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a^'oit été exilée une première fois, à dix-neuf ans, pour les motifs quelle donne elle-même, en mettant sa disgrâce sur le compte d'une indiscrétion d'une dame de la cour. On dit quen recevant l'ordre de quitter Versailles elle s'écria : On s'ennuie si fort dans ce pays-ci, que c'est être exilée que d'y vivre ! Le mot fut rapporté au Roi, et fit aggraver l'exil d'une retraite de huit jours au couvent des Carmélites .
La seconde disgrâce fut plus longue ; elle dura treize ans, que madame de Cajlus passa a Paris dans la pénitence et même dans l'austérité, dit-on, sous la direction du père de La Tour, un oratorien soupçonné de jansénisme^ dont la constance et la vertu lassoient la vigilance de Saint-Sulpice et désarmoient jusqu'il la colère du Roi. Tant quelle resta sous la conduite du père de
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La Tour, madame de CayUis jeûna, pria, édifia. Elle ri é toit, pas devenue moins ainmhle, mais seulement plus réservée. Peu a peu cette jeune femme si brillante, si mondaine, se retirait du monde : le Roi et madame de Maintenon l'y renvoyèrent. On lui remontra que ce rigide père de La Tour, (pie ce guide presque infaillible était dangereux pour son salut, et que ce choix d'un directeur suspect de jansénisme étoit presque un scandale dans un temps OLi les dissidences étoient si pro- . noncées. On fit même valoir des argumens beaucoup plus directs. Le marquis de Cajlus étoit mort en 1704, au grand plaisir de tous les siens ; on représenta à sa veuve cpie cette mort la laissait pauvre, et que pour prix de sa soumission à la volonté du Roi, sa pension serait portée de six mille à dix
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mille livres. Madame de Cajlus résista quelque temps. Elle se rendit enfin aux instances de sa tante., dans le désir de plaire au Roi., qui ne laimoit point et l'avoit toujours tenue cl distance., parce qu'il la croyoit précieuse, et que ses saillies détonnoient sur le diapason de dignité ou il tenoit sa cour. Louis XI F
naimoit point V esprit : V imprévu le choquoit comme une indécence. Aussi redoutoit-il en madame de Cajlus cette verve malicieuse et cet art de contrefaire que la majesté rojale il arrête pas toujours'^. Le talent d' imiter est, eneffetj un de ceux que les conte t)iporains recon-
>< 1.7/ avoit cru i'' apercevoir (luclle s étoit moquée de lui. Quelque dit'ertissante qu^cllc fût, il ii'étoit point à son aise avec elle ; et elle, qui avait senti cet éloignement, étoit aussi embarrassée en sa présence. »
(Mémoires de Saint-Simon.)
/laissent en madame de Cajlus. Nous ai'ons i^Li fabbé de Choisj la préférer à Champmeslé ; et c est en [entendant réciter les vers d^'si\\\Qx que Racine voulut t avoir pour actrice à Saint-C/r et qu'il composa pour elle le prologue de la Piété. Les mémoires du temps nous apprennent qu elle se surpassa en jouant Esther et Athalie devant le Roi. Et FoltairCy que désoloit le débit des acteurs de son temps , dit que madame de Caylus est la dernière qui ait conservé la déclamation de Racine.
Madame de Cajlus^ à la fin, rentra en grâce. C'est alors que Saint-Simon nous la montre dans tout l'éclat de la faveur : « Elle eut un logement. ...Sa beauté, ses agrémens, son enjouement
revinrent Elle fut des Mari) s et des
particuliers du roi Bientôt sa chambre devint un rendez-vous important.
Les i^ens considérables frappaient a cette porte et se trouvaient heureux d'y entrer quelquefois. La dévotion enpi écoulée devint la matii^re des plaisanteries de madame de Caylus. Elle revit madame la DucJiesse et ses anciennes connaissances, avec qui elle déplora la tristesse avec laquelle sa jeunesse s'était passée, dont elle faisait mille contes sur elle-même^ en se moquant de toutes ses pratiques de dévotion. Toujours attachée au duc de Villeraj, et lui à elle, ils se voyaient sans que madame de Maintenon le trouvât mauvais., tant elle i avait subjuguée; et à la fin elle se fit une cour les matins, de généraux, de ministres et de la plupart des importuns de la cour, par ricochet de madame de Maintenon. Au fond elle se moquait d'eux tous. ...»
La Régence approchait. Madame de Caylus y préludait comme tout le mande.
Et cesl en ce temps-là sans doute quelle put ressembler à ce portrait d'une f^rdce un peu vii>e^ cité par M. Sainte- Beuve^ oii nous la voyons présider aux banquets comme une déesse d Homère, charmant tous les cœurs et faisant tout oublier y même l'amour !
Jprès la mort du Roi, madame de Cajlus revint habiter Paris, Pendant les quatre ans cjue sa tante survécut à Louis XI F, elle faisoit de temps ii autre le vo)-aîj^e de Saint- Cjr, pour lui rendre visite; mais madame de Maintenon, devenue plus austère à mesure que madame de Cajlus étoit redevenue plus mondaine^ ne la recevait pas toujours. Juger raconte que Pierre P\ après cette étonnante visite qu'il fît ii /nadame de Maintenon et pendant laquelle il la considéra avec une attention si hautaine, voulut voir aussi sa nièce, quil connais-
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soit sur sa réputation cC esprit^ et que^ ïajant rencontrée dans une compagnie^ il lui prit la main^ la regarda beaucoup et lui fit mille politesses.
Madame de Caylus mourut le \ 5 avril 1729, a cinquante-six ans. C'est., dit-on^ pendant la. dernière année de sa vie qu'elle dicta ses Souvenirs /? son fils, le comte de Cajlus, qui se mêla si fort au mouvement archéologique du dix-huitième siècle, et qui en fut payé par le titre de membre de C Académie des inscriptions et belles-lettres et par les épigrammes de Diderot.
Les Souvenirs nétoient point destinés à l'impression. Auger, dans la notice de l'édition de 1 804, prétend qu'il en courut longtemps de nombreuses copies. Ce fait est démenti par une lettre de Marin , secrétaire du comte de Caylus, que l'on trouvera parmi les notes de ce volume,
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et où r historique de la publication des Souvenirs est raconté avec des détails qui feroient double emploi ici. La première édition, furtiue selon la lettre de Marin , parut donc en Hollande^ chez Jean Robert, en 1770, avec une préface et des notes attribuées à f^oltaire. Cette dernière circonstance pourroit jusqa ii un certain point faire douter de r allégation de Marin. Car^ en supposant que Diderot^ cpiil accuse, eût abusé de la confiance de M. de Ca/lus , en faisant copier furtivement et imprimer en Hollande le manuscrit qu^il lui avait communiqué, eût-il obtenu si facilement et Cl point nommé, pour une édition clandestine, la complicité de Voltaire? de Voltaire qui admirait madame de Maintenon, qui aimait sa nièce et qui plusieurs fois dans sa correspondance a exprimé le vœu de voir publier les Sou-
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venirs ? Quoi quil en soit^ une autre édition parut dans la même année et dans la même ville {Amsterdani)^ chez Marc-Michel Rej.
Cette édition^ exécutée avec une certaine élégance et reconnoissable à V encadrement du texte ^ ne donne ni la préface ni les notes attribuées à Voltaire^ mais elle est plus correcte que la précédente. Il se trouve toutefois^ de Vune à Vautre de ces deux premières éditions , des variantes de texte qui feroient supposer deux leçons , ou deux manuscrits différens : ce qui contrediroit encore r allégation de Marin. Nous ne parlons que pour mémoire d'une troisième édition imprimée à Maëstricht en 1778, à la suite des prétendus Mémoires de madame de Maintenons et qui, sauf quelques passages rétablis d'après V édition de Michel Rej\, reproduit toutes