LETTRES OLYMPIQUES
Athènes, 20 mars iS90.
Le printemps athénien est double, cetto année. Il réchauffe, à la fois, l'atmosphère éclaircie eL l'Ame populaire. Il fait pousser entre les dalles du Parlliénon les (leurettes odorantes et sur les lèvres (ières des Palikarcs pose, un sourire satisfait. Le soleil brille et les Jeux Olympiques sont proches. Plus lion no subsiste des craintes, des ironies de l'an passé. Los sceptiques se sont lus; les Jeux Olympiques n'ont plus d’ennemis.
On a mis en vente des drapeaux français, russes, américains, allemands, suédois, anglais.... La brise de l'Atliquo soulève joyeusement leurs plis légers et les hommes en fustanelle qui ilAncnl devant les pittoresques étalages de la rue d’Hermès so réjouissent il ce spectacle; ils savent que « l’univers va venir » et approuvent les préparatifs que l'on fait pour le bien
HO SOUVENinS D’AMÉRIQUE ET DE GRÈCE.
recevoir. Ces préparatifs sont multiples. Partout on gratte les marbres, on remet du piètre neuf et île la peinture fraîche, on pave, on nettoie, on décore. La rue il u Stade est en grande toilette avec son arc de triomphe et scs mâts vénitiens. Mais ce n'est plus la promenade favorite. L’intérêt est ailleurs : sur les bords, jadis dédaignés, de l’Ilissus. Chaque soir, vers cinq heures, les citoyens s’en viennent, en longue théorie, donner aux travaux du Stade le coup d’œil du maître. L’Ilissus est sans eau, comme d'habitude; on ne s’en aperçoit plus. Un pont monumental enjambe maintenant le ruisseau célèbre et donne accès nu terre-plein sur lequel ouvre le Stade restauré.
L’enceinte du Stade produit une impression intense qui s’avive encore par la réflexion. Voilà donc le tableau que les grands ancêtres ont tant do fois contemplé! 11 était sorti do nos yeux. Nous sommes, à ce point, déshabitués de voir une telle construction et ses lignes nous sont si peu familières qu’elle nous surprend tout d’abord et nous déconcerte. La silhouette du temple grec ne s’est jamais perdue; les portiques et les colonnades ont connu vingt renaissances. Mais les stades étaient morts en même temps que l’athlétisme. On en savait les particularités architecturales; jamais elles n’avaient été restituées. Un stade vivant no s’était point vu depuis des siècles, lincorc quelques heures cl celui-ci vivra do cette vie collective que prête aux monuments la foule qui les emplit. On la verra de nouveau monter les escaliers, so répandre lo long des gradins, s’amasser dans les passages; foule bien différente, sans doute, do celle