce qu'il en faisait maintenant partie, nourrissait alors de forts préjugés contre la France nouvelle, nul ne connaissait mieux l'absurdité des ultras. Il devint donc bientôt aussi conforme à M. Decazes qu'à

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M. de Richelieu; et sur la fin de la session de 1815, éprouvait leurs mêmes inquiétudes. Sa correspondance amena l'empereur Alexandre à partager son sentiment, et une lettre de ce souverain au duc de Richelieu, décida l'ordonnnace du S septembre, pour laquelle M. Pozzo était aussi empressé que pour tout ce qu'il désirait et conseillait.

J'ai déjà rapporté, dans la Vie politique de M. Royer-Collard^ quelle fut l'impression des principaux chefs de la minorité constitutionnelle lorsque, deux jours avant l'ordonnance, ils apprirent, à un dîner chez M. Decazes, l'événement qui se préparait.

Après le dîner nous descendîmes avec lui dans son cabinet. Alors il nous raconta comment, depuis la clôture de la session, il avait travaillé à obtenir du conseil et du roi la dissolution de la Chambre, et, sans entrer dans les détails, ni communiquer ce qui ne devait pas être répété, il nous décrivit les difficultés qu'il avait eu à vaincre, puis termina en nous annonçant le succès : l'ordonnance allait être signée. Ce fut une grande surprise et une grande joie pour ceux qui n'étaient point dans le secret.

M. Royer-CoUard se leva transporté :

— Il faut que je vous embrasse, dit-il à M. Decazes. On lui doit une statue! répétait-il.

Quand je me rappelle ce que paraissait M. Decazes ce jour-là, ce que j'ai entendu dire de son habileté, de son courage, de son caractère pendant

l'année qui suivit le S septembre, et que je songe aux blâmes et aux dédains que lui ont prodigués ensuite les mômes hommes, hommes d'honneur et de raison pourtant, je m'explique la fragilité et l'inconsistance de toutes les fortunes politiques. Dès lors, je vis commencer ces façons présomptueuses et hautaines déjuger les chefs et les représentants de son propre parti; cette intolérance d'esprit, ce goût à se montrer indépendant de toute affection et de toute déférence, ce dégagé cynique dans la conversation ; cette excommunication des ménagements commandés aux gouvernants par leur situation. C'est ainsi que tant d'hommes capables ont été diminués et détruits. On les enivre de succès, on exagère leur mérite, on exalte leur ambition le jour où ils ont livré quelque beau et heureux combat. Puis on devient exigeant, on veut commander le général quon s'est donné, on le critique, on le raille, on le méprise. Troublé et découragé, il devient timide et médiocre, de supérieur et décidé qu'il était. L'homme d'Etat qu'on avait entrevu un instant ne se retrouve plus et sa réputation passée finit par ne pas même être comprise.

Septembre 1816-Décembre 1818.

Si les esprits sages et vraiment soucieux de l'avenir de la monarchie désiraient depuis plusieurs mois l'acte du '.'> septembre, ils doutaient fort que l'on en eût l'énergie nécessaire, et jusqu'au dernier moment se montrèrent assez incrédules.

Un des plus distingués d'entre eux, M. de Alun, me disait à ce même instant, dans une lettre où il me félicitait de la naissance d'un fils :

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