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la souveraineté du peuple, renouvelée de Robespierre, par toute la Sorbonne du conseil d'État. Cette décision du conseil d'État amènera l'Europe beaucoup plus que la rentrée du nouveau souverain.
Ou je me trompe beaucoup, ou l'empereur a fait un grand contresens en se rejetant dans tout ce tripot révolutionnaire. Il s'est déconsidéré en France et en Europe. Reprenant les concessions faites par le Sénat et les Bourbons, les modifiant, les régularisant, se remettant au milieu du mouvement social de l'Europe, profitant pour cela de ce qui avait été fait pour les autres, il eût été pour tous un objet de respect et de reconnaissance. Dans le système d'aujourd'hui, il n'y a pas de milieu. Il nous faut gouverner le monde ou l'être nous-mêmes.
Avec un homme aussi entreprenant et un mouvement de canaille, sous le nom de souveraineté du peuple, tous les palais et tous les châteaux frémiront. Mais dans cette guerre civile des esprits, Louis XVIll est déjà abandonné, même par ses plus ardents partisans.
Paris, 14 avril 1815,
Nous sommes décidés à attendre l'ennemi sur le territoire. L'an dernier il entra à travers les places fortes, derrière il n'y avait pas d"armée.
J'apprends qu'on se bat dans une partie du Rouergue et du Gévaudan. Je l'ai su par des personnes qui se sont réfugiées au Puy. Le mouvement jacobin, républicain, sans-culotte, comme vous voudrez l'appeler, continue ici. Ce sont les plus belles vociférations en divers coins du Palais-Roval, en attendant celles du
Champ de Mai qui ne seront pas mal. Cette scène s'ouvrira par la Marseillaise et se terminera par le Ça ira. Pour le moment, on brûle par-ci par-là. On a mis en quatre endroits le feu au château de Rosny. Il n'y a eu heureusement qu'un seul appartement d'endommagé. Vous savez que le corps municipal de Lyon a été changé et on a pu vous dire comme . C'est précisément du bon 1793.
Lucien est, dit-on, parti pour Londres, avec de grands projets. Le duc de Bassano a offert, assuret-on, sa démission h. quatre reprises différentes, ne pouvant tenir à l'immense responsabiUté. On parle d'un grand projet de république dans laquelle Carnot et Lucien seraient directeurs, l'empereur généraUssime. Pas le sou, ni dans la poche publique, ni dans les pochcg particulières. Un mOUon deux cent mUle hommes qui nous arrivent. On se croit à la fin du monde. Faites vite saler trois cent vingt-cinq cochons; achetez du riz, de la farine; enfouissez ça quelque part. Il va venir un temps où les riches ne seront pas plus riches que les pauvres et où tout sera confondu.
J'ai bien envie de vous demander l'hospitalité.
AU COMTE DE MONTLOSIER
Barante, avril 181o.
Oui, venez nous voir, arrivez, mon cher ami; vous nous prêcherez le mépris des choses de ce monde avec le spectacle du temps actuel. Ce qu'il y a d'assuré, c'est que vous nous trouverez contents de notre position personnelle. Je n'éprouve même pas cette espèce d'effort que donne la résignation, et souvent, songeant
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aux autres et à moi, je suis persuadé qu'en ce qui me regarde, il ne faut pas dire tout est bien, mais tout est pour le mieux.
Voilà donc Benjamin rempli de foi, d'espérance et de charité sur le chapitre de la constitution ; de si loin on juge mal et je ne saurais être aussi utopique. Si nous obtenons la paix, la justice, l'observation des lois, la création d'habitudes solides et morales, j'en remercierai le ciel avec d'autant plus d"ardeur que j'aurai eu peu d'espérance. L'entreprise sur Lyon a échoué de trois ou quatre jours et, dans tous les cas, ne pouvait être qu'un incident de peu d'importance dans le train général. Les événements isolés qui ne sont pas dans le courant des circonstances, n'ont jamais une vraie importance. Mais si l'Europe est au même point qu'il y a un an, tout ira beaucoup plus vite, parce que les rôles sont appris, la marche sue. Personne ne tient à personne. Il n'y a ni affections, ni opinions. Ainsi les révolutions françaises sont devenues étrangères à l'ordre moral. Les éléments étant connus, on calculera toujours à coup sûr l'effet d'un mouvement imprimé.
DU COMTE DE MO.NTLOSIER
Paris, 20 avril ISio.
En petites nouvelles, la constitution doit paraître aujourd'hui. Le roi dit à tout le monde qu'il sera à Paris au mois de juillet. Paye-t-on? rejoint-on? les bourgeois mordent-ils à la garde nationale? Voilà ce que je demande. Mandez-moi ce que vous savez. En beaucoup d'endroits, déchaînement des paysans, non
seulement contre les nobles, mais contre tout ce qui a un habit. Partout ici, on crie vive la liberté et la république. On a essayé à diverses reprises lebonnet rouge. Deux bonnets de cette couleur ont failli être assommés en traversant les halles. Quoi que disent les journaux, la garde nationale est tiède; autre part, elle est ardente. Mais je doute qu'en aucun endroit elle s'empresse de se déplacer.
Paris, 22 avril 1815.
Vous n'êtes, monsieur, que dans un point, et moi ici je corresponds à plusieurs. Il s'en faut sûrement beaucoup que le mouvement d'aujourd'hui ressemble à celui de 89 k 93. Il y a de très grandes dilférences dans les résultats, parce qu'il y en a de très grandes dans les causes. Aujourd'hui, au lieu d'un incendie général, ce ne sont que quelques charbons que, çà et là, le gouvernement a soin d'entretenir et d'attiser pour en faire sortir le grand mouvement offensif et défensif qui se prépare, et pour achever d'extirper un reste de vie aux vieilles racines de la maison de Bourbon.
J'ai dîné avec Benjamin, avant hier, au cabaret. Il sortait de chez l'empereur qu'il a vu trois ou quatre fois dt'jù et dont il a été content, non précisément par rapport à lui. Benjamin Constant, mais par rapport à lui, empereur. Il lui a trouvé une vue d'aigle en tout et sur tout.
Notre conseiller d'État n'a pas tout à fait la certitude de l'avenir, mais il en a l'espérance. Ses anciens articles contre, ne font rien, il est populaire, il est utile, c'est en haut tout ce qu'on veut. Un peu plus bas,