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ne pouvait pas s’en tenir à la piteuse réponse du général Mercier et il a inventé une parade, un argument que le lieutenant-colonel Guérin a été chargé d’exposer devant le Conseil de guerre.
Quand on a demandé à ce militaire comment il se faisait que personne ne se fût préoccupé d’authentiquer les aveux de Dreyfus, d’en dresser procès-verhal, de les lui faire confirmer, il avait sa réponse toute prête : « Cela ne nous regardait plus ; la justice était dessaisie ! »
Cela, c’est tout bonnement formidable de jésuitisme.
Alors, honnête général Roget, inspirateur et souffleur du colonel Guérin, du moment que la justice militaire était dessaisie et que Dreyfus allait être livré aux autorités civiles, cela n’intéressait plus le Ministre de la Guerre, cela n’intéressait plus l’État-major général de savoir quels documents avait livrés Dreyfus !
Mais, honnête général Roget, si « cela ne vous regardait plus, si vous étiez dessaisi », il fallait au moins prendre la peine de prévenir le Président de la République, le président du Conseil, ministre de l’Intérieur, le ministre de la Justice, que Dreyfus était entré dans la voie des aveux. Cela les aurait peut-être intéressés, eux !
Le ministre de la Guerre et l’État-Major n’ont oublié que cela ; ils n’ont négligé que cette petite précaution, si bien qu’on a inscrit sur la feuille signal étique qui accompagnait Dreyfus à l’île du Diable : « N’a fait aucun aveu, indigne de pitié. » Allons, ces mensonges des hommes de l’État- Major sont à la fois trop bêtes et trop répugnants ! Et les défaites qu’ils imaginent pour
RANG
masquer leurs mensonges sont plus misérables encore !
L’accusation comptait fort sur le sieur Germain, un des témoins à Quesnay, ce piqueur qui racontait avoir vu à Mulhouse, Dreyfus, compère et compagnon d’officiers allemands, examiner avec eux le maniement d’une pièce d’artillerie. La déposition de Germain a été un désastre.
D’abord et de lui-même, il a retiré de son récit la manoeuvre d’artillerie. Par bonne foi, sans doute, et pour rendre hommage à la vérité ? Oh ! que non pas ! parce qu’il avait été prévenu qu’à l’époque où il plaçait la scène, il n’y avait pas d’artillerie à Mulhouse.
Cette habileté n’a pas empêché Germain d’être pris en flagrant délit de mensonge par un officier d’abord, M. d’Infreville, et par M. Kullmann, son patron. Ce démenti, infligé à Germain, n’a pas été d’ailleurs ce qu’il y a eu de plus intéressant dans la déposition de M. Kullmann. Cet honorable négociant, qui était intimement lié avec le colonel Sandherr et dont le témoignage en Alsace, ne sera mis en doute par personne, a donné le renseignement suivant :
(( Le colonel Sandherr est venu me raconter qu’un jour, étant en permission à Mulhouse, il s’était présenté devant le général, que le général avait été très aimable avec lui et l’avait invité à assister le lendemain à des exercices de tir sur le champ de manœuvres d’artillerie.
(( Le colonel Sandherr m’a dit qu’il était très ennuyé d’être obligé d’y aller et qu’il tenait à ne pas se faire voir dans son pays d’origine avec des officiers allemands.
L M'FAIUE DREYFUS
(( Le lendemain, il vint me raconter encore qu’il était obligé de visiter le casernement de Mulhouse parce que le général l’avait invité. Le soir, il vint encore me dire que le général l’avait invité à aller au Casino des officiers et qu’il avait été obligé de précipiter son départ et de ne pas prolonger sa permission de trois jours, afin de ne pas assister à d’autres exercices. »
Ainsi, il y a bien un officier français qui, à Mulhouse a assisté, en compagnie d’officiers allemands, à des manœuvres allemandes, mais cet officier, c’est le colonel Sandherr ! Ah ! si on avait relevé et prouvé un fait semblable à la charge de Dreyfus, comme tous les corbeaux de l’accusation, comme les Roget, les I.auth, les Quesnay, les Barrés, les Lemaître croasseraient : « La preuve ! Nous tenons la preuve ! »
O T.oyola ! O Basile !
Rang.