MON ÉQUIPÉE SAINT*SIMONIENNB
LXin. Conversion au saint- simonisme.
Il me reste à dire quelques mots de la circonstaace qui décida ma sortie de la marine.
J'ai déjà mentionné la mission saint-simonîenne que vinrent faire à Brest, en septembre 1831, M. Edouard Cbarton, jeune avocat de Paris, et le docteur Hippolyte Rigaud (de Pons, Charente).
Leur première séance eut lieu dans la salle du lycée, devant un immense concours attiré par la curiosité du fait (la prédication d'une religion nouvelle), et aussi au milieu du vacarme d'un charivari monstre qui était donné, tout près de là, au général commandant la subdivision, que les Brestois considéraient comme carliste. Les missionnaires, qui n^étaient pas prévenus du motif de la démonstration bruyante qui se faisait au dehors, crurent que tout ce tapage s'adressait à eux et avait pour but d'entraver leur œuvre de propagande. Ils n'en firent pas moins bonne contenance. Cbarton présenta un exposé général de la doctrine, s'arrêtant de temps en temps lorsque les clameurs et le bruit de la rue dominaient sa voix, puis reprenant la suite de son discours dès qu'un peu de calme s'établissait.
Le but proclamé par le saint-simpnisme : amélioration physique intellectueUe et morale de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre; sa conception de l'histoire divisée en époques organiques et en époques critiques^ se succédant à de longs intervalles les unes aux autres, tout cela me saisit dès l'ahord assez vivement. La nature sympathique de Charton, l'air de cordiale bonhomie de son compagnon d'apostolat achevèrent ensuite de me gagner, ainsi que quelques-uns de mes camarades. Nous formâmes bientôt un petit groupe qui, après la séance publique, accompagnait les deux missionnaires à leur hôtel^ et là, en petit comité, nous restions à deviser jusqu'à une heure avancée
de la nuit, tantôt sur les brillantes perspectives qui s'ouvraient devant rhumanité, tantôt sur les vieilles mœurs et coutumes bretonnes, sujet dont Charton se montrait particulièrement curieux. M. Guyeisse, aujourd'hui commissaire général de la marine à Lorient, était de ces colloques intimes, et il fut du petit nombre de ceux qui s'éprirent sérieusement pour les côtés généreux de la nouvelle doctrine.
Autant j'en pourrais dire d'un de mes jeunes collègues et commensaux de cette époque, le docteur Penquer, devenu depuis longtemps un des praticiens les mieux posés de Brest, et président de la Société de secours mutuels de l'arrondissement. Sa femme, madame Auguste Penquer, a publié des poésies pleines de sentiment et de grftoe , qui lui donnent une place distinguée parmi tes 'muses contemporaines,