‹ Souvenirs d'Aimée Tessandier; recueillis et rédigésChapitre 2 sur 4 · LENFANT TROUVÉE · texte numérisé non relu

LENFANT TROUVÉE

Vers cette époque, me trouvant un jour de passage dans une petite ville du Midi, j'entendis un grand bruit à la porte de mon hôtel. J'aperçus un attroupement : une centaine de personnes interloquées contemplaient une petite fille, de quatre ans environ, qui ouvrait de grands yeux craintifs et douloureux.

Je demandai :

— Mais, qu'est-ce donc?

— Ml! me répondit-on, il y a des gens qui ne valent pas cher. Cette petite que vous voyez-là a été abandonnée par sa mère, en pleine rue...

— Comment! Et qui est sa mère"?

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— On ne sait pas. Il paraît qu'elle a pkinté là sa gosse, comme un paquet de sottises. Elle a dit : «Jenepuis plus la nourrir... » Pais elle est partie, sans même l'embrasser !

J'examinai l'enfant. C'était un amour, toute blonde, toute frisée, avec ses grands yeux bleus, clairs et candides. Elle baissait son adorable tête avec une terrible envie de pleurer ; de toute la force de ses poings menus, elle essuyait ses paupières mouillées de larmes. De gros sanglots la soulevaient. Elle se tenait immobile, droite, près du trottoir, un de ses pieds dans le ruisseau. Elle était si intimidée qu'elle n'osait faire un mouvement. Et quelles loques elle portait !

Je m'approchai :

— Comment t'appelles-tu?

— Marie-Louise...

Elle me dit cela tout bas, d'une voix douce et pure de petit enfant malheureux.

— Et ta maman?

l'enfant trouvée 53

Elle me jeta un regard qui m'émut au point de ne plus trouver que ceci à lui dire-:

— Veux-tu venir avec moi?

Alors, elle prit tout de suite mes doigts dans sa menotte, et comme je faisais un pas, elle me suivit en se serrant contre ma robe.

— Ma foi, déclarai-je à l'hôtelier, je la garde...

— Y pensez-vous?

— Vous ne voulez pas que tout le monde l'abandonne ?

Mon aspect devait marquer tant de résolution, que cet homme n'insista pas. Cependant, quelqu'un me fit observer:

— Avez-vous le droit d'emmener une enfant qui ne vous appartient en aucune façon. Il vous faudrait avoir, pour le moins, l'autorisation de la mère...

— Mais, puisqu'elle l'a abandonnée...

— Évidemment... Mais, vous savez, les gens sont si bizarres...

Et l'on se mit à la recherche de cette mère. On fmit par la découvrir : elle était chanteuse dans quelque beuglant.

Je me trouvai en présence d'une "femme avinée et dont l'haleine était excessivement forte. Elle m'écouta ahurie.

— Vous la voulez, cette enfant, répondit-elle, gardez-la... Comment la nourrirais-je ?

— C'est que je veux que vous me signiez un acte d'abandon de vos droits...

Elle continuait à me regarder hébétée.

— Vous pourriez, par exemple, venir me faire une déclaration devant le commissaire de police...

Ce mot de commissaire de police sembla allumer quelques lueurs dans son intelligence. Elle riposta :

— Le commissaire de police? Alors, il vous faudra casquer...

— Ah!... Et combien, voudriez-vous?

Elle s'écria :

— Mille francs! les veux enflammés,

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