XXXIX. Les déportés. — La débâcle des rocous
Historiquement, la Guyane rappelle les déportations du Directoire, envoyant pêle-mêle au delà de l'Océan, sous un climat meurtrier, des terroristes, tels que Collot d'Herbois et Billaud-Varennes, et des royalistes, Pichegru, Barbé-Marbois, Tronçon-Ducoudray, Job-Aymé, etc. Nulle trace ne subsistait, en 1829, du séjour de ces proscrits. L'insalubrité de la colonie avait d'ailleurs beaucoup diminué depuis le temps où l'on envoyait là ses adversaires politiques comme à une mort presque certaine.
Siy à l'époque de mon voyage à la Guyane, les conditions hygiéniques étaient meilleures qu'autrefois, la situation de notre colonie n'était pas financièrement brillante, il s'en faut. Beaucoup de propriétaires se trouvaient ruinés par suite de la substitution qu'ils avaient malencontreusement faite de la culture du rocou sur leurs plantations à celle du café et du chocolat. Cette plante tinctoriale ayant donné de gros bénéfices aux premiers qui s'avisèrent de l'exploiter, la foule des colons se mit à la cultiver à leur exemple^ sans réfléchir qu'une telle production répondait à des besoins limités, et qu'au delà d'une certaine mesure »i — — ■ 1 1 ■■ I 11 I . ■ I I II Il I I II I I ■■
terie, les qualités de bois les plus recherchées. C'est une ressource immense qui, avant les travaux de M. Ligier, restait presque entièrement négligée.
on n'en trouverait plus le placement. C'est ce qui ne manqua pas d'arriver. Nous ramenâmes en France deux pauvres diables de planteurs que la débâcle des rocous avait plongés dans la détresse, faisant d'eux la contre-partie de ces oncles d'Amérique dont l'espèce a cessé depuis longtemps, si jamais elle a été bien commune ailleurs qu'au théâtre.