Roman d'André, par George Sand
286 SOUVEiNIRS DE M- C. JAUBERT.
Madame,
Je vois avec grand plaisir que vous vous obstinez à ne pas ra'ou- Wier. Je vous en remercie ; vous ne savez donc pas que je suis mort depuis longtemps ?
Cela ne m'empêcherait pas de venir dîner cliez vous aujourdhui, vu que ma dépouille mortelle m'a survécu; mais je souffre dans ce moment d'une migraine posthume assez fastidieuse. Je ne peux pas venir, et soyez persuadée que je le regrette beaucoupvous savez ce que c'est que la migraine, ce petit enfer qu'on porte dans le cerveau.
Je viendrai, madame, ces jours-ci, vous remercier en personne En attendant, je prie les dieux immortels de vous prendre dan" leur sainte et digne garde.
Lundi matin.
He.nbi Heine.
Petite Fée !
Comme un jeune étourdi que je suis, j'ai oublié hier qu'il est nécessaire que je sois encore aujourd'hui de retour à Montmorency; je ne poux donc pas dîner avec vous, et je ne vous reverrai qua Marly, ou j'irai probablement samedi. Je mentirais beaucoup si je disais que le plaisir que je ressens toujours en vous re- ^ortTbir ^^^^ ^^^ ^^ ^^"^ '^"^ "^ rendent la vie quelque peu sup- Mercredi matin.
Vôtre tout dévoué, Henri Heine.
La campagne de Marly, rendez-vous indique dans ce billet, était habitée par la princesse de Belgiojoso, chez qui aussi nous nous retrouvions souvent. Henri Heine admirait beaucoup son genre de beauté, à la fois étrange et classique, son intelligence vive et sérieuse, son esprit passionné et piquant. Cette riche nature, fortement contrastée, préoccupait l'observateur. Prompt à l'enthousiasme, l'esprit de la princesse était trop pénétrant pour ne pas l'obliger souvent ;\ revenir sur
ses pas. A ce sujet, le poète allemand avait essayé quel- :|ues plaisanteries, en traitant d'engouement les opinions le la belle Milanaise. Mais la réplique, dardée sans [ïiénagement, le guérit bien vite de cette velléité. Désornais il préféra discuter ou ferrailler avec ceux que ie hasard amenait tour à tour, littérateurs, académiciens m philosophes, dans le cercle de M'"^ de Belgiojoso. Parmi ces derniers se rencontrait Victor Cousin, auquel alors Henri Heine était très hostile. C'était un faux savant, prétendait-il, qui se parait des plumes de tous les philosophes allemands. Sans cesse il s'ingéniait à le lui faire pentir. Entraîné par la conversation, Cousin commenjait-il à systématiser sa pensée : « Je sais, je sais ce que irous voulez dire, interrompait Heine : c'est la théorie de Fichte, qui fut poursuivie par Schelling, » et il entamait la controverse comme s'adressant personnellement au philosophe qu'il avait désigné. Une ou deux interruptions aussi déplaisantes coupaient court à la verve de Cousin, qui se retirait, préférant à ce pugilat philosophique l'auditoire enthousiaste auquel il était accoutumé.
Une fois maître de la place, le caractère germanique du poète se retrouvait dans la persistance qu'il mettait à poursuivre son attaque. Cet esprit qui, pour le trait incisif, plaisant ou délié, a si souvent, avec raison, été comparé à celui de Voltaire, n'avait pas toujours dans la conversation la légèreté de touche vraiment française; il ne savait pas lâcher un sujet, mais s'y obstinait. Ainsi, pour continuer son attaque contre Cousin, il établissait tout à coup un parallèle avec M, Mignet, opposant aux plagiats du premier, qu'il détaillait d'une façon piquante, l'honnêteté, la droiture consciencieuse, le talent de bon aloi de l'historien. « Jamais celui-là ne cache les sources où il puise! à la bonne heure! voilà un écrivain! vrai, juste, sobre, une belle âme! » .
Après cet éloge sincère, la pointe accoutumée de persiflage reparaissait :
« Oui, je dis : une belle âme ! douée de cette beauté particulière comprise de suite par les femmes , parce qu'elle se manifeste dans la pureté des lignes du visage; elle saute aux yeux, peut-on dire, parle toutes les langues, constitue une âme cosmopolite! »
Mais une victime sur laquelle la malice d'Henri Heine s'exerçait avec un véritable entrain était le charmant compositeur Bellini, comme lui au nombre des visiteurs qui, à la campagne, demeuraient parfois les hôtes de la princesse de Belgiojoso. — Blond, blanc, rose, et bon garçon, avec un parler et des manières enfantines, le jeune maestro, alors à l'apogée de sa gloire, fêté, adulé par les plus jolies femmes de Paris, à la mode en un mot, pouvait s'appliquer ce vers de la Jeune Captive :
Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux.
Son existence s'écoulant dans ces conditions moelleuses, la raillerie lui devenait d'autant plus sensible. Pour son malheur, il avait naïvement avoué qu'il était fort superstitieux. Or, notre poète allemand, qui, pour reposer sa vue déjà aflFaiblic, portait fréquemment des lunettes, se trouvait ainsi remplir une des conditions essentielles d'un jettatore. Il fallait le voir exploitant la | faiblesse avouée du jeune Italien, et toutes les mine.s de Méphistophélès dont il accompagnait cette petite guerre; quand le matin, .à la campagne, ils jouaient au billard l'un contre l'autre, de la main demeurée libre le craintif maestro faisait tout le temps des cornes afm de conjurer le mauvais esprit; Heine, qui le voyait en dépit de ses précautions, était fort réjoui de lu crainte qu'il inspirait, et, poursuivant son rôle :
« Oui, oui, disait-il, faites la bille, carambolez, jouissez, vivez vite, mon cher ami : votre immense
génie vous condamne à mourir jeune , très jeune , comme Raphaël, Mozart, Jésus...
— C'est affreux ! ne dites pas des méchancetés, s'écriait BeUini, ne parlez pas de mort. — Princesse ! défendez-le-lui. »
En vain, M™^ de Belgiojoso répondait à l'appel; sous le prétexte d'explications, l'attaque continuait :
« Mes craintes sont probablement chimériques. — Princesse, vous-même, pensez-vous qu'un génie nou veau se soit révélé ? » Et, comme dernière taquinerie, il ajoutait :
« Du reste je ne connais pas une note des œuvres de votre charmant compatriote ; vous voyez donc bien que ma menace est innocente, »
Puis, s'adressant-à BeUini :
« Espérons, mon cher ami, qu'il y a de l'exagération dans la réputation que le beau monde vous fait. Votre visage de chérubin rassure mon cœur sur votre existence. »
Cependant le maestro n'avait point goûté cette plaisanterie funèbre, il en gardait rancune. Ce fut dans une pensée de réconciliation que je voulus les réunir de nouveau chez moi, avec la princesse de Belgiojoso et quelques amis.
Le jour indiqué, l'heure du dîner sonnée, Bellini n'arrivait pas. Décidément il a peur du jettatore, disionsnous en riant. La porte s'ouvre, c'est lui ! Non : à sa place un mot d'écrit, par lequel l'auteur des Purilaim exprimait un vrai chagrin de se trouver trop malade pour se joindre à nous.
« Gela m'inquiète, dit la princesse; pour renoncer, il faut que mon pauvre Bellini soit très souffrant. Il se faisait une fête de ce dîner. »
Je me lamentais aussi, tout en relisant le billet.
« Voilà bien les femmes, dit Heine ; s'inquiéter d'un
bulletin de santé écrit de la main du malade lui-même, et sur un papier glacé d'un jaune tendre ! Voulez-vous m'en permettre la lecture ?
« Eh bien, selon moi, on ne peut rien lire de plus rassurant : caractères moulés , papier parfumé ; au ton des regrets, on les croirait tracés avec une canne à sucre... mais serait-ce vraiment un grand compositeur qui a confectionné ce billet? Je croirais plutôt que c'est l'œuvre du jeune Werther, qui s'est dégagé pour tenir compagnie à sa Lolotte. »
Et, sur ce commentaire, il partit d'un large éclat de rire, car ses propres malices le divertissaient fort.
Quatre jours plus tard, Bellini était mort, enlevé par une sorte de choléra. En apprenant cette nouvelle de la bouche d'un de nos amis, Heine dit en souriant : « Je l'avais prévenu ! »
Il soutenait avec fatuité son rôle de prophète '.
Des traits de ce genre me retenaient; le spectacle do ses sout^rances, la constance héroïque avec laquelle il les subissait parvinrent seuls à forcer mon amitié. Je ne pus non plus demeurer indifférente au plaisir que lui causait ma présence, tandis qu'étendu sur son lit de misère, il refusait d'admettre la plupart des visiteurs; à la longue, je devins même plus indulgente en constatant qu'il disait souvent des méchancetés sans autre intention que de les dire, et non avec l'intention de nuire.
Les premières atteintes de paralysie se firent sentir chez Heine deux ou trois ans avant de l'envahir com-
1. Voir édition Lévy, 1856, les Nuits florentines. La soirée, telle qu'Henri Heine la raconte, avait eu Heu deux mois avant la fin de Bellini. Elle a été rapprochée de la mort par un procédé artistiiiue; ce ne sont d'ailleurs ni confessions ni mémoires qud publiait le poète, mais d'exquises fantaisies, où s'alliaient et se confondaient la réalité et l'imagination.
plètement ; il parlait en badinant de son mal ; comment leussions-nous pris au sérieux ?
« Je perds la vue, disait-il, et comme le rossignol je n'en chanterai que mieux, »
Une autre fois, au travers de mille plaisanteries, il annonçait que le muscle facial du côté droit devenait d'une paresse déplorable.
« Hélas ! disait-il, je ne puis plus mâcher que d'un côté, plus pleurer que d'un œil! je ne suis plus qu'un demi-homme. Je ne puis exprimer l'amour, je ne puis plaire que du côté gauche. 0 femmes ! à l'avenir, n'aurai-je plus droit qu'à la moitié d'un cœur? »
Tout cela, débité d'un ton tragi-comique, laissait croire à nous autres mondains que ce n'était qu'un thème, sur lequel s'exerçait la fantaisie du poète. Cependant le temps s'écoulait, et bientôt il fallut constater que la paupière s'abaissait sur l'œil droit et que, de ce même côté, le visage était devenu immobile, ce qui formait un singulier contraste avec la physionomie animée du côté gauche. Par ce double aspect, sa figure semblait subir l'influence d'un esprit absolument partagé entre la prose et la poésie. II en était ainsi, et sans cesse il en fournissait la preuve en conversation. Je me souviens comment un jour, stimulé sans doute par la présence de Malitourne, homme de lettres et d'esprit, il avait, par des images abondantes et poétiques, idéahsé son sujet; nous écoutions vivement intéressés, quand, sans transition, il se prit à se vulgariser par des comparaisons grotesques.
Indignée :
« Peut-on ainsi créer des féeries pour les détruire ? m'écriai-je, pour les avilir?
— Ma chère amie, une choucroute arrosée d'ambroisie, telle est mon image ! »
Un éclat de rire accompafaa ce trait décoché contre
lui-même, rire auquel Malitourne joignit le sien volontiers.
a Eh bien! repris-je, si je suis en froid avec le poète, je ne le suis pas avec le bourgeois, et je lui demande de s'entendre avec M. Malitourne pour se trouver à table ensemble devant une formidable choucroute.
— Aïe, aïe! ma santé! gémit Heine; sortir le soir, s'habiller en ce moment est au-dessus de mes forces.
— Venez en robe de chambre !
— i\on, madame, vous ne me verrez jamais, comme Jean-Jacques Rousseau, costumé en Arménien pour me faire regarder, o
A ces mots, devenu rouge cramoisi, se levant droit de sa chaise, comme mu par un ressort, Malitourne, d'une voix stridente, s'adressant au poète :
« Monsieur, dit-il, ceux qui souffrent du même mal que Jean-Jacques ont seuls le droit de juger sa conduite; je dirai plus: ceux-là seuls atteints de ce mal sont dignes de lire les Confessions!... » Puis, tout ému, il se rassit.
Quelle plaisante physionomie avait prise Henri Heine durant cette sortie singulière : les coins de la bouche abaissés, le nez en l'air, regardant sous ses lunettes bleuâtres !
11 se leva à son tour :
« C'est un point de vue dont je profiterai, fit-il en nous saluant, et je vais déposer ma carte à l'Ermitage en arrivant à Montmorency, o
Quelques années plus tard, la mort de Malitourne devint le conmientaire de celte singulière anecdote. Atteint en effet de la même maladie que Rousseau, de cruelles souffrances amenèrent des désordres d'esprit et des bizarreries telles qu'il dut finir ses jours dans une maison de santé.
Comme je l'ai déjà indiqué, les traces de la paralysie
chez Heine devenaient, à chaque rencontre, plus visibles. ' Il n'était plus possible de se faire illusion sur l'avenir qui le menaçait. J'aimais à penser alors qu'il était marié, quoique ce mariage eût paru singulier dans les conditions où il fut contracté.
En 1835 ou 1836, un désespoir amoureux fit connaître aux amis du poète son attachement, sa liaison avec une jeune et jolie ouvrière, et la rupture de ce lien à la suite d'un violent accès de jalousie. Il en parlait à tous venants, au lieu de confier prudemment sa peine aux arbres et aux rochers muets, selon l'antique usage. Voulait-il nous dérouler ses griefs , on paraissait s'étonner de sa surprise. On lui rappelait ses propres paroles : « Le papillon ne « demande pas à la fleur : As-tu déjà reçu les baisers (t d'un autre papillon? et celle-ci ne lui dit pas: As-tu a déjà voltigé autour d'une autre fleur ? »
Cependant, ne voulant pas mourir de douleur, mais bien guérir, il s'appliquait assidûment à devenir épris ailleurs. Pouvait-il plaire en ramenant sans cesse le souvenir de celle qu'il pleurait, de sa petite? On lui imposait silence. La terminaison de cette crise amoureuse fut que, ne pouvant ni se déshabituer ni se consoler, après plusieurs mois de séparation, on s'était raccommodé. Lequel des deux avait pardonné ? J'appris en même temps qu'il avait mis la jeune fille dans un pensionnat. Cette tentative d'éducation me parut indiquer que, dans son cerveau, commençait à bourdonner une arrière-pensée de mariage : aussi ne fus-je que médiocrement surprise lorsque plus tard le fait accompli me fut annoncé par lui. 11 crut devoir le présenter comme un cas de conscience; à la veille d'un duel, il avait trouvé du devoir d'un honnête homme d'assurer le sort de sa petite. A cet eff"et, la partie de pistolet fut différée jusqu'après la cérémonie du mariage. Tout cela fut débité avec une certaine gêne, contrastant avec son aisance accoutumée.
Mais quel est l'homme qui ne témoigne quelque embarras en annonçant qu'il vient d'engager sa liberté? Je ne fis aucune question, ne marquai point d'étonnement, et lui demandai en riant la permission d'aimoncer cet événement à Rossini, que cela rendrait particulièrement heureux. (i Et pourquoi ? s'enquit d'un air inquiet Heine.
— Par esprit de corps sans doute, répondis-je; il se plaît à compter d'illustres confrères. Ici même, il y a peu de jours, m'entendant nommer M™^ Berryer : « Conmient? demanda Rossini tout surpris, est-ce que mon ami Berryer serait marié ? — Vraiment, oui, dis-je, et depuis nombre d'années, avec une très jolie femme. » Alors le grand maestro, ivre de joie, s'écria: y Quel bonheur ! penser que lui aussi possède une femme légitime, une légitime épouse ! Tout comme moi ! Voilà une idée qui me donne autant de satisfaction que la vue d'un excellent macaroni ! »
— Eh bien, reprit bravement Heine, ajoutons à son bonheur celui de connaître que je suis désormais exposé comme lui à toutes les intempéries du mariage, et qu'il mette la chose en musique, tandis que je la poétiserai. Qu'il sache aussi que c'est le pistolet sur la gorge que mon bonheur s'est décidé. »
Il revenait alors sur ce duel, où son adversaire était un Allemand. Il fit une charmante peinture de l'endroit du rendez-vous où le combat avait eu lieu et de la singularité de ses émotions.
« Le ciel était si pur, si bleu! tous les pommiers en tlour! autour de moi s'exhalaient des parfums champêtres qui centuplaient ma vitalité; j'adressai une invocation à Flore et Pomone. En face de la mort, tout mon paganisme m'est revenu au cœur. Dieu sans doute n'a pas voulu que je fusse frappé d'une balle au moment où je n'avais en tête que les belles choses de ce monde... celles qui parlent aux sens. »
Hélas! pauvre poète! le moment approche où tu ne retrouveras qu'en rêve ces splendeurs de la nature, par lesquelles ton génie se sentait si vivement éveillé.
Une année s'était écoulée, tandis qu'absorbée par des inquiétudes de famille, j'avais perdu de vue tout autre intérêt.
Ayant retrouvé quelque liberté d'esprit, je donnai signe de vie à Henri Heine, et cela sous la forme qui pouvait vraiment le toucher, en mêlant le nom de sa femme, de sa Juliette, à mon souvenir. Voici la réponse qu'il m'adressa :
Ce 13 avril 1847.
Je vous remercie, madame, de vos dernières petites lettres et de vos autres dragées. Juliette, comme vous l'avez prévu, a croqué presque toute la boîte. Que vous êtes aimable!
J"ai passé un terrible hiver, et je suis étonné de n'avoir pas succombé. Ce sera pour une autre fois.
Je suis enchanté de ce que vous me dites de madame votre fille; ça est jeune et rétablissable. Je viendrai très prochainement chez vous. Je suis curieux de voir M"" de Grignan comme reconvalescente.
Elle doit avoir beaucoup maigri, et la maigreur lui donne sans doute un charme tout nouveau. Au bout du compte, la chair cache la beauté, qui ne se révèle dans toute sa splendeur idéale qu'après qu'une maladie ait animé le corps; quant à moi, je nie suis adonisé, à l'heure qu'il est, jusqu'au squelettisme. Les jolies femmes se retournent quand je passe dans les rues; mes yeux fermés(rœil droit n'est plus ouvert que d'un huitième, mes joues creuses, ma barbe délirante, ma démarche chancelante, tout cela me donne un air agonisant qui me va à ravir ! Je vous assure, j'ai dans ce moment un grand succès de moribond. Je mange des cœurs; seulement je ne peux pas les digérer. Je suis à présent un homme très dangereux, et vous verrez comme la marquise Christine Trivulzi deviendra amoureuse de moi ; je suis précisément l'os funèbre qu'il lui faut.
.\dieu, toute bonne et toute belle ! que Dieu vous préserve d'embellir à ma manière. Je vous recommande à sa sainte et digne gai de.
ÏÏENBi Heine.
Ce trait adressé à la marquise de Trivulce ' sur le moyen de lui plaire, était une petite venj:fcance des railleries dont furent toujours accueillies les plaintes de Henri Heine, soit au sujet de sa petite, soit lorsqu'il prétendit changer l'admiration platonique dont la princessse était l'objet en flamme amoureuse. Ce n'était pas sans une certaine jalousie qu'il voyait le vif intérêt qu'éveillait dans ce cœur féminin le spectacle des souffrances physiques, et entre autres, le malheur de l'illustre aveugle Augustin Thierry devenu veuf. Elle l'attirait près d'elle et s'intéressait à ses travaux historiques avec une amitié dévouée. Plus tard, au contraire, Heine apprécia vivement cette charité amicale, et il gémissait souvent d'en être; privé durant le long exil en Orient de M""= de Belgiojoso.
Avant d'aller plus loin, je copierai une note écrite sous l'impression immédiate d'une visite que me fît le poète malade à la date du 26 novembre 1847.
a Henri Heine est venu me voir... me voir? hélas 1 ses paupières paralysées tiennent ses yeux fermés. Le mai parait grandir. Son pauvre corps n'a plus que le souffle, mais l'esprit toute sa vigueur.
« 11 m'a parlé de sa mère qui habite Hambourg. 11 lui écrit tous les jours pour la rassurer, quelque pénible (jue soit pour lui cette tâche dans l'état de sa vue. Les gazettes allemandes ont publié le triste mal dont il est atteint. Alors Henri Heine a imaginé de persuader à sa vieille mère que le faire passer pour mourant était une ingénieuse spéculation, de l'invention de son libraire.
« Tout ferme que je suis, a-t-il ajouté, hier je fus pris d'un attendrissement en recevant une lettre de ma mère, qui me niandait qu'elle adressait chaque jour du fond de