‹ Souvenirs -- correspondance, 1831-1908Chapitre 48 sur 60 · LE SCRUTIN DE LISTE · texte numérisé non relu

LE SCRUTIN DE LISTE

La voici revenue à l’ordre du jour, la question des deux scrutins, du grand et du petit. L’uninominal et la liste sont en présence. M. Goblet vient de déposer une proposition tendant au rétablissement du scrutin de liste. Ce matin même, M. Tony Révillon dans le Radical, M. Henri Rochefort dans Vlntramigeanl, pour des raisons diverses approuvent l’initiative prise par M. Goblet. Les lecteurs du Malin savent que notre collaborateur Henri Maret ne perd jamais une occasion de combattre les arronclissementiers. Ou’on me passe ce vocable ; j’en suis le père ; c’est moi qui l’a créé au moment de nos polémiques de 1880 et 1881.

Théoriquement, la cause est entendue et la supériorité du scrutin de liste ne peut faire doute. M. Goblet a mille fois raison de dire, dans son

(1) Le Matin, 14 février 1895.

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exposé des motifs, que seul ce scrulin assure la liberté et la sincérité du vote en le soustrayant à rinfluence des intérêts locaux, à la domination de l’argent, que seul il permet de voter pour des idées, dé déterminer les grands courants d’opinion, de créer dans la Chambre une majorité homogène, sachant ce qu’elle veut et où elle va. Il est évident, par exemple, que si la Chambre actuelle eût été élue au scrutin de liste, même avec un personnel identique, nous n’aurions pas vu cetté extraordinaire mystification du triomphe de la politique qui venait d’être condamnée par le suffrage universel. Les ralliés avaient été battus sur toute la ligne et c’était pour eux, avec eux, qu’on avait la prétention de gouverner. Comme on n’avait pas voté sur un programme général, les Débats et les autres journaux modérés, à force de répéter que la majorité était modérée, ont fini par le faire croire aux badauds, et ce qu’il y a de plus fort, à cette majorité elle-même. De là, une orientation vers la Droite dont nous souffrons encore, de là l’équivoque qu’on a tant, de peine à éclaircir, à dissiper.

Les arrondissements ont contre le scrutin de liste un argument de fait. Ils rappellent que souvent il n’a pas été favorable à l’idée républicaine, que c’est avec le scrutin de liste que l’Assemblée versaillaise a été élue, que c’est avec le scrutin de liste qu’a pu se produire en 1885, la poussée réactionnaire qui a failli mettre en danger la République.

L’argument ne porte pas pour peu qu’on se donne la peine de l’examiner, de le serrer de près. Si en 1871 le suffrage universel a nommé

Tino majorité monarchiste, c’est parce que le gouvernement, c’est parce que les républicains, uniquement préoccupés de la défense, n’avaieni pas le moins du monde pensé aux élections. Au contraire, les monarchistes, les conservateurs, sous l’habile impulsion de M. Thiers, avaient tout préparé. Même, M. Thiers n’a pas tardé à penser qu’il avait beaucoup trop triomphé. 11 a vu qu’il s’était mis aux mains de gens qui ne pensaient qu’à se débarrasser de lui. Mais quand il a compris, c’était trop tard. Les gens qu’il avait l'emoi-qués devant le suffrage universel lui ont servi le 24 mai.

La preuve que le scrutin de liste n’était pour rien dans le succès de la réaction en février 1871, c’est que c’est ce même scrutin qui a transformé r.4ssemhlée versaillaise et réduit à l’impuissance les monarchistes. Dès le mois de juillet, au lendemain de la Commune, par conséquent dans les circonstances les plus défavorables, les élections partielles ont été républicaines et, sauf de rares exceptions, cela n’a pas changé jusqu’à la fin de l’Assemblée Nationale de 1871.

Le malheur, c’est (pie le scrutin de liste n’ait pas été rétabli en 1881, comme le demandait (lambetta. 11 avait enlevé l’affaire à la Chambre. Le projet fut reiioussé au Sénat grâce à l’influence de M. Grévv, alors F*résident de la République, et aussi, il faut bien le dire, de M. Jules Ferry. M. Grévy avait pour Gambetta une haine de Comtois. Jules Ferry redoutait, et c’est humain, hélas ! jalousait un peu son action prépondérante sur le parti républicain. On joua contre Gambetta de la dictature ; on répétait par-

tout qu’il voulait se faire plébisciter, qu’il serait élu dans trente, dans quarante départements. Pauvre grand homme ! c’était bien mal le connaître ! Il se serait présenté dans la Seine et non pas ailleurs. Quelques mois après, quand vinrent les élections, des candidatures multiples et assurées lui étaient offertes dans plusieurs départements. Il ne voulut lutter que dans le vingtième arrondissement, qu’à Belleville, où il se savait contesté, où il ne dissimulait pas qu’il risquait la défaite. c

Quand, dans la législature suivante, le scrutin t de liste fut rétabli, il ne pouvait plus donner ses ‘ meilleurs effets, attendu que le pays avait pris de mauvaises mœurs électorales et que le virus des intérêts particuliers, des passions locales, ' des influences de fortune et de situation s’était introduit un peu partout. Et puis, aux élections de 1885, le parti républicain alla à la bataille dans de détestables conditions. Il était divisé comme il ne l’a jamais été. Je ne récrimine pas, je ne recherche pas les responsabilités, je constate. Le premier tour de scrutin fut mauvais, et les monarchistes pureùt un instant rêver qu’ils touchaient à la victoire. Mais, sous le coup du danger imminent, le parti républicain se ressaisit, Paris donna l’exemple et l’union se fit partout. J’ai été mêlé de très près, j’ai pris une' part active avec Clemenceau et quelques autres à ce travail de concentration qui nous rendit la majorité. J’affirme qu’avec le scrutin d’arrondissémeùt nos efforts auraient été vains, qu’on n’aurait pas apaisé les divisions, que le mal n’aurait pas été réparé.

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Sans le boulangisme, on ne serait pas revenu à ce déplorable' scrutin uninominal qui est la préface de l’émiettement dans la Cbambre. Devant le césarisme menaçant, nous avons sacrifié une idée (pii nous était cbère. Je suis de ceux qui n’ont pas hésité, quoiqu’il m’en coûtât rudement. Quelques jours avant que Charles Floquet, président du Conseil, et lui aussi il lui en coûtait, présentât son projet de loi, je publiai ici même un article pour préparer la voie, pour convaincre, pour ramener ceux de nos amis qui étaient encore réfractaires à l’abandon du scrutin de liste. Quelques-uns pensent que nous avons eu tort et que la loi sur les candidatures multiples, loi qu’il faut maintenir, car si elle est née des circonstances, elle est conforme aux principes, suffisait pour barrer le chemin au césarisme électoral. C’est possible. Je ne regrette pourtant rien. La maison brûlait, nous avons couru au feu.

Ln autre argument contre le scrutin de liste, le seul sérieux, c’est qu’il rend plus difficile le contact du candidat et de l’électeur, et qu’il est bien difficile au suffrage universel de se prononcer en connaissance de cause pour une liste comprenant vingt-cinq, trente, quarante noms. Mais cet inconvénient peut être facilement corrigé. M. Goblet, dans son projet, propose le sectionnement du département (le la Seine ; d’un côté, les arrondissements et les communes de la rive droite ; de l’autre, les arrondissements et lés communes de la rive gauche. Cela n’est peut-être pas suffisant. On pourrait très bien divisef le département de la Seine en quatre grandes sections. On éviterait ainsi l’écrasement d’une des

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fractions de l’opinion républicaine' et on arriverait peut-être à quekpie chose s’approchant de la représentation proportionnelle. De même, pour les départements qui ont à élire plus dé huit à dix représentants, au grand maximum.

Maintenant le scrutin de liste sera-t-il la panacée, le grand remède qu’espèrent Tony Réviilon et Henri Maret ? J’ai quelque doute ; le temps des illusions est passé. M. Goblel estime que le scrutin de liste seul peut créer une majorité homogène, sachant ce qu’elle veut, c’est-à-dire ce que veut le pays dont elle doit être la libre et fidèle représentation. Rien de piieux. Mais M. Goblet est-il bien sûr que l’incohérence des partis dans la Chambre ne soit pas l’image fidèle de l’incohérence des partis dans le pays ?

Ce que j’espère du scrutin de liste, c’e.st qu’il aidera l’esprit républicain à se ressaisir, à se refaire, à reprendre possession de lui-même.

Rang.

29 novembre 1895.

Mon cher ami,

Je viens de lire vos notes sur la Révision, et je ne résiste pas au désir de vous complimenter.

Il n’est pas possible d’éclairer la situation avec plus d’esprit et de bon sens. C’est, d’ailleurs, ce que les lecteurs du Paris apprécient si bien lorsqu’ils ont la bonne fortune d’y trouver votre signature.

Veuillez, mon cher Ranc, agréer l’assurance de mes sentiments les plus cordiaux,

Waldkck-Rousseau.

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Le dessein que les habiles de la réaction poursuivent, c’est d’écraser non pas seulement le parti radical, mais le parti républicain, celui qui a lait la République, qui l’a dél'endue, qui l’a organisée entre les collectivistes, les socialistes révolutionnaires et les conservateurs, ün vous répète qu’il laut être ou avec Jaurès ou avec les ultra-modérés. On a la bonté de prévenir les républicains que là où les idées révolutionnaires sont en faveur, les collectivistes s’empareront de leurs sièges tandis que lés conservateurs n’auront aucune peine à les vaincre dans tous les arrondissements où « la crainte du socialisme devient pour lés électeurs le commencement de la sagesse ».

Quel succès pour la réaction, quel danger de mort pour la République si devant le pays, devant le suffrage universel, on réussissait à poser la question ainsi : « Ou collectivisme ou conservatisme ! »

Et c’est le re[)rocbe le plus grave (pic j’adresse au ministère Mélinc d’aider inconsciemment à cette œuvre mauvaise. Les intentions les jiliis l>ures ne comptent pas. Depuis que la politique dite des ralliés avait semblé triompher dans les Conseils gouvernementaux, les républicains, en province, étaient troublés, désorganisés, découragés; On voyait les [iréfets flirter avec les ennemis d’hier, ennemis d’aujourd’hui, ennemis

(1) Le Malin, '2S juin 1890.

de demain. Cela s’appelait faire de la politique d’apaisement et de conciliation. Ces pauvres diables de républicains n’y comprenaient rien, et il leur semblait un peu étrange de voir ceux contre qui ils avaient lutté pendant vingt ans avoir leurs grandes entrées chez le représentant du gouvernement républicain, alors qu’euxmémes étaient tenus soigneusement à l’écart.

Et cela alla ainsi jusqu’au moment où le président de la République chargea M. Bourgeois de la direction des affaires. Alors et sur ce seul mot de M. Bourgeois qu’il ferait appel au vieil esprit républicain, il y eut en province, chez les républicains, une impression dq. soulagement et de confiance. Les républicains se ressaisirent. C’est ce qui fait encore la force du nom de M. Bourgeois dans le pays. Malgré qu’il ait jeté à l’eau la concentration, il apparaît comme lé chef du parti républicain concentré contre la réaction.

Le ministère Méline, au contraire, qu’il le .veuille ou non, symbolise l’alliance des modérés de la République' avec les conservateurs, dans le dessein unique de résister à la poussée socialiste. C’est justement faire le jeu des collectivistes, et c’est leur rendre service qué de dire : « Soyez avec moi ou avec M. Jules Guesde ! »

Cette manière d’entendre la politique républicaine est véritablement trop commode, trop simple, M. Méline appelle cela planter son drapeau au centre du parti républicain. Il sé trompe, où il croit avoir planté son drapeau, il a fait consciemment ou non plutôt inconsciemment par la logique de sa situation, la coupure ; il

a creusé le fossé. De là sa faiblesse, son impuissance aussi bien contre les conservateurs que contre les collectivistes.

Que les républicains de gouvernement qui ne se préoccupent que du péril socialiste et qui en môme temps, par une contradiction singulière, se gaudissent des défaites électorales des radicaux veuillent bien y réfléchir. Plus la République prendra les allures d’un gouvernement conservateur, rétrograde, plus les masses électorales iront au socialisme utopique.

R.\nc.

REPONSE A M. JAURES (1).

M. Jaurès, dans son dernier article du Matin, a essayé de caractériser la politique radicale et d’analyser les tendances diverses qu’on y peut démêler. L’orateur du parti collectiviste l’a fait, je m’empresse de le reconnaître, avec beaucoup de bonne foi et avec assez de précision pour qu’il soit à la fois convenable et utile de lui répondre. Il y a là matière à des éclaircissements qui ne peuvent être que profitables à tous.

M. Jaurès me cite comme recommandant avec M. Bourgeois, une politique de concentration : « Nous voudrions, dit-il, former une majorité nettement républicaine et sagement réformatrice d’où seraient exclus les monarchistes ou ralliés d’une part, les socialistes de l’autre. »

Jé ne sais pas exactement ce que pense sur

(1) Le Matin, 6 juillet 1896.

RANG

ce sujet M. Bourgeois et s’il est moins disposé que naguère à dénoncer la concentration ; je l’espère, mais je ne puis répondre qu’en mon nom personnel.

Et d’abord je dois rectifier un mot dans la définition que donne M. Jaurès de la politique de concentration telle que je la conçois. M. Jaurès écrit que je voudrais (( exclure' » les socialistes de la majorité. C’est là un mot inexact. Ma prétention et celle des amis qui pensent comme moi est de n’exclure aucun républicain. M. Jaurès me fera bien l’honneur de penser que je ne suis pas de ceux qui ont imaginé de mettre les socialistes hors de la République'. De la majorité de la concentration les socialistes seront quand ils voudront, quand ils croiront qu’il y va de l’intérêt de la République ou de celui de leurs idées particulières ; personne de nous ne songe à leur fermer la porte ni la fenêtre. Mafs ce que je crois, ce que j’affirme, c’est qu’il est nécessaire que cette majorité puisse se passer des voix socialistes, qu’elle n’ait pas besoin de leur concours pour agir, pour gouverner, pour faire vivre le ministère qui sera son émanation. Sans cela toutes les conditions de la vie parlementaire sont bouleversées ; il n’y a que confusion et on se meut dans une perpétuelle' équivoque.

N’est-ce pas évident ? La chute du ministère Bourgeois est venue de ce' que pour diverses raisons sur lesquelles il est tout à fait hors de propos de revenir, il n’avait pas d’éléments de force et de durée sans l’appui du groupe socialiste... Et aujourd’hui, que voyons-nous? Un ministère qui, pour s’être porté à droite,

pour avoir fail, la r.oupiire au milieu de l’armée républicaine, a déjà été sauvé deux ou trois fois par les monarchisles et les ralliés, qui le sera peut-êlre demain dans la question de l’impôt sur la Rente, par les voix socialistes. Ai-je tort de le dire ? N’est-ce pas la confusion et l’équivoqnc, le gâchis ?

Donc et sons la réserve que je viens d’indiquer, M. Jaurès a très bien exposé ma pensée' et celle de beaucoup de mes amis, lesquels d’ailleurs deviennent, dans la Chambre même, de pins en plus nombreux. Le temps est passé où ta concentration était l’objet d’nnivei'selles railleries. Cette politique à laquelle on revient peu à peu, qui, avant qu’il soit longtemps, s’imposera, je la défends depuis que cette Chambre existe et je continuerai. Elle répond à la vérilé parlementaire, à la réalité des faits. N’est-il pas paradoxal qu’un ministère ne puisse durer sans s’appuyer ou sur 50 socialistes ou sur 80 droitiers, alors que la Chambre compte 350 républicains qui ne sont ni peu ni prou collectivistes et qui d’un antre côté ont été élus contre les droitiers, contre les ralliés, contre le cléricalisme masqué ou non ?

Si cette politique est, parlementairement, la scnlc possible, la seule efficace, la seule qui puisse prévenir des divisions irrémédiables, divisions qui rendraient dans beaucoup de circonscriptions, ici les collectivistes, ailleurs les ralliés, maîtres de l’élection, je suis convaincu qu’elle répond à l’opinion vraie de l’immense majorité du parti républicain. L’avenir dira qui de nous ou de nos contradictenrs se trompe.

RANG

J’arrive mainienanl aux objections courtoisement présentées par M. Jaurès. « Jé ne m’arrêterai pas, dit-il, à discuter la combinaison de la majorité de la concentration ; je la crois impraticable )). M. Jaurès la discute tout de même. « Il n’est pas possible, continue-t-il, de vivre et d’agir à égale distance de l’Église et du Socialisme ; il faut incliner vers l’une ou vers l’autre. » Eh ! qui lui parle de cela, qui lui parle de se tenir à égale distance du socialisme et du cléricalisme ? Que M. Jaurès me' permette de le lui dire, c’est toujours le même sophisme qui consiste à identifier collectivisme et socialisme. On peut être' un adversaire convaincu de la doctrine collectiviste et « incliner », pour me servir de l’expression de M. Jaurès, vers un socialisme rationnel. On peut répudier le collectivisme tout en étant résolu, je cité encore M. Jaurès, « à ne pas donner de gages à la réaction et à ne pas préparer contre la démocratie ouvrière le ralliement de tous les égoïsmes, de toutes les intrigues, de toutes les trahisons. »

Puis M. Jaurès, abandonnant les généralités et précisant sa pensée, me demande comment un ministère d’action et de réforme, soutenu par une majorité de concentration, placé au point mort où la force cléricale et la force socialiste se feraient équilibre, pourrait aller de l’avant, proposer, par exemple, de nouveau la réforme démocratique de l’impôt et la loi protectrice des syndicats alors qu’il aurait coupé toutes ses communications avec la force socialiste et ouvrière. Je réponds simplement qu’il ne s’agit nullement, ce qui serait inutile, de jouer au jeu de bascule

entre le socialisme et le cléricalisme. Je réponds qu’il ne s’agit pas non plus, qu’il s’agit encore moins de pratiquer une politique de combat ou d’exclusivisme contre les socialistes. Par consé- (|uent M. Jaurès et ses amis seraient fort mal venus non seulement à combattre un ministère qui proposerait la réforme démocratique de l’impôt ,e[ les lois protectrices des syndicats ouvriers, mais à ne pas le soutenir de leurs votes dans toutes les questions ou il se montrel'ait réformateur, où il ferait preuve d’une sympathie active pour les justes revendications des travailleurs.

Je crois avoir établi ce que M. Jaurès appelle ma combinaison ; la combinaison de M. Bourgeois n’est pas aussi impraticable qu’il le dit. Nous ne nous plaçons pas à un point mort mais à un point, très vivant et d’où , on peut , partir pour être très agissant.

A quoi bon, d’ailleurs, continuer cette discus-^ si on ?

Au fond, M. Jaurès n’est nullement intransigeant ; opportuniste plutôt. Je dis cela sans ironie. Comment ne pas applaudir à ces excellentes paroles de M. Jaurès : « Nous sommes , collectivistes, mais nous sommes aussi républicains et nous ne venions pas, par intransigeance parlementaire, acculer prématurément le pays à choisir entre le collectivisme et la réaction. »

C’est là, en effet le danger, et ce danger la concentration seule peut l’écarter.

Rang.

Après la publication de cet article. Banc reçut de àT. Léon Bourgeois le l)illet suivant :

RANG

Mon cher collègnp,

Je suis Irès louché du lémoignage spontané que votre' article apporte avec une si parfaite netteté.

11 n’est pas possible de mieux dire, et ma pensée est absolument d’accord avec la vôtre. Mes bien cordiaux souvenirs,

Léon Bourgeois.

LEGATION

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