‹ Souvenirs -- correspondance, 1831-1908Chapitre 58 sur 60 · LA FIN DE LA REPUBLIQUE DE SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

LA FIN DE LA REPUBLIQUE DE SEPTEMBRE

La chute de Ranc marque la fin de la République. Personne plus que lui n’en est convaincu.

Après l’effondrement électoral de Gambetta, jetant ses injures aux (( esclaves ivres » qui le chassaient du pouvoir, Ranc avait dit ; Nous nous relèverons et nous le vengerons. ,

Après l’écroulement de Jules Ferry dans les boues tonkinoises, Ranc avait machiné une revanche radicale.

Tant qu’il restait debout, il croyait que l’entreprise des forbans de 1870 ne périrait pas.

Or, le voilà atteint en pleine poitrine, par les Républicains même, par ses électeurs, par ses bandes.

Freycinet, qui n’a pas oublié les services rendus à la Dictature de l’Incapacité par le Directeur de la Police politique de 1870-71 et qui voyait en lui un coreligionnaire, — tous deux sont protestants sectaires, — Freycinet a mis tout en œuvre pour repêcher Ranc. Peines perdues, Ranc a coulé au fond de la mare, la République des Faiseurs au cou (sic).

Sur la signification de cette catastrophe, il est difficile qu’adversaires et amis ne soient pas d’accord ; la République a reçu là, son coup de grâce.

Janicot.

(1) La Gazelle de France, 30 janvier 1900.

PAGES d’affection

Sa défaite au Sénat, ne diminua pas la haute situation de Italie, ainsi qu’en témoigne cette lettre du Président Loubet :

Paris, le 5 février 1900.

Mon cher monsieur Ranc,

Je viens de lire le toast que vous avez porté hier au Président de la République. Les vieux républicains comme vous savent les sacrifices que j’ai faits, en acceptant le poste d’honneur et de danger, mais il est réconfortant de croire que dans l’accomplissement de ce devoir, je suis entouré de la sympathie et de l’estime de ceux qui pendant toute leur vie ont défendu la République.

Bien à vous.

ÉMILE Loubet.

Ranc fut élu sénateur de la Corse aux élections do 1903. Ce furent Emmanuel .\rène et M. Thomson qui s’occupèrent de sa candidature.

Le soir des élections, Ranc, au cercle de l’Llnion républicaine, causait de la politique avec son ami Daaclle-Bernardin, sénateur de la Marne.

Il ne s’inquiétait pas des résultats des élections corses, persuadé qu’il ne ])Ouvait pas être élu puisqu’il n’avait pas quitté Paris. Emmanuel Arène lui fit adresser d’Ajaccio le télégramme suivant :

28 janvier. — Vous êtes élu et la Corse républicaine est fière que vous la représentiez au Sénat.

RANG

Ou SC soiuieiit de la campagne menée par la réaclion contre le général André. A ce moment, Hanc publia dans r/li/ro/’e un article qui lui valul celle curieuse lettre de Casimir-Périer :

Mon. cher ami,

Pas plus tard qu’hier soir, je disais : « Attendons l’article de Ranc ». Ça y est et je suis heureux d’être en plein de votre avis.

Est-ce que toutes les phases de la démocratie ne sont pas marquées par ce phénomène ; (( quand les ressorts de l’État fléchissent, les organisations civiques complètent son action et y suppléent. C’est le sort dé tous les organismes faibles ».

Si le ministère de la guerre avait été sain et méthodiquement organisé, il n’eût pas eu besoin d’êtré renforcé par une organisation auxiliaire, parasitaire si l’on veut, mais à qui la faute ?

La délation ? Et Changarnier ? Et Saint-Arnaud ? et tous les chefs ne sont-ils pas trahis par la délation de leurs camarades ? Quel malheur de voir les pharisiens avoir toujours raison de la bêtise et de la lâcheté.

A vous cordialement.

Casimir-Périer.

DERNIERES PAROLES

Au Séiial, où il a\ui( rolroiué sa place, dans la presse où il collabora Irès assidùniciil, Raiic coidiiiua sou (cu\ ro d’union rcpnl)licainc.

Le i lévrier 190(3, eul lieu le baucjuel de l’Associalion tics Journalistes i'cpul)licains, (jui coiniiiéiuorail le 25® anniversaii'e de sa l'ondalion. Au cours de celle inanireslalion, de nombreux discours l'iirenl pronon- ■ cés i)arnn lestpiels nous citons ralloculion île liane et un il'ragineid de la réponse de M. Iloui ier, présidéni du Conseil. Celte l'énnion de journalistes répu- » blicains lut iiour liane comme une ai)olhéose.

Voici le discours do liane ;

Mes chers confrères,

Au inomenl où je prends la parole pour remercier, dans une brève allocution, tous ceux qui nous oui fait le plaisir el l'honneur d’accepter noire invilation, j’ai avant tout un devoir à accomplir el ce devoir m est doux, c’est de [lorler un toast au nouvel élu du Congrès, à M. le Président de la llèpuhli(jue.

Un a dit de son prédécesseur, de celui qui emporte dans sa retraite volontaire le respect et la sympalhie de tous les républicains, qu’il avait élc

RANG

admirablement, suivant l’expression anglaise, l'homme de sa fonction.

Je ne crois pas trop m’avancer en affirmant qu’il en sera de même' de son successeur.

Il y a quelques mois, permettez-moi ce souvenir, j’écrivais que pour la première charge de la République, il fallait avant tout un républicain de tout repos. On m’a un peu plaisanté sur cette expression : quelques-uns m’ont demandé ce que j’entendais par là.

C’est M. Fallières lui-même qui s’est chargé de la réponse, quand il a dit : « Tant que je serai là, on ne touchera pas à la République ; tant que je serai à l’Élysée, l’Élysée sera la forteresse cle la République » ; voilà ce que j’appelle, voilà ce que nous appelons un président dé tout repos.

Mes chers collègues, je vous invite à lever vos verres en l’honneur de M. Armand Fallières, Président de la République.

Monsieur le président du Conseil,

C’est pour moi une grande joie dé vous voir ce soir assis à mes cotés. Nous sommes, mon cher Rouvier, permettez-moi cette familiarité, des camarades des anciennes luttes pour la République, des batailles où l’on apprend à s’apprécier, à s’estimer, à s’aimer.

Votre présence à ce banquet, celle de vos collègues, sont un gage des sympathies du gouvernement républicain pour la Presse, pour notre profession, pour notre Association fraternelle.

DERNIÈRES PAROLES 463

Nous fêtons aujourd’hui le vingt-cinquième anniversaire de notre fondation. Oui, nous avons vingt-cinq ans d’existence et ces vingt-cinq années n’ont })as été perdues. A l’Assemblée génél'alé (jiii a précédé ce banquet, nous avons pu jeter un regard de satisfaction sur le passé et un regard de confiance sur l’avenir. Nous avons constaté que cet avenir était assuré, ipie nous pourrions continuer à faire un peu de bien et que nous pourrions, sans crainte, en faire cliaque année davantage ; du bien à nos confrères vieillis, usés par le travail, du bien aux veuves, aux orphelins de la presse.

Cet heureux résultat, nous le devons, sans doute, à nos efforts, à noire activité, au dévouement de tous les membres de l’Associalion. Mais nous le devons aussi, et pour une grande pari, à rapj>ui sympathique et cordial (jue nous avons rencontré dans les pouvoirs iiublics, dans le gouvernement.

C’est grâce à cet appui, grâce à la bonne volonté des ministres des linances et de rinlérieur, c’est grâce à vous, mon cher Étienne, à vous aussi. Monsieur Dubief, que nous avons pu mener à bien cette opération difficile, ardue, ([ui nous assure la trampiillilé du présent et nous garantit la sécurité de l’avenir. Cela, nous ne l’oublierons jamais. Que les membres du gouvernement, (jue les représentants des Sociétés financières qui nous ont prêté leur concours reçoivent ici l’assurance de tonte notre gratitude, et je ne parle pas seulement an nom de notre .Association, je parle au nom do toutes les Associations de presse, anciennes et nouvelles, grau-

RANG

des el peliles, que je suis heureux de saluer ici, ((lie je remercie de s’èire rendues ce soir à notre ap()cl, comme je remercie de tout cœur el d’une seule phrase, le bloc de nos invités, le bloc de nos amis.

Mes chers confrères.

Nous no sommes pas seulement une Association de secours muluels, de bienfaisance. Nous devons défendre, nous devons servir, à coté des inlérèis matériels, les intéréls moraux de' la profession. C’est un devoir auquel nous n’avons jamais manqué, auquel nous ne manquerons jamais.

Parmi ces intérêts, il n’en est pas de plus sacré que la liberté de la presse.

Mes chers confrères, nous sommes des républicains, c’est-à-dire des fils dévoués de la Révolution, fidèles à ses enseignements, à ses traditions : nous confondons dans un même culte la Patrie et la République ; nous nous souviendrons toujours de la parole de Gambetta : « Tout pour la France par la République ! »

C’est sous l’inspiration (le cette grande pensée, mes chers confrères, que je bois, que je vous invite à boire avec moi à la liberté de la presse, à la liberté républicaine !

Puis M. liouvicr, ])rcsidciil du Conseil, se leva el dit :

C’est un honneur, une grande joie pour moi de (larticiper à la célébration du 25" anniversaire

Page 1