LE CHOEUR
Qui brille là-bas au foDd des forêts?
De plus en plus le bruit augmente.
Pour qui ces fers, ces bataillons épais, Ces cors dont le son frappe les guérets
Et remplit l'Ame d'épouvante?
m SOUVENIRS D'ALLBlfAOIfR^
lA Af ir chasseur répond ea oea moU ( Hurra!
Huira!
C'est la chasse... c'est la chasse de Ludzowî
O'où Tiennent ces cris, ces mgissenients?
Voilà le fracas des batailles !
Les cavaliers croisent leurs fers sanglans.
L'honneur se réveille à ces sons bruyants * Et brille sur leurs funérailles!
I^e noir chasseur répond en ces mots ;
Hurra!
Hurra I C'est la chasse,,. ç*est la chasse de Ladz^ I
IL ^ Les mêmes, FRANTZ, en costume de bal,
FRANTZ. Pardon de vous interrompre, frères; mais j'ai besoin de vous.
ROUER. Que veux-tu ?
rRÀNTz. J'ai une querelle, je veux deux témoins,
PLUSIEURS VOIX. Nous voici !... nous voici 1..,
l'hôte. Messieurs, messieurs, le duel est défendu.
HERMANN. S'il dit eucore un mot, enlevez-le, et i»ettez-lui la tête dans le tonneau !
LE ROI DES ÉTUDIANTS. Uu duel ? Rvec qui ?
FRANTZ. Avec M. Henri de Waldeck.
lE ROI. A-t-il des témoins?
FRANTZ. Non, il va venir en chercher parmi vous : tenez, le voilà.
WALDECK. Messieurs, M. Frantz Lewald m'a dit que deux d'entre vous voudraient bien me faire Thonneur de me servir de seconds,
PLUSIEURS VOIX. Avec plaisir, monsieur..,
FRANTZ. (prenant Waldeck à part) . Vous s^veï nos conventions.
SCÈNES DE LA VIE ALLEMANDE. 1ll
WALDEGK. Lesquelles?
PRANTZ. Pas un mot sur la cause de ce dQel.
WALDEGK. C'est dit.
niANTz. Quelles que soient lei questions dèâ té* moins...
WALDEGK. Eh I monsieur, vous avez ma parole.
Pour tout le monde, c'est une querelle de jeu. Mais, entre nous, c'est une affaire dont je commence à comprendre le motif... Oui, j'ai dit à ma sœur, à la descendante des comtes de Waldeck, branche d'une maison princière, qu'il était ridicule de se faire l'introductrice, le chaperon de la fille d'un petit professeur de Francfort, de la femme d'un obscur folliculaire dont rélévation subite me déplaît sans m'étonner. Je ne m'étonne pas de ces choses-là. J'en dis ce qu'il me plaît de dire... voilà tout.
FRANTz. Et vos soupçons surtout m'ont paru contenir une offense pour cette dame, dont je connais la famille.
WALDECK. Pensez ce que vous voudrez.
LE ROI. Messieurs, pas un mot de plus. Ceci est contre les règles. Tout doit être dit maintenant devant tous. Voici vos témoins : Hermann et Flaming, Diego et Fritz.
FRANTZ. Sortons.
HERMANN. Mais pourquoi pas ici même? il ne fera pas clair dehors.
LE ROI. Ici, rien que la joie... prenez des torches, et allez-vous-en là tout près, dans le jeu de boules. (Plusieurs veulent les suivre.) Que tout le monde reste Ici, ^ Vexception des aualre témoins et (}es (leux adver-»
|5« SOUVENIRS OrALLEMAGNE.
saires... Allez, messieurs, et faites en braves, en vieux étudiants que vous avez été... Ne vous ménagez pas. (Ils sortent.)
BOiXER. Nous avons encore ici un fond de tonneau à boire, et un reste de chanson'jà écouter.
LE CHGEUR.
Qni voie ainsi de sommets en sommets?
Des monts ils quittent la clairière.
Les voilà cachés dans ces bois épais :
Le hurra se mêle au bruit des mousquets,
Les tyrans mordent" la poussière l
Le noir chasseur répond en ces mots :
Hurra!
Hurra!
G*6st la chasse... c*est la chasse de Ludzow!
Qui meurt entouré de cris d*horreur,
Qui meurt sans regretter la vie?
Déjà du trépas ils ont la pâleur :
Mais leur noble cœur s'éteint sans terreur,
Car ils ont sauvé la patrie?
Le noir chasseur répond en ces mots :
Hurrah!
Hurrah!
C'est la chasse... c'est la chasse de Ludzoow!
XL ^ Les mêmes, FLAMING revenaiït.
FXAMiNG. Ouvrez, ouvrez; ciel et terre, ouvrez donc.
LE ROI. Qu'y a-t -il?
FLAMING. Ce qu'il y a ?.. . Un détachement de troupes cerne l'auberge... on vient d'arrêter Frantz, M. de Waldeck et les témoins; je me suis sauvé en sautant pardessus le mur...
LE ROL Qui a osé faire celaî
XIL — Les méiibs, LÉO BURCKART.
LÉO. Moi, messieurs.
LE ROI. Et qui êles-vous?
LÉO. Je suis Léo Burckart.
LE ROI. Ahl le nouveau conseiller inlime; et vous entrez en fonctions par Toppression, par l'arbitraire I
LÉO. J'entre en fonctions par le maintien des lois, messieurs. Pour être des étudiants, vous n'en êtes pas moins des Allemands, soumis au code de votre pays, et qui devez obéir; car un jour vous serez tous quelque chose dans la famille ou dans l'État, et il faudra bien qu'on vous obéisse à votre tour.
LE ROI. Nous avons cfes privilèges, monsieur...
LÉO. Vos privilèges... d'abord, pourquoi réclamer des privilèges... Eh bien! tels qu'ils sont, je les admets, et je leur ai fait une part large. Vous avez quitté la ville, je vous ai laissé faire; vous vous êtes emparés de cette hôtellerie, je vous ai laissé faire encore !... mais on est venu prendre chez vous des témoins pour un duel... le duel est défendu; défendu dans l'armée, défendu parmi les citoyens^ défendu aux universités... Amenez les prisonniers.
Xlir. ^ Les prégédèiits, DIANA et MARGUERITE veulent i entrer par une porte de côté^ accompagnées du CHEVA- LIER ; la porte^ ouverte Latéralement^ les cache à une partie des personnages,
LE CHEVALIER. Oh ! n'culrez pas , madaraie, attendez.
MARGUERITE. Mais ils vout Ic tucr, il est seul contre tous. '
DIANA. Rassure-toi^ sois tranquille.
MARGUERITE. Qui fait-il arrêter, grand Dieu I mais c'est Frantz... Frantz Lewald; il ne sait donc pas que j*ai été insultée dans ce bal ; et que M. Frantz, l'ami de ma famille, s'est battu pour moi...
DIANA. Oh ! ne lui dis pas, ne lui dis jamais cela, Marguerite... (On voit arriver les prisonniers amenés par quelques soldats.)
LES ÉTUDIANTS. LoS Voici I
ROLLER. Mais ils n'iront pas en prison 1
TOUS. Non ! non I
LÉO. Faites approcher ces messieurs.
MARGUERITE. Diana, Diana! il est blessé... blesse pour moi... eh bien ! cela ne te fait-il rien?
DIANA. Son adversaire est mon frère, Marguerite; peut-être est-il aussi blessé.
LÉO. Monsieur est officier... monsieur est citoyen... ces messieurs sont étudiants, la peine sera égale pour tous. La loi vous condamne à vingt jours de prison, messieurs... vous irez en prison vingt jours.
WAp)ECK. Moi? un aide de camp du prince! vous ne savez ce que vous faites, monsieur, ni qui vous condamnez... ni quelle est la cause du dueljque vous condamnez !
FRANTZ (s'élançant vers lui). Taisex-vous, vous m'avez juré...
LÉO. Emmenez ces messieurs !
WALDECK. Bien, vous me payerez cet outrage! (Les prisonniers sortent.)
ROLLER. Et nous Ics laissons partir ainsi?
TOUS. Non I non I non I
LÉO. Si, messieurs! car vous êtes des enthousiastes, desenfants; maisvous n'êtes pas des rebelles. •• Écoutezmoi un instant. Vous qui croyez aux futures grandeurs de FAllemagne régénérée, s*il vous reste dans tout le corps une goutte du vieux sang germanique, et dans le cœur une étincelle de son nouvel esprit de liberté... écoutez-moi : Vous êtes tous des hommes! Eh bien, à quoi vous occupez-vous ici!... A des jeux d'enfants, à des espiègleries d'écoliers... Est-ce là le baptême des patriotes qui ont vu mourir Koerner, et des soldats de 1813 ? Il j a mieux que de la bière et du vin dans le monde, mieux que des villes à mettre en rumeur, et des auberges à piller! Il y a toute une Allemagne à refaire avec les longs travaux de la pensée et les dures veilles du génie ! mettez-vous à Tœuvre. Architectes, prenez l'équerre ! législateurs, prenez la plume ! soldats, tirez Tépée ! (Rumeurs en sens divers.) Toutes les carrières vous sont ouvertes ! l'avenir n'a plus de barrières privilégiées : moi-même, vous le voyez, je suis une preuve vivante que l'on peut arriver à tout. Moi, c'est-à-dire un de vous; moi, qui après vous avoir parlé en maître, vais vous parler en père. Allons, enfants, vous valez mieux que vous ne croyez vous-mêmes ; pesez-vous à votre poids, et ne jetez pas vos belles années à la dissipation, comme des grains de sable au vent... Rentrez à l'université, seuls, libres, en chantant vos chansons, qui sont les nôtres... et qu'on a eu tort de proscrire... rentrez tous ensemble, comme vous en êtes sortis, vos. torches d'une main, vos épées de l'autre; que l'on voie bien que vous avez cédé à la persuasion, et non à la force. Le marchand
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a eu tort, il payera une amende. Les juges se sont laissés entraînera un mouvement de violence... le mandat d'arrêt sera rapporté. Messieurs Frantz et Henri de Waldeck ont transgressé les lois, ils seront punis : ainsi justice sera faite à tous, et, avec l'aide de Dieu, nous soutiendrons dignement le vieux nom de l'Allemagne! (Les musiciens prennent la tête du cortège en jouant de leurs instruments. Les étudiants sortent derrière sans chanter.)
LE ROI DES ÉTUDIANTS. Éteignez les torches et remettez les rapières dans le fourreau... nous sommes des vaincus, et pas autre chose !
dbyGoogk