‹ Souvenirs d'Amerique et de GreceChapitre 28 sur 33 · I.ETTUKS OLVMl'lQl'KS · texte numérisé non relu

I.ETTUKS OLVMl'lQl'KS

sent l’air do sons stridents bizarrement scandés; celle cacophonie ne rappelle nullcmcnl le tombeau; elle évoque plutôt l’image de quelque barbare triomphe. Do petites boutiques en plein vent sont établies dans les carrefours; les portraits de la famille royale encadrés do verdure leur servent d’enseigne; on y vend des cierges dont chacun fait provision. Par centaines circulent des agneaux noirs et blancs conduits par des bergers palikarcs, le teint bronzé, l’œil fier, artislcmcnt vêtus de tuniques déchirées. Ceux qui marchandent ces agneaux les palpent, les secouent durement et puis les emportent sur leurs épaules pour le repas pascal.

Le soir, à neuf heures, ont lieu les processions, les « Iipilaphes », comme on les nomme. Chaque paroisse a la sienne. Elles so répandent parles rues, se dirigeant vers la place de la Constitution qu’elles traversent tour il tour. En tête viennent la croix, les porteurs do bannières et des troupes d’enfants chaulant à plein gosier des Kyvie eleison. Une mélopée singulière qui semble monter des profondeurs du passé alterne avec ces litanies populaires; il s’en dégage comme une lointaine impression de mort et d’exil; les Israélites captifs à liabylone devaient chanter ainsi;. mais cette impression est fugitive et le bruit reprend, le bruit d’une grande niasse d’ cires humains qui ont un motif de se réjouir et font de vains efforts pour comprimer leur allégresse. Des pétards éclatent; çii cl là, des Hommes de llcngalc s'allument, des fusées s’élancent, tandis que défilent avec leurs vêlements brochés d'or et leurs sombres

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lit SOUVENIRS ü'aMÉIUQI’E ET UE (iltF.CE.

coill'ui'os les prêtres à grande barbe, lents et majestueux. Sur deux rangs vont les soldats, l’arme renversée, mêlés il la foule des fidèles qui tiennent des cierges allumés. Une odeur pénétrante do cire cl d’encens s'élève jusqu’aux balcons des hôtels et des maisons particulières oii les curieux sont entassés, tenant aussi do petits cierges qui poinlillcnt d’or la nuit bleue; on dirait que les constellations du ciel sont descendues parmi les hommes. Et les Kyrie eleison sc perdent dans le lointain ‘andis qu’approchent les musiques militaires. Elles jouent des marches funèbres, mais trop vite, trop fort, avec trop d’entrain; les accords mineurs veulent devenir majeurs comme si le triomphe se préparait sous la mort, comme si la résurrection poussait déjà la pierre du sépulcre oh le Christ est à peine enseveli, et l’on s’attend à ce qu’une fanfare éclatante vienne soudain annoncer la délivrance suprême.

A peine frenlo-six heures et l’aube de Pâques se lèvera; mais le peuple grec est incapable d'attendre jusque-là ; il passe l’après-midi du samedi saint dans une liesse croissante et, pour la seule fois do l’année peut-êlrc, voit avec plaisir les lignes pures du Par* llténon s'effacer avec le jour qui fuit. Celle nuit-là lie ressemble point aux autres; elle apporte une promesse d’élernité..,. A onze heures, la rue d'Hopmcs est envahie; les troupes font la haie; tout est noir et relativement silencieux ; les Athéniens glissenl comme dos ombres vers leurs églises; mais le contraste est voulu ; ce silence el ces ténèbres rendront plus brillantes les illuminations, plus joyeuses les

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LETTRES OLYMPIQUES. lia

clameurs dont le douzième coup de minuil va donner le signal.

Sur la place de la Métropole, plus de 20000 personnes sont réunies, unp estrade est dressée. A la lueur tremblotante de quelques fanaux, on entrevoit sur cette estrade des armes qui scintillent, de brillants uniformes, une sorte d'autel sur lequel reposent des flambeaux d'or. Les voitures de la cour ont amené les princes, presque sans bruit, et autour d’eux s’échangent à voix basse des saluls discrets. On so croirait transporté dans les- régions d’en dessous qu'éclairo un vague reflet du jour, qu'anime un semblant do vie. Tous les regards sont fixés sur la grande façade blnnclittlrc qui domine la place. Ou attend que la cathédrale d’Athcncs ouvre ses portes.

Minuil sonne! Les portes tournent sur leurs gonds, La nef apparaît inondée de lumière; la lumière s'échappe, se répand sur la place oh soudain tous les cierges s'allument. Chacun tenait le sien caché contre son vêtement et voici que des clartés naissent dans les plus obscurs recoins, aux fenêtres îles maisons, sur les toits en terrasse et jusque dans les tours d’oii les cloches répandent au loin la bonne nouvelle. Le Christ est ressuscité!

Athènes, 0 avril ISM.

La « grande semaine » est commencée. Lundi dernier le roi Georges cl la reine Olga sont entrés dans

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Ic Stade, aux sons des musiques qui jouaient l'hymne grec, cette harmonie on laquelle semblent se fondre les (Inorgies du Nord et les douceurs de l'Orient. La reine ôtait vèliio de blanc : le roi portail l'uniforme. Quand il eut pris place nu fond de l'hémicycle dans son fauteuil do marbra, il fut harangué par le Prince Hoyal. Alors, se levant, il proclama l'ouverture de la première olympiade. Des chœurs moulèrent aussitôt vers l’azur prolongeant, eu quelque sorte, cotte minute solennelle et lui donnant sa véritable signification historique. Les modes ont bien des fois varié depuis doux mille ans : la musique est demeurée ce qui traduit le mieux l’émotion d'une foule, ce qui accompagne le mieux l'ampleur d’un grand spectacle. Tout ce que les assistants devaient éprouver à l'inauguration du Stade, l’artiste grec Samara avait su le prévoir; sa mélodie l'exprimait admirablement. L'ode olympique symbolisa l'allégresse populaire, ratifiant les paroles graves échangées outre le souverain et sou fils. On voulut l'entendre une seconde fois et les applaudissements qu’elle souleva, se mêlèrent à ceux qui saluèrent l'entrée des athlètes. Ils débouchèrent de ce môme souterrain, sous lequel avait disparu jadis la silhouette du dernier concurrent chassé par la décadence et maudit par l’Église. Ce jour-là, sans doute, il faisait morne dans le Stade; entre, les marbres l'herbe poussait déjà; les spectateurs étaient clairsemés : quelques humbles, do ceux qui n'ont rien à perdre, venus pour protester contre les tendances nouvelles et affirmer leur attachement inébranlable aux traditions. Peut-être même la réunion fut-elle

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dispersée brutalement au nom d’une loi barbare, par uno' police mercenaire.,.. Comment no pas songer à cela en voyant les marbres neufs, les spectateurs innombrables, les officiersaux brillants uniformes, et, pittoresquement réunies par le hasard, les coiffures tronquées des prêtres grecs, la soutane liscrée do violet de l'archevêque d’Athènes et la robe blanche du Père Didon. Uno seule chose est absente, que lo monde civilisé no sait plus produire, la couleur. Ni les toilettes claires dos femmes, ni les galons dorés des militaires no parviennent à rompre cet ensemble désespérément sombre où le noir domino. Ailleurs, nous n’y prendrions pas garde. Du reste, l’athlétisme moderne lient plus volontiers ses assises dans l'herbe elle feuillage: la couleur est fournie par la nature. Les organisateurs y aident on multipliant les pavois et les oriflammes, en drapant de pourpre les tribunes. Dans ce cadre où l’assistance so meut ;’i l’aise, lo drap des jaquettes et le feutre des chapeaux n'attirent pas lé regard. Ici, au contraire, la ligne géométrique des gradins so prolonge indéfiniment, et ceux qui s’y entassent s'immobilisent les uns les autres.... Voilé qui n’était pas prévu et a causé à certains d’entre nous un instant de désillusion.

Au Vélodrome, surprise inverse. De la plaine, où il est établi, on découvre le Parnès, lo Pentéliqüo et rilymcltc; l’Acropole pointe par-dessus les villas du nouveau Phalère; le plus fin-de-sièclc de tous les sports occupe ainsi le premier plan dans le plus classique dos paysages. C’était un contraste redouté: la bicyclette au pied de Parthénoii! Que de fois n'a-

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le de France

I S8 SOI'VKXIIIS l>’AMf:lllQl'B BT DK (flIKCB.

1-on pas jeté ccs mots, d'un accent pénétré, comme l'ai'giinipnl suprême contre la modernisation des Jeux Olympiques. Il ne parait pas, A présent, que personne en soit choqué. Jouer au lawn-tcnnisdcvanllc Colisée ou passer en automobile sous l’are de Titus, voilà qui causerait une désagréable impression : les monuments romains datent; ils ont un Age. Le Parlhénon n’en a point, il est do tous les temps : aucune manifestation do la vie populaire no le dépare.

La famille royale est infatigable; elle a occupé au Vélodrome la jolie « loge » aménagée pour elle : une plate-forme surélevée qu’encadre une balustrade en fer forgé et qu’orne un pavé do mosaïque. Avanthier le roi a présidé le concours d’escrime dans la rotonde du Palais du Zappion cl hier la reine a ouvert le concours do tir, en perçant le première cible à l’aide d’un fusil enguirlandé do fleurs. Ce sera bientôt le tour des sports nautiques : la natation aura lieu dans cette charmante et minuscule baie do Zea vci's laquelle les maisons neuves du Pirée descendent en foule élageant leurs balcons et leurs terrasses ornées do pampres; jamais nageurs n’auront ou, pour déployer leur vigueur, cadre plus gracieux. Pour abriter les embarcations et mettre à portée des rameurs tout le confort d’un club anglais, un pavillon a été construit dans la baie de Munichic. Non loin de lft sont- les ruines d’un temple et, derrière la colline, quelques vestiges des longs murs se voient encore, à demi enfoncés dans le sable; sur un promontoire s’élève la villa de Coumoumlouros, séjour préféré du grand ministre. L’histoire du peuple grec se présente

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