‹ Souvenirs. Avec une introd. et des notesChapitre 30 sur 38 · De L'Espinasse · texte numérisé non relu

De L'Espinasse

Al'PENDICK. 217

dliKi l;i litlrratiii'e, se ])résoiita cluv. M. tie Cayliis ; aj)rc-s les CDinpIiiuciis d-usagc, il iiii témoigna le désir de lire les Smirc/iirs , et le pria, de les lui confier pour vingt-quatre heures. Je fis à iM. le comte de Caylus un signe négatif; cet homme s'en aperçut, et, s'adressant à moi, il me dit que je devois connoître sa discrétion ; qu'il étoit incapable d'abuser de la confiance do M. de Caylus; qu'accablé du travail dont il étoit chargé, il n'avoit de libre que (juolques instans dans la soirée, qu'il les emploicroit à cette lecture; qu'il donnoit sa parole d'honneur que le manuscrit ne sorLiroit pas de ses mains, et promettoit de le rapporter le lendemain à la même heure.

31. de Caylus céda à ses instances; et lorsque ce littérateur fut sorti, il me dit, avec la familiarité dont il m'honoroit : a Dis-moi, Ma- <c rin, pourquoi le signe que tu m'as fait? » Je lui répondis que j'avois mes raisons , et que je désirois qu'il n'eût pas à se repentir de sa complaisance.

Quelque temps aj)rès, nous apprîmes que cet ouviage avoit été impiimc en Hollande. Il me fut facile, par mes liaisons avec les libraires de France et des pays étrangers, dans la place que j'occupois alors', de découvrir l'auteur de cette

1. Miiiin i-toit censeur royal delà libr.iirie : il fut .iiissi

infidélité. Je sus que le manuscrit avoit été vendu pour vingt-cinq louis à un libraire de Hollande; j'appris de plus, par un ouvrier de l'imprimerie , chargé des ouvrages de la personne en question, que cet ouvrier et deux autres scribes, après avoir détaché les feuillets, et copiant l'un le folio recto, l'autre le verso, avoient transcrit dans la journée le manuscrit qui est en grand in-folio, et que j'ai actuellement sous les yeux, et qui fut rendu exactement à l'heure indiquée.

Page 1