‹ Souvenirs anecdotiques; médecine navale, saint-simonisme, chouannerieChapitre 9 sur 49 · XXII. Ub m«l vur dm {taeëagen · texte numérisé non relu

XXII. Ub m«l vur dm {taeëagen

1\ est temps de nous remettre en route, d*autant que la mer est re^ devenue belle et qu'une jolie brise nous pousse, grand largue, ver« notre destination. Le navire, bien soutenu grâce à cette orientation dee voiles, permet à chacun de circuler sans risque sur le pont. Aussi noe passagers s'empressent-ils d'y venir respirer un air pur et déjà un peu tiède, en même temps que réchauffer au soleil leurs corps engourdis et brisés par le mal de mer. C'est le moment de faire connaissance avee quelques-uns d'entre eux.

Commençons par les dames, ainsi le veut la galanterie* Il y en avai^ trois à bord.

L'une était une demoiselle qui avait déjà résidé à la Martinique dans une* riche famille de planteur comme demoiselle de compagnie et qui retournait, je crois, y reprendre les mêmes fonctions* Mademoiselle Hé* lène (on ne la désignait que par son petit nom) n'était ni jolie ni de la première jeunesse. Elle n'avait pas besoin, d'ailleursi de posséder d^ agréments de premier ordre pour devenir, dans les circonstanoes où

Boud nous trouvions, Tobjet de quelques attentions et de certains hommages.

Notre seconde passagère était une dame créole qu^on appelait la comtesse, probablemeirt parce qu'elle était titrée, mais qu'on ne désigna bientôt plus, lorsqu'on parlait d'elle à bord, qu'en ajoutant à son titre héraldique la qualification peu courtoise de vieille, parce qu*elle avait des prétentions par trop surannées à la jeunesse. Soit grâce à son amabilité et à son esprit, soit par la séduction de certaines douceurs et friandises, fruits secs, confitures, liqueurs fines et biscuits dont elle s'était approvisionnée, la vieille comtesse s'empara d'un pilotin, enfant de Paris et assez gentil adolescent, qui se fit son sigisbé en dépit des railleries de ses camarades (1). Cétait, au surplus, une femme d'une conversation intéressante, qui avait beaucoup voyagé en Europe et même aux Etats-Unis d'Amérique, pays qu'elle portait aux nues et qu'elle nous dépeignait comme un Eldorado. Dans le trajet de Paris à Brest, elle avait eu une clavicule cassée par un accident de diligence, et la compagnie LaflQtte et Gaillard avait été condamnée à lui payer, outre les frais du traitement, 5 ou 6,000 francs de dommages-intérêts.

La troisième dame enfin que le Bh&ne transportait aux Antilles était la jeune femme d'un capitaine d'artillerie, accompagnant son mari qui,

(1) Pilotin. On nomme ainsi de jeunes novices ou de grands mousses de l'âge de 14 à 16 ans qui, ayant reçu quelque instruction, sont attachés au service de la timonerie. Ils ont, sous la direction du chef timonier, le soin des sabliers, de la boussole, etc. Ils concourent à jeter le loch au moyen duquel on mesure, de demi-heure en demi-heure, la vitesse de marche du navire. Ils piquent l'heure à bord, c'est-à-dire qu'ils la sonnent en frappant avec le battant de la cloche un de ses côtés ; on frappe deux coups pour chaque heure, un coup pour une demie. Le groupe de la timonerie a aussi parmi ses fonctions la surveillance des pavillons servant aux pavois et aux signaux ; il inscrit ces derniers, ainsi que les réponses; il fait le point, c'est-à-dire qu'il détermine et pointe sur une carte marine le lieu où se trouve le vaisseau d'après la vitesse et la direction de la route. Mais cette donnée a besoin des correctifs fournis : 1* par l'observation astronomique, celle du soleil, par exemple, qui donne chaque jour, lorsqu'elle est possible, la latitude exacte du lieu; 2"* par les indications de la montre marine ou chronomètre qui, malgré les perfectionnements apportés à cet instrument, ne donnent pas avec la même précision la longitude. Aussi les navigateurs se méfient-ils toujours de cette dernière donnée. — Pour en revenir à nos pilotins, ce sont d'ordinaire des jeunes gens qui visent à passer plus tard les examens de capitaine au long cours. -

pour avancer plus vite, avait eu la fatale idée de demander un emploi dans les colonies. Ils venaient de la Fère, et ils avaient avec eux leur premier- né, un petit garçon de six mois que la mère allaitait. Ce jeune couple (le mari n avait pas 30 ans) était charmant de manières, et il s'attira la considération et l'attachement de tout le monde pendant la traversée, sur laquelle il contribua pour sa bonne part à répandre du charme et de la gaieté. Hélas! quinze jours après son débarquement à Fort-Royal (aujourd'hui Fort de France), le capitaine était atteint de la fièvre jaune à laquelle il succombait, et la malheureuse veuve, restée seule avec son enfant, à 2,000 lieues de tous les siens, devenait folle de désespoir. — Mais écartons ce nuage de deuil, d'un deuil anticipé. Pour l'instant nous voguons sur une belle mer, exempts, pour la plupart, de préoccupations sombres touchant l'avenir.

XXIII. De Tétiquetta du bord et de quelques petites mésaventures nautiques.

C'est pendant les premiers jours de navigation qu'on fait son apprentissage de la vie du bord, et qu'on se met au courant de certains usages dont l'ignorance peut vous occasionner de légers désagréments et même quelques petites mortifications. Sur les bâtiments de l'Etat, le gaillard d'arrière est réservé aux officiers : tout ce qui n'a point le grade d'officier ne doit s'y présenter que pour affaire de service. Il est de règle aussi, dès que le commandant paraît sur le pont, qu'on passe du côté du navire opposé à celui où il se trouve. Ce n'est que sur son invitation qu'on est autorisé à en agir autrement.

Pour citer une minutie entre les petites mésaventures communes du début, n'allez pas, dans votre inexpérience, cracher par dessus le bord au veni. Il vous arriverait la même chose qu'à celui qui crache en l'air ; ce qui ferait rire aux dépens du mal avisé. Â plus forte raison faut^il bien se garder, sous les premières impressions du mal de mer, d'aller lancer une fusée du même côté, c'est-à-dire à contre-sens de la brise. En marine, savoir s'orienter est un point essentiel.

L'espace, l'air et le jour sont parcimonieusement mesurés à chacun. Les chambres des officiers, qui s'ouvrent sur ce qu'on nomme le carré, pièce commune servant de salle à manger et de lieu de réunion ; les postes des élèves, situés à l'arrière de l'entrepont, reçoivent un faible rayonnement de lumière au moyen d'un verre lenticulaire épais fixé dans une pièce de bois ou châssis de 25 à 30 centimètres carrés qu'on appelle un hublot. Grâce à une charnière dont il est muni, le hublot peut s'ouvrir et se fermer à volonté, suivant l'état de la mer. On ressent un si vif besoin d'air frais, surtout quand on navigue dans les pays chauds, qu'on éprouve k chaque instant la tentation d'ouvrir son hublot : ten-

taiion perfidot car pour peu que la mer clapotte ou que le bàtimeni roule iin peu, on reçoit inopinément une vague par le hublot, autrement dit on embarque une baleine, chose particulièrement désagréable; en a tant de peine ensuite à sécher le parquet ou les meubles inondés pat Teau salée !

Mais ne nous arrêtons pas trop à ces bagatelles, qui, bien que le réalisme ait sa vogue, risqueraient d'ennuyer le lecteur i lui aussi, comme autrefois le préteur, de minimis non eurau

Favorisée par les vents, notre corvette a fait du chemin. Divers indices annoncent rapproche des ohaudes régions. A la surface de l'eau dont la nuance devient de plus en plus foncée, flotte autour des flancs du navire, cette petite plante marine {fucus natans) vulgairement connue sous le nom de raisin du Tropique. Nous venons d'entrer, en effet, dans cette partie de l'océan Atlantique qu'on appelle aujourd'hui mer de sargasses, et que les premiers navigateurs espagnols qui, à la suite de Christophe Colomb, firent la traversée entre l'ancien et le nouveau monde désignaient déjà sous le nom de mer des herbes ou mer des prairies. Un autre ciel et d'autres astres se découvrent à nos regards. Voici que s'élève sur notre horizon, brillante de tout son éclat, cette belle constellation dite la Croix du Sud) qui est peur le pdle austral ce que la Grande Ourse est pour le pôle boréal. Nous sommes passés de la zone tempérée dans la zone torride ; mais le passage ne s'est pas effectué sans qu'ait été célébrée une facétieuis oérémonie chère aux matelots.

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