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filai clans cl conire fifitat. Alors, mais seulemenl alors, une discussion utile pourra s’engager, cjui constiluera en même temps une enquête solennelle sur les dispositions du pays. Et si, a la ■ suite de cette discussion complète, approfondie, ' la question n’est pas encore résolue comme pour mon compte je le souhaiterais, au moins aura-telle fait un grand pas.
Mes chers concitoyens, dans les nombreux réquisitoires qu’on dresse contre la majorité de la Chambre, dans le pilori de Vlnlrwisigeanl, comme dans le tableau des votes dressé par le journal de M. Clemenceau, après nous avoir reproché d’avoir volé le budget des Cultes, on nous accuse d’être des ennemis du suffrage universel. Pourquoi? Parce que nous n’avons pas accepté le suffrage universel direct pour l’élection des sénateurs. En ce qui me concerne, je j)ourrais me borner à répondre que mes votes ont été conformes à mon programme et à mon mandat. En effet, et vous pouvez vous en souvenii', dans mon programme, je demandais la révision portant sur la suppression des inamovibles et la réforme de la loi électorale du Sénat dans le sens de la proportionnalité du nombre des électeurs au chiffre de la population dés communes. Cela a été obtenu grâce à l’union entre le Ministère et les deux Chambres, et ceux qui font fi de ces réformés modestes oublient qu’elles étaient réclamées par la grande majorité des programmes de 1881, et que, d’ailleurs, c’est grâce cà la loi nouvelle (jue dans les dernières élections du Sénat la République a gagné près de trente sièges. Les réactionnaires ne s’y trompent pas, et c’est
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à la révision, à celle révision qu’on qualifie de dérisoire, qu’ils allribuenl leur dernière défaite.
Pourquoi mainlenanl beaucoup de nos amis, partisans de l’élection du Sénat par le suffrage universel, l’ont-ils cependant repoussée ? pourquoi quelques-uns même sont-ils revenus sur leur premier' vote ? Simplement parce qu’il fallait aboutir, parce que si l’on avait persisté, l’ensemble de la loi eut été rejeté, et les élections du Sénat auraient été faites avec l’ancienne loi. C’était quinze départements au moins dont la représentation sénatoriale restait réactionnaire. Après de longs débats et de' longs pourparlers, le Sénat a cédé sur les inamovibles, la majorité républicaine est revenue sur son vote relatif au suffrage universel. On a transigé et on a abouti. Voyez-vous, n’en déplaise aux intransigeants, aux partisans « du tout ou rien », la politique vit et vivra toujours de transactions.
Que si vous voulez à présent que je m’explique sur le principe, je vous dirai que je ne saurais assez m’étonner de voir des adversaires du Sénat, des partisans d’une Chambre unique réclamer pour les deux Chambres l’unité d’origine. Lorsque la question fut soulevée au Congrès de Versailles, un député de rextrême-gauche, M. Sigismond Lacroix, s’en est expliqué en ces termes dans son journal : <t Comment, pourquoi attaquerez-vous le Sénat, une fois que son origine sera la même que celle de la Chambre ? Sur quoi s’appuyera M. Madier de Montjau pour conduire la Chambre à l’assaut du Sénat, quand le Sénat sera l’émanation du suffrage universel ? Mais accepter cela, c’ést renoncer et pour tou-
jours à réclamer l’imité du pouvoir législatif ! »
Rien de plus juste et je ne sais pas trop ce qu’on peut répondre à cette argumentation. Mais moi qui me place à un point de vue opposé, moi qui, éclairé par l’expérience, suis profondément convaincu de la nécessité d’une seconde Chambre, d’une Chambre d’appel et de contrôle, je n’ai aucune objection à faire contre l’élection du Sénat par le suffrage universel direct. Le système actuel, l’élection par des délégués, c’està-dire par le suffrage universel à plusieurs degrés, a rendu de grands services en faisant pénétrer la politique, le souci des intérêts généraux, dans les plus petites communes. Mais peut-être ce système a-t-il donné tout ce qu’il pouvait donner, et si un courant d’opinion se prononce dans le pays pour le suffrage universel direct, je le voterai.
Mais pour cela, comme la loi électorale du Sénat ne fait plus partie des lois constitutionnelles, il n’est besoin ni de révision, ni de Congrès. Quant à une révision nouvelle, à moins de circonstances qu’on ne peut prévoir, je vous déclare que je m’y opposerai énergiquement jusqu’à la fin de la prochaine législature'. Alors et avant que la Chambre ne se sépare, on verra. Je trouve inutile, je trouve' dangereux de remettre périodiquement en question l’organisation des pouvoirs publics. Vous connaissez l’article C du programme intransigeant, accepté par tous les comités qui s’intitulent radicaux-socialistes, aussi bien par le Comité Maujan que par le Comité CTemenceau. Cet article fait table rase des inslilutions existantes ; il supprime la pré-
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sidetice de la République, il supprime le Sénal, il supprime même un peu les ministres, le tout au moyen d’une révision par une Assemblée Constituante. Mais comment l’obtenir, cette Constituante ? Le plan est connu. Au mois de décembre prochain, les deux Chambres se réuniront à Versailles pour l’élection du Président de la République. Légalement et constitutionnellement, elles ne seront qu’un corps électoral. Oui, mais, profitant de l’occasion, on proposera au Congrès de se déclarer souverain et, passant outre à la Constitution, de décréter la convocation d’une Assemblée constituante. Remarquez que les partisans de la révision immédiate par une Constituante n’ont pas d’autre moyen de l’obtenir, puisque le Sénat consulté séparément n’y consentirait jamais.
Me's chers concitoyens, je vous le demande, n’est-ce pas une folie que de penser à lancer la France dans une pareille aventure, à la jeter, à peine sortie de l’agitation électorale, dans une agitation nouvelle dont personne ne pourrait prédire la gravité ni la durée et qu’on exploiterait contre la République ? Est-ce possible qu’on songe à créer de toutes pièces, en pleine tranquillité, un état révolutionnaire et qu’on remette en question, après quinze ans de République, la forme même du gouvernement. Car nul ne pourrait empêcher les partis hostiles à déployer leur drapeau, et c’est bien la République qui serait mise aux voix. Oui, je vous le demande encore, y a-til un commerçant, un industriel, un travailleur, un homme de bon sens qui puisse accepter la perspective d’une pareille crise ?
Il me semble, mes chers concitoyens, que le pays nous demande autre chose que des discussions stériles, que des agitations vaines, que des querelles parlementaires et des rivalités de portefeuille. Il y a l’armée nationale à organiser sur des hases définitives, il y a l’impôt à rétablir plus équitablement, notre système judiciaire et administratif à réformer, à simplifier, il y a toutes CCS réformes économiques et sociales, intéressant lé travail, qui sont énumérées dans notre programme de l’Alliance républicaine. N’est-cc pas assez et n’y a-t-il pas là de quoi occuper une législature ?
Je viens de parler des réformes intéressant le travail et les travailleurs. La Chambre qui vient de se séparer, on l’oublie trop, a fait beaucoup dans ce sens. La loi sur les syndicats professionnels — arrachée aux hésitations du Sénat par notre ami Tolain et par M. Waldeck-Rousseau, qui est beaucoup plus démocrate, beaucoup plus socialiste que bien dés intransigeants de ma connaissance, — • la loi sur les heures de travail, sur les livrets d’ouvriers, sur les agents commissionnés des chemins de fér et sur les ouvriers mineurs, sur la responsabilité en matière d’accidents, sur les caisses de retraite et les Sociétés de secours mutuels, toutes ces lois définitivement votées ou préparées ont marqué la voie où la nouvelle majorité n’aura qu’à marcher.
Cette nouvelle majorité, je souhaite qu’elle soit homogène, unie', qu’elle rompe avec la politique des groupes, qu’elle oublie nos divisions, qu’elle fasse litière des dissentiments, des haines, des rancunes du passé. Et, que ceci soit en pas-
sanl une réponse à ceux qui prétendent que nous rêvons une revanche du 30 mars, nul homme plus que M. Henri Brisson, précisément parce qu’il a été étranger à nos querelles, ne me semble propre, par sa présence aux affaires, à faciliter cette œuvré d’apaisement et de concorde.
Enfin, mes chers concitoyens, et c’est par là que je termine, on a parlé beaucoup dans ces derniers temps du péril de gauche et du péril de droite. Eh bien, si la nouvelle majorité, tout en étant pénétrée de l’esprit de gouvernement, veut aller à gauche, résolument à gauche, ce n’est pas moi qui m’en plaindrai.
De 1885 à 1889, c’est la longue et grave crise de croissance qu’après quinze années d’existence' la République va traverser, c’est la réaction encouragée par des succès inespérés aux élections législatives; ce sont les luttes âpres, les déchirements funestes entre radicaux et opportunistes sur l’application du vieux programme républicain ; c’est la campagne équivoque en faveur de la révision de la Constitution ; c’est la critique néfaste de la politique coloniale inaugurée par Jules Ferry ; c’est l’effort fait par les partis monarchiques et conservateurs pour triompher par la division des républicains. Et puis après la chute de Grévy, voilà l’élection de Carnot à la présidence de la République et aussitôt la funeste politique de ralliement. Le peuple, qui menaçait d’entrer à l’Élysée si le « Tonîvinois » y était installé, allait bientôt chercher à y pénétrer à la suite du général Boulanger. C’est alors la préparation de la dictature militaire par les démagogues révolutionnaires et les cléricaux réactionnaires.
Dans cette crise dangereuse, Ranc intervint, inlassable, chaque jour.
Des articles publiés par lui à ce moment, voici quelques feuillets qui évoquent les luttes intenses, les batailles engagées, les combats livrés, les victoires... et aussi hélas, parfois les défaites.