DU DUC DE BROGLIE
Paris, Juillet 1821.
Voici le résultat du procès jusqu'à présent : Robert et Gaillard condamnés à cinq ans de prison, comme non révélateurs de crimes projetés; Dupierrier, Charpenay, Eynard, acquittés; Laverderie, condamné à dix ans de prison comme auteur de la proposition du complot non agréée; Trogolf, cinq ans de prison, comme non révélateur de crime projeté ; Hutteau et toute la légion du Nord, sauf un seul, acquittés. Le pauvre diable de Loritz a payé pour toute la légion ; on l'a condamné à deux ans de prison, je ne sais en vérité pourquoi.
Nous avons eu une querelle très vive sur le droit de commuer ou d'arbitrer les peines, et je crois avoir développé sur ce sujet quelques bonnes idées. Cela a passé à cinquante-quatre voix contre soixante-cinq. Les ultras sont furieux et plusieurs des nôtres ne sont pas trop contents; il y a eu une terrible difficulté à faire comprendre une question politique à nos vieilles têtes. Nous nous attendons à un nouvel assaut à la rédaction de l'arrêt.
L'affaire de Maziau est très secrète, et nous ne savons pas encore s'il aura donné ou non des renseignements autres que ceux que fournit la procédure ; il est temps que le procès finisse, car l'aigreur et l'esprit de parti sont arrivés dans la Chambre au plus haut degré où elles puissent atteindre.
Quant aux autres nouvelles, ma femme vous en a dit autant que nous en savons. Sans nul doute, il y a, de la part du ministère, brouillerie avec les ultras et
mouvement pour s'en détacher, mais je ne puis croire qu'il se fasse jamais une séparation sérieuse et de conséquence : le danger des élections réunira tout.