‹ Souvenirs d'Amerique et de GreceChapitre 2 sur 33 · L’OUEST AMÉRICAIN · texte numérisé non relu

L’OUEST AMÉRICAIN

Loti Iroliverail puul-élro des mois pour peindre lu grande, l’iniinie trislesso do l’Ouest américain....

Nous y entrons ce soir par un clair de lune radieux qui urgente la prairie, et tout de suite la sensation de la pleine mer nous prend. Le cercle d’horizon, sous la brume lumineuse, so devine aussi rigoureux, aussi mathématique que le perçoit le regard du matelot dans la lmne : ce petit scintillement, là-bas, c’est le l’anal d'un navire, qui, tout à l’heure, croisera notre sillage. Sous les roues du wagon, il doit y avoir d'insondables abîmes, des forêts d’algues, îles monstres marins; et ce frisson nous vient qu'on éprouve sur l’océan à contempler par-dessus les bastingages l'eau, bouillonnante assiégeant de toutes parts la paroi frêle.... Au jour levant l'illusion se dissipe; !a plaine apparaît, mamelonnée, boursouflée et çà et là des arbustes se dressent, au-dessus des herbes. Voici une forme entourée de grands espaces cultivés* La régu-

lnrilô sèche, des eonslructions, ht monotonie des clôtures en 111 de fer donnent une impression de labeur désespéré. Des machines compliquées pour les semences et les récoltes dressent leurs longs bras, peinturlurés de rougo ,el do bleu; elles sont laides déjà, chez nous, sous les tentes des comices agricoles : ici, dans celle nature sans fin, clics sont hideuses. Kl soudain s’évoque par contrasta l'image d’une ferme normande avec sa hélréc, ses pommiers, son toit de chaume, les roses trémières qui égayent le. vieux seuil noirci, et le, verjus au large feuiliago qui court sur la façade claire.

L’Ouest! Les Américains ont une façon do prononcer ce mol, qui éveille à la fois l’idée d’une région très vaste cl d’un état de choses très primitif, lîsl-co donc une région, ou bien un. état de choses? Quand ils en parlent, on entrevoit des solitudes sombres, des ouragans effroyables, des peuplades rouges qui senipent les voyageurs, des citoyens masqués qui pendent, la nuit, les criminels aux branches des arbres, des villes boueuses, des cowboys avinés qui déchargent leurs armes dans les fenêtres des hôtels par manière de plaisanterie, des convois do Mormons plantant au bord d’un ruisseau leurs lentes polygames, des gentilshommes décavés devenus chasseurs d'antilopes, qui oublient, on fumant le calumet avec le Faucon Noir ou le Chien Tacheté, les soirées joyeuses du boulevard des Italiens. A travers cette société pittoresquement débraillée circulent Mme Mortimer, la pauvre diseuse de bonne aventure, le juge il ira ni, qui s'emploie à réformer l’univers, Bob Wilson,

as

SOUVK.NIIIS D'AMl'niQl’K BT tll! OnfcCK.

l'immortel shérif qui cornait à franc étrier après les voleurs île chevaux, et sur place, à lui tout seul, les jugeait et les exécutait, William, le cocher do la Poste qui étranglait ses voyageurs lorsque le coup en « valait In peine », Gilpin, gouverneur élu du Colorado, qui préférait être le premier dans les cloaques de Denver que le second sous les ombrages de Philadelphie : tous ecs types étranges sur lesquels s’esl exercée la verve des voyageurs lettrés , dopais W. 11, Dixon jusqu'au baron de Grnnccy.

O déception ! sornit-cc le Faucon Noir cet affreux Indien fi la mftehoire carrée, au regard éteint qui, accroupi sur ses talons, guette le passage des trains pour ramasser les bouts do cigare que lui jctlont les fumeurs? lit si ce grand homme calciné qui pose, ses pieds crottés sur le velours des banquettes et crache avec persévérance sur le tapis, si celui-là est bien le juge Iliram, pourquoi demcurc-t-il silencieux, commo s'il o(U renoncé à convertir ses voisins? A côté do lui so tient un personnage que Dixon a dépeint; on l’appelle colonel. Il est « tout en boites et en barbe ». Mais encore ses bolles ont perdu do leur puissance cl sa barbe est moins embroussaillée.

Non! l'Ouest n’est pas une région, car où seraient scs limites? Du Nouveau-Mexique au Dacola, du Nevada au Kansas, les paysages changent assurément et aussi les climats, les origines, les occupations; terres fertiles et étendues stériles, forôts d'herbes et forêts d’arbres, nature tourmentée et nature au repos, grands fleuves cl ravins sans eau, interminables plaines et montagnes abruptes, le

Page 1