ASSISES DE LA SEINE ACTE D'ACCUSATION
contre les nommés ue jMehen, Ranc, Ribault ue Lan'gaudièiie, Laflize et autres.
Le Procureur Général près la Cour Impériale de Paris expose que, par arrêt du 14 octobre 1853, la Chambre d’accusation de ladite Cour a renvoyé devant les Assises de la Seine pour y être jugés confoi'mément à la loi, les nommés... :
26° Ranc Arthur, âgé de vingt-et-un ans, né le 20 décembre 1831, à Poitiers, étudiant en droit, demeurant rue Saint-Jacques, n° 228, détenu ;
27° LalUze Sigismond, âgé de vingt-deux ans, né le 21 jan-
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vier 1831, à Nancy, éludiariL en clroil, rue des Moulinets, n° 12, détenu ;
28” Hibaull de Langardière Léon, âgé de vingt-deux ans, né le 12 septembre 1831 à Paris, étudiant en médecine, rue des Ecuries-d’ Artois, n” 43, détenu ;
Déclare, le Procureur Général Impérial, que des pièces de l'instruction résultent tes faits suivants :
1,’aclc providentiel du 2 décembre avait sauvé la France. La France, à son tour, par huit millions de suffrages et pairies acclamations unanimes, avait maintenu librement le pouvoir aux mains qui s’en étaient servies pour lui rendre la gloire et la prospérité.
L’heure était venue pour les bons, de se rassurer ; mais si les méchants tremblaient à leur tour, ils n’avaient pas jiour cela désarmé ; si les doctrines anarchiques ne pouvaient plus se proclamer au grand jour, elles continuaient à SC répandre dans l’ombre. Les débris dispersés des sociétés secrètes se rapprochèrent. La clémence- même d'mi prince généreux devint une arme contre lui : au premier mol, l'on fut d'accord. 11 fallait arriver à la République démocratique et sociale par l'assassinat de l’Empereur. Cet odieux programme est celui des hommes amenés aujourd’hui au pied du jury. La vigilance et l’énergie de l'administration ont, avec l’aide de Dieu, déjoué un abominable complot. 11 appartient maintenant à la Justice de punir les coupables. D’autres juges auront à connaître de l’association clandestine à laquelle ajipartiennent les accusés. Ici, cependani, elle garde une large, place, comme élément du complot dont (-lie avail pour but de préparer, le succès. Dés le mois d’avril 1853, l'instruction suit la trace de ces réunions criminelles oi'i se com])lolaient l'assassinat de 'l'Empereur et le renversement de nos institulions, mais c'est au 2 juin spécialement, que le comiilot commence à I>rendre une forme saisissable. Le 2 juin, les nommés l-’olliet, .Mix, Ruault et deux ou trois autres individus appartenant comnn- eux à la classe, oinriére, étaient réunis chez le nommé Gérard, l’un des plus dangei-('ux entre tous ces hommes si ai'denis à la ruine de la société. Ils sortaient ensemble, se dirigeaient vers le Palais-Royal, écoutant l’exposé fait par .Alix, d'un plan de barricades (pi'il avait conçu pour le jour où l'action devrait succéder aux paroles. Le lendemain, les mêmes hommes se trouvaient à neuf heures du soir, dans la commune de La Chapelle de Saint-Denis, au domicile du nommé Decroix, marchand de. fulailles, transporté gracié, et (pii reconnaissait la clémence de son souverain en concourant à l'assassiner. .A cette réunion avaient été appelés des hommes que l’on peut croire
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élrangi'i's à la cunjuralion, mais doiU les anlécédeiils semhlaiont promollrc aux conjures des garunlies de discrélion el un ulile concours.
l■'ollicl, conspiraU'ur émérite, présidait rassemblée. On déhnllit longtemps le plan d'Alix, mais sans rien arrètei'. C’élait comme une séance préparatoire. On tâtonnait, on cherchait à se fixer, on demandait par exemple à 'Vauthicr, ('inployo au chemin de fer d'Orléans, si l'on pouvait compter sur scs camarades comme en 1848, et comme on s’étonnait de recevoir une réponse négative, Vauthicr ajoutait :
« Ouc voulez-vous ? les temps sont bien changés ; la raison est venue a\'ec Fuge ; et puis ils sont maintenant pères de famille ». Faut-il s’étonner, après de semblables paroles, cfue la famille soit mise au ban de l’école socialiste ! On devait, le lendemain 5, se réunir chez Follict, mais sur un contre-ordre émané l’on ne sait d’où, c'est au pied des fortifications, dans la plaine des Vertus, cpie l’on retrouve les coinjurés. Des précautions intelligentes, minutieuses, presque savantes, avaient été prises pour la sûreté commune.
On arrivait au rendez-vous séparément ou par petits groupes, marchant par des sentiers détournés, et non sans regarder à chaque pas autour de soi ; des sentinelles étaient posées de distance en distance, prêles à donner l’éveil en cas de danger.
Dans cette séance, on reprit la discussion du plan d'Alix pour le rejeter en définitive
Ruault résuma la discussion en s’écriant : que l'on ferait des barricades comme à l'ordinaire. Il ajouta que le lendemain, il mettrait à la disposition d’Alix et de Âlariet une imprimerie destinée à répandre des proclamations incendiaires
Déjà l'on avait mis en circulation deux bulletins, par lesquels un comité directeur invisible, invitait tous les citoyens à se tenir prêts. Folliet fit un rapport sur 26 canons fabriqués secrètement avec des tuyaux à gaz : c’était l’œuvre de deux conjurés. Maillet et Régnier qui, pour leur travail avaient reçu de Copinot, en quatre fois, une somme de 150 francs.
On ajjplaudit et l’on déclara qu’il était temps d’agir, c'est-à-dire d’assassiner l’Empereur et de dresser des barricades. Une voix s’éleva pour demander s’il ne conviendrait pas de prévenir le colonel Charras. « Inutile », s’écria Marchand, « le colonel Charras sait tout ».
On convint alors qu’à la première occasion où l'Empereur serait rencontré sans escorte, les conjurés feraient feu sur lui; que son cadavre serait traîné dans les rues;
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que de toutes parts s’élèveraient des harricades et (jue la Itépublicpie serait proclamée sous la dictature du condamné Hlanqui.
On devait s’approcher de Sa Majesté au cri de : Vive l'Em- Itfr/'iir, i)our se rendre plus facile l’accès de sa personne. l-’Assendtléc fut déclai'èe en permanence. Depuis deu.x l'.eul'es tléjà, les conspirateurs étaient assemblés’: la vue d'un q-endarme accéléra la séparation, elle s’opéra avec les mêmes précautions que l'on avait prises pour se réunir.
I,e lendemain, G Juin, il était annoncé partout que Leurs Majestés devaient venir à l llippodrome, et que sans doute, suivant leurs habitudes, elles seraient sans escorte. Cette journée ne pouvait rester inoccupée pour h'S conjui’és. Iles ]>istolets et des poignards furent distribués à plusieurs, entre autres à .Mariet et à .loiron par Ruault et par Gérard.
(iérai-d notamment remit à Ruault deux pièces de vingt francs et un panier contenant, avec (pielques cartouches, trois paires de pistolets et un poignard. Le 7, dans la matinée, le mol d’ordre fut donné.
On devait se réunir à l’Hippodronie. et soit à l’entrée, soit à la sortie, consommer l’attentai. La vigilance de l’autorité avait déjà découvert une grande partie des faits qui viennent d’être ra|)i)orlés, les moindres démarches dés principaux membres de la conspiration étaient observées. C’est ainsi que le 7, dans la matinée, on avait surpris le secret d’une réunion chez Colliet : on avait vu Lux et Ruault sortir de son domicile, ils avaient été suivis pas à pas. A la place Lafayette, on les avait vu choisir parmi une vinglaini' de liacres, le seul qui fût muni d’un vasistas à l’arrière. C’est par cette ouverture que, pendant le trajet, jusqu’à la place de la Madeleine, on vit souvent apparaître le \isagc des accusés, observant, sans doute, s’ils étaient suivis.
De la place de la Madeleine, ils montèrent à pied les Ctianqis-Elysées, s’arrêtant iiarfois pour échanger quehiues mots rapides avec des complices, puis arrivés sur la bulle de I Hippodrome, on les \it s’aboucher successivement avec divers groupes d’hommes à figures sinistres qui stationnaient aux abords du Ihcàlre, notamment dans l’espace compris entre la loge impériale et la petite rue de Bellevué.
D’autres groupes, d’un aspect non moins inquiétant, étaient échelonnés sur l’avenue de Saint-Cloud du côté du Rois de Boulogne que Leurs Majestés devaient traverser pour se rendre au théâtre.
Sur les cinq heures et demie, au moment où les agents de service faisaient ranger la foule pour faciliter le passage de la voiture impériale. Lux frappa dans ses mains
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e(, povissa un cri d’une nature particulière : aussitôt, on put remarquer un grand mouvement dans les groupes, quelques hommes se rapprochèrent, d’autres partirent, se dirigeant vers l’avenue de Saint-Cloud et le Bois de Boulogne. Dans tout ce parcours, des sentinelles avaient été placées et se tenaient 'non pas debout, mais couchées dans les fossés, l'œil et l'oreille au guet, prêtes à donner ou à transmettre lous les avertissements nécessaires.
Les sages mesures prises sans bruit, mais avec énergie par l'autorité, ’ ne permirent pas à l’attentat de se consommer, et Leurs Majestés purent, non sans peine à la vérité, mais au moins sans être inquiétées regagner le château de Saint-Cloud.
Le complot avait échoué, mais avec de tels hommes, un échec n’est qu’un ajournement, et dès le lendemain, on voit la société secrète renouveler ses démarches, agrandir le cercle de son action et, en quelque sorte, dans une phase nouvelle, multiplier les chances de son abominable triomphe. Le 8 juin, au Luxembourg, une conférence a été ménagée à l'avance entre les nommés Ribault de Langardière, Lal'lize et Arthur Ranc, tous trois étudiants, celui-ci en droit, ceux-là en médecine. Là, comme on dit dans un certain langage, la blouse et l'habit noir fraternisèrent ensemble, la fusion fut opérée entre deux sociétés composées d’éléments divers, mais tendant au même but. On s'encouragea mutuellement à la persévérance, on se promit de ne pas laisser échapper une seule occasion. Il fut convenu que l’on tenterait quelque chose le premier jour de l’exposition d’horticulture, et que dans cette circonstance, toute la société serait convoquée en armes. En attendant et dès le soir même, on rôda autour du Gymnase, mais on ne put rien tenter.
Dans la nuit du 8 au 9, de nombreuses arrestations furent opérées, sans ralentir ou décourager les conspirateurs, celte association de malfaiteurs, le concours de son énergie et de sa dépravation. Le 3 juillet, on trouve les deux sociétés fusionnées en rendez-vous à la Bastille, et se dirigeant de là, avec les précautions accoutumées, dans le voisinage de Saint-Mandé. Là on renouvelle le serment d’assassiner l’Empereur.
Dès le mardi 5, l’occasion se présente pour l’exécution du complot.
Les affiches de l’Opéra-Comique avaient annoncé pour le même jour, la visite de Leurs Majestés. Tous les groupes sont convoqués, chaque chef arme ses hommes. De Méren achète, de ses deniers, trois paires de pistolets, qu’il charge lui-même, et le bruit de cette opération e.st entendu par
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soa logoui', le sieur François ; il en achète une quatrième paire pour Maiùet, sur le fonds commun ; il accepte comme un honneur la mission de donner le signal de l’attaque en lirant, le premier, ses deux coups, sur la voilure impériale. Le 5, à sept heures du soir, tous les conjurés étaient a leur poste. Les membres de la société appartenant à la cla.‘;S(' ouvriéi'e, disjiersés dans les rues et sur le boulevard ; les autres, c'est-à-dire les étudiants tels que Langardiére, Ranc, Laflize, réunis sur le grand balcon du café de ce nom, assistant, d'abord comme spectateurs à l’alteiilat qui se prépare, et tout prêts à jouer un rOlc plus actif aussitôt que l’assassinai aurait ouvert la porte à l'insurrection. Au milieu de tous ces hommes, il en est un (lui mérite une attention toute particulière, c’est le docteur Follot, amené là par Gérard, Follot, héros de la jihilosophic telle que les socialistes la comprennent ; Follot muni de sa trousse, prêt à panser les blessés, même les hommes d’ordre (dit-il avec emphase) parce que, suivant’ lui, après tout, ils appartiennent à l’humanité.
Aux abords du théâtre, d’ailleurs, la phy.sionomie des groupes est la même qu’à rilippodrome, ce sont ces mômes \ isag('s sombres et sinistres, ces allées et venues d(> queli|ues-uu.s, ces mots échangés rapidement (“t à voix basse ; ('(' sont les mêmes hommes enfin reconnus là par les ageiils qui avaient veillé aux portes de l’Hippodrome, .\ussi I admiuisiration n’hésita jnis, confirmée [lar tout ce (pi’elle \(»yait, dans les .soupçons (pi’elle avait, déjà conçus, elle fil arrêter sur la place même, uu certain noinbri' d’individus,
l.es arrestations amenèrent des aveux, et avec les aveux, la lumière, si vive, si éclatante qu’aujourd'Imi, la justice n’a plus à rechercher les coupables, mais seulement à les punir. .\près ce rapide exposé des faits généraux, et avant d’examiner successivement les charges qui pèsent sur chacun des accusés, on sait déjà quelles étaient les lendauces de leur détestable association, mais on a dù se jiréoccuiier de rechercher l'origine à laquelle elle remonte, et les niobiles qui l’ont fait momoir.
.Sur ce point, qui appartient plutôt d’ailleurs à I hisloire du jirocès qu’à la répression du crime, riuslruction en est restée, malgré de louables investigations, aux probabilités et aux invraisemblances. .Ainsi il n’est pas établi que le complot, aujourd’hui dénoncé au jury, se rattache par un lien direct aux réfugiés qui, du sein d’une nation \oisine et amie, susiiendent chaque jour, sur le monde civilisé, les ))érils d’une conspiration en permanence. Ce qui peut permetire l’affirmative en ce sens, ce sont les paroles échappées à quelques-uns des accusés : l’iin disant à un conqilice
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qu'il la condiiil à une réunion où ion. aura (Iof; nouralles (la Londres; rauLro. déclaranl en conlidence que les Sociélés oui des inlelliqencas à iélraïujar pour donner à leurs opérulions iensembla el iunilé nécessaires ; un autre s'ccrianl qu'il est inutile de rien laire savoir au colonel (lliarras, parce que le colonel Cliarras sait tout. ]il cela <|uand il est établi par des pièces signées de cet ancien ol'licier, qu’il a provoqué publiquement rarmée française à la révolte et à la trahison ! Onand il est notoire que l’cxcolonel Cliarras a quitté son ancienne résidence pour se rapprocher des frontières ! A côté et à l’appui de cette argumentation, il est impossible de passer sous silence l'inlervention momentanée du jeune Ranc, qui fut longtemps un membre actif des Sociétés secrètes et l’ami des lu'incipaux réfugiés de Londres. L’instruction surprend aussi le sieur Bastide descendant du haut rang que lui a fait la Révolution de 1848 pour prêcher la République à ces étudiants, Ranc et de Langardicre,(pi’il ne connaît pas, et qui, le chapeau sur la tète, boivent et fument en l’écoulant. Telles sont, au premier rang, les considérations ipii permettraient de rattacher le complot de Paris à une origine lointaine, à une organisation redoutable et puissante. Ce qui est du moins bien certain, c'est (pie, par leurs œuvres et ])ar leurs écrits, ces éternels ennemis de l’ordre social, ont IH'sé sur les imaginations, sur les esprits, sur les actes de.s conjurés.
'.?8" Bibault de Lanqardière, Léon-Ferdinand-Ilippolyle, né le 12 scptemljre'1831, à Paris, étudiant en médecine, rue des Ecurie.s-d’ Artois, n” 45.
Gel accusé appartient à une famille très honorable, dont plusieurs membres occupent les rangs élevés de la magistrature. Là il n’avait à recueillir que de bons exemples et de sages conseils, mais entraîné par ses instincts pervers, il a préféré s’inspirer des enseignements de la démagogie, il s’est jeté dans ce monde d’aventures, de paresse et de débauche, où les conspirateurs recrutent leurs adeptes les plus fervents. Lui-même ne tarde pas à exercer sur son entourage une 'certaine influence. Le cercle d’étudiants au milieu desquels il vivait, fumant, buvant, et conspiraint, s’appelait la bande Langardière.
Dans ce cercle, on faisait parade de l’immoralité la plus révoltante en même temps que de la haine la plus furieuse contre nos institutions. Là, les correspondances étaient à la hauteur des conversations. Il est entre autres une lettre du nommé Blagny, saisie au domicile de Langardière. Après des détails que la plume se refuse à retracer, Blagny ajoute d’un ton dégagé : « Hier, i’ai la'üli aller à la chasse
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acre Murcij-Mongc ; lu sais, le cousin de celui qui a si bien gobé la linuic. »
■JO” liane Arliiur, ik- le ’Jü dcceinbrc l8ol, à Poiliors (Vienne), étudiant en droit, rue Saint-Jacques, ii° 2'J8.
Ce qui vient d'être dit de Langardicrc dispense d'entrer dans des cxiilications développées relativement à Ranc.
Alariet et Joiroii l’on vu à l’ilippodrome le 7 juin ; le 8 juin, il prenait part à la conférence du Luxembourg où les étudiants et les ouvriers mettaient en commun leurs détestables efforts pour arriver à l'assassinat de l’Empercur. 11 assiste à la plupart des réunions qui ont suivi celle du 8 juin et qui se tenaient successivement dans le jardin du Luxembourg et dans les cafés du voisinage.
Le 5 juillet, il est reconnu au grand balcon par .Mariet, Joiron et Martin. Les papiers saisis chez lui Irabissent l’exaltai ion de scs principes. Tout, en un mot, concourt à démontrer la culpabilité de Ranc, malgré le silence (lu'il oppose à l’accusation.
En conséquence, les nommés Ril)ault de Langaialiére, Ranc, Lnflize sont accusés d’avoir, en l85o, concerté et arreté une résolution d’agir ayant pour but : 1” de commettre un attentat conli'e la vie de l’Empereur ; 2” d(' déiruire, <ni (le clianger le Gouvernemenl, la(|uelle résolution a été suivie d’acles commis pour en préparer rexécution. Crimes prévus par les articles 8G, 87 et 8'J du Code pénal et la loi du 10 juin 1853.
Lait au panjiiet de la Cour iuqiéi’iale de Paris, le huit octobre mil huit cent cinquante-trois.
Le Procureur général.
Signé : Rüul.\m).
Un ne put rclc\cr aucune cliargc ceiilre liane, (pii lui actptillc. Mais un le rclini eu prison pour être al'lilié à (Jes sociétés secrètes, liane juissa celle année à Sainlc-Pélagie.
Il continua ses éludes et reprit les travaux littéraires qui 1 aidaient à \ i\ re. 11 collabora au Diclionnaire de Géoçjrapinc de Besclierellc dont il dirigea ensuile la rédaction. Il travailla a\ec Cliallcincl- Lacour et Spuller à diverses encyclopédies et commença son élude sur Graceluis Babcul'.
Partois, il reçut la visite de quelques amis, ainsi que l’atteste ce billet de Vallès.
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Cher ami,
Nadar, Caslagnary, Allain-Targé cl moi irons le voir demain à Mazas el l’apporterons les derniers écrits de Proiidlion.
Jules Vallès.
C’esL l’iLalien Pasqualini qüi avait dénoncé Ranc comme affllié à une société secrète.
Accusé par ce faux témoin de vouloir attenter à la vie de l’Empereur, Ranc fut une seconde fois mis en jugement et celte fois-ci condamné par le Tribunal de première instance de la Seine :
Le Tribunal, après avoir délibéré conformément à la loi, atlcndu que l’instruction, les débats et les aveux de plusieurs des prévenus ont fait connaître l'existence de trois Sociétés secrètes, celle des Deux-Cents, celle dite le Cordon Sanitaire et celle des Ecoles, ainsi que la fusion, la réunion do ces trois Sociétés en une seule. Attendu ipie les mêmes documents ont révélé que le but de la Société, ou plutôt de cette Société devenue unique et dont tousles membres ne, paraissent pas avoir été unanimes, quant au moyen d’exécution, était certainement et sans aucun doute le renversement du gouvernement au moyen d’attentat soit contre la vie de l’Empereur, soit au moins contre la liberté.
Attendu ([ue l’existence de ces Sociétés et leurs moyens d’action se sont fait connaître par la tentative d’exécution du complot déjà appréciée par la Cour d’assises, par l’assistance et la participation de nombreux conciliabules, par la présence avec ou sans armes, par la propagande égarée à l'aide de publications de nature à exciter et fomenter des mouvements insurrectionnels, par dc.s souscriptions destinées à subvenir aux dépenses communes, enlin par des distributions d’argent.
Attendu que la tentative d’assassinat de l'Empereur, la part et la clistribution des armes, leur, achat, la fabrication des canons, ont été la manifestation matérielle et violente de l’existence de ces Sociétés ; comme les acquisitions, la détention et l’usage d’imprimeries lithographiques et autres, ou ustensiles destinés à exercer une influence coupable sur les esprits, et à faire une propagande dangereuse.