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lo sauvage défilé où se drosse maintenant lé monastère byzantin do Daplmc, et voici qu'au moment oii elle va atteindre le sanctuaire de Dcmeler, elle s'évanouit brusquement comme ces « intersignes » qui causent de mortelles frayeurs aux marins bretons cl qui, eu disparaissant, font entendre, dit-on, un éclat do rire strident et moqueur. Cherchez., cherchez, lo secret qui tourne autour des tronçons de colonnes, se cache aux angles des terrasses, fuit sur la pente des escaliers, s'évade par les interstices du roc. Vous qui avez, su restituer des Acropoles, mettre des dates sur les couvercles des sarcophages et des noms sur les socles des slatues, vous qui avez, médité sur les vieux textes cl dont les déductions savantes ont comblé des lacunes sans nombre, cherchez ce que veulent dire ces grandes lettres noires devant lesquelles la vapeur asservie déverse des curieux empressés qu'elle recueille ensuite songeurs et déçus. En venant, chacun d’eux avait son idée sur les prétendus mystères; eu repartant ils n’ont plus que l'incertitude. Il a suffi, pour ébranler leur facile confiance, d’une heure passée dans les décombres de marbre, à écouter lo Ilot et la brise qui savent, eux, et gémissent de ne pouvoir parler.
Maintenant, lo train longe une montagne dénudée. Derrière l’ilo do. Salamino que nous avons tournée, l’HymeUo apparaît, très loin, dans une vapeur molle. Do grandes barques de pêche, à voiles triangulaires, couleur do sang, flottent sur l’eau bleue. Comme lo vent est tombé, ceux qui les montent ont pris les avirons et rament, demi-nus, d’un mouvement sac-
de France
138 soi'VRxms d'améiiiqi e et de finÈcK,
endé et bief, semblables aux marins des trirèmes
nnli(|ties.
Le train s’élève lentement sur une pente sablonneuse semée do broussailles grises cl traverse la fente longue de fi kilomètres qui entaille l’isthme do Corinthe : encaissé dans les sombres parois, le canal semble un mince ruisseau, incapable de porter le moindre navire. Corinthe passe, dominé par sa haute montagne revêche cl imprenable; ii droite s’étend le golfe, assombri par do grosses nuées qui traînent à sa surface, désorientées; elles ont élé poussées là par quelque tempête venue de l’Adriatique et qui, subitement, s’est calmée. Le Parnasse nu front neigeux découpe dans le ciel cl reflète dans les eaux un triangle éblouissant. Les vignes apparaissent ensuite, occupant tout l’espace entre le golfe et les montagnes d’Achaïo; de blanches villas s’y encadrent; sur le rivage, il y a do grands roseaux au feuillage léger et des cases primitives, montées sur pilotis. Au passage de la brise, les feuilles dos eucalyptus ont des reflets bleus; des pécheurs, entrés dans l’eau jusqu'à la ceinture, traînent leurs filets : on se croirait sur quoique plage océanienne.
La nuit tombe quand nous arrivons à Fatras; la villo est dans son effervescence accoutumée; sur la place oh le train s’arrête sans façon, parmi les voilures et les passants, la foule, esl réunie pour son bavardage du soir. Oneques no vit jamais un peuple aussi pérorant : les discussions sont endiablées; elles atteignent parfois les frontières de la fureur pour s'éteindre brusquement dans une plaisanterie; l'im-