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Mon cher Hanc,
Dans le dernier numéro du Nain Jaune, lu parles du traité du Commerce et tu en fais l’hisloire. Tu es incomplet. Pourquoi ne dis-tu pas qué M. C. ayant essayé de corrompre un ministre prussien pour obtenir un traité avec la Prusse, pour faciliter celui de la France, a reçu l’ordre de sortir du royaume dans les vingt-quatre heures. Il fut plus heureux en France. Sur les 40 millions que le commerce de Manchester avait mis à sa disposition, il en a distribué 22, dont 8 à M. Routier. Le reste aux très honnêtes de
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l’eniourage : Morny, Fleury, Baroche, etc. Jean Dollfus lui, fut gagné par une promesse d’exception. En effet, les toiles peintes sont protégées plus que les fils et les tissus. D’autres reçurent (les bribes et le traité fut emporté plutôt malgré l’Empereur, reconnaissons-le, que d’après ses idées. Aujoiird’bui, c’est lui qui fournit les renseignements et les armes aux professionnistes qu’il fait battre contre son ministère.
M. Cobden a donné une justification imprimée de ses dépenses. 11 en existe quelques exemplaires en France. Je puis t’en adresser.
Dis donc Banc, on se souvient toujours, n’estce pas, des amis qu’on a connus quand on avait ses dix-huit ans, nous pouvons nous blaguer, nous ne nous oublierons pas. Ecris-moi si je puis envoyer des « Saltimbanques » au Figaro avec l’espoir qu’ils passeront tout de suite. Demandele à Ducbesne, à qui j’ai écrit et qui né m’a pas répondu. Je ne l’en estime pas moins, sinon plus, mais toi, réponds-moi pour lui, donne-moi quelques nouvelles.
Ton ami gros, gras, joyeux,
Jules Vallès.
Adresse : Jules Pascal, 26 Oueen’s road Bayswater.
Langres, 2 novembre 1865.
Mon cher ami, '
Je suis arrivé d’hier seulement à Langres, dans
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la maison do mon froir, où j’ai Irotivé voire lel- Ire. Ouelqufi grand (|iie soil le désir (jne j’ai de reloiirner au ])liis UM à Paris, il me sera diflicile de partir d’ici avant lundi, cl je ne serai par consé(pient auprès de vous (pie maiali malin. Penl- 'êlre comprendrez-vous tpie mon frère licnne à me garder auprès de lui |)cndaul cinq jours palan, ])uis(jiie voire amitié pour moi vous fait me réclamei" aj)rès une aussi courte absence. Si par hasard et malgré les termes très peu explicites dont vous vous servez, ma présence là-bas devenait plus rigoureusement nécessaire, je vous serai oliligé de me rendre le service de faire traîner les choses en longueur jusqu’à mon retour qu’il me ])araît bien diflicile d’avancer même d’un seul joui-. Mais voli-e letlre, jiar sa forme brève’, me rassure et je vois bien ([ue l’on n’a jias de moi un besoin tel (jue je doive cbangei' rien amv disjmsitions (jiie j’ai prises.
Ouant à raffaire de M. Hugo Willmann, veuillez, s’il vous ])laît, faire savoir à (pii de di-oit que la combinaison me va et (pie je ferai tout ce que l’on ])eut attendre de moi, ainsi (jii’il avait déjà été dit entre nous avant mon départ.
Je passe ici les journées les mieux remplies qu’il y ait et je dirai plus, les plus nécessaires pour moi. Je ne vois pas d’enseignement meilleur ([lie celui que je reçois ici, il faut bien de temps en temps se retremper.
J’ai lu ce matin les deux articles de Sainte- Beuve sur P. J. Proiidbon. \'ous penserez de moi ce (pie vous voudrez, mon ami, mais j’ai été ému aux larmes. J’ai gardé de cette lecture un sentiment d’indélînissalile ti'istesse et de regrets.
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Quel homme nous avons perdu !
Sainte-Beuve vient de faire-là une grande et belle chose, comme cela est utile, excellent ! Vous ne pouvez vous douter de ma satisfaction ! Dites qu’il a loué Proudhon comme il le mérite.
Présentez mes amitiés à tous les nôtres et croyez-moi, mon cher Ranc, votre sincèrement affectionné.
E. Spullf.r.
Bucharest (Roumanie), 11 juillet 1808.
Je me hâte de profiter d’un instant de repos pour vous écrire d’ici, avant de nous remettre en route pour Constantinople. Notre voyage s’ést poursuivi jusqu’à présent dans les conditions les plus favorables. Tout nous a réussi, le temps, les pays et les hommes. J’excepte cependant notre dernière journée de Belgrade (lundi) et notre voyage du Danube à Bucharest (mercredi). Nous avons eu la pluie, et quelle pluie ! Des torrents d’eau toute la journée, avec du tonnerre, des éclairs et tous les ennuis que cela donne. A part cela, point d’autres inconvénients, le long de la routé, ni trop chaud, ni trop froid, bons gîtes et santé parfaite.
Les pays que nous avons traversés sont vraiment merveilleux. Et puis quelle diversité ! Rien ne se paraît ressembler ici. Bucharest est aussi différent de Belgrade que Pesth l’est de Vienne.
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Laquelle de ces trois ou quatre villes nous a donné plus de plaisir à voir ? Ce serait assez difficile à vous bien expliquer. A Vienne, nous ne sommes restés qu’un jour, à Pesth pas davantage. Mais nous sommes convaincus qu’en y restant plus longtemps, on doit certainement trouver le moyen de s’y plaire. Une certaine soirée au Prater de Vienne, tout innocente qu’elle ait été, nous a, sur ce point, fixé les idées. À Belgrade où nous avons passé trois jours francs, autre chose, autre spectacle. La ville était tout en l’air à cause de la réunion de l’Assemblée Nationale serbe, de l’arrivée du milieu local et du couronnement du nouveau prince. Nous avons vu tout cela. L’Assemblée en plein air, avec des députés campés sous des tentés de toile ou de feuillage, où ils faisaient eux-mêmes leur cuisine, nous a fort charmés. Ce n’est pas l’enthousiasme qui manquait. Quand le jeune collégien devenu subitement prince passait, des cris s’élevaient dans les airs, et ma foi ! très perçants et quelque peu sauvages. Comment en aurait-il été autrement avec une population comme celle que nous avions sous les yeux. Imaginez réunis sur la grande place, sur un champ de foire pour mieux dire, tous les heiduques, tous les plepbles de nos poètes romantiques : des hommes grands, forts, avec des figures rébarbatives, des yeux perçants, des sarraux de toile, des ceintures éclatantes, des pistolets, des sabres, des poignards, des carabines et des fusillades toutes les dix minutes. C’est fort comique, je vous assure. Et les amateurs de couleur locale ont perdu un beau sjiectacle. Pour ce qui est du couronnement, je
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ne vous en dii'ais rien, car vous (levez Irî's facilement vous le figurer, si je n’avais à vous montrer que le diacre qui assistait l’évêque métropolitain de Belgrade ressemlflait à s’y méprendre à Catulle Mendès et le Métropolite lui-même à F. Pasdéloup des coucerts populaires, coiffé par hasard d’une mîlre grecque. Pendant toute la messe qui a été longuette, je n’ai pu chasser celle double re’ssemhlance de devant mes yeux. Jugez de mon recueillement. J’ai constaté d’ailleurs avec plaisir (jue ces bons Serbes, qui, par instants, chantaient à gorge déployée les cantiques en l’honneur du « Knias », étaient fort peu dévots ; on riait, on causait, on se poussait à la cathédrale de Belgrade, comme on peut faire chez nous à Notre-Dame, les jours de cérémonies semblables.
Je devrais peut-être vous faire un petit abrégé des pays que nous avons parcourus. Mais vous diriez que les descriptions ne sont pas mon fait et que j’aurais mieux agi en les laissant là. Cependant, il ne faut pas que vous ignoriez plus longtemps que le Danube est une magnifique chose', que c’est un fleuve qui a près de sept cents lieues de parcours et qui reçoit près de cent treize fleuves, rivières et cours d’eau avant de se jeter dans la Mer Noire. La vérité est qu’on est fort à son aise sur les bateaux à vapeur de la prebiière Compagnie impériale et royale privilégiée de navigation à vapeur sur le Danube, on y mange bien, la bière est de premier choix.
Maintenant, parlons des hommes, si vous voulez bien. Je sais, mon cher ami, que vous ne
sous l’umpirf.
croyez pas aux questions- extérieures; pour vous, il n’y a pas de politique étrangère. Que vous dirai-je donc ? que nous avons vu des pays extrêmement agités, la Roumanie aussi bien que la Serbie, par les changements auxquels a donné lieu le meurtre du prince Michel. Vous dites tout de suite que nous n’avons rien compris à tout cela. C’est possible et même probable si vous voulez. Mais ce n’est pas la politique serbe ou roumaine que nous sommes venus étudier ici, c’est notre propre politique extérieure. Elle n’est pas belle, tant s’en faul, ni trop habile. Le fond de la politique, ici comme ailleurs, vous vous en doutez bien, c’est le mouvement de 1848. Ici, ils sont rentrés dans le courant de cette époque, et nous, nous sommes encore à côlé ; voilà tout ce qui fait (ju’il est difficile de se bien entendre.
Nous avons eu des conversations avec plus de gens (pie vous ne sauriez croire. C'est à nous ((u’il appartiendra d’en tirer prolil. Vous nous raillerez,, j’en suis sûr. Mais moi du moins, j’ai bonne patience. Nous comptons nous en aller d’ici avec des idées jilus ouvertes sur un plus grand nombre de choses. N’est-ce pas un assez grand avantage ?
Votre lettre d’introduction a été la bienvenue, et je suis enchanté de l’avoir eue dans inon portefeuille, sans cela nous n’entendions (pi’une cloche, et qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son. Cràce à vous, nous aurons pu voir et entendre tout. Mais les partis sont si divisés ici (pie nous avons jugé politique et digne tout ensemble de nous partager les partis. Je n’ai vu ici que les personnes auprès desquelles vous
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Jii'avez introduit, et je n’ai pas voulu voir les autres. L’accueil que j’ai reçu a été très cordial, après une heure et demie de conversalion au ministère, nous avons eu, dans la soirée, une autre occasion de nous revoir et nous causer : J’ai dîné avec le ministre et sa famille. Tout cela très simplement avec une bonne grâce parfaite, et une nuance de démocratie révolutionnaire très habilement et très finement marquée. Je suis ravi et je pars aussi content qu’on peut l’être.
' Mardi, nous serons à Constantinople. Vous seriez bien gentil, si vous pouviez surmonter votre paresse naturelle à écrire’, et si vous m’envoyiez un bout de lettre poste restante. N’y manquez pas, je vous prie, et parléz-moi de ce que vous faites, du Réveil, notamment. Je vous prie de dire mille choses à tout le monde ; à chaque instant, à part moi, je fais des remarques bizarres qui vous amuseraient fort, du moins à ce que je me figure. Je vous en ferai part à riion retour.
Adieu, mon cher ami, je vous aime et je vous embrasse.
E. Spuller.
Lorsqu’on 1867, parut la préface de Cadio publiée par George Sancl dans la Revue des Deux-Mondes, il était parlé de l’insurrection de 1848. Ranc avait écrit au Nain Jaune cinquante lignes, où il blâmait les bommes qui quémandent ou acceptent une décoration pour services rendus pendant la guerre civile.
« Il me semble voir, avait écrit Ranc, à la boutonnière des décorés de Juin, une éclaboussure du sang des fusillés. »
sous L EMUIHE
Cet, te niélapliorc lui valut de comparaître devant la Chambre avec Castagnary, rédacteur en chef du Nain Jaune, co-accusé. L’avocat de Ranc, Durier, rappela que Chateaubriand, lui aussi, avait été poursuivi pour avoir fait l’apologie de la guerre civile.
— • Alors, dit le Président, vous comparez votre client à Chateaubriand ?
— Non, monsieur le Président, répondit Durier, pas plus que je ne vous compare au président Séguier, à qui nous devons cette belle maxime : « La Cour rend des arrêts et non pas des services ».
.\ cette réponse, hilarité générale et murmures d’approbation. Ranc frémit et dit à Castagnary : « Nous allons payer cher cette phrase de Durier ! » Pourtant, malgré des considérants féroces, ils eurent tous deux la surprise d’un jugement relativement doux ; quatre mois de ju'isou.
— A peine le temps de s’installer, dit Raiic à Caslagnary.
De celte épo(pic date riiitéressaiile lettre (jue voici :
Mon cher Ranc, 1
Voilà de.s semaines qui s’écoulent sans que je montré ni pied ni pâlie à Sainlc-Pélagie. Je suis libre le mardi du matin au soir mais, ce jour-là, m’a dit Arnould, est votre joui- personnel. Nous nous sommes mis en route [)Our aller vous serrer la main, Arnould et moi, et nous sommés par deux fois partis trop lard. Je vous souhaite bon jour et bon an et en même temps, vous prie de m’excuser.
\’ous me réverrez bientôt et si vous n’avez poini parlé en riant de ce drame futur, nous en
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recauserons sérieusement. Cette plaisanterie peut aboutir à un résultat.
La température vous venge de Delesvault.
Nous sommes aussi prisonniers, pour peu que nous craignions le froid. Voilà une consolation inattendue.
Croyez-moi cordialement à vous,
Jules Clareïie.
Uauc a publié, dans le Journal de Paris, toute une série de revues dramatiques. En voici une (1) qui permettra an lecteur de constater que le critique demeure toujours le polémiste ;