‹ Souvenirs -- correspondance, 1831-1908Chapitre 25 sur 60 · L. A KEI'UBLIQUE FRANÇAISE 16, rue du Croissant · texte numérisé non relu

L. A KEI'UBLIQUE FRANÇAISE 16, rue du Croissant

Rédaction

Paris, le 22 août 1873.

Je ne saurais insister trop vivement auprès de vous pour vous décider à nous écrire le plus souvent possible. Jusqu’à présent, par une rare bonne l'ortune, nous n’avons pas cessé d’être en {larlait accord sur la manière de voir et comprendre les événements. Votre article en lorme de dialogue aurait été lait à Paris qu’il n'aurait pas mieu-x traduit nos propres impressions. C’est bien ainsi que nous apprécions l’étrange démarche dn comte de Paris à Frobsdorf. Elle est absolument inexplicable en dehors de la thèse (|ue vous avez exposée et qui nous semble la seule vraie. Cet article d’ailleurs a répondu à un sentiment qui commençait à se faire jour dans le l>arti légitimiste. On soupçonnait le piège que vous avez éventé. 11 est certain aujourd’hui qu’il y a un accroc à la fusion. La lettre écrite à iEtoile belge est remarquable par son ambiguïté. Evidemment, les princes cherchent à carreau ; à Erobsdorf même, on leur tient la dragée haute, car il paraît à peu près positif (pic le comte de Chambord entend ne point capituler sur le drapeau blanc, et se réserve d’octroyer la Charte. 1ms jilns grands efforts seront tentés, on doute (ju’ils réussissent. Ce (pie l’on se projiose, c’est de faire le siège en règle du Roi et de le contraindre à forcé de [irotestations et de manifes-

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talions de respect extérieur. Vous semblez croire qu’il est possible qu’à la lin, il cède sous l’empire des suggestions de Rome et des Jésuites. Vous faites bien de le dire, et de porter vos défiances, qui sont les nôtres, à la connaissance du public, car la vigilance nous est strictement commandée. Mais je dois vous dire que nous avons ici des raisons sérieuses de croire à l’exactitude des renseignements fournis par le Soir, par l’Opinion Nationale, que nous avons reproduits dans la République de ce matin. Il paraît positif que des dissentiments sérieux ont éclaté dans le camp füsionniste. Les survivants dé 1830 ne veulent point se rendre. On parle d’un manifeste de Cuvillier-Fleury qui devait paraître dans le Journal des Débals et qui se trouve ajourné par le pétard de John Lemoinne, d’une lettre de Léon Say à son beau-frère Bapst pour désavouer ce malencontreux article ; cette double manifestation inquiète les meneurs fusionnistes qu’elle découragerait dans leurs tentatives de séduction sur le centre gauche.

Jusqu’à présent, le groupe parlementaire n’a pu être entamé. Les fusionnistes n’ont recueilli que deux cent. soixante-cinq signatures. On négociait avec Frohsdorf justement pour reprendre avec quelque succès la campagne des signatures au cas où il aurait été possible d’annoncer des concessions positives. Mais le Prince est inébranlable. A demain d’autres détails.

Je vous embrasse.

Léon G-winETTA.

Lr:TTnF.s df OAMnr.TTA a fanc

Paris, 2)0 aonl.

Mon clicr ami,

]2exccllcnl arlicle ([uo vous avez envoyé au sujet (le rEmbauchagc des ju'ofesseurs de l’Élal j)ar les jésuites, pour le service des universités catholiques, nous avait l’ail croire ({ue vous nous prêteriez voire concours dans la campagne si nécessaire que nous avons ouverte contre le cléricalisme, où nous sommes suivis par toute la presse républicaine, où nous sommes applaudis par tout ce qui est patriote, libéral et sensé dans le ])ays.

\'ous ne nous avez plus rien envoyé.

i\ous avons be.soin do vous et tous les jours. Les incidents ne manquent pas et les doctrines (pi’il s’agit de combattre vous sont connues. Mettez-vous donc en mesure de nous donner un vigoureux coup de main. Nous sommes décidés, ainsi que nous l’avons écrit ce matin, à ne pas reculer. Nous irons jusqu’au but.

Je vous envoie une lettré (pie je reçois et qui se rapporte à ce que vous avez déjà écrit. Vous pourrez en tirer parti. Jus(iu’à présent les professeurs de l’Ktat se tiennent bien, mais combien de temps tiendront-ils? \’ous verrez (pi’à cet égard notre correspondant partage vos appréhensions.

Multipliez vos communications.

L’affaire Naquet ne vous touche sans doute pas plus (pie nous-mêmes. Je regarde les choses et les gens de fort près. Je né vois pas (pi’il y ail de ce ci'ilé aucun péril ; les vraies difficultés.

RANG

\()us le savez, sont, d’ailleurs clans les questions extérieures, dans le cléricalisme, qui, un beau matin, peut se taire Césariste, si le César met la France sous les pieds des Jésuites.

A vous,

Léon Gambetta.

Paris, 15 décembre 1874.

Mon cher ami.

Nous n’avons pas d’autres documents que ceux que nous publions. Encore les prenons-nous souvent dans l’Indépendance Belge qui nous paraît, jusqu’à présent, avoir donné les meilleurés traductions. Sous ce rapport, vous êtes aussi bien placé que nous pour nous fournir les explications que je vous demande.

Il s’agit, en effet, dans une série d’articles, de mettre en lumière tout ce qu’il y a d’intéressant dans les révélations diplomatiques du procès. 11 faut que le public n’en perde rien, et pour cela il importe, comme nous avons fait, comme vous avez fait tout le premier et le mieux pour les enquêtes, de lui mâcher la besogne.

Il y a de tout dans ces pièces. Comme l’on dit ici, chacun y a son paquet. Ne craignez pas de régler à chacun son compte. La réaction tire parti contre la République de ce que M. de Bismarck a dit du rétablissement de la monarchie, qui donnerait seule à la France des alliés, mais que ne dit-il pas des bonapartistes ? des princes d’Orléans? de nous-mêmes? M. de Bismarck vient d’étonner l’Europe par sa hardiesse. Il ne faut

LETTRES DE GAMBETTA A BANC

pas reculer avec un tel homme. Tirons les conséquences de ses révélai ions. Pas une des dépêches, pas un des ra[)porls n’a été publié sans une' intention qu’il s’agit de découvrir.

Autre chose. 11 est assez évident aujourd’hui que M. d’Arnim est un homme d’une rare médiocrité, il faudra le prouver ; un homme prompt à se laisser emporter, on peut l’établir ; un ambassadeur mal informé, rien de plus facile à montrer, quand ce ne serait que par un commentaire sur les correspondances allemandes et les relations qu’on prétend exister entre nous et les représentants des journaux. Que de fables ! que de hâbleries ! on dirait lire des notes de police ; quoi de moins sûr. Et c’est cela de la diplomatie.

Il conviendra aussi de porter un jugement sur les jugements de M. de Bismarck. Il y en a qui ne sont pas dignes de la perspicacité, ni de la haute intelligence qu’on lui prête, que de banalités ! Somme toute', quelle ignorance de la France !

Voilà tout ce que je puis vous dire fort à la hâte. En ces matières, laissez-vous guider par votre instinct politique, vous no vous tromperez guère, et d’ailleurs nous reviserons le tout. Ce qui est à considérer, c’est le coup d’éclat que M. de Bismarck a voulu frapper. Pourquoi ? Dans quel but? Faites-nous sur ce point une opinion? Personnellement, je pense qu’il a cédé à l’un de ces accès de jactance germanique qui le portent à livrer son ennemi à la risée, au décri, au mépris du monde. Napoléon P'' faisait ainsi. Souvenez-vous qu’il se plaisait à faire insérer au Moniteur tout ce qu’il jugeait de nature à rabaisser ses

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adversaires. Mais nous avons le Icmps d’examiner cela plus à loisir. Ce sera, si vous le voulez bien, votre dernier article.

Les deux articles qui ont déjà paru sont en effet ternes et sans grandes vues. Mais vous avez dû comprendre que je n’en étais pas responsable.

J’ai vu votre père aujourd’hui même. Tout va bien chez vous..

Ah ! il y a aussi la campagne cléricale. Lisez le bel article de notre ami Allain-Targé sur les amendements de MM. Cbesnclong et autres. Revenez là-des,‘^us. Il y a de quoi faire vingt entrefilets.

Mille choses,

Léon Gambetta.

Paris, le 16 décembre 1874.

Mon cher ami.

Je reviens sur les documents d’Arnim. Plus je les lis et relis, plus je trouve qu’il y a un grand parti à en tirer.

Vous avez, dites-vous, le Journal des Débats ; mon opinion est que la France a beaucoup à se louer de la manière dont le Journal des Débats a pris la question. C’est à la fois digne, intelligent et patriote. Son article de ce matin m’a paru tout à fait hors de pair. Vous y reconnaîtrez que les Débats ne sont pas éloignés dé mes propres sentiments. Voilà donc cette Allemagne, cette Prusse tant vantée ! Je le répète : Si M. de Bismarck ne connaît la France que par des rapports diplomatiques du genre de ceux de M. d’Arnim,

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