‹ Souvenirs -- correspondance, 1831-1908Chapitre 42 sur 60 · MS · texte numérisé non relu

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de Chartres, rayé comme son oncle des contrôles de l’armée, le laisse partir seul, on jugera que son attitude est très piteuse. Si le mois prochain, il lance à son tour son pétard, il sera tout simplement ridicule. Ces pétards-là, faits de poudre mouillée, ont un nom expressif dans le langage des enfants.

Les monarchistes se plaisent à dire que la République a commis une grosse faute en décrétant des mesures de précaution contre les prétendants. Il y a même de par la France, deux ou trois douzaines de républicains qui sont de cet avis. Ce que je sais bien, moi, c’est que messieurs les princes nous ont rendu et nous rendent encore un service capital. Ils nous prêchent l’union, ils nous en font comprendre la nécessité.

Ils n’ont qu’à étendre le doigt pour qu’une majorifé républicaine, dans la Chambre et dans le pays, se dresse contre eux, compacte et résolue. i Je leur en dis grand merci. Il y a quelques se- I maines, la majorité tout entière applaudissait M. de Freycinet, à qui un membre de la Droite avait eu l’imprudence de rappeler les souvenirs de la Défense Nationale. Hier, l’extrême gauche s’associait aux paroles de Clovis Hugues rendant à Gambetta un témoignage qui sera confirmé par l’histoire' et par la postérité.

Oui, en dépit des apparences, l’union se fera, elle se fait déjà dans le parti républicain qui est l’immense majorité de la France. Le pays veut et rien ne prévaudra contre sa volonté. Demandez donc à cette foule qui se pressé enthousiaste sur le passage des soldats du Tonkin, si elle n’est pas lasse des divisions, des violences, des

récriminations, des injures adressées par des républicains à des républicains ? Ce n’est pas seulement le courage des soldats cju’elle acclame. Ce peuple comprend qu’une grande œuvre a été accomplie et qu’en la poursuivant la France a été digne d’elle-méme ; il comprend que 'la République a accru le patrimoine national, qu’elle n’a ])as conquis que des territoires, mais aussi de la gloire et de l’honneur. Oui, en voyant passer les soldats du Tonkin, le peuple de Paris a senti se réveiller en lui des sentiments de justice.

Je plains les journaux qui dans ces entraînements populaires n’ont trouvé qu’un prétexte à adresser des injures démodées à des hommes tombés du pouvoir, à la majorité qui les a soutenus. Il faudrait abandonner ces armes mauvaises aux ennemis de la République, il faudrait leur laisser exploiter la politique d'aventures !

L’aventure au moins a bien fini, puisque nul maintenant ne songe à renoncer aux résultats acquis. Combien sont-ils aujourd’hui, les hommes politiques, dans le Parlement, dans la Chambre, qui blâmeraient publiquement l’occupation de la Tunisie ? Combien sont-ils qui oseraient proposer l’évacuation du Tonkin?

Oui donc, maintenant dans une discussion sérieuse, loyale, sans parti pris, parlerait de folies, d’aventures criminelles et sans fin, où le ministère Ferry se serait volontairement et systématiquement engagé, et où il aurait à sa suite engagé la majorité républicaine ?

Quiconque relira de sang froid cette douloureuse histoire, reconnaîtra au contraire que ce gouvernement si calomnié a tout fait pour limiter

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noire action au slricl nécessaire, pour en arriver le plus tôt possible à une solution honorable et profitable à la France. Qu’on examine les faits sans passion, on y verra la ferme volonté de venger le drapeau de la Patrie, de sauvegarder les droits et les intérêts de la France ; on n’y trouvera pas cet esprit systématique d’aventures et de guerres lointaines qu’on a dénoncé pendanl deux années avec tant de violence.

Que des fautes aient été commises, qui les nie? Je voudrais bien' savoir dans quelle entreprise humaine il n’y a pas des fautes commises ? C’est l’histoire de toutes les guerres, dé toutes les expéditions. Comparez la France au Tonkin et l’Angleterre au Soudan ! voyez ce' qui se passe aujourd’hui en Birmanie. Un écrivain impartial a publié dernièrement l’histoire des premières années de ^ la conquête' de l’Algérie. C’est là qu’abondent les fautes les plus graves et les plus douloureuses. C’est là qu’on a procédé sans esprit de suite, sans plan d’ensemble et « par petits paquets ». Qu’est l’échec de Lang-Son à côté du désastre de la Macta, de la retraite de Coust tantine, du massacre de Sidi-Brahim ? Tout cela est oublié aujourd’hui et on ne voit qu’une chose, c’est que l’Algérie est une terre française.

Les petits paquets ! Beaucoup de ceux qui formulent cette critique, ceux qui reprochent à M. Ferry de n’avoir pas demandé au Parlement des ressoiffces proportionnées à l’effort à accomplir, devraient faire un retour sur eux-mêmes. Ils devraient se souvenir de l’état d’opinion qui avait été créé par une opposition à outrance. On s’est fait une arme des lettres de l’amiral Cour-

bel. L’amiral, qu’on relise ses lettres, n’a jamais blâmé l’expédition en elle-même. 11 voulait seulement qu’on la menât sur une plus large échelle. Il voulait l'aire grand. Il avait conçu le plan d’une vaste entreprise, d’une attaque directe contre la Chine. Ah ! M. Ferry eût été bien accueilli s’il fût venu demander aux Chambres les deux cent millions et les cinquante mille hommes nécessaires !

S’il y a eu dans les opérations mililaii’es au Tonkin des lenteurs, des hésitations, des accrocs, ce n’est certes pas M. Ferry qui en a toute la responsabilité.

Mais n’ést-il pas temps, de part et d’autre, de renoncer à ces récriminations ? Le peuple de Paris nous donne l’exemple. Imilons-le.

Le Tonkin nous a trop longtemps divisés.

R.\nc.

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