I. Ih Bikelas, la Grèce byzantine et moderne
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Gliios, <lo Gonslnntinoplc et de Cydonie ne l’émouvnient point, et In Prusse imitait sa réserve. JI est à remarquer d’ailleurs que personne, parmi les hommes d’Klat, n’admettait encore l'éventualité de l'indépcndanec grecque. On se proposait d’ériger le pays en une ou plusieurs principautés tributaires do la Turquie.
Si discrètes que lussent les stipulations du traité, du G juillet, elles obligeaient néanmoins les puissances signataires à arrêter l'effusion du sang entre les belligérants. La Turquie résista, cl il fallut détruire sa 'floUc à Navarin. lîattuc à nouveau par la Rassie elle signa, en 18-20, le traité d’Andrinoplc par lequel elle accédait aux conventions de 1827.
Lo 3 février 1830, les puissances reconnaissaient formellement l’indépendance do la Grèce. Il avait bien fallu en venir là. « La liberté ou la mort » était demeuré jusqu’au bout le mot d'ordre immuable des Hellènes. La suzeraineté du sultan, ils n’en voulaient à aucun prix. Plutôt continuer la lutte et périr!
On leur octroya la libel lé. Il restait, pour en jouir, six cent mille Grecs; pour l’obtenir, trois cent mille avaient donné leur vie.
« Nous rentrâmes ici, me dit lo colonel M"‘ qui, accoudé avec moi au parapet rugueux, contemple du Imut de l’Acropole le panorama d’Athènes, et je me souviens que ma mère pleura en retrouvant sa
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demeure en si Irislo état; les murs ôtaient percés, les plafonds tombaient, tout avait été saccagé.... Mais il y avait aussi de la joie dans cos larmes, et bien (pie tout cela soit perdu dans lo lointain de ma première enfance, il me semble que je la ressens encore, cette joie qui éclatait partout autour do nous. Jamais, sans douto, on no vit dos ruinés si heureux. Une belle aurore était devant nous cl l’espérance gonflait nos poitrines,... La première maison était en plfttrns; nous l’avons rebâtie en cailloux, et celle-ci, maintenant, est en pierre et en marbre... »; et son doigt désigne, à l’angle d’une rue, une blanche muraille sur laquelle tremble au vont la fro’chc verdure des poivriers.
On dirait que, dans cette question d’Orient dont les têtes, comme celles do l’hydre, repoussent à mesure qu’on les tranche, on dirait que l’Kurope a pris à cœur de ne jamais faire à temps ce qu’il convenait do faire et d’arriver comme les carabiniers d’Offenbach « toujours trop tard ». Que de maux eussent été évités si, poursuivant les conséquences logiques de l’acte du 3 février 1830, les grandes puissances avaient rendu à ellc-mômo la Grèce tout entière au lieu d’en laisser une portion aux mains des Turcs. Quand lo prince Léopold, élu roi des Hellènes, se fut rendu compte de l’intolérable avenir que l’on préparait il son peuple d’adoption, il préféra démissionner, ne voulant pas « attacher son nom,
SOUVEMItS D'AMÉIltQUIv ET DE GRÈCE, tlans l'esprit des Grecs, à la mutilation de leur patrie et à l'abandon do ceux do leurs frères qui, ayant combattu avec eux pour l'affranchissement national, s’en voyaient maintenant exclus». — « L’exclusion de la Crète, écrivait-il encore, estropie l’Étal grec physiquement et moralement; elle le rend faible cl l’appauvrit. »
C'est alors que le 13 février 1833, sur la proposition de la Franco, le prince O thon de Bavière, fils du roi Louis, fut élu au trône hellène; il s’en vint régner « sur un pays condamné d’avance à s’épuiser dans les efforts d’une expansion inévitable qui no pouvait qu’entraver l’œuvre de son développement intérieur».
Depuis ce jour, l’Europo a trahi les espérances hellènes en toute circonstance. Elle a vu les Crétois s'insurger contre la tyrannie ottomane, une première fois on 1850, une seconde fois de 1800 à 1808, et sur eux elle a laissé retomber le joug barbare et pesant do l’Islam. De 1831 à 1857, la Franco, installée militairement au Pirée, a comprimé des élans russopliiles qui gênaient sa politique d’aventures. Pendant, la guerre lurco-russe de 1877, Coumoundouros n’a osé qu’une démonstration tardive et discrète cl on ne lui a su aucun gré de sa sagesse; lorsque le Congrès do Berlin eut enfin sanctionné l’abandon à la Grèce de la ’fhessalie et d’une moitié de I’Épire, l’obstination turque s’exerça si bien que la décision du tribunal européen ne fut pas exécutée cl de guerre
NOTES ATHÉNIENNES, lasse, en 1883, on dut accepter à Athènes lino insignifiante rectification de frontières. Dans cette longue série do déceptions, un seul rayon de soleil s’est glissé inopinément. À l'avènement du roi Georges, l'Angleterre a laissé les sept Iles Ioniennes rentrer dans le giron national. Corfou et ses sœurs sont redevenues grecques à l’heure ofi le jeune monarque montait plein de confiance sur un trône déjà ébranlé.
C’était une silhouette originale cl suggestive, celle du triumvirat qui prit en main le gouvernement provisoire après la déchéance du roi Othon : l’amiral Kanaris, en redingote européenne, Houigaris, avec son costume oriental et son fez, lloufos, vêtu do la fustanelle populaire. On conte que pour no pas marquer entre eux une préséance quelconque, iis avaient coutume de s’en aller tous les trois, serrés sur la banquette d’arrière de leur voilure communp i vivanto représentation de leur pays, lequel avait encore plusieurs costumes et mémo plusieurs langucs, mais une seule ambition et une seule ômo, La Grèce moderne vivait encore dans les babils du passé : son cœur du moins était libre; elle ne l’avait pas donné au roi Othon; non qu'il fût dépourvu do zèle et de bonne volonté, mais la lourdeur bavaroise do son entourage révoltait la gracieuse légèreté athénienne, et l'on sentait confusément que celui-là ne serait pas le propriétaire définitif.
Elle le donna au roi Georges et fit bien. Trente-
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Mi SOUVENIRS D'AMÉRIQUE ET DE GRÈCE.
deux ans ont passé depuis lors et elle ne l'a pas
repris.
Un pays qui ne connaît ni question religieuse, ni question dynastique, ni môme deux manières d’envisager son avenir, devrait logiquement compter parmi les plus fortunés. Mais le gouvernement des démocraties modernes n'est point logique; il est, par certains côtés, très artificiel et a des conséquences étrangement paradoxales. Faute d’idées et de faits pour l'alimenter, la politique grecque est devenue une question de personnes. L’opinion s’est émiettée on une foule de partis. Ajoute?, à cela celte tendance fi la complication qui est une des caractéristiques de l’âme athénienne, et vous comprendrez comment les problèmes les plus simples ont pu s’embrouiller. Par excès d'infortune, sous la poussée d’un radicalisme momentané, la Conslihtlion votée en 18G 4 devançait l'éducation politique du pays; elle no créait point ce louage modérateur dont nous avons pu, en France, apprécier le mérite, la Chambre haute. Je sais bien ([lie le Sénat hellène do 1815 avait joué un rôle néfaste cl contribué fortement à la chute du roi Ollion, mais ce n’était pas un motif pour s’en passer tout à fait et laisser le souverain seul en face d’une Chambre unique.
151 puis, les hommes d'Étal qui so sont succédé en Grèce depuis cinquante ans, n’ont jamais cherché qu'une chose, îi occidenlaliseï' la Grèce.
L’occidentaliser, c'est-à-dire l’arracher à ce rêve
impérial dont elle a vécu pendant les siècles d'esclavage, qui a soutenu son courage aux heures d'angoisso, qui l'a doucement hypnotisée pendant sa convalescence et qui demeure, envers et contre tous, son principal motif do travailler et d’aimer la vie. 1,’oeeidcntaliscr, c'osl-à-dire la forcer à s'asseoir parmi des étrangers qui ne la comprennent pas, l’obliger à prendre parmi les nations la dernière et la plus petite place, et torturer l’esprit do ses fils pour y éteindre les grandes lueurs empourprées et y allumer les peliles flammes mesquines de nos conventions routinières,
Il y avait un meilleur usage à faire do la liberté; et vraiment les raisins secs et ics crises ministérielles ne pouvaient contenter des Hellènes dont le sol recélail les splendeurs du génie antique et dont l'histoire est tissée de pensées grandioses et d'ambitions sans bornes. Pourquoi out ils laissé à d’aulres le soin d’exhumer et de classer cos chefs-d’œuvre cl pourquoi, aujourd’hui encore, leurs annales renferment-elles tant do lacunes? Pourquoi reslo-l-il lantdc chapitres à écrire, lantdc documents à analyser?... Los fondateurs du royaume en eurent comme l'intuition lorsqu’ils prirent Athènes pour capitale : Athènes isolée, cl ruinée au lieu de Palras, que leur conseillait l’Iiuropc, à cause do sa belle situation sur le golfe et do son avenir commercial. Mais il fallait mener l’idée jusqu’au bout et remettre l'avenir, sans hésitation ni réserve, aux mains divines dos lettres cl des arts.
A l'ombre des murailles de son université qui pouvait devenir, en vingt ans, la première du monde,
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SOUVENIRS I) 'AMÉRIQUE ET DK GIIÉCE.
)o peuple athénien mirait attendu, dans une paix joyeuse, entouré de la considération et du respect do l’univers, l'accomplissement des destinées en lesquelles il a foi.
Si vous gagnez, au sortir d’Athènes, les premiers contreforts de l’IIymcttc, et que vous suiviez une route pierreuse que coupent çà et là des ravins desséchés, vous atteignez en une heure de marche le petit monastère de Kæsariani oii la Grèce byzantine revit en un tableau imprévu et charmant'; une oasis est accrochée aux flancs do la montagne, à l'extrémité d'un vallon étroit et dénudé. Partout ailleurs, des pins maigrelets, des roches grises et de la terre rouge; là, une herbe (inc, lino source fraîche qu’ombragent ilpiix grands platanes et une armée de gros oliviers tordus par les ans. Ils dissimulent aux regards la silhouelte grise du monastère. L'enceinte est intacte; au-dessus des murs, des cyprès noirs s’élancent en flèches Irislos, serrés les uns contre les autres, imprimant à ce lieu une mélancolie intense; l’étroitesse du vallon empêche la lumière du jour d'y donner tout son éclat; on dirait un monde inférieur que n’éclaireraient plus que les traînées pâles d’un soleil mouraid. La vieille porto vermoulue tourne en gémissant sur ses gonds; dans la cour, l'herbe monte entre les dalles disjointes; des terrasses se superposent, des galeries cl des escaliers s'enchevêtrent ; tout cela très ruiné, très effrité, très pauvre. Les seuls indices de force et de vigueur proviennent d'un temple romain
.NOTES ATHENIENNES.
qui exista en cet endroit et dont quelques colonnes de marbre subsistent encastrées dans les plâtras byzantins. Dans l'église, i! y a des fresques très anciennes, de grandes figures irritées do prophètes ou d’apôtres et quelques guirlandes séchées provenant du dernier pèlerinage....
Au retour, il semble qu’on remonte vers la lumière, surtout quand le l’arthénon apparaît nu loin flottant dans une poussière d’or, entre le ciel et la terre. Celte vision radieuse emplit l’horizon; le contraste est saisissant entre le petit monastère obscur et le temple éblouissant! lit pourtant les Grecs peuvent hésiter dons le partage de leur reconnaissance.... Si l’Acropole symbolise leur merveilleux passé, la profondeur insondable cl mystérieuse de leur génie créateur, l’humblo chapelle a gardé pendant des siècles le feu sacre de l’existence nationale. Les prêtres médiocres et ignorants qui y ont chanté leurs mélopées débiles et chevrotantes étaient les dépositaires de cet héritage triomphal et ont veillé, jaloux, à sa conservation.
Toute la Grèce en est semée do ces petites églises; parfois, en fouillant Je sol, on en retrouve trois superposées; elles se sont succédé do plus en plus petites, de moins en moins ornées, parce que les fidèles qui les ont bâties devenaient pauvres cl souffraient la persécution de l’Islam!... Quand on songe â cela, on comprend le respect émit avec lequel cor-
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1 38 SOUVENIRS D'AMÉRIQUE ET DK GRÈCE, tains Hellènes d'aujourd'hui, qui oui louche i\ loufcs les sciences et oui gravi lous les sommets, embrassent les mains du prêtre resté, lui, dans sn sphère inférieure : louchant hommage rendu it ce clergé auquel on doit d’avoir entretenu dans les élues hellènes le souvenir et l’espérance.