‹ Souvenirs d'Amerique et de GreceChapitre 29 sur 33 · I.KTTIUCS OI.YMIUQUKS · texte numérisé non relu

I.KTTIUCS OI.YMIUQUKS

en raccourci dans ce repli do scs rivages. Ici, l’alhlélisinc mène h i’Iiisloiiv, quoi r|u'on fasse : mais le passé conlinuc si complètement lo présent que do tels rapprochements no surprennent que les étrangers.

Athènes, ta avril IStliî.

Les triomphes des « barbares » dans les concours olympiques sont en général très galamment acceptés par l’assistance. A l’entrée du Stade, bien en vue, il y a un mût au pied duquel on affiche, après chaque éprouve, le numéro d'ordre du vainqueur, tandis qu’au sommet, monte le drapeau do son pays. C’est une idée ingénieuse qui résume et souligne le caractère international dos Jeux. On a vu flotter tour à tour à celte place d'honneur les couleurs des grandes nations européennes; mais ce qu’on y a vu le plus souvent, c’est le joyeux pavillon étoilé des États-Unis. C’était justice; car les Américains furent les premiers à s’éprendre do notre œuvre et les seuls à no jamais douter de sa réussite. Les deux équipes qu’ils ont envoyées ont marqué, dès l’abord, leur valeur athlétique, et surfont la supériorité de leur entraînement. Déjà les Athéniens, émerveillés, criaient au profcssidîialismè ; ils no pouvaient croire que ces beaux jeunes gens aux muscles si dociles fussent dos étudiants, pressés de retourner à leurs éludes et modestement ravis d’avoir accru le prestige de leurs Universités.

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130 SOUVKXIItS Il’AMKItIQtK ET t>E GlibCE.

Quand lo drapeau américain se déploie dans le Stade, il se passe d'élonnants charivaris. Tou! en liant, massés sur les derniers gradins, des matelots se lèvent en agitant leurs bérets et en poussant de frénétiques liourrnlis; c'est l’équipage du croiseur fédéral San Francisco, en ce moment ancré dans lo port du Piréc. Puis tout en bas, lo long do la piste, il y a un groupe d’où parlent d'inhumaines clameurs; ce sont les équipiers et leurs amis de l’Kcole américaine d'Athènes qui saluent le champion parle cri de ralliement do son club ou de son collège. Chaque Association transatlantique a un cri distinctif, formé lo plus souvent par les syllabes do son nom ou par ses initiales qu’on profère, en les scandant. Maleîols et étudiants que rapproche, à travers la foule, la vibration d’un mémo patriotisme se répondent ainsi avec un enthousiasme croissant. On commence par en rire, puis on applaudit, parce qu’on sont la joie sincère, l’entrain juvénile percer dans ccs manifestations inharmonieuses.

Les Jeux Olympiques no sont point lo premier contact entre l’Amérique et la Grèce; il y a entre elles d’aulrcs liens que ceux du billot Cook, d’autres rapports que ceux des « globe troltcrs » avec les terres lointaines. Plus peut-être que les Européens, les Américains lettrés considèrent lo pèlerinage à l’Acropole comme la satisfaction suprême que doit se procurer tout esprit éclairé, comme 1a source la plus abondante des perfectionnements intérieurs. Ils ne sont pas emprisonnés, eux, sous les ruines de l’empire romain si pesant et si compliqué; ils comprennent

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Ï-FÏTIIES OLYMPIQUES, plus facilement que nous l'organisation aérienne de cette démocratie antique avec qui la leur présente plus d’une ressemblance, ('.'est sous l’empire de cette impression qu'ils ont fondé Athènes une école d'archéologie. Le fait est assez peu connu et l'on ne paraît pas se rendre compte de sa portée; elle esl cependant considérable. Cette colonie américaine établie sur les flancs du Lycnbèlo, entretenue par les dons volontaires des citoyens, uniquement adonnée il la culture do la science, ouvre sur l’avenir des États-Unis des perspectives infinies.

Les Grecs qui aiment les Américains el son savent aimés ont doue applaudi de bon cœur à leur succès ; ils ont même souri à cet étudiant de Princeton qui s’est improvisé discobole el s’est adjugé un prix auquel ils sc croyaient des droits héréditaires. Mais leur déception eût été immense si la coupe offerte par M. Michel Bréal au « coureur do Marathon » leur avait échappé. Ils n’ont pas eu il subir cet échec. C’est un Grec qui est entré le premier dans le Stade, ayant accompli en doux heures cinquante-cinq minutes les 12 kilomètres qui séparent Athènes de Marathon. L’arrivée a été émouvante. Le Slado était • comble. La pittoresque colline qui le surplombe du ■ côté do la mer était, elle-même, couverte de monde; il y avait là, pour le moins, GO 000 spectateurs. Dans l’hémicyclo, se tenaient le roi de Grèce, le roi de Serbie, le grand-duc Georges, l’archiduchesse Thérèse, la princesse royale de Grèce, les ministres el le corps diplomatique. En un clin d’œil, des que l’approche du vainqueur a été signalée, toute celle mul-

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soi'vjîxiiis n’AMKiunui: i:t m: oni:ci:.

filiale s'csl mise debout comme mue par un courant électrique. Le tonnerre dos acclamations a dit rouler, à travers la plaine, jusqu'au pied du Parues cl réveiller dans leurs demeures souterraines les milites des ancêtres; car ce n’était point seulement l'acte accompli qui provoquait ces élans; c'était plutôt le souvenir évoqué, IohIc leur glorieuse histoire repassant, avec cc coureur, sous les yeux des (irecs. Alors, pour le soustraire, lui, aux dangereux épanchements d’un peuple en délire, le prince royal cl son frère le prince Georges l'ont enlevé dans leurs bras et l’ont emporté, et l'enthousiasme est monté de nouveau, comme une vague irrésistible, devant ce tableau superbe.

Le calme a été très long à revenir. J’ai vu, près do moi, une dame détacher sa montre et l'envoyer en cadeau nu jeune héros du jour; un hôtelier patriote lui a signé un bon pour SOS repas cl un dos gamins qui cirent les chaussures au coin des rues s'csl engagé fi prendre soin de ses bottes gratuitement. Cela, c’est la note comique, mais combien touchante si l'on va chercher au fond des cœurs le sentiment qui dicte de pareilles offres. Tous ceux que j'ai vus ec soir-là, mémo les plus railleurs, avaient participé à l’émotion générale,... et notre distingué compatriote, M. Charles Maurras, qui m’en avait voulu jadis cl' « internationaliser » le sport, s'csl déclaré converti : « Je vois, m'a-l-il dit - et cela est profondément juste, — je vois que cet inlernationaljsme-Ià no tuera pas les patries, mais les fortifiera ! »

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