‹ Souvenirs -- correspondance, 1831-1908Chapitre 55 sur 60 · C.VSlMIH-PÉKlElî · texte numérisé non relu

C.VSlMIH-PÉKlElî

l*aris, le 29 janvier 19üü.

Mon cher Ranc,

Votre défaite est celle de la justice, de la loyauté et du désintéressement, et, à ce }>oint de vue, je m’en afflige pour Paris et pour la France; mais, pour vous personnellement, je vous en félicite, car cet échec vous grandit jilus qu’une victoire, .en faisant de vous le champion du droit ipii ii’iomphc de tout, aussi bien des petites jalousies que des haines violentes.

Veuillez recevoir, mon cher Ranc, l’o-xpression de mes sentiments de cordial dévouement.

Walueck-Rousseau.

29 janvier.

]\Ion cher ami.

Le drapeau n’est ipie plus glorieux (juand il est déchiifuelé. Toute cette journée, j’ai pensé à votre noble existence livrée à ces stupides hasards. Il y a d’autres sièges en France. y\ bient()t et à vous du fond du cœur absolument.

Jules Claretie.

RANG

Le 29 janvier 1900.

Mon cher Ranc,

C’est avec un grand chagrin que j’ai appris votre échec. Les manifestations si honorables et si touchantes dont vous avez été l’objet de la part de tous les bons républicains n’empêchent pas le sentiment de révolte que je ressens à la pensée que nous vous perdons, uniquement parce que vous n’avez pas craint d’obéir aux sentiments les plus nobles et les plus élevés.

Je vous prie d’agréer mes bons sentiments,

ÉMILE Loubet. .

SENAT

Paris, le 29 janvier 1900.

Lorsqu’un homme tombe comme vous êtes tombé, mon cher Ranc, tout entier, il tombe avec honneur et avec l’estime de tous.

Votre profondément dévoué,

Fallières.

CHAMBRE DES DEPUTES

Lundi matin.

Mon cher Ranc,

Je sais que vous êtes de ceux qu’aucune injustice n’étonne et qu’aucun échec ne peut émou-

PAGES d’affection

voir. Laissez-moi cependant vous envoyer, aujourd’hui, l’assurance de ma sympathie profonde et de mon cordial dévouement.

Léon Bourgeois.

AFFAIUES ETRANGERES

Dimanche soir.

Mon cher ami.

J’apprends le résultat du troisième tour ; ce serait à dégoiiter du dévouement, si le dévouement pouvait chercher ailleurs qu’en soi-même sa récompense.

Triste et très cordiale poignée de main.

Delcassé.

SENAT

Paris, le 29 janvier 1900.

Mon cher ami.

Je suis navré de l’ingratitude du Corps électoral Sénatorial. Vous qui servez la République depuis quarante ans, qui l’avez servie alors qu’il y avait quelque mérite à le faire, on ne vous renouvelle pas votre mandat.

Mais vous nous reviendrez. Le parti républicain vous doit une revanche ; il se doit à lui-

UANC

même de. ne pas abandonner l’un de ses plus fidèles serviteurs, l’honneur même.

Votre vieil ami,

J. Magnin.

Paris, 29 janvier 19ÜU.

Cher monsieur Ranc,

Je tiens à vous dire de suite combien je suis attristé et indigné du résultat de l’élection d’hier, en ce qui vous concerne. Mais je suis persuadé qu’une occasion ne tardera pas à se présenter, qui permettra à vos amis de réparer ce qui a été fait et c’est avec joie que je salue ce jour-là.

Croyez à ma respectueuse affection et à mon entier dévouement.

G. PiCOUART.

Paris, 29 janvier 1900.

Mon cher , monsieur Ranc,

Hier soir, Picquart, Dupré, ma femme et moi, nous attendions extrêmement anxieux le résultat du scrutin, et la fin de cette bataille mémorable, si honorable pour vous. Les nouvelles venaient contradictoires, énervantes, pour malheureusement finir par nous confirmer, qu’à onze voix vous échouiez ! Nous sommes bien tristes, parce que d’abord, nous sommes vos amis, et en-

PAOKS d’aE-FECTION

suite parce que révoltés de l’ingratitude en face des services rendus.

Et toute la nuit, je me suis reporté à deux ans en arrière, quand bravement vous avez accepté d’assister Picquart dans son duel, et je me suis posé cette question à chaque minute : « N’avons-nous pas à cette heure, préparé ce qui est arrivé hier au soir ? » Mais vous avez agi trop bravement pour rien regretter de votre admirable conduite, et comme vous l’avez déclaré à propos du patriotisme, vous auriez pu le 'dire pour la noblesse du caractère, vous n’avez de leçon à recevoir de personne ! »

Malgré la belle bataille, malgré les grands efforts des amis, je suis profondément affligé... Nous sommes beaucoup comme cela !

Laissez-moi vous l’écrire en vous offrant une fois de plus, l’expression de ma reconnaissance et de ma respectueuse affection.

Votre bien dévoué... jusqu’où vous voudrez!

Edmond Gast.

Vive la République quand même, mais la Seine s’est déshonorée. — Ah ! les imbéciles ! les lâches !

La fdle de A. Peyrat vous envoie l’assurance de tout son respect.

Pauvre père ! quelle tristesse eut été la sienne, il vous aimait tant !

Marotiise Aiîconati ViscoNxr.

29 janvier 1900.

Mon cher Ranc,

Je suis indigné de votre échec. Mais quel honneur pour vous ! C’est votre bravoure et votre franchise que l’on ne vous a pas pardonnées.

Il est vrai qu’à côté de cela, la lâcheté trouve sa récompense. Voilà pourquoi sans doute, ils ne croient pas à la Justice et n’en veulent point !

Ludovic Trarieux.

Sénateur de la Gironde.

PariS; le 30 janvier 1900.

Mon cher Ranc,

Le Comité de la ligue, qui se réunissait hier soir, m’a chargé de vous exprimer, en son nom, les sentiments de profonde tristesse que lui a causé votre échec. Il déplore plus que' jamais les duplicités et les faiblesses gouvernementales qui ont pu, en deux années, amener de telles aberrations dans un corps électoral qu’on croyait à l’avant-garde du parti républicain.

Mais la démoralisation n’est point dans nos rangs, et nous savons d’ailleurs que, si nous perdons votre place au Sénat, vous nous gardez votre plume.

Tous vos amis vous serrent cordialement la main.

Page 1