XL — FRANTZ, WALDECK
v\^ALDEGK. Pardonnez-moi, monsieur, d'avoir surpris vos dernières paroles... Vous parliez d'ennemis, et je saisis cette occasion de vous dire que j'espère ne plus être compté parmi les vôtres.
FRANTZ. II est inutile de réveiller ce souvenir.
v\^ALDEGK. Veuillez m'accorder un instant. Quand les épées de deux hommes d'honneur se sont une fois rencontrées, il y a entre eux dans l'avenir plus de chances pour l'amitié que pour la haine.
FRANTZ. Je n'ai nul molif de haine contre vous, monsieur, je vous ai adressé une provocation, vous m'avez rendu une blessure; nous sommes quittes.
WALDECK. Oh I nous ne pouvons plus être indifférents l'un à l'autre. A compter de cette heure, nous de^venons compagnons de danger, frères d'opinion. Dès aujourd'hui, j'appartiens comme vous à la Jeune-Allemagne. Demain je ne serai plus un instrument de la tyrannie, mais un citoyen de la patrie régénérée. Depuis longtemps c'était mon espoir, et je rêvais en secret la liberté de l'Allemagne.
FRANTZ. Et vous gardiez ce secret-là avec une discrétion que je vous recommande encore 1
v\^ALD£GK. C'est tout ce que vous avez à me répondre?
FRANTz. Je réponds que si des gens de cœur, qui rêvent raffranchissement de leur pays, sont obligés de grossir leurs rangs avec des conspirateurs intéressés ou d'ambitieux transfuges, du moins ils ne les admettent jamaifs ni à leur amitié, ni à leurs confidences... parce qu'ils savent trop que ces alliés de la veille sont ^les traîtres du lendemain I
WALDEGK. C'est bien, je sais maintenant ce que je dois attendre de vous, monsieur! Il me reste à m'acquitter d'un message... venant des hommes mêmes, qui m'ont jugé plus digne que vous ne le pensez de leur confiance et de leur amitié I (Il lui laisse un billet et sort.)
FRANTZ. Demain la réunion... demain I Que iaire? Tout se confond, tout s'obscurcit devant mes yeuxl