‹ Souvenirs anecdotiques; médecine navale, saint-simonisme, chouannerieChapitre 22 sur 49 · XLII. Après le mousse le roi · texte numérisé non relu

XLII. Après le mousse le roi

Nous avions quitté Cayenne le 6 mai. Les vents nous favorisèrent pendant les premiers temps de la traversée. En quinze jours nous étions arrivés à la hauteur des Âçores. Le commandant faisait forcer de voiles, parce que le roi Charles X, dont le voyage en Bretagne était annoncé comme certain lorsque nous partîmes de France^ devait se trouver vers la mi-juin à Brest. En sus du motif de curiosité qui nous était commun à tous, le commandant tenait singulièrement à ne pas manquer cette occasion de faveur royale. Étant très-bien vu du préfet maritime, qui était l'amiral Duperré, il ne doutait pas d'être présenté au roi et recommandé chaudement à sa bienveillance. Mais le vieux monarque avait renvoyé à une autre année sa visite à la vieille terre de la fidélité, comme on nommait la Bretagne en langage légitimiste. Or Tannée suivante il était trop tard ; il lui fallait prendre la route d'un port de mer aussi, mais ce n'était pas de celui de Brest, ni pour y recevoir des hommages ; c'était pour retourner dans l'exil où devaient se terminer ses jours.

Le voyage royal aurait eu lieu d'ailleurs à Tépoque indiquée, que nous n'aurions pu, curieux ou ambitieux, en faire notre profit. En effet, lorsque nous fûmes par le travers des Açores, point qui jouait un grand rôle dans la navigation à la voile, parce que, en traversant l'Atlantique, on était presque toujours obligé de le rallier afin de gagner la région des vents alises ; lorsque nous fûmes, dis-je, par le travers des Açores, un vent persistant d'est et de nord-est vint contrarier notre marche, et nous ne pûmes entrer en rade de Brest que le 20 juin, tandis que nous avions eu l'espoir d'y être du 5 au 10. Nous apprîmes, à notre arrivée, que Brest n'avait point été honoré de la visite attendue et que c'était en pure perte que nous nous étions fait du mauvais sang à propos du retard subi dans le dernier tiers de la traversée.

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